vignette|La bourse d'Amsterdam, construite par Hendrik Petrus Berlage en 1903.|231x231pxL'architecture aux Pays-Bas comprend l'histoire de l'architecture dans le territoire actuel des Pays-Bas, excluant de fait la Belgique, souvent intégrée dans la dénomination de Pays-Bas. Le caractère propre de l'architecture néerlandaise a longtemps été nié, pourtant la richesse de la création architecturale des Pays-Bas du Moyen Âge jusqu'à nos jours prouve le contraire. L'architecture des Pays-Bas présente jusqu'au d'importantes similitudes avec celle de la Flandre puisque ces deux territoires disposaient d'une culture commune jusqu'à la Renaissance. Cependant, la Hollande protestante, commerçante, pastorale et libre depuis le ne ressemble pas à la Flandre catholique, industrieuse et longtemps soumise à l'étranger. Plus concrètement, contrairement à l'architecture flamande, l'usage de la pierre dans la construction aux Pays-Bas a toujours été limité puisqu'elle n'est présente qu'en très faible quantité sur le territoire, poussant les néerlandais à s'accommoder d'une architecture majoritairement de brique, employée jusque dans le pavage des routes.

Si l'architecture néerlandaise ne peut être réduite à un style particulier, elle se distingue par son esprit pratique et son rejet du superflu, caractère développé du fait du contexte très particulier dans lequel cette architecture s'inscrit, étant donné que les Pays-Bas sont constamment menacés par les flots, que les Néerlandais ont su dompter grâce à leur ingéniosité et leur l'esprit d'innovation. Élie Faure écrivait ainsi dans son Histoire de l'art (tome paru en 1920) sur le rapport que les néerlandais entretenaient avec leur pays : « Ils ont lutté dix siècles pour s'emparer de ses boues, bâtir sur elles, relever leurs villes qui s'effondrent dans les tourbières ou qu'un raz de marée noie dans la vase et le sable mouvant. La vie leur fut trop dure, et maintenant elle est trop bonne à vivre pour qu'ils cherchent hors de ses aspects quotidiens l'éducation intellectuelle qu'elle peut donner à ceux qui vivent dans la liberté, l'oisiveté, les excitations passionnelles des pays méridionaux et que tourmentent les besoins d'une imagination laissée à elle-même ou la volonté torturante d'en réprimer les excès. ».

Moyen Âge central et tardif

Architecture romane vignette|L', datant du . De source écrite, il est certain que des églises de pierre ont été édifiées dès le début du à Maastricht mais celles-ci ont disparu depuis longtemps. Il subsiste cependant certains exemples des églises carolingiennes élevées aux Pays-Bas, à l'image de la basilique Saint-Servais de Maastricht ou encore la chapelle du « Walkhof » de Nimègue.

Les Pays-Bas sont compris à partir de la période romane dans une région architecturale qui s'étend de l'entrée du Rhin dans le défilé près de Bingen jusqu'à son embouchure dans la mer du Nord, dénommée la région Bas Rhin-Meuse, aujourd'hui partagée en quatre États, mais formant au Moyen Âge une unité artistique. L'architecture romane couvre une période allant du milieu du jusqu'à la fin du environ (le gothique s'étant imposé plus lentement dans les Pays-Bas septentrionaux).

Dans le territoire néerlandais, il subsiste notamment comme édifice important l', constituant le dernier exemple bien conservé de basilique romane à colonnes dans la région Bas Rhin-Meuse. Les espaces de cette église sont élevés, et les colonnes à chapiteau carré sont élancées, ce qui imprime une forte impression sur le visiteur. Il existait également à Utrecht une église romane, dédiée à Sainte-Marie, qui était particulièrement importante. Aujourd'hui disparu, cet édifice était à tribunes et voûtes en travées doubles avec des ogives rectangulaires, et présentait des similitudes avec des églises lombardes. Ainsi, l'architecture néerlandaise du Moyen Âge ne présente pas encore de singularité affirmée, elle est surtout soumise aux influences régionales. La basilique Notre-Dame-de-l'Assomption de Maastricht est un monument important de style roman, sous influence allemande. Cette dernière se traduit par des avant-corps plus développés et la présence de tours occidentales.

Architecture gothique Architecture religieuse vignette|La cathédrale de Bois-le-Duc.|293x293pxL'architecture gothique, née au milieu du , est d'origine française, mais les néerlandais surent l'adapter aux spécificités géographiques et culturelles de leur territoire. Durant la période gothique, la structure des édifices religieux tendait alors se simplifier, et peu de grandes constructions étaient alors réalisées (malgré des exceptions telles que la cathédrale d'Utrecht commencée en 1254 ou encore la cathédrale de Bois-le-Duc commencée en 1280). L'ornementation tendait également à se réduire, cela étant en grande partie lié à l'emploi presque exclusif de la brique dans l'architecture ainsi qu'à l'esprit sobre et réaliste qui régnait aux Pays-Bas septentrionaux, par ailleurs sous influence allemande.

C'est à partir de l'époque des ducs de Bourgogne (Pays-Bas bourguignons) qu'une architecture plus imposante voit le jour, mais, du fait de la prédominance de la brique, elle ne s'enorgueillit généralement pas de sculptures. Cependant, la monumentalité intérieure des églises hollandaises était bel et bien recherchée, malgré la simplicité de leur aspect extérieur.

Le Nord des Pays-Bas (ainsi que le Danemark par ailleurs) entretenait constamment des échanges avec la côte ouest de la France en raison du développement du commerce maritime. Ainsi, ces mêmes églises de brique presque dénuées d'ornements s'inspirent généralement des modèles angevins, dont les caractéristiques sont une nef à vaisseau unique, des travées carrées et des voûtes d'ogive bombées. Cette influence se retrouve par exemple dans l'église cruciforme de Stedum dont l'abside présente de très importantes similitudes avec celle de la cathédrale d'Angers. La présence d'un chevet carré, de fenêtres géminées se retrouve également à Zuidbroek, à Noordbroek, ou encore à Winschoten. L'influence franco-flamande très présente aux Pays-Bas (septentrionaux) est souvent teintée de particularités locales ; cette influence est très lisible à la cathédrale d'Utrecht, dont la finesse des sculptures des chapiteaux et des modillons révèle ces inspirations. vignette|La cathédrale d'Utrecht. Toutefois, les bâtisseurs de cathédrales néerlandais ne se contentaient pas d'imiter les modèles méridionaux, mais tentaient bel et bien de les surpasser, et à défaut de pouvoir les égaler en taille, c'est par la richesse du décor que les constructeurs exprimaient cette rivalité. C'est ainsi que la cathédrale Saint-Jean de Bois-le-Duc, reconstruite à partir des années 1370 par son passage d'église paroissiale à collégiale en 1366, tente d'assimiler les apports des modèles du que sont les cathédrales d'Amiens et de Cologne en y incluant un décor foisonnant s'inscrivant, dans la dernière tranche des travaux, dans le gothique flamboyant (le chevet appartenant encore au gothique rayonnant). Cette cathédrale eut une influence remarquable sur d'autres églises de la région, décelable notamment dans les collégiales Saint-Pierre de Louvain et Sainte-Waudru de Mons, construites respectivement à partir de 1400 et de 1450. Certaines originalités distinguent certaines églises des Pays-Bas septentrionaux, à l'exemple de la Nieuwe Kerk de Delft, dont le chœur, construit de 1453 à 1476, comprenant une claire-voie dont les arcades sont occupées sur les deux tiers par des niches, à l'origine partiellement masquées par un remplage. Une autre singularité émergera lors de l'interprétation par les bâtisseurs néerlandais de la formule du clocher unique proéminant qui était alors caractéristique du gothique germanique. En effet, les tours néerlandaises sont couronnées par un édicule octogonal, et non par une flèche dont le modèle ajouré était particulièrement apprécié dans les provinces plus orientales de l'Empire. C'est la cathédrale d'Utrecht qui donnera le ton, par son clocher érigé à partir du , dont l'incidence sera sensible lors de la construction de la tour de Notre-Dame de Breda de 1468 à 1509. Cette dernière est de plus ornée d'un bulbe en bois, remplacé en 1702 par un bulbe de forme différente. Mieux encore, nombreuses sont les tours conçues dès l'origine comme des blocs quadrangulaire, l'absence de flèche ou d'édicule octogonal ne signifiant pas un inachèvement.

En dépit de l'adoption de la formule flamboyante à la cathédrale de Bois-le-Duc, les Pays-Bas se singularisent aux et par le relatif rejet des innovations décoratives et architecturales du gothique flamboyant, préférant s'en tenir au modèle de l'église rayonnante encore tout à fait adapté au programme exigé par les commanditaires. Cette méfiance à l'égard de cette nouvelle manière de bâtir, qui transgressait les anciennes règles par son extravagance, explique la persistance du style rayonnant alors même que l'Europe entière (exception faite de l'Angleterre) avait adopté le gothique flamboyant dont les excès ne tarderont pas à être critiqués avec virulence par les précurseurs de la Renaissance florentine.

Les hallenkirche, sanctuaires germaniques, influencent grandement les bâtisseurs gothiques néerlandais, dans la construction d'églises rurales disposant d'une nef à trois vaisseaux de hauteur égale, de voûtes d'ogive consolidées par des liernes (ayant bien souvent un rôle plus ornemental que structurel) ainsi qu'un chevet simple, sans déambulatoire. Ces petites églises présentent des ressemblances avec les modestes églises romanes de la Frise, nommées terpen, juchées sur des buttes.

Sculpture sur bois Etant donné que de nombreuses églises virent le jour durant la période gothique, il fallut les orner de statues religieuses. Ces dernières, fabriquées en bois et dont les néerlandais tout comme les flamands s'étaient fait une spécialité, étaient exportées en France, en Allemagne et en Scandinavie. C'est aux et que cet art connut son apogée. Les statues étaient le plus souvent polychromes, mis en couleurs par des peintres véritables, leurs traits étaient parfois relevés avec de la feuille d'or. Claus Sluter, né vers 1350 à Haarlem, étaient l'un des rares sculpteurs à exécuter des œuvres originales et personnelles ; il influença grandement la sculpture occidentale du Moyen Âge tardif. , provenant d'Utrecht, était également un sculpteur de renom.

Architecture civile vignette|255x255px|L'hôtel de ville de Middelbourg de style gothique flamboyant, construit de 1452 à 1520. Le développement des villes a entraîné la construction d'un nombre important de halles, de beffrois, de greffes et d'hôtels de ville, dignes représentants de la richesse et de l'orgueil d'une commune. Les dimensions des hôtels de ville aux Pays-Bas méridionaux et septentrionaux étaient imposantes à la fin du Moyen Âge et comportaient bien souvent un beffroi qui constituait alors un symbole de l'acquisition des libertés communales. Leur ornementation gothique foisonnante ne différait pourtant pas de celle des cathédrales construites à la même époque. L'hôtel de ville de Middelbourg, construit au et dont le beffroi mesure 55 mètres de haut constitue un bel exemple d'hôtel de ville gothique. Les gildehuis (maisons de guildes) pouvaient associer alors les fonctions communales, symbolisées par le beffroi, avec les fonctions corporatives et marchandes, bien qu'il soit plus fréquent dans les Pays-Bas septentrionaux de voir un édifice spécialement employé comme maison de corporation, à l'instar du Waag d'Amsterdam, qui était originellement une porte de ville.