vignette| Un Rainbow flash mob pro-LGBT+ lors de la Journée internationale contre l'homophobie et la transphobie à Saint-Pétersbourg, 2009.

Le traitement des personnes LGBTIQIA+ en Russie et la reconnaissance de leurs droits ont connu diverses évolutions au fil des différents régimes politiques successifs sur le territoire (Empire russe, Union soviétique et fédération de Russie). L'Europe catholique-protestante médiévale a eu une grande influence sur l'attitude envers l'homosexualité dans le pays. L'histoire LGBT russe est également tributaire du rapport ambivalent à la sexualité de la religion orthodoxe russe.

Les premières interdictions connues de l'homosexualité datent du . Dans une source historique, le diplomate Grigori Kotochikhine témoigne de la mise à mort d'hommes homosexuels et de femmes lesbiennes sous le règne du tsar Alexis Mikhailovich, qui inaugure le processus d'européanisation et de modernisation de la RusersLouis Crompton. À partir du , le gouvernement tente de limiter les pratiques homosexuelles par des mesures législatives. Le tsar Pierre le Grand interdit les relations homosexuelles dans l'armée en 1716, dans le cadre de sa tentative de modernisation du pays.. En 1832, de nouvelles lois criminalisent certains actes sexuels entre hommes. Toutefois, une sous-culture LGBT se développe également en Russie durant ce siècle.

En 1917, la révolution russe renverse le tsar et fonde la république socialiste fédérative soviétique de Russie (RSFS de Russie), premier État socialiste du monde ; puis, après la fin de la guerre civile en 1922, l'Union soviétique. Les bolcheviks refondent et réécrivent la constitution. Ils .. Le nouveau gouvernement du Parti communiste légalise de fait les relations sexuelles homosexuelle et transgenre en Russie, bien que celles-ci restent illégales dans d'autres territoires de l'Empire russe. En Russie, les homosexuels demeurent toutefois persécutés et discriminés (renvoyés de leur travail par exemple) à cause de leur orientation sexuelle.

En 1933, le gouvernement soviétique dirigé par Joseph Staline repénalise les relations homosexuelles, entraînant l'envoi au Goulag de milliers de personnes LGBT+ à partir de l'hiver 1933. Un article de 1934 du nouveau Code pénal interdit l'homosexualité. Après la mort de Staline, une libéralisation s'opère, mais les actes homosexuels demeurent illégaux.

Russie moscovite et empire russe Avant la montée au pouvoir du tsar, l'homosexualité et le travestissement sont punis par les autorités religieuses et les milices. Toutefois, les sanctions officielles prévues par l’Église orthodoxe russe pour la « sodomie » (мужеложство) étaient plus clémentes que celles prévues par le droit canonique et le droit laïc d’Europe occidentale, imposant des pénitences équivalentes à celles prévues pour les relations adultères entre un homme et une femme. Dans cette tradition ecclésiastique, les relations sexuelles entre hommes n’impliquant pas de pénétration anale étaient considérées comme à peine pires que la masturbation.

Sigismund von Herberstein partage dans son rapport Rerum Moscoviticarum Commentarii (Notes sur les affaires moscovites) des observations fondées sur ses voyages à Moscou en 1517 et 1526. Il y rapporte que l'homosexualité était répandue dans toutes les classes sociales en Russie. Le poète anglais George Turberville, qui se rend à Moscou en 1568 alors qu'Ivan IV gouverne la Russie de façon très violente, se dit moins marqué par les carnages que par l'homosexualité ouvertement affichée des paysans russes. Au siècle suivant, l'écrivain Adam Olearius relate que l'homosexualité masculine existe à tous les niveaux de la société et n'est pas traitée comme un crime en Russie. D'autres rapports font également état de relations lesbiennes.vignette|216x216px| Le tsar Ivan le Terrible a été accusé d'avoir des relations homosexuelles par ses opposants politiques. Les opposants d'Ivan le Terrible l'accusent d'être homosexuel pour le discréditer. Le tsar connu comme le Premier Faux Dimitri est également accusé lors de son renversement et traîné dans les rues par ses parties génitales aux côtés de son amant présumé.

Pierre le Grand promulgue en 1716 une interdiction de l'homosexualité dans l'armée et la marine. La sodomie est également interdite, dans un contexte de réforme de modernisation en Russie. Toutefois, cette interdiction n'est pas étendue à la population civile avant 1835.

En 1832 le tsar Nicolas ajoute l'article 995, interdisant le muzhelozhstvo (мужеложство). Alors que cet article aurait pu être interprété comme une interdiction de toutes les formes de pratiques homosexuelles, les tribunaux limitent sa portée au sexe anal entre hommes. Les actes privés de sexe oral entre hommes consentants demeurent donc légaux. En revanche, si cette loi ne traite pas explicitement du lesbianisme ou du travestissement, ces comportements sont considérés comme immoraux et sanctionnés par d'autres lois. Les personnes condamnées en vertu de l'article 995 se trouvent privées de leurs droits et déportées en Sibérie pour quatre à cinq ans. Le nombre de Russes condamnés par l'application de cette loi n'est pas connu avec exactitude. Sur cette période, un certain nombre de Russes continuent tout de même à se déclarer ouvertement homosexuels et bisexuels, et les rites homoérotiques sont populaires parmi certains dissidents religieux dans l'extrême nord de la Russie.

Personnalités LGBT Jusqu'à la fin du , un nombre relativement élevé d'artistes, de personnalités et d'intellectuels sont ouvertement gays ou bisexuels.

Pierre le Grand est bisexuel ; les relations homosexuelles de l'empereur sont connues de ses contemporains (et troublent l'opinion publique de son temps) ; nombre d'autres historiens ont choisi de cacher cette facette de sa personnalité. Pierre le Grand, qui a été l'amant de nombreuses femmes de différents rangs sociaux., a également entretenu des relations avec François Le Fort et Alexandre Menchikov dans la maison du tsar Pierre le Grand (Zaandam, Pays-Bas actuels), selon sa conservatrice Farida Guseynova..

. Les lesbiennes Anna Evreïnova (avocate) et Maria Feodorova (autrice) constituent l'un des couples les plus célèbres du monde littéraire russe de la fin du ; l'autrice Polyxena Soloviova et Natalia Manasseïna formaient un autre couple de lesbiennes russes notable. Parmi les autres célébrités littéraires LGBT, on trouve le poète Alexeï Apoukhtine, le compositeur Piotr Tchaïkovski, ou encore l'auteur conservateur Vladimir Mechtcherski. Des liaisons entre le critique littéraire Serge de Diaghilev et le danseur Vaslav Nijinski puis, après leur rupture, avec Dimitri Philosophoff, sont également documentées.

Le grand-duc Sergueï Alexandrovitch Romanov, frère cadet et oncle des empereurs russes Alexandre III et Nicolas II), gouverneur de Moscou de 1891 à 1905, avait des relations homosexuelles notoires à Moscou..

Homosexualité dans la littérature Le roman (1906) de Mikhaïl Kouzmine est l'un des premiers récits de coming out à avoir une fin heureuse. Les journaux intimes de l'auteur donnent quant à eux une description détaillée de sous-culture homosexuelle, impliquant des hommes de toutes les classes.

Sur cette période, une certaine tolérance est accordée à certains artistes et intellectuels gays ou bisexuels, surtout s'ils étaient proches de la famille impériale. L'opinion publique, très influencée par l'Église orthodoxe orientale, considère en revanche que l'homosexualité était un signe de corruption, de décadence et d'immoralité. Le roman de l'auteur russe intitulé People of the 1890s (1910), reflète ce préjugé sous la forme de deux personnages homosexuels : une avocate lesbienne masculine et un poète homosexuel décadent. La Résurrection de Léon Tolstoï présente deux personnages homosexuels comme exemples de la corruption et de l'immoralité dans la Russie tsariste, un artiste russe condamné à une peine clémente pour avoir eu des relations sexuelles avec ses élèves, et un militant russe pour les droits des homosexuels.

Ces représentations de l'homosexualité dans la littérature traduisent que la tolérance sélective et relative du gouvernement à l'égard de l'homosexualité ne reflétait pas une acceptation d'ensemble dans la société russe. Elle n'impliquait en outre aucune reconnaissance de droits pour les personnes LGBT+, au contraire de pays comme l'Allemagne, où un mouvement actif pour les droits des homosexuels se déployait. En dehors de la littérature, l'homosexualité en Russie était principalement visible dans les pratiques de prostitution.

Lieux emblématiques vignette|Champ de Mars pendant les fêtes de Pâques en 1883. Avec l'urbanisation de la Russie, on note l'apparition de bordels homosexuels à Saint-Pétersbourg et Moscou, ainsi que de nombreux lieux publics de sociabilisation, où s'achetaient et se vendaient des services sexuels entre hommes. Il y a certainement eu de la prostitution lesbienne et des liaisons lesbiennes ou bisexuelles entre femmes, mais elles furent beaucoup moins abordées publiquement, que ce soit de manière positive ou négative.

L'Empire russe n'est donc pas le pire des lieux pour les homosexuels en Europe jusqu'en 1905, où les arrestations augmentent de 35 %, mais pas à Saint-Petersbourg et à Moscou, où une sous culture homosexuelle émerge, avec en parallèle une industrie de prostitution masculine. Un homme aisé cherchant à avoir des rapports sexuels rémunérés est un « tetka » (en français : tante). Saint-Petersbourg attire des jeunes homosexuels et développe même une géographie urbaine de lieux de rencontre dès les années 1870 : la perspective Nevsky, la place Znamenskaïa, le pont Anitchkov, puis vers la Bibliothèque nationale et le Passage ; le manège Mikhaïlovsky ; le champ de Mars pendant les fêtes de Maslenitsa, le théâtre Mariinsky pour les aristocrates et les personnes fortunées, des restaurants pourvus de salons privés, dont le restaurant de K. P. Palkine au 47 de la perspective Nevsky. On trouve encore parmi les lieux connus pour être des lieux de rencontre avec des hommes prostitués le quai de la Fontanka et le cirque Ciniselli. On compte aussi les jardins de Tauride. Le jardin zoologique est fréquenté par des militaires homosexuels, qui y offrent leurs services sexuels durant la belle saison, jusque sur le . Ces lieux étaient relativement connus, mais il n'y eut pas de répression ou de descentes policières.

Anarchistes et cadets vignette|Vladimir Dmitrievitch Nabokov en 1914. L'anarchiste Alexandre Berkman a adouci ses préjugés envers l'homosexualité durant sa relation avec Emma Goldman et le temps qu'il a passé en prison, où il a pu constater que les hommes de la classe ouvrière pouvaient être homosexuels, démystifiant ainsi l'idée que l'homosexualité était un signe d'exploitation ou de décadence de la classe moyenne supérieure ou aristocratique.

Vladimir Dmitrievitch Nabokov, fondateur des Cadets, a rédigé un article sur le statut juridique de l'homosexualité en Russie, publié par un défenseur des droits des homosexuels, le Magnus Hirschfeld à Berlin. L'article soutenait que la loi pénale anti-homosexuelle devrait être abrogée, faisant de lui le premier homme politique russe à exprimer publiquement son soutien aux droits des homosexuels.

Union soviétique vignette|Participants à un bal masqué du club gay clandestin de Petrograd le 15 janvier 1921 au 6 rue Simeonovskaïa, .

Histoire LGBT après la révolution d'Octobre : 1917-1933 Dépénalisation En , le gouvernement soviétique de la république soviétique de Russie (RSFSR) dépénalise l'homosexualité à la suite de la révolution d'Octobre et de l'abandon du Code juridique de la Russie tsaristeRussia Under the Bolshevik Regime. E. H. Carr. 1994.