La seconde conquête de la Franche-Comté ou la conquête définitive de la Franche-Comté est l'épisode comtois de la guerre de Hollande. Elle débute le et se termine le avec la prise du château de Sainte-Anne. Elle oppose la France au Comté de Bourgogne alors possession des Habsbourg d'Espagne et membre du Saint-Empire. Au terme d'une campagne de 9 mois, la France, par les traités de Nimègue met fin à la guerre et parvient enfin à annexer la Franche-Comté.

Les causes extérieures de la guerre Après la guerre de Dévolution (1667-1668), Louis XIV croit devoir se débarrasser de la Triple-Alliance de La Haye de 1668, et surtout des Provinces-Unies s'il veut continuer à conquérir les territoires espagnols (selon lui-même l'héritage de son beau-père Philippe IV). De plus, malgré les tarifs douaniers français très protectionnistes de 1664 et 1667, les Hollandais sont de redoutables concurrents pour les marchands et fabricants français. Une victoire sur la Hollande permettrait de réduire le problème. Aussi Louvois, qui depuis 1670, dirige le secrétariat d'État à la guerre pousse dans cette direction. La guerre contre les Provinces-Unies doit lui permettre de montrer au roi ses talents d'organisateur, voire de s'imposer face aux brillants chefs de guerre comme Condé et Turenne. De plus, le fait que la république protestante laisse notamment éditer des médailles moquant le monarque catholique est pour ce dernier une atteinte à l'honneur français.

Les français avaient dû restituer le comté de Bourgogne pourtant conquis en 2 semaines lors du Traité d'Aix-la-Chapelle (1668).

Contexte Comtois

Contexte après la première conquête de 1668

Le pays est totalement désorganisé. Des émeutes, parfois meurtrières, éclatent dans les plus grandes villes : le peuple accuse ses parlementaires d'avoir livré la province aux Français. L'Espagne, furieuse que la Franche-Comté ne se soit pas défendue, ne nomme dès lors plus que des non-Comtois au poste de gouverneur. Le gouverneur don Geronimo de Quinones reçoit l'ordre de Madrid d’interdire tout poste à haute responsabilité aux Comtois. En effet lors de la guerre de Dévolution, le comté de Bourgogne, fatigué et usé par la guerre précédente, n'avait pas opposé une grande résistance aux Français. L'Espagne doute de la fidélité des Comtois, doute qui sera démenti plus tard par une attitude de résistance parfois même désespérée comme à Faucogney..

Le complot du marquis de Listenois En réaction à cette interdiction, le marquis de Listenois, qui est partisan d'une annexion française, fomente un coup d'état pour prendre le pouvoir.. Le complot est organisé dans une auberge de Besançon, mais celui-ci est ébruité et les conjurés doivent fuir.. Le marquis de Listenois s'enfuit avec les officiers et aristocrates qui l'accompagnent, dans l'actuel Jura, pour espérer ensuite gagner la France via la Bresse. Mais à Lons-le-Saunier il parvient à rallier la population et à se constituer un groupe de combattants d'environ 400 hommes, dont une bonne partie sont des paysans en armes. La Comté s'ébranle à la nouvelle du coup d'état manqué ; certains secteurs comme Dole, Conliège ou Courlaoux s'insurgent contre leur garnison espagnole, d'autres au contraire, comme Besançon, s'indignent de la tentative de complot. Le le gouverneur du comté publie un appel au peuple l'invitant à lutter contre le marquis de Listenois et une partie de la noblesse qui s'est révoltée. Cette déclaration fédère alors la population qui décide de soutenir son gouverneur et la cause espagnole.

La bataille de Saint-Lothain vignette|Claude Prost de Lacuzon Le capitaine Lacuzon, partisan d'une Comté espagnole, est à ce moment-là en poste au château de Sainte-Anne. Il recrute à tout-va, pour grossir les rangs de son bataillon. Il est résolu à combattre et à stopper l'armée rebelle. Il est rejoint par un régiment de cavalerie espagnole commandée par un officier des Pays-Bas, le colonel Jean-François de Massiet. Lacuzon et de Massiet se mettent alors en mouvement pour Poligny et cherchent en tout hâte à rattraper les rebelles. Le , un nouvel édit du gouverneur somme les conjurés de se séparer sous peine d'être attaqués. Affolé par l’édit prononcé contre lui, le marquis de Listenois fait retraite vers la France. Mais, apprenant très vite qu'il était poursuivi, il décide de faire volte-face pour affronter ses poursuivants en les prenant de vitesse. Mais alors qu'il fait halte à Saint-Lothain avec sa troupe, pour se reposer le , il est surpris par les troupes comtoises et espagnoles de Lacuzon et battu.Le marquis de Listenois ainsi que les quelques fidèles qui ont pu s'enfuir avec lui, parviennent à regagner la France.. Ils se verront accorder un commandement au sein de l'armée française qui attaquera l'année suivante. Listenois participera notamment au siège de Vesoul avec les français.. La victoire aura un retentissement important et sera célébrée jusque dans les Pays-Bas espagnols. Lacuzon entre définitivement dans la légende à la suite de cette bataille et deviendra le symbole de la résistance anti-française.

Conséquences et préparatifs à la guerre Côté comtois, l’événement va définitivement faire pencher les Comtois pour le parti espagnol et la population résistera héroïquement à l'attaque française dans de nombreuses villes comme à Salins, Besançon ou Arbois. Même si l'opinion publique reste fortement divisée, une majorité semble encore soutenir la domination espagnole. Mais les gouverneurs espagnols se montrent autoritaires et exigeants : ils pressentent le retour imminent des Français et s'évertuent à force d'impôts de relever les fortifications. Le le gouverneur Quinones jugé trop conciliant par Madrid, est démis de ses fonctions et remplacé par Fransisco d'Alveida.

Déjà, dès les premiers jours de des rumeurs de guerre se répandaient avec pour effet de donner une impulsion plus vive aux travaux de rétablissement des fortifications. Le nouveau mayeur de Dole, ordonne que tous les habitants, même les ecclésiastiques , soient astreints à participer aux travaux. Ce zèle était inutile, car en ce moment-là il n'entrait pas dans les projets du gouverneur espagnol en cas de guerre, de défendre Dole, sérieusement. L'ennemi qui s'était montré du côté de Jonvelle s'arrêta sur la frontière, et la province en fut pour les frais assez lourds faits pour levée des milices, qui avaient été assemblées à Besançon.

Le un soldat français est surpris en flagrant délit de reconnaissance militaire du terrain.Le , dans une réunion du Magistrat, il est question de l'ordre du gouverneur de lever la milice pour le . Le vicomte-maïeur Bonnot. propose d'envoyer "des commis auprès du seigneur marquis de Saint-Martin pour lui faire serment et reconnaître la juste et légitime domination de S.M. et lui garantir qu'ils sont résolus d'employer leur vies et leurs biens à lutter contre les Français.. Le le gouverneur des Pays-Bas espagnols, le comte de Monterrey, déclare la guerre la France, entraînant sa province et la Franche-Comté jusqu’à présent neutre, dans la guerre.

L'armée alliée en Franche-Comté

La chaîne de commandement Au début de l'année 1674, le commandement allié est réparti comme suit: 20x20px Gouverneur Juan Domingo de Monterrey 20x20px Gouverneur Francisco González d'Alveida, commandant en chef de l'armée alliée 20x20px Maréchal de camp Charles-Henri de Lorraine-Vaudémont Commandant en second de l'armée alliée 20x20px Colonel Sigismond d'Este de Borgomanero, commandant le secteur de Dole 20x20px Colonel Jean-François de Massiet, commandant le bailliage d'Amont 20x20px Colonel Guillaume de Pontamougeard, commandant le secteur de Salins 20x20px Colonel Paul-François de Saint-Mauris commandant la ville de Besançon 20x20px Colonel Jacques-Antoine de Maisod, commandant le secteur de Saint-Claude 20x20px Colonel François Chappuis, commandant initialement le secteur de Vesoul, envoyé ensuite à Salins 20x20px Colonel Albert-Eugène de Lullin, commandant le secteur de Lons-le Saunier 20x20px Colonel Philippe Merceret de Méronna, commandant le secteur d'Arbois 20x20px Colonel Prosper-Ambroise de Precipiano, Commandant des forts du secteur de Besançon 20x20px Sergent-Major André de Riverol, commandant la ville de Pesmes 20x20px Capitaine Francisco de Ravira, commandant la ville de Faucogney 20x20px Capitaine Claude Balland commandant le fort de Saint-Anne 20x20px Capitaine Claude de Mâcon d'Esboz, commandant le secteur de Vesoul 20x20px Capitaine Claude Prost de Lacuzon, commandant le secteur de Mont sous Vaudrey 20x20px Capitaine Camille de Féruffin, commandant le secteur de Luxeuil 20x20px Capitaine Antoine Poly de Saint-Thiébaud, commandant le secteur d'Orgelet 20x20px Capitaine Miland Paponet de Raumont, commandant la ville de Poligny

Les troupes alliées On dénombre environ 10 000 soldats comtois dont la moitié seulement sont des militaires de métier. L'autre étant des miliciens.

On trouve environ 2200 soldats espagnols composés essentiellement d'éléments de cavalerie.

Enfin environ 1 millier d'impériaux sont disséminés en plusieurs petites garnisons à Dole, Gray, Salins et Besançon.

L’armée française

La chaîne de commandement Au début de l'année 1674, le commandement français est réparti comme suit:

20x20px Louis XIV 20x20px François Michel Le Tellier de Louvois 20x20px Philippe de Montaut-Bénac de Navailles 20x20px Sébastien de Vauban, 20x20px Jacques Henri de Durfort 20x20px Henri-Jules de Bourbon-Condé 20x20px Philippe de Lorraine 20x20px François de Montmorency 20x20px François d'Aubusson de la Feuillade 20x20px François de La Mothe-Villebert d'Aspremont 20x20px Louis de Clermont d'Amboise de Renel

Déroulement du conflit

Un début de guerre favorable aux comtois (12 Octobre 1673 - 11 février 1674) vignette|Dijon au XVIIe siècle

Offensives comtoises en Bourgogne et en Champagne (novembre 1673) En , le conseil de guerre de Bruxelles lance préventivement des raids en Bourgogne et en Champagne dirigés par l'officier wallons, le colonel de Massiette. Ce dernier avec 1400 hommes se rue sur la Bourgogne et s'empare de Mirebeau puis pille et capture tout sur son passage. Le il parvient aux portes de Dijon où la population est terrifiée, et dont les vieilles murailles ont été réparées à la hâte. Au terme d'une résistance opiniâtre, la cité bourguignonne va tenir. L'armée comtoise était essentiellement composée de jeunes recrues non-aguéries qui s'enfuirent au contact du feu. Malgré l'échec à Dijon, cette offensive est un succès: le secteur entre Gray et Dijon est entièrement pris et pillé. Une nouvelle offensive est lancée sur le sud de la Champagne à Fayl-Billot: la ville et son secteur est prise, c'est à nouveau un succès. Les raids seront même poussés jusqu'aux remparts de Langres, terrorisant les habitants de la cité.

Les Français contre-attaquent aux environs du sur les villes de Saint-Amour et Lons le Saunier et prennent Courlaoux mais leur offensive est repoussée par le peuple comtois et les Français doivent battre en retraite. Lacuzon souhaite saisir l'occasion pour poursuivre l'armée française en retraite et la détruire, mais son supérieur le marquis de Lullin, officier comtois pro-français, refuse sèchement et lui donne l'ordre de tenir sa position.

Combats dans le nord-est et massacre d'Arcey (décembre 1673 - février 1674)