Olive Elaine Morris, née le dans la paroisse de Sainte-Catherine en Jamaïque et morte le à Londres, est une activiste communautaire d'origine jamaïcaine vivant au Royaume-Uni. Elle milite dans les mouvements féministes, nationalistes noirs, pour le droit à l'éducation et pour les droits des squatters en Angleterre et dans le pays de Galles durant les années 1970.

À l'âge de , elle est agressée par des agents de la police métropolitaine à la suite d'un incident impliquant un diplomate nigérian à Brixton, dans le sud de Londres. Elle rejoint alors les et devient une personnalité communiste marxiste-léniniste et féministe radicale, avec une perspective intersectionnelle. Elle est acquittée lors du procès des , à la suite de témoignages contradictoires d'agents de police impliqués dans l’échauffourée. Elle squatte des immeubles sur à Brixton : l'un a accueilli la librairie Sabarr et est devenu plus tard le 121 Centre, un autre a été utilisé comme bureau par le collectif , qui publiait le magazine du même nom. Le squat est pour elle un moyen d'accomplir des projets politiques et de conserver l'autonomie du groupe.

Elle cofonde le et l'Organisation des femmes d'ascendance africaine et asiatique à Londres, devenant ainsi une militante clé du au Royaume-Uni. Elle s'implique dans la et se rend en Chine avec la . Elle participe à des publications collectives comme le bulletin ou .

Elle étudie l'économie et les sciences sociales à l'université Victoria de Manchester de 1975 à 1978, tout en continuant à militer, notamment en cofondant le . Après avoir obtenu son diplôme, elle retourne à Brixton et travaille au . Dans l'année qui suit, elle tombe malade puis est diagnostiquée porteuse d'un lymphome non hodgkinien. Elle meurt à l'âge de , en .

Sa vie et son travail sont commémorés à la fois par des organisations officielles comme le Conseil d'arrondissement de Lambeth à Londres, qui nomme un bâtiment en son honneur, et par le groupe d'activistes (ROC), comptant comme membres des personnalités telles que Liz Obi et Tanisha C. Ford. Elle figure sur des listes de femmes britanniques noires inspirantes.

Biographie Jeunesse Olive Morris naît le dans le village de Harewood, dans la région de St Catherine en Jamaïque. Ses parents sont Vincent Nathaniel Morris et Doris Lowena (née Moseley), et elle a cinq frères et sœurs.. Lorsque ses parents déménagent au Royaume-Uni, elle vit d'abord avec sa grand-mère avant de les rejoindre à , dans le sud de Londres, à l'âge de neuf ans.. Son père est conducteur de chariot élévateur et sa mère travaille dans des usines.

Études Morris va à l'école primaire Heathbrook, à l'école secondaire pour filles de et au lycée Dick Sheppard à Tulse Hill, mais en sort sans diplôme... Plus tard, elle passe le et le . Elle suit ensuite des cours au . De 1975 à 1978, elle étudie l'économie et les sciences sociales à l'université Victoria de Manchester tout en poursuivant son militantisme en parallèle.

Décès En 1978, lors d'une randonnée à bicyclette en Espagne avec son partenaire Mike McColgan, Morris commence à se sentir malade. De retour à Londres, et selon le témoignage de l'activiste d'origine jamaïcaine Gerlin Bean, elle aurait consulté au et aurait été renvoyée avec des comprimés contre les flatulences. En septembre, elle est diagnostiquée d'un lymphome non hodgkinien. Son traitement échoue et elle meurt le , à l'hôpital St Thomas de Lambeth, à l'âge de . Elle est inhumée au cimetière de Streatham Park.

Militantisme Contexte Racisme systémique au Royaume-Uni À la fin des années 1960 et durant les années 1970, les activistes noirs britanniques adhèrent aux discussions politiques multiethniques concernant le nationalisme noir, le classisme et l'impérialisme en Afrique, en Asie, dans les Caraïbes, ainsi qu'au Royaume-Uni. Leurs objectifs principaux sont de trouver leur identité, leur expression culturelle et leur autonomie politique, en aidant leurs propres communautés, et d'autres ayant des luttes similaires. Malgré l'adoption de la loi sur les relations interraciales de 1965, les Afro-Caribéens, ainsi que d'autres groupes minoritaires, continuent d'être victimes de racisme. L'accès au logement et à l'emploi est réduit de manière discriminatoire et les communautés noires subissent des pressions de la part de la police et de groupes fascistes tels que le Front national britannique..

Stratégies anticoloniales Pour lutter contre le racisme, les militants britanniques noirs utilisent des stratégies anticoloniales et adoptent des formes d'expression culturelle d'inspiration africaine, en reprenant les pratiques des mouvements de libération noirs en Angola, en Érythrée, en Guinée-Bissau, au Mozambique et au Zimbabwe. Ils remettent aussi en question l'idée de respectabilité, par les choix qu'ils font en matière de parure, de vêtements et de coiffures. Ils écoutent du reggae et de la soca des Caraïbes, et de la soul des États-Unis, et se réclament de figures révolutionnaires internationalement connues, comme Che Guevara et Angela Davis. Leur style est également influencé par le mouvement des droits civiques..

Engagement dans l'activisme noir britannique Morris s'engage dans l'activisme noir britannique parce qu'il lui permet d'affirmer ses racines caribéennes et sa « négritude », tout en lui fournissant un moyen de lutter contre les problèmes affectant sa communauté. Malgré sa taille d'à peine plus d'un mètre cinquante, elle acquiert une réputation de militante féroce.. Elle est décrite par d'autres militants comme intrépide et dévouée, refusant de rester sans rien faire et de laisser l'injustice se produire..

Oumou Longley, chercheuse en études de genre et en histoire des Noirs, note que l'identité de Morris est complexe : Elle apparaît délibérément androgyne, adoptant un . Elle fume, préfère les jeans et les tee-shirts, marche pieds nus ou porte des chaussures confortables, et coiffe ses cheveux en afro court. Ses choix stylistiques personnels remettent en question non seulement ce que signifie appartenir à la communauté britannique, mais aussi caribéenne.. L'universitaire afro-américaine Tanisha C. Ford observe que Morris n'est pas conforme au genre, à la manière des activistes du aux États-Unis qui ont coupé court leurs cheveux et sont passées du port de robes et de perles à celui de salopettes.

Mauvais traitements policiers Incident Gomwalk Le , le diplomate nigérian Clement Gomwalk est confronté à des agents de la police métropolitaine alors qu'il est garé devant le , le premier magasin de disques noir de Brixton.. Les policiers le font sortir de la voiture parce que la plaque d'immatriculation de la Mercedes-Benz qu'il conduit porte un numéro différent de celui figurant sur le certificat d'immatriculation. Ils l'interrogent en vertu de la loi sus, contestant qu'il soit un diplomate. Une foule se forme autour d'eux et une altercation physique a lieu.. Dix ans plus tard, dans son compte-rendu des événements, le journaliste local Ayo Martin Tajo affirme que Morris a traversé la foule et a tenté d'empêcher la police de frapper le diplomate ; la police se met alors à l'agresser, conjointement avec d'autres personnes. La situation avec les policiers s'aggrave après que la foule commence à les affronter au sujet de leur traitement brutal de Gomwalk. Selon le propre récit de Morris, publié dans le , le bulletin d'information des britanniques, elle arrive après que Gomwalk a été arrêté et emmené dans un fourgon de police. Elle indique qu'une de ses amies a été traînée par la police, alors qu'elle a le bras cassé et crie .

Garde à vue Morris ne raconte pas exactement comment elle s'est retrouvée impliquée dans l'incident, mais elle indique qu'elle a été arrêtée et ensuite battue en garde à vue. Les motifs de l'arrestation sont : voies de fait contre la police, comportement menaçant et port d'armes dangereuses. Comme elle porte des vêtements d'homme et a les cheveux très courts, les policiers la prennent pour un jeune homme, l'un d'eux disant . Selon le récit de Morris, elle est forcée de se déshabiller et menacée de viol : Basil, le frère de Morris, décrit les blessures qu'elle a subies lors de l'incident, disant qu'il . Elle est condamnée à une amende de et à une peine de trois mois de prison avec sursis pour avoir agressé un officier de police..

Intersectionnalité entre féminisme et antiracisme britanniques En réaction à ce qu'elle vient de vivre, Morris s'engage dans le marxisme-léninisme et le féminisme radical.. Elle s'engage dans le britannique qui émerge dans les années 1970.. Elle mène une démarche intersectionnelle, se concentrant sur le racisme dans le monde entier tout en étant consciente des liens avec le colonialisme, le sexisme et la discrimination de classe.. Morris décide de faire campagne contre la violence policière et rejoint la section jeunesse des britanniques au début des années 1970. Le groupe n'est pas affilié au des États-Unis, mais partage son objectif d'améliorer les communautés locales.. Le mouvement fait la promotion du et Morris cherche à le redéfinir afin qu'il s'adresse aussi aux femmes. Il rassemble des panafricains, nationalistes noirs et marxistes-léninistes.. Morris y est présentée à Altheia Jones-LeCointe, Farrukh Dhondy et Linton Kwesi Johnson et en , elle tente de rencontrer Eldridge Cleaver, un leader du mouvement aux États-Unis, en Algérie. Voyageant avec son amie Liz Obi, elle arrive seulement à se rendre jusqu'au Maroc.. À court d'argent, elles doivent demander au consulat britannique à Tanger de l'aide pour rentrer chez elles..

Au début des années 1970, de nombreuses affaires judiciaires impliquent des activistes noirs, sur des accusations forgées de toutes pièces. Lors du procès des , les organisent des piquets de solidarité ; les accusés sont finalement déclarés non coupables, le juge reconnaissant que les officiers de la police métropolitaine ont des préjugés racistes. Lors du procès des , Morris est arrêtée après une échauffourée avec des officiers de police devant la Cour centrale , aux côtés de Darcus Howe et d'Abdul Macintosh. Les trois sont accusés de voies de fait ayant causé des lésions corporelles réelles. L'audience préliminaire des se tient en à Guildhall. Le procès est semblable à celui des . Les accusés adoptent une approche politique lors de leur procès, en demandant que les membres du jury soient noirs, issus de la classe ouvrière ou les deux. Ils effectuent des recherches sur les antécédents du juge, John Fitzgerald Marnan, et découvrent qu'en tant que procureur de la Couronne au Kenya, il a poursuivi des participants au soulèvement anticolonial des Mau Mau. Lorsque l'affaire est jugée en , les neuf policiers fournissent des témoignages contradictoires, notamment sur les chaussures que Morris portait, un point crucial puisqu'elle est accusée d'avoir donné des coups de pied à un officier. Le jury l'acquitte ainsi que les autres accusés..

Fondation À la disparition des britanniques, Morris fonde le avec Obi et Beverley Bryan en 1973. Le collectif s'appuie sur l'expérience des femmes dans le et vise à fournir un espace pour les femmes asiatiques et noires afin de discuter des questions politiques et culturelles de manière plus générale.. Il est critique du féminisme blanc, estimant que des questions telles que l'avortement et la rémunération des tâches ménagères ne sont pas la priorité dans l'expérience noire, les personnes étant plus préoccupées par la garde des enfants et l'obtention d'un salaire pour leur travail comme femme de ménage. Le groupe, organisé de manière non hiérarchique, publie le bulletin et produit , qui est publié par Virago Press, une maison d'édition féministe blanche basée à Londres., en 1985. Seulement trois femmes du collectif sont créditées nommément comme autrices parce que l'éditeur refuse d'utiliser le nom du collectif. Dédié à Morris, le livre est réédité par en 2018.

Squat à Brixton