Henri Amouroux, né le à Périgueux et mort le au Mesnil-Mauger, dans l'ancienne commune de Sainte-Marie-aux-Anglais (Calvados), est un journaliste, écrivain et historien français, membre de l'Institut de France et président du prix Albert-Londres pendant . Son œuvre principale est La Grande Histoire des Français sous l'occupation.
Durant le procès de Maurice Papon en 1997, il est mis en cause par l'avocat des parties civiles Gérard Boulanger pour ses activités de journaliste durant la Seconde Guerre mondiale au sein du journal collaborationniste La Petite Gironde. Amouroux poursuit alors l’avocat devant les tribunaux et le fait définitivement condamner pour diffamation durant le procès en appelHenri Amouroux s'est éteint, par lexpress.fr, publié le 6 août 2007..
Biographie Formation et débuts Âgé de dix-huit ans, Henri Amouroux s'inscrit à l’École supérieure de journalisme de Paris« Notice sur la vie et les travaux d’Henri Amouroux » par François d’Orcival, à l’Académie des sciences morales et politiques, le , mis en ligne le 13 décembre 2009 sur canalacademie.com, consulté le 20 décembre 2009., il effectue son premier stage à l’agence de presse Opera Mundi à Paris à la fin 1938.
Puis, il retourne à Bordeaux et devient journaliste stagiaireHenri Amouroux, de l’Académie des sciences morales et politiques : Les tribunaux du peuple à la Libération, publié sur Canal Académie le 19 janvier 2006. à La Petite Gironde qui est alors le plus ancien et le principal quotidien de la région et dans lequel il publie une série historique de « douze portraits de gloires nationales » incluant Napoléon Bonaparte, François-René de Chateaubriand, Victor Hugo et André-Marie Ampère.
Il est un des élèves du professeur Henri Guillemin entre 1940 et 1942 à Bordeaux.
Pendant la Seconde Guerre mondiale En , âgé de 21 ans, il entre au sein du journal quotidien maréchaliste La Petite Gironde. Henri Amouroux travaille au sein de la rédaction dirigée par Jacques Lemoine
À cette époque La Petite Gironde compte parmi ses principales signatures André Maurois de l'Académie française, Gérard Bauër de l'Académie Goncourt ou bien encore le député radical-socialiste Jean Montigny.
Les responsables de La Petite Gironde se réunissent quotidiennement avec les responsables de la censure allemande, la Propagandastaffel, dirigée par l'officier allemand Kurt Dörnemann afin de déterminer la ligne éditoriale du journal.
Le , Henri Amouroux adhère au réseau Jade-Amicol sur Canal Académie.Laurent Joffrin, « Fin d'histoire pour Henri Amouroux », Libération, 7 août 2007., groupe de résistance rattaché à l'Intelligence Service britannique et fondé par un officier du Deuxième Bureau et un père jésuite. Ce réseau comptera jusqu'à dont Hélie Denoix de Saint Marc. En 2009, François d'Orcival décrit le rôle tenu par Henri Amouroux au sein du réseau et dévoile le numéro de matricule () de son titre de la Fédération régionale des réseaux de Forces françaises combattantes du Sud-Ouest.
Le , Henri Amouroux quitte Bordeaux pour aller travailler en Allemagne au titre de la loi de la Relève du ., dans le train dit de la Presse (train de requis du STO, spécifiquement désignés parmi les personnels de la PQR : journalistes, typographes, imprimeurs, etc. ), mis en place à l'initiative du directeur Delmas de l'imprimerie. Travaillant sur le chantier naval Burmeister und Muret situé à Ostswine sur l'île de Wollin sur la mer Baltique. Il rentre en France après ou dans des conditions alors non élucidées.
Après la guerre, il est décoré de la Croix de guerre 1939-1945 pour un fait d'armes contre l'ennemi, à proximité de Royan, et durant lequel il est blessé.
À la Libération et les décennies suivantes La Petite Gironde, journal favorable au régime de Vichy étant interdite de reparution pour cause de collaborationnisme à la Libération, sa carte de presse est alors suspendue pour une durée de 6 mois..
Cependant, à la libération de Bordeaux, au mois d', il devient journaliste à Sud Ouest, nouveau quotidien remplaçant La Petite Gironde, fondé par Jacques Lemoîne, un ancien du réseau Jade-Amicol et ancien rédacteur en chef du journal interdit.
Il occupe les postes successifs de secrétaire de rédaction, secrétaire général adjoint de la rédaction, secrétaire général de la rédaction, rédacteur en chef adjoint, rédacteur en chef (1966), avant de devenir directeur général adjoint, puis directeur général entre 1968 et 1974. Il quitte alors le journal pour prendre la direction du quotidien national France-Soir jusqu'en 1975. De 1977 à 1982, il est codirecteur et éditorialiste du quotidien régional Rhône-Alpes.
Président du jury du prix Albert-Londres de 1984 à 2006« Le prix Albert-Londres – Interview d'Henri Amouroux », réalisée par Véronique Hamel, sur le site du prix, scam.fr., il avait souhaité démissionner et avait été alors élu président honoraire à l'unanimité des membres de l'association. Il était membre de l'Académie des sciences morales et politiques depuis 1978.
Il écrit également de grands reportages de politique étrangère, sur le Viêt Nam, l'Union soviétique et Israël et réalise des émissions de radio pour France Inter (Les Rendez-vous de l'histoire) et de télévision (pour TF1).
En 1984, au cours d'une conférence à Bordeaux, il indique être revenu d'Allemagne au cours de l'année 1943 avec des faux papiers.
Henri Amouroux était membre du réseau Jade-Amicol, important groupe de résistants bordelais. Cependant, Pierre Moniot, l'un des principaux responsables de l'organisation, portait un regard dubitatif sur son activité, son nom étant inscrit dans une liste d'agents de Bordeaux avec l'indication « renseignements trois derniers mois »Gérard Boulanger, Papon, un intrus dans la République, 272-273, sur le site : Affaire Papon – Le site des parties civiles, matisson-consultants.com.. Henri Amouroux avait également été inscrit, selon les mêmes sources, dans la « liste des agents dont nous ne connaissons pas assez l'activité pour estimer s'ils méritent une récompense ».
Dans la même veine, le résistant Jean Thomas ("Jusqu'au doux petit ruisseau", 1995) et le général de Lauzières estimaient qu'Henri Amouroux était un résistant de la "25e heure", lui reprochant d'être "envieux et jaloux de ce qu'il n'a pas osé faire" (comme se soustraire au STO).
Procès de Maurice Papon : révélation de ses activités passées Lors du procès de Maurice Papon à Bordeaux qui se tient du , Henri Amouroux témoigne le à décharge du régime vichystePascale Nivelle, « Maurice Papon devant ses juges – Maurice Papon méprise la leçon d'histoire. Son avocat a contesté le droit de Robert Paxton à témoigner. », Libération, , sur le site liberation.fr, consulté le 27 février 2009. et en faveur de Maurice Papon, Sud Ouest, 30 octobre 1997, sur le site sudouest.com, consulté le 27 février 2009., Libération, 6 août 2007., AFP, 6 août 2007, sur avmaroc.com, consulté le 27 février 2009., Le Monde, 6 août 2007.« Le Procès Papon », Charlie-Hebdo, hors-série , 144.. Il s'oppose notamment à l'historien américain Robert Paxton.
En effet, cité comme témoin par la défense de Maurice Papon, Henri Amouroux soutenait au contraire que le régime de Vichy, à son point de vue, ignorait le sort réservé aux juifs, malgré les nombreux appels de la BBC et alertes durant les années 1942 et 1943, déclarant « Le sachant, ils n'auraient pas tout fait pour envoyer les enfants à leurs parents déportés. Cela aurait été criminel ».
Robert Paxton a, au contraire, discrédité très profondément la « stratégie du bouclier », idéologie de l'après guerre très vivace dans l'opinion française suivant laquelle le régime du Maréchal Pétain avait protégé la population afin de permettre au Général de Gaulle de reprendre l'offensive contre l'occupant allemand. Robert Paxton réduit en effet la résistance des fonctionnaires mise en avant par les gaullistes après la libération, invoquant la réalité des chiffres : déportés dans un pays où, pour des raisons géographiques et culturelles, les personnes juives sont difficiles à identifier en comparaison des Pays-Bas où « à Amsterdam, ils étaient regroupés, ils parlaient yiddish, travaillaient sur le marché du diamant ».
L'historien américain souligne au contraire que le régime de Vichy a anticipé et créé ses propres lois antisémites avec la création du fichier juif, sans demande de la part des autorités allemandes afin de s'introduire dans l'Europe nouvelle des puissances de l'Axe, en contrepartie de sa participation à « l'élimination des ennemis du Reich ».
Au cours du procès, où sa déclaration apparaît comme embrouillée, Henri Amouroux est interrogé par Jakubowicz, avocat des parties civiles, sur sa qualité d'historien en ces termes :
De même, son travail en tant que rédacteur au sein du quotidien La Petite Gironde de 1942 à 1944, une feuille vichyste et interdite de parution à la Libération (ce que Amouroux confirma lui-même) fut exposé :
Un des avocats des parties civiles, Gérard Boulanger, interroge à nouveau le propre passé du journaliste, lui rappelant qu'il était resté rédacteur à La Petite Gironde à l'époque où celle-ci fut soupçonnée par la suite d'être un journal ultra-collaborationniste. « Si vous avez écrit 40 millions de pétainistes, c'est sans doute pour vous sentir moins seul », lui lance-t-ilPascale Nivelle, « Maurice Papon devant ses juges : l'Histoire contestée d'Henri Amouroux – À Bordeaux, l'écrivain-journaliste a été bousculé par la défense. », sur liberation.fr, 3 novembre 1997..
Henri Amouroux intente un procès en diffamationFranck Johannes, « Maurice Papon devant ses juges– Henri Amouroux porte plainte. Il estime que l'a déshonoré vendredi. », sur liberation.fr, 4 novembre 1997.« Henri Amouroux porte plainte. », sur liberation.fr, 15 novembre 1997. en raison des déclarations de ce dernier devant la presse hors prétoire et, après diverses péripéties judiciaires qui révèlent son passé au cours des années 1940-1944« Nouvelle plainte d'Henri Amouroux. », sur liberation.fr, .« Pas de référé pour Amouroux », sur liberation.fr, 6 décembre 1997.« Henri Amouroux débouté », L'Humanité, 6 décembre 1997, sur humanite.fr.Françoise-Marie Santucci, « Sale histoire entre l'historien et l'avocat – Henri Amouroux attaquait Gérard Boulanger, qui l'accuse de collaboration. », sur liberation.fr, 18 mai 1999., qu'il perd d'abord, puis gagne en appel.
Procès pour diffamation Le procès en 1997 C'est au cours du Procès Papon, le , qu'un des avocats des parties civiles, Gérard Boulanger, souhaita interroger Henri Amouroux, cité comme témoin par la défense de l'ancien secrétaire général de la Gironde, Maurice Papon, sur ses activités au cours de la Seconde Guerre mondiale. Cette autorisation ne lui est pas accordée par le président du procès.
De ce fait, Gérard Boulanger avait affirmé après avoir quitté le prétoire, au cours d'une déclaration devant la presse à sa sortie de la salle d'audience, qu'il aurait aimé demander au témoin Pour ces propos, repris en masse par les médias, Henri Amouroux réclame de dommages et intérêts et pour l'insertion du jugement dans vingt journaux. Son avocat, Bernard Prevost, soutenait qu'il n'y avait pas de preuve qu'Henri Amouroux se rendait « quotidiennement » dans les bureaux de la Propaganda Staffel, et qu'il y avait donc diffamation. Le chef de la Propaganda Staffel, l'officier Kurt Doernemann, déclara dans ses mémoires n'avoir plus traces écrites des instructions transmises à la presse bordelaise parce que les registres étaient aux mains d'Amouroux et d'un autre journaliste de l'époque.