thumb|Le blason des Menuisiers de Nestier "Es Ménusès dé Nestièr" La ruralité à Nestier, ou la vie à la campagne dans un village du piémont pyrénéen, s'inscrit dans un cadre géographique et sociologique montagnard. Nestier s'est construit en effet au pied des contreforts de la chaîne pyrénéenne qui s'abaissent vers la vallée de la Garonne.
Le village est situé plus précisément à l'entrée d'un espace naturel appelé vallon de Bouchère. Il est enserré entre deux collines de moyenne altitude : le mont Arès () et le Montsaous (). Exposé à un climat de montagne aux influences océaniques, il est drainé par la Neste et divers autres petits cours d'eau. Son habitat est caractéristique d'un village du piémont pyrénéen.
Sa sociologie est fortement imprégnée des traditions pyrénéennes et des modes de vie qui reposent essentiellement, jusque dans les années 1950-1960, sur une polyculture de subsistance. Dans les dernières décennies du , la révolution agricole et l'exode rural modifient radicalement les rapports sociaux et les données économiques villageoises. Les restructurations territoriales du début du vont accélérer cette évolution.
Ruralité jusqu'au milieu du Ressources agricoles principales Les cultures Les productions essentielles Les céréales principales sont le blé, le maïsAuguste Refouil, poèmes : L'éloge du cochon, Le maïs, La pomme de terre dans ., l'orge, l'avoine, le seigle et le millet. Le blé assure la production de farine et donc la panification. Mélangé au seigle, il donne le méteil. Les récoltes du maïs et du blé sont marquées par deux traditions villageoises bien vivantes : l'espéroucade (l'effeuillage des épis) pour le maïs et la batère (le dépiquage) pour le blé. Les légumes essentiels sont la pomme de terre et le haricot. Ce dernier (le Tarbais, le Lingot et même le Coco) est cultivé traditionnellement dans les champs de maïs dont les liges sont utilisées comme tuteurs. La pomme de terre (la Bintche, la Beauvais) est cultivée dans la plupart des champs. Les arbres fruitiers assurent les récoltes de fruits nécessaires à la consommation locale : le pommier (pommes : la Reinette du Canada, la Reinette de Caux, l'Angélique, la Grosse Ménagère ou bien la Museau de lièvre), le poirier (poires : la Duchesse, poire de Saint-Jean, poire de Curé), le cerisier (cerises Guigne et Bigarreau) et le noyer (noix utilisées pour l'alimentation mais aussi pour la production d'huile locale). Les pommes et les poires cuites dans les fours à bois, après la fournée hebdomadaire traditionnelle, sont une spécialité villageoise appelée Es capous. Les modes de culture Les cultures font l’objet d’un assolement étudié et réfléchi, la production essentielle restant celles du blé et de la pomme de terre. Cet assolement repose de manière générale sur l’alternance : blé ou trèfle incarnat ou navet, pomme de terre ou maïs. Certaines surfaces peuvent aussi se reposer ou s’enrichir avec des semences comme la luzerne ou le trèfle. Les autres parcelles assurent la production nécessaire à l’autoconsommation des familles.
L'élevage Le gros bétail est composé de vaches et de quelques bœufs destinés à l'élevage de veaux vendus ensuite sur les marchés locaux, la production de viande étant beaucoup plus intéressante que la production laitière destinée simplement aux besoins familiaux. Deux races bovines prédominent : la Gasconne et la Saint-Gironnaise au lait plus abondant, nourriture essentielle des jeunes veaux appelés veaux blancs du CommingesLes Pyrénées au temps des facteurs à cheval - C. Bailhé et R. Armengaud - Ed. Milan - 1984. Ces animaux de trait composent également les attelages traditionnels pour les travaux agricoles. Ils portent des noms propresUsages et croyances populaires pyrénéennes : le charivari, la fête locale, "lou pelo-porc", les Rogations, les feux de Saint-Jean, le teillage du lin, le dépouillement du maïs, les sorcières et loups-garous, les noms de bœufs et de vaches - Sources : Au pays de Bigorre de N. Rosapelly - Bulletin local de la Société académique des Hautes-Pyrénées - 1892 - Bibliothèque nationale de France / gallica.bnf.fr correspondant à leurs fonctions comme ceux, dans un attelage par exemple, s'attelant à droite ou bien tirant à gauche. La plupart des fermes comptent aussi des moutons et quelques porcs. Ces derniers sont essentiels pour l'alimentation humaine : dans le cochon, tout est bon !. Ils sont engraissés dans la bauge - ou loge - domestique, encore appelée porcingle en gascon. Ils sont l'objet d'une tradition bien marquée : la fête du cochon. Les animaux de basse-cour comptent les poules, les canards mulards ou communs, les oies en nombre restreint tout de même, les lapins élevés dans les clapiers ou dans la cour de ferme, et les pigeons.
Ressources agricoles secondaires La vigne Sa culture est limitée, le climat de moyenne montagne et les sols silico-argilo-calcaires étant peu propices à cette activité. Quelques plants assurent cependant une production locale : le Bacot pour le vin rouge et le Noah pour le vin blanc. Le caractère nocif de ce dernier, suspecté de provoquer des troubles neurologiques chez le consommateur, conduit à une politique d'arrachage des plants entraînant progressivement la disparition de ce genre de culture au village. Cependant, la production locale de raisins est partiellement sauvegardée grâce à la présence, dans la plupart des maisons, de treilles imposantes qui sont parfois l'objet de faits divers villageois à l'exemple des Raisins de Guillaume de Cartéry, gasconnades évoquées lors des veillées traditionnelles. Le fourrage Il est produit en quantité suffisante pour la nourriture animale, au cours de la période de fenaison en juin-juillet suivie de la récolte du regain en août, dans les prés verdoyants en bordure des cours d'eau villageois : la Neste, Le Merdan et le Limacourt. Le lin Il est cultivé dans la plupart des fermes jusqu'à la fin du siècle. Les tiges sont récoltées et travaillées lors des séquences de rouissage, retournage, enroulage et teillage (appelé barguero en gascon). Les fibres obtenues sont ensuite filées puis tissées au moyen d'outils spécifiques comme le fuseau, la quenouille et le dévidoir à lin, encore appelé couseye., immortalisé par le félibre Simin Palay dans un de ses poèmes.
Le tabac Sa culture est pratiquée dans les années 1980 par un couple d'agriculteurs. Cette activité est présentée dans un article de M. Raymond Misson intitulé : Les amis d'enfance de Nestier - Quelques portraits sympathiques et généreux - Alice et Jean Sentous.
Artisanat Menuisiers Les menuisiers de Nestier forment une véritable corporation. En 1887, on en compte une trentaine. Leur blason. trône aujourd'hui dans la salle de la mairie, avec cette fameuse devise : Lou dret cami (« Le droit chemin »). Le dernier connu, ayant exercé jusque dans les années 1960, est Jean Castéran Manach installé dans la rue de La Carraou. Ces menuisiers-ébénistes fabriquent des armoires à linge, des tables, des armoires de cuisine et des encadrements de lits à la demande. Le matériau utilisé est essentiellement le cœur de chêne et le cerisier. Les armoires comportent de grands panneaux de bois massif, simples ou ouvragés de style ancien avec parfois des pointes de diamant appréciées des connaisseurs. Les lits de deux personnes sont étroits, forme bateau, alors que les berceaux ont leurs deux côtés à claire-voie et leur base arrondie pour permettre le balancement. Tous ces meubles se vendent dans diverses villes des départements de la Haute-Garonne, du Gers et du Lot-et-Garonne : Montréjeau, Condom, Riscle, Auch, Lectoure, Mauvezin et Nérac. Aujourd'hui encore, quelques maisons anciennes du village sont en partie meublées avec ce mobilier fait maison. Par ailleurs, le nom des menuisiers est resté dans l'histoire locale : les villageois sont parfois appelés en gascon : Es Ménusès dé Nestièr.
Tisserands Aux côtés des menuisiers, les tisserands occupent une place particulière dans l'artisanat local. La culture du lin est pratiquée dans tout le village. Les fibres obtenues servent en particulier à la confection des draps de case heyt (« fait maison »). En 1761, Nestier est rattaché au Bureau de fabrique de Sarrancolin qui a pour fonctions essentielles la vérification des draps, la visite et le marquage des étoffes, et l'organisation des réunions des tisserands de la basse-vallée de la NesteLe Bureau de fabrique de draps - Bulletin de la Société académique des Hautes-Pyrénées - 1939 - pages 96 à 105. Un siècle plus tard, en 1883, Nestier compte encore six fabriques de tricots à métiers : Barège, Bize, Boé, Pujolle, Rey et Soulé, dont les matières essentielles restent la laine et le lin cultivé localement. Les tisserands disparaîtront progressivement au cours de la deuxième moitié du .
Fabricant de chandelles et fileur de cire Dans chaque maison, les villageois s'éclairent à la lueur des lampes à huile, appelées caleys. Le combustible est l'huile de noix produite à partir de la récolte locale, dans les moulins à huile de Mazères-de-Neste, Tibiran-Jaunac et Loures-Barousse. Une deuxième énergie lumineuse est assurée, dans chaque foyer, par les chandelles. Celles-ci sont fabriquées par un villageois qui maîtrise parfaitement la confection de ce produit à base de résine des Landes. Composées d'épaisses mèches tressées trempées dans la cire, les chandelles sont ensuite moulées dans une huile spéciale. Prêtes à l'emploi, elles sont alors placées dans chaque maison sur les chandeliers en fer forgé. Par ailleurs, ce même fabricant de chandelles, appelé aussi fileur de cire, confectionne les cires de deuil utilisées lors des enterrements comme le veut une tradition pyrénéenne bien marquée. Appelées candélous, ces chandelles particulières sont différentes selon les contrées. À Nestier, elles sont roulées en forme de bobine ou de 8 et, en cas de besoin, elles peuvent être empruntées dans une famille voisine.. Elles sont fabriquées fin janvier afin d'être bénies à la chandeleur le au cours d'une cérémonie religieuse.
Autres ressources traditionnelles complémentaires Chasse Elle est pratiquée par la plupart des hommes, en particulier dans les bois et forêts des deux collines villageoises et dans les champs qui composent la plaine de la basse vallée de la Neste. Le gibier ainsi abattu améliore sensiblement l'ordinaire : cailles, râles, grives, bécasses et bécassines, perdreaux, lièvres et lapins. Les chasses les plus emblématiques restent la chasse à la palombe et les battues au cerf ou au sanglier. Elles sont parfaitement décrites dans le document de M. Raymond Misson : La chasse à Nestier : conversation avec Noël Brué, suivi de : A Nestier, la chasse au gros gibier : entretien et réflexions avec René Lapène, et enfin : Baptiste et sa palombière. La faune, en bord de Neste, est importante et variée. Au siècle, le loup est présent dans le canton de Nestier comme l'atteste le procès-verbal de prise d'une louve du inséré dans le registre de délibérations de la commune. Pêche Cette activité est pratiquée dans les deux ruisseaux villageois et dans la rivière voisine. Elle est décrite avec passion et précision dans le même document de M. Raymond Misson : De la « pesquide » à la truite de nos ruisseaux : souvenirs et entretien avec Jean Miègeville.
Énergies et ressources naturelles Électricité