L'histoire de la pensée politique est une discipline historiographique qui retrace l'évolution historique des théories politiques. L'histoire de la pensée politique converge partiellement avec l'histoire de la philosophie dans sa composante politique. L'histoire de la pensée politique fait partie de l'histoire des idéesUtilisation bibliographique de = « histoire des doctrines politiques», = « histoire de la théorie politique», = « histoire des idées politiques» et = « histoire de la pensée politique»..

Antiquité

Inde antique Certains des plus anciens textes de théorie politique connus à ce jour proviennent de l'Inde antique. Plusieurs grands textes proposent une réflexion politique, notamment sur la base de certains mythes ou d'épopées mythologiques, comme le Rig-veda (fin du deuxième millénaire ) et le Canon pali de Budriste (autour du VIe siècle avant notre ère).

Les auteurs des grands traités politiques et juridiques sont issus des classes sociales les plus favorisées, disposant de l'instruction et du temps nécessaires pour se consacrer à la formulation de pensées politiques. Le ministre en chef de l’empereur Chandragupta Maurya est considéré comme l’un des premiers penseurs politiques et économistes. Il est parfois appelé le « Machiavel hindou ». Basé sur ses enseignements a été écrit le Arthashâstra (), l’un des premiers traités sur la pensée politique, l’économie et l’ordre social. Il traite en détail des politiques budgétaires et monétaires, de l’aide sociale, des relations internationales et des stratégies de guerre, entre autres sujets de la science politique.

L'appellation de pour ces textes a parfois été mise en question du fait du mélange des genres entre réflexion politique, chronique, chants et mythologie. La pensée politique indienne doit ainsi se comprendre dans un contexte d'omniprésence de la religion et du mysticisme.

Chine ancienne La Chine antique a vu l'émergence d'une pensée politique de la part de quelques grands penseurs, tels que Confucius et Lao Tseu, dont la postérité a été immense en Chine. Les écrits politiques de ces auteurs sont centrés sur la société, l’État la guerre (voir philosophie de la guerre). Il n'y a pas, toutefois, de philosophie politique à proprement parler dans ces écrits, mais une réflexion sociétale.

Grèce antique

D'Hérodote à Socrate La pensée politique, qui porte sur la « polythée » (ou « organisation politique »), remonte en Europe à l’Antiquité grecque. On trouve déjà des éléments de pensée politique dans les Histoires d'Hérodote. L'auteur ne se consacre toutefois pas à une réflexion gratuite sur la politique à proprement parler, quoique certains passages s'apparentent à de la philosophie politique. Hérodote a par conséquent souvent été omis comme penseur politique.

Socrate est généralement tenu pour l'un des fondateurs de la philosophie politique. Toutefois, sa pensée n'est connue qu'à travers les œuvres de ses disciples, dont notamment Platon. Socrate n'a rien écrit lui-même qui nous soit parvenu, à part peut-être les Épîtres socratiques, dont l'authenticité est discutée.

Platon

Platon, membre de l'aristocratie athénienne et neveu de Périclès, décide d'abandonner la carrière de haut fonctionnaire qu'il visait pour se consacrer à la philosophie, comme expliqué dans la lettre VII des lettres de Platon. Sa rencontre avec Socrate est déterminante dans la fondation de sa pensée politique. Platon écrit son magnum opus politique en la République. La postérité de l'ouvrage est immense dans le monde occidental. Platon y soutient la théorie du philosophe roi, mais aussi celle de l'anacyclose (le cycle des régimes), ainsi qu'une forme de communisme (mise en commun de la propriété privée, des femmes et des enfants).

Aristote

S'il n'est pas le premier à faire de la philosophie politique, c'est bien Aristote qui emploie expressément ces mots le premierAristote, Politique, Livre III, chap. XII, 1282 b 23.. Il semble en effet avoir été le premier à formuler une critique globale et absolue d'un système politique existant., bien qu'un discours relevant de la science politique se retrouve également chez son contemporain Thucydide, et qu'une philosophie politique se trouve à l'état fragmentaire dans ce qu'il reste de l'œuvre d'Héraclite.

Le débat initial qui fonde la philosophie politique comme un domaine essentiel de la philosophie se trouve dans le dialogue Le Phédon de Platon, lorsque Socrate indique que dans sa jeunesse, il a été conduit à abandonner les sciences de la nature pour s'intéresser aux opinions de la Cité. Ce qu'il est convenu d'appeler, avec Socrate sa « seconde navigation », signe le point de départ de la philosophie comme « Philosophie Politique ». Ce point de départ est déjà porteur d'une ambiguïté, qui se trouve au début des œuvres d'Aristote, la Métaphysique et la Politique. Chacune est dite science première. La première des tâches de la philosophie politique va être ainsi de justifier son primat sur les choses qui sont au-delà de la Nature (méta ta phusikè). Pour Aristote, l'homme est un animal politique1253 a. ; il écrit dans Politique :La différence entre les expressions doctrinales respectives de l’idéalisme platonicien et du réalisme aristotélicien a même été interprétée comme une conséquence de la condition socio-politique différente des deux philosophes (Platon, Athénien de famille noble; Aristote, métèque sans droits politiques). Alors que le fondateur de l’Académie méprisait le système démocratique athénien en faveur d’une utopie élitiste; celle du lycée, critique de toutes les utopies, l’a trouvé le moins mauvaisCarlos García Gual Utopia and democracy, dans Aristote, le père de la science, Historia National Geographic, nº 95, novembre 2011, p. 58.

Aristote a également écrit les deux Athénaiôn politeia (généralement traduits par La Constitution des Athéniens, attribué à Aristote. Ces ouvrages, inédits jusqu'en 1880, ne font pas partie du Corpus Aristotelicum.

Thucydide Parmi les autres textes importants, on trouve notamment la Oraison funèbre de Périclès (en fait une recréation de Thucydide).

À l'exception du texte mis dans la bouche de Périclès, la pensée politique grecque ne se distinguait pas précisément par la défense de la démocratie athénienne, mais par des approches très différentes, tendant à l'élitisme et critiques de démagogie identifiée comme un vice consubstantiel à cela.

Rome antique

Cicéron

Sous l'Antiquité romaine, de grands auteurs publient des textes de pensée politique. C'est le cas notamment de Cicéron, avec son De officiis, mais aussi de Tite-Live (Ab Urbe condita libri), de Sénèque, Tacite, et Polybe.

La pensée politique de Cicéron est importante dans l'histoire de la pensée européenne. Contrairement à la plupart de ses prédécesseurs, Cicéron est un philosophe politique qui a connu les affaires publiques lui-même. Sa philosophie est le résultat d'une tentative de conciliation entre les idéaux philosophiques d'un mieux vivre et l'exigence pragmatique de la vie politique. La pensée politique de Cicéron sera particulièrement appréciée par Saint Augustin.

Polybe

Polybe est un auteur grec vivant sous l'Empire romain. Principalement connu comme historien, sa pensée politique a longtemps été considérée comme mineure. Pierre Manent remarque que si, en effet, , mais qu', et dispose d'une pensée propre.

Il analyse la façon dont les diverses institutions de la République romaine ont été contrebalancées pour établir une « forme de gouvernement » mixte entre les alternatives aristotéliciennes « pures » (monarchie, aristocratie et démocratie) et leurs corruptions (tyrannie, oligarchie et démagogie). La pensée politique de Polybe est marquée par son expérience politique personnelle, ayant dirigé une coalition de cités grecques face à Rome. Il dispose ainsi d'une très grande postérité.

Moyen Âge

Saint Augustin

Le Moyen Âge, se déroulant sur plus d'un millénaire, est une époque féconde en pensée politique. Elle est fortement influencée par le christianisme. Ainsi, ses principaux auteurs politiques sont des membres de l'Eglise. Augustin d'Hippone publie La Cité de Dieu, où il développe ce qui devient ainsi l'augustinisme politique. Il écrit dans un double contexte : celui de l'époque féodale, et la lutte pour le dominium mundi entre les deux pouvoirs universels (Pontificat et Empire).

Moyen Âge byzantin Pendant ce temps, la chrétienté orientale médiévale, au sein de l'Empire byzantin, oscille entre le césaropapisme et la théocratie. Elle s'exprime à certaines époques dans l'opposition théologique et politique entre iconoclastes et iconodules.

Moyen Âge islamique et hébreu L'âge d'or de l'Islam a eu son propre développement de doctrines politiques. Certaines sont considérées aujourd'hui comme ayant été particulièrement précurseures dans le domaine des sciences sociales. C'est le cas de certains écrits d'Ibn Khaldoun, qui écrit la Muqaddima. Il appelle à une séparation entre le pouvoir sacré et le pouvoir politique, en écrivant : . Khaldoun s'inspire d'Aristote, qu'il a lu par des traductions, et soutient : .

Le Robaiyat (« quatrains ») de Omar Khayyam et le Livre des Rois de Ferdowsi contiennent des analyses politiques, tandis que les musulmans tels que Avicenne et Averroès, ou les Hébreux tels que Moïse Maïmonide, ont continué la tradition analytique et empirique de l’antiquité classique dans leurs commentaires sur le travail d’Aristote.

Moyen Âge tardif Dans le contexte de renouveau intellectuel du , la philosophie politique connut, après plusieurs siècles de silence, une renaissance avec le Policraticus de Jean de Salisbury (1159). Il s'agit d'un vaste traité en huit livres, d'inspiration platonisante et augustinienne. Jean de Salisbury ignorait en effet la Politique d'Aristote. Il propose dans ce traité un idéal de cité terrestre orientée à des fins spirituelles, où le roi exerce son pouvoir en étroite collaboration avec l'Église et en se défiant de ses conseillers laïcsJacques Verger, La Renaissance du , Cerf, 1996, p. 116-117.

Thomas d'Aquin

La plénitude du Moyen Âge a permis la récupération de la pensée aristotélicienne à travers des traductions de sources arabes intermédiaires, ce qui a conduit à la synthèse scolastique de Thomas d'Aquin, que l'on retrouve dans la Somme théologique. Il présente une nouvelle conception du corpus politicum. Soutenant que « mon royaume n’est pas de ce monde », et qu'il faut « rendre à César ce qui est à César », il consacre la séparation nette entre le monde du temporel et du spirituel (pouvoir temporel et pouvoir spirituel).

Ainsi peut-il soutenir qu'. Il admet une forme de supériorité du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel, car . Le roi doit ainsi se . Cette obéissance du pouvoir temporel au pouvoir spirituel a toutefois un revers pour le pouvoir spirituel : .

Pour Thomas d'Aquin, dans le commentaire qu'il fait de l'épître de Paul aux Romains, « le pouvoir des princes, en tant qu'il est précisément un pouvoir, vient de Dieu ». Dans le Commentaire des Sentences, il écrit que « le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel viennent l'un et l'autre du pouvoir divin ». Saint Bonaventure, quant à lui, conciliait l'origine divine de l'autorité et le système électif ; il soulignait les dangers du système héréditaire et insistait sur l'idée que généralement les chefs élus sont les meilleurs. Cependant, il considérait que cette élection n'était qu'une simple désignation et qu'il appartenait à Dieu, c'est-à-dire au pouvoir spirituel représentant Dieu, de conférer le pouvoir au chef ainsi désignéE. Cattin, L. Jaffro, E. Petit, Figures du théologico-politique, Librairie philosophique J. Vrin, 1999.