L'Hôtel-Dieu de Québec est un hôpital située dans le Vieux-Québec, dans l'arrondissement La Cité-Limoilou, à Québec. Fondé le sous le nom d'Hôtel-Dieu du Précieux Sang par les Augustines de la Miséricorde de Jésus à la demande et grâce à une dotation de la duchesse d’Aiguillon, nièce du cardinal de Richelieu, il est le plus ancien établissement hospitalier au nord du MexiqueLe premier hôpital en Amérique du Nord serait l’, dont Hernán Cortés ordonne la construction en 1519 à Mexico, mais n’aurait ouvert ses portes qu’en 1524, bien que l’unanimité ne soit pas faite sur cette date.

Hôpital de soins, d’enseignement et de recherche, l’Hôtel-Dieu de Québec se distingue aujourd’hui comme un établissement de pointe dans les secteurs de l’oncologie et de la néphrologie au Québec..

Histoire

Le Père Paul Le Jeune, S.J. vignette|gauche|Portrait du P. Le Jeune.

Chassés de la Nouvelle-France après la chute de Québec aux mains des frères Kirke en 1629, les Jésuites y retournent trois ans plus tard après que le traité de Saint-Germain-en-Laye (1632) ait rendu à la France sa colonie et, pour un temps, « l’Église canadienne sera missionnaire »., avec à sa tête le père Paul Le Jeune, S.J. de 1632 à 1639. C’est lui qui, en 1634, exprime le besoin d’un hôpital pour soigner les autochtones et les quelques colons qui s’y trouvent.

C’est en pensant surtout aux autochtones que le père Le Jeune demandait la venue à Québec de religieuses hospitalières. « S’il y avait ici un Hôpital il y aurait tous les malades du pays, & tous les vieillards, pour les hommes nous les secourerons, selon nos forces, mais pour les femmes il ne nous est pas bien seant de les recevoir en nos maisons », écrit-il.. L’institution souhaitée était en effet moins destinée aux Français qu’aux autochtones, « sujets à de grandes maladies, et qui n’avaient aucun moyen d’adoucir la misère dont ils étaient accablez surtout dans leur extrême vieillesse »....

« L’élan mystique qui traverse la France dans les premières décennies du coïncide avec le mouvement colonisateur », et il n’est pas étonnant que plusieurs religieuses d’ordres et monastères manifestent un vif intérêt pour le projet du jésuite. Toutefois, les conditions matérielles pour l’établissement de religieuses et l’aménagement d’un monastère-hôpital à Québec sont à toutes fins utiles inexistantes. Le père Le Jeune lance alors nouvel appel mais cette fois il s’adresse aux personnes « capables de supporter financièrement l’entreprise ». La réponse est venue de la cour de France..

La duchesse d’Aiguillon vignette|Portrait de la duchesse d'Aiguillon.

La duchesse d'Aiguillon, mariée à au marquis de Combalet, selon la volonté de son oncle, le cardinal de Richelieu, devient veuve à ; elle ne se remarie pas et emploie presque toute sa fortune à soulager les pauvres et à fonder des établissements de charité. À seulement, elle est déjà très engagée à ces fins. Elle est notamment la principale fondatrice de l'hôpital Général de Paris (futur hôpital de la Pitié-Salpêtrière), rappelle l’historien Henri-Raymond Casgrain..

Sous la conduite spirituelle de saint Vincent de Paul, promoteur et initiateur de nombreuses œuvres de charité et marquée par sa lecture des Relations des Jésuites, notamment celle de 1635 du Père Le Jeune (voir le passage des Relations qui fut pour la duchesse un « trait de lumière ».), la duchesse prend conscience de l’importance des missions canadiennes dans l’histoire de l’Église.. Le portrait physique et spirituel de la duchesse d'Aiguillon a été habilement brossé par Henri-Raymond Casgrain..

En 1636 en effet, la duchesse d’Aiguillon « se résolut de fonder à ses dépens un Hôtel-Dieu. Et, pour réaliser cet ambitieux projet, elle choisit de faire appel aux Religieuses hospitalières de l’ordre de Saint-Augustin, dites alors Filles de la Miséricorde, installées au monastère de Dieppe (Elles portent aujourd’hui le nom de Religieuses de la Miséricorde de Jésus). Le Cardinal de Richelieu, son oncle, voulut entrer dans la bonne œuvre, & jusqu’à leur mort ils eurent l’un et l’autre une affection singulière pour cette maison, ils donnerent quinze cent livres de revenu au capital de 20000. liv. à prendre sur les coches et carosses de Soissons qui leur appartenoient, le contrat fut passé le »..

Le décrit la « jonction des quatre facteurs » qui ont amené la duchesse à exécuter son œuvre : « (…) l’esprit de charité de la duchesse, son influence à la cour par le biais de son oncle, le cardinal Richelieu, sa connaissance de la Nouvelle France grâce aux Jésuites et le rôle essentiel de l'Hôtel-Dieu de Dieppe, un des établissements prééminents en France ».

L’historien québécois Henri-Raymond Casgrain rappelle que « la faveur inouïe dont commençait à jouir le cardinal-duc de Richelieu devait naturellement rejaillir sur sa nièce. Elle fut appelée à la cour et nommée dame d'atours de Marie de Médicis, régente au nom du roi Louis XIII. Le cardinal eut toujours pour sa nièce une singulière affection, parce qu’elle avait comme lui l’âme noble et généreuse, l’intelligence des grandes et belles choses, le sens et le goût des arts..

En , le roi Louis XIII accorde des lettres patentes pour l’établissement de l’hôpital et mentionne explicitement les motifs religieux de la duchesse. Il y aura aussi un second contrat en 1640 où ces mêmes motifs seront énoncés. Dans sa lettre à Marie Guenet de Saint-Ignace, a.m.j., première supérieure de l’Hôtel-Dieu de Québec, la veille du départ pour Québec des trois Augustines, la duchesse d’Aiguillon écrit clairement que l’Hôtel-Dieu devra être « dédié à la mort et au Précieux Sang du Fils de dieu répandu pour faire miséricorde à tous les hommes et pour lui demander qu'il l’applique sur l’âme de Monseigneur le Cardinal Duc de richelieu, et celle de Madame la Duchesse D'aiguillon et pour tout ce pauvre peuple... »...

La duchesse obtient de la Compagnie des Cent-Associés« En 1627, le cardinal de Richelieu confie à la Compagnie des Cent-Associés un monopole sur la traite des fourrures en échange d'un engagement à coloniser la Nouvelle-France. » Lire à ce sujet le « Régime des compagnies à charte (1627-1662) » une concession de sept arpents dans l’enclos où on avait commencé à bâtir Québec et un fief de soixante arpents dans la banlieue, entre Cap-Rouge et le coteau Sainte-Geneviève, ce terrain qu’on avait désigné sous le nom de Sainte-Marie (Casgrain ). Elle envoya, en 1638, « quelques-uns de ses gens pour en prendre possession en son nom, défricher le terrain et jeter les bases du futur monastère-hôpital..

Une fondation missionnaire et laïque

L’Hôtel-Dieu est donc une fondation missionnaire mais néanmoins laïque. « Cette pratique des fondations est déjà très ancienne, souligne l’historien François Rousseau. Un bienfaiteur immobilise un capital et en affecte le revenu au soutien perpétuel d’une œuvre, qu’elle soit civile ou religieuse. En France, bien des hôpitaux - comme celui de Beaune (1443) -, bien des léproseries médiévales ont été établies sur ce modèle, précise-t-il. Dans tous les cas, l’intention derrière est de perpétuer la mémoire du fondateur, mais aussi, quand il est mû par des motifs religieux, de contribuer à son salut. C’est ce que dit le contrat de 1637..

« À la fin du , plus de vingt fondations étaient sorties du monastère des Hospitalières de Dieppe : Vannes, Fougères, Auray, Carhaix, Eu, Lannion, Tréguier, Guingamp et Château-Gontier.

Traversée et arrivée des trois Augustines

Les mères Anne Le Cointre de Saint-Bernard (), Marie Forestier de Saint-Bonaventure-de-Jésus () et Marie Guenet de Saint-Ignace (), qui deviendra la première supérieure de l’Hôtel-Dieu de QuébecLes âges des trois religieuses sont celles précisées par Mère Jeanne-Françoise Juchereau de Saint-Ignace, auteure de l’« Histoire de l’Hôtel-Dieu de Québec », Paris, 1888. Dans certaines sources secondaires, ces âges varient d’une année pour chacune. Ainsi, François Rousseau, dans son ouvrage « La croix et le scalpel », cité en bibliographie, écrit : « La plus âgée a , la plus jeune 22, peut-être 24 ». Dans la biographie consacrée à Marie Guenet, citée en bibliographie, on lit : « Elles sont âgées respectivement de 29, 28 et ». Et le site Web des Augustines au Québec indique également ces âges. Pour les fins de cet article, on retient les âges précisées dans la source historique primaire de Jeanne-Françoise Juchereau ; les années de naissance, de décès et du départ de Dieppe semblent confirmer ce choix. De plus, Le Dictionnaire généalogique de Tanguay, cité en bibliographie, donne des dates de naissance et de décès crédibles, et l’âge d’Anne Le Cointre, ou Lecointe, serait bel et bien de 28 et non , quittent familles et amis, et leur monastère de Dieppe, établi depuis 1285, le , à destination de Québec.

Malgré ces adieux, elles ne dissimulaient pas leur enthousiasme face au défi qui les attendait, ainsi que le raconte mère Jeanne-Françoise Juchereau. :

Accueil des Héroïnes thumb|Armoiries des Augustines de la Miséricorde de JésusDescription héraldique : Blason : parti : au , d'or à l'olivier de sinople feuillé et fruité ; au , d'azur à une main d'argent mouvante d'une nuée de flanc sénestre du même, tenant un cœur de gueules enflammé d'or. Timbre : une couronne de branches d'olivier à huit fleurons de feuilles et de fruits du même arbre. Cimier : le monogramme IHS surmonté d'une croix. Soutiens : deux branches d'olivier entrelacées. Devise : Qui coronat te in misericordia / Qui te couronne de miséricorde — Voir aussi : Le Blason de l’Ordre des Augustines - et Blason des Augustines de la Miséricorde de JésusL’origine des armoiries des Augustines de la Miséricorde de Jésus demeure obscure mais se situe probablement à l’époque ayant précédé l’approbation, en 1666, des Constitutions de la congrégation par Monseigneur François de Harlay, Archevêque de Rouen. Ainsi, la Préface des Constitutions de 1666 évoque le symbole héraldique de l’olivier, élément important des armoiries : « La Congrégation de la Miséricorde de Iesvs, ayant comme un Olivier fructueux en la Maison de Dieu, pris racine, et tiré son Origine du Monastère des Religieuses Hospitalieres de Dieppe (…) ». Quant aux origines des religieuses hospitalières elles-mêmes, la Préface retrace une histoire qui remonte à 1195 pour conclure qu’« il est très-asseuré qu’elles sont establies avant l’an 1285 », Constitutions de la congrégation des religieuses hospitalières de la miséricorde de Jésus, de l’ordre de Saint-Augustin.

Après une traversée très difficile et périlleuse de trois mois à bord du vaisseau amiral Saint-Joseph, commandé par le capitaine Jacob Bontemps, elles doivent débarquer le à l’Île d’Orléans, en face de Québec, en raison d’une marée et d’un vent défavorables. Elles y passent la nuit sous la tente et, aux premières heures du lendemain matin, , le gouverneur de la Nouvelle-France, Charles Jacques Huault de Montmagny, y dépêche une « chaloupe pavoisée » pour les amener dans la capitale, où elles sont accueillies par les acclamations des notables et du peuple, et saluées par « plusieurs décharges de canon ».. L’historien François-Xavier Charlevoix ajoute, pour sa part, d’autres détails sur ce qui est manifestement une grande fête populaire : « Le jour de l’arrivée de tant de Personnes si ardemment désirées fut pour toute la Ville un jour de Fête, tous les travaux cesserent, & les Boutiques furent fermées. Le Gouverneur reçut ces Héroïnes sur le Rivage, à la tête de ses Troupes, qui étaient sous les armes, & au bruit du canon : après les complimens, il les mena, au milieu des acclamations du Peuple, à l’Église, où le Te Deum fut chanté, en actions de graces ».