Historiciser le mal, sous-titré une édition critique de Mein Kampf, est une traduction en français et une édition critique du livre d'Adolf Hitler Mein Kampf. L'ouvrage est publié par Fayard en 2021. Il s'agit d'une traduction et d'une adaptation réduite de l'édition critique Allemande parue en 2016 et publiée par l'Institut d'histoire contemporaine ().

Ce projet éditorial a débuté chez Fayard en 2011, amorcé dans la perspective de l'entrée de dans le domaine public le . Sa possible réédition en français faisait alors l'objet de débats, et ce bien que le texte circule facilement, tant sur le marché du livre neuf que sur internet.

Cette édition, dirigée par Florent Brayard et Andreas Wirsching (directeur de l'), présente une nouvelle traduction du texte réalisée par Olivier Mannoni en étroite collaboration avec l'équipe scientifique. Jusqu'alors, les seules traductions disponibles dataient des années 1930 et étaient obsolètes pour plusieurs raisons : elles ne rendaient pas compte du style original qui est confus, répétitif et lourd, rendant le livre difficile à lire ; elles comportent des erreurs de traductions, et ne rendent pas compte du sens que certains termes ont pris avec l'avènement de la Seconde Guerre mondiale. Historiciser le mal présente le texte de accompagné d'un appareil critique très important : introduction générale, introduction de chapitres (spécifique à l'édition française), notes de bas de pages. La mise en page du texte d'Hitler, contenant d'abondantes notes de bas de page qui l'encerclent, est une référence explicite au Talmud, revendiquée tant par l'éditeur allemand que par Fayard.

La publication du livre a fait l'objet de circonstances particulières dans le but de prévenir toute polémique. Le livre est vendu au prix élevé de pour limiter sa circulation (contre pour l'édition allemande, deux fois plus épaisse et en deux volumes), et n'est disponible que sur commande. Il est offert aux bibliothèques qui en font la demande. Les bénéfices issus des ventes sont intégralement reversés à la .

À propos de l'ouvrage

Adaptation de la réédition allemande de 2016 Historiciser le mal est la traduction de l'ouvrage , réalisé sous la direction de Christian Hartmann, , , et publié par Institut d'histoire contemporaine () en . Sa parution a été accompagnée de nombreux débats. En un an, le livre s'est vendu à plus de et 6 tirages ont été imprimésLe premier tirage du livre ne comportait que .. Le livre a connu un très grand succès en librairie, alors que la publication du texte était interdite depuis 1945.

L'édition critique allemande compte (le texte original d'Hitler en compte 750) réparties en deux volumes. Le texte est accompagné de plus de . L'édition française reprend cet appareil critique en le condensant et en l'adaptant au public français.

Depuis 2022, l'édition allemande est disponible intégralement et gratuitement au format numérique sur le site de l'éditeur https://www.mein-kampf-edition.de/.

Équipe de rédaction Prémices (2011-2016) Le projet d'une édition du texte en français par Fayard remonte à 2011. C'est Anthony Rowley, alors directeur du département histoire chez Fayard, qui propose l'idée à Olivier Nora directeur de la maison d'édition. Les motivations sont diverses : tout d'abord un constat de l'historien que le texte circule toujours, notamment en ligne ; la date de passage du texte dans le domaine public approche, qui ne manquera pas d'accroître cette circulation ; des chercheurs de l' ont débuté un travail d'édition critique. Dès le début de ce projet l'idée est posée de ne pas toucher les bénéfices issus de la vente du livre, qui seront reversés à une association. Rowley et Nora recrutent Olivier Mannoni comme traducteur. Puis une première équipe de chercheurs se forme, composée de Christian Ingrao, Johann Chapoutot, , Nicolas Patin et . Mais des tensions apparaissent, notamment du fait des contraintes éditoriales d'alors : le projet se restreint à « une édition compacte » de moins de mille pages dont deux cents de présentation et de notes. De plus, Anthony Rowley décède le , et est remplacé par Fabrice d'Almeida.

Puis intervient un changement de direction aux éditions Fayard en 2014 avec la nomination de Sophie de Closets, qui confie le département d'histoire à . Le projet se précise : à l'exception de Johann Chapoutot qui décide de se désengagerIl s'en explique dans un entretien : . , le reste de l'équipe est reconduite. La direction de publication est prise par Florent Brayard, qui inclura de nouveaux historiens. À l'automne 2015, le contact est pris avec , dont il s'agira de traduire le travail qu'il est sur le point de publier.

Partenariat avec l'Institut d'histoire contemporaine (2016-2021) La publication de l'édition de l'Institut d'histoire contemporaine () en 2016 relance et transforme le projet lancé précédemment en France.

La direction de publication est assurée par l'historien français Florent Brayard et Andreas Wirsching, directeur de l'. La traduction est réalisée par Olivier Mannoni ; il relate cette expérience éprouvante dans un essai paru l'année suivanteVoir .. Il travaille en collaboration avec une équipe composée de neuf historiens : , , , , , Christian Ingrao, , Nicolas Patin, Marie-Bénédicte Vincent.

Il précise qu'ont également participé , , Andreas Guidi, Marie-Pierre Harder, Aurélie Audeval, Diane Carron, Ugo Pagini, Nicolas Thervet..

Forme et structure de l'ouvrage La forme particulière de l'ouvrage a été soulignée dans les diverses analyses dont il a fait l'objet. Dans Libération, Simon Blin le décrit ainsi : .

De par son format, l'ouvrage est peu maniable, et doit nécessairement faire l'objet d'. Par ailleurs, le nom de l'auteur de , Adolf Hitler, n'apparaît pas sur la première de couverture. vignette|Le Talmud de Babylone, dont le texte est entouré de nombreuses notes et commentaires L'ouvrage débute par une introduction générale. Puis viennent les 27 chapitres, chacun précédé d'une introduction, qui sont une spécificité de l'édition française. La mise en page est calquée sur l'édition allemande : le texte original au centre de la double-page est entouré de nombreuses notes. Jean Solchany précise : . Cette référence au Talmud est explicite dans l'édition allemandeVoir ce chapitre de la version en ligne..

Contexte de publication a été traduit et publié en 1934 aux Nouvelles Éditions latines, et cette édition continue d'être imprimée. Entre et , se sont vendus, soit plus de par an. Cette traduction est également très facilement lisible et téléchargeable sur internet.

Nouvelle traduction Cette traduction posait plusieurs problèmes : outre les erreurs qu'elle contenait, elle ne tenait pas compte du sens qu'avaient pris certains termes avec l'avènement de la Seconde Guerre mondiale. De plus, les techniques et les contraintes de traduction ont évolué. Olivier Mannoni explique : .

Après qu'Olivier Mannoni a réalisé une première traduction du texte en 2015 jugée trop littéraire, elle fait l'objet d'une refonte intégrale en collaboration avec l'équipe d'historiens. Le but est de rendre compte de la nature confuse et répétitive du texte.

Commercialisation La publication du livre était prévue pour 2020, mais la pandémie de Covid-19 et le premier confinement la reportent.

Par sa nature polémique, la publication de l'ouvrage a fait l'objet d'une organisation particulière. Au moment de sa sortie, le livre n'est disponible que sur commande, et ne s'est ainsi pas retrouvé dans les vitrines ou les rayons des librairies. Il est offert aux bibliothèque qui en font la demande. Le prix élevé du livre, , est choisi délibérément dans le but pour restreindre sa diffusion. Les bénéfices issus des ventes sont intégralement reversés à la .

Réception

La simple idée d'une réédition de l'ouvrage d'Adolf Hitler suscite de nombreuses réactions. Celles-ci ont notamment eu lieu à l'aune du passage de l'ouvrage dans le domaine public en 2016 Publication de Mein Kampf, dans Le Nouveau Rendez-vous, France inter, , . Outre cela, les projets d'éditions allemand et français ont fait face à de nombreuses réactions et critiques en amont et a posteriori de leur parution.

Avant la publication Alors que le projet d'une édition critique française de est annoncé dans la presse, notamment par un dossier du magazine Livres Hebdo, Jean-Luc Mélenchon réagit dans une lettre ouverte adressée à Sophie Hogg-Grandjean, publiée sur son site web le . Il se dit opposé au projet, fut-il une édition critique établie par des historiens, et ce malgré le fait que le texte tombe dans le domaine public. Il rappelle aussi que Fayard avait en son temps édité l'ouvrage : .

En réponse, Christian Ingrao — qui participe à la conception du livre —, publie trois jours plus tard une lettre ouverte dans Libération dans laquelle l'historien répond aux arguments avancés par l'homme politique. Le lendemain, le journal publie un entretien avec Johann Chapoutot, membre du premier groupe de travail de l'ouvrage. Il revient sur les raisons pour lesquelles il a quitté le projet. Il donne aussi son avis et affirme :

Les historiens Tal Bruttmann, Johann Chapoutot, Eric Fournier, André Loez et Gérard Noiriel publient dans Le Nouvel Obs du une tribune encouragent la publication de l'ouvrage, à la condition que celui-ci soit disponible en ligne et gratuitement. Ils estiment qu'un « probable succès de librairie » pourrait redonner de la visibilité à l'ouvrage, et posent la question de la destination des bénéfices issus des ventes « qui pourraient être conséquents ». La publication gratuite en ligne leur paraît être « la meilleure solution, adaptée qui plus est aux modalités nouvelles du travail de recherche et d’enseignement ».

En , Andreas Wirsching, directeur de l', défend l'idée d'une édition critique du texte dans la revue Esprit.

En , Nicolas Patin et David Gallo organisent une journée d'étude sur le thème « La réception de Mein Kampf en France ».

Après la publication La publication de l'ouvrage le fait l'objet d'une large couverture médiatique.

Le titre donné au livre a posé question. La mention de Mein Kampf a été placé dans le sous-titre, et le nom de son auteur, Adolf Hitler, n'est lui pas présent sur la première de couverture, où les directeurs de publication, Florent Brayard et Andreas Wirsching, apparaissent comme les auteurs. Le choix du titre Historiciser le mal a fait l'objet de critiques de la part de certains historiens, comme ou , qui estiment que ce choix évite de faire face au sujet. Le mal étant davantage un concept moral et théologique qu'historique, aurait trouvé pertinent de mettre le mot entre guillemets. Cette dernière analyse est contestée par la philosophe Susan Neiman, auteur d'un livre sur le mal.

Le prix élevé, choisi pour dissuader et limiter l'achat, est perçu par Sonia Combe comme .

Notes et références

Notes

Références

Voir aussi Bibliographie

Ouvrages

Articles

Articles connexes

Mein Kampf Fonctionnalisme (histoire) Intentionnalisme Institut d'histoire contemporaine Nouvelles Éditions latines

Liens externes

L'utile déconstruction de "Mein Kampf", édito politique sur France inter, . Éditer Hitler : comment désarmer le passé ? Avec Sophie de Closets, Florent Brayard et Antoine Vitkine, L'invité(e) des Matins, France Culture, .

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