Édouard Pfeiffer, né à Paris le et mort à Laplume le , avec mention marginale du décès à Laplume en 1965., est un avocat, un homme politique, un journaliste et un homme d'affaires français.
Personnalité de second plan du Parti radical-socialiste, il est surtout actif dans l'entre-deux-guerres, au sein de cabinets ministériels, de différents réseaux, de ce parti politique qu'il a fini par quitter en 1935 par anticommunisme, du monde de la presse. Des sources le présentent comme un espion, lié notamment aux Cinq de Cambridge.
Biographie Les débuts Né en 1890, Édouard Pfeiffer est l'un des trois enfants d'Albert Pfeiffer, expert-comptable, et de Pauline Ochs,. Docteur en droit de l'Université de Paris en 1911, il devient avocat. Il est juif. Jean Montigny, Heures tragiques de 1940 – La Défaite, Paris, Grasset, 1941 (Montigny, ancien radical, le présente comme l'un des avant la guerre, par opposition aux Juifs qu'il juge bellicistes..
Il est mobilisé durant la Première Guerre mondiale et est décoré de la croix de guerre,. Il séjourne en Autriche et en Hongrie en 1920 ; le quotidien Excelsior publie ses impressions ,.
Membre et pilier depuis l'avant-guerre de la Conférence Molé-Tocqueville, pépinière de futurs hommes politiques et lieu de formation à l'art oratoire, et en son sein de la Gauche démocratique réunissant des jeunes hommes de gauche (radicaux, radicalisants, républicains socialistes, aile gauche de l'Alliance démocratique).Gilles Le Béguec, Robert de Jouvenel éducateur, dans G. Le Béguec, Christine Manigand, Henry, Robert et Bertrand de Jouvenel : crises et métamorphoses de l'État démocratique (1900-1935) : actes du colloque du 26 janvier 2001, Presses universitaires de Limoges, 2004, . Il fait aussi partie du groupement d'études diplomatiques, économiques et sociales (GEDES), formé en 1921 pour de jeunes étudiants ou anciens étudiants, il en est l'un des secrétaires après la guerre , l'un des vice-présidents ensuite et il la préside en 1926, au moment de son cinquantenaire. Il adhère ensuite à l'association des anciens présidents de la conférence, constituée en 1933, et participe à ses diners, aux côtés de convives d'horizons politiques divers, d'avocats, de magistrats et de journalistes,.
Cadre du parti radical-socialiste En , il intègre le bureau du comité exécutif du parti radical, soit l'instance suprême de ce parti de centre-gauche : il est secrétaire,,. Il intègre dans la foulée un cabinet ministériel : il est nommé chef-adjoint du ministre des pensions, Louis Antériou mais ce ministre n'est en place que quelques semaines.
La même année, il rejoint l'Entente internationale des partis radicaux, dont il va devenir le secrétaire général adjoint. Cette organisation internationale a été fondée en 1924, dans le contexte de l'arrivée au pouvoir du Cartel des gauches. Elle est présidée par Fernand Bouisson puis à partir de 1927 par le Danois Ivar Berendsen. Les Français y jouent un rôle majeur. Ils sont membres du parti radical mais aussi des républicains-socialistes et des socialistes indépendants ; ils sont tous partisans de , de la politique étrangère favorable à la Société des Nations (SDN). Les radicaux, au rôle moteur, sont représentés à son bureau par les députés Émile Borel (vice-président puis secrétaire général), Paul Bastid (trésorier) et Adrien Berthod (vice-président). L'activité de l'Entente se traduit par des réunions annuelles, un congrès et une réunion du comité directeur. L'Entente a une section française, le comité français de coopération démocratique internationale, présidé par Bouisson puis par Borel. Pfeiffer en est son secrétaire général ; il a remplacé Félix Bouffandeau, secrétaire général du parti radical et cofondateur de l'Entente, décédé (discours de Borel lors du congrès du parti radical, présentant l'Entente),.Des journaux radicaux le présentent parfois comme le secrétaire général de l'Entente : . Pfeiffer a été choisi car il est polyglotte - il parle 12 langues -, s'intéresse à la politique étrangère et a séjourné dans plusieurs pays européens ; il a mené auparavant plusieurs missions en Europe pour le compte du gouvernement : une mission du ministre du commerce en 1922 en Finlande, dans les pays baltes et en Roumanie, un séjour en Pologne en 1923 avec la mission économique.
Il cumule à partir de ces deux fonctions avec celle de secrétaire général du parti radical-socialiste ; Édouard Daladier, nouveau président, le fait nommer à ce poste lors du congrès annuel du parti, afin de dynamiser et de moderniser ce parti. Il démissionne cependant en , à la suite d'une décision de Daladier lui interdisant d'aller soutenir à Narbonne le candidat radical, opposé au dirigeant socialiste Léon Blum. C'est que Pfeiffer n'est pas partisan de la tactique de l'union des gauches voulue par Daladier, lui préférant l'alliance avec les partis du centre et du centre-droit (la ), et devient un adversaire de ce dernier. Il devient au congrès de l'un des vice-présidents (non-parlementaires) du parti radical. Il a pu participer à des réunions politiques en province,,,. À Paris, il participe aux débats d'actualité du Club du Faubourg,,,.
Il reste un temps secrétaire général du comité français de coopération démocratique internationale et il continue de participer aux congrès de l'Entente,,,. Il participe ainsi au congrès de Sofia en 1933 et à celui de Londres en 1935.. Il continue à s'y intéresser après sa démission du parti radical alors que l'Entente décline. Il donne ainsi un compte-rendu dans la presse du sommet de l'Entente internationale des partis radicaux qui se tient au Luxembourg en 1937..
Il donne quelques articles à des quotidiens d'information dans la première moitié des années 1930 : Le Petit Parisien, sur l'Allemagne en 1930, sur les revendications allemandes sur le territoire de Memel en 1934, Le Petit Journal, en 1932. Il donne aussi des articles à la revue L'Europe nouvelle en 1934-1935, ,. Et à des journaux radicaux comme La Volonté d'Albert Dubarry en 1929-1930 ou L’Ère nouvelle, sur des questions portant sur le parti radical et ses luttes intestines . Il collabore plus longuement au quotidien de la mouvance radicale La République d'Émile Roche ; il est secrétaire général de ce quotidien au début des années 1930. Il salue dans un article en 1932 la volonté d'Édouard Herriot, président du conseil radical, de signer un pacte de non-agression avec l'URSS . Il avait déjà plaidé en 1930 : . Séjournant en Allemagne en - c'est alors son séjour dans ce pays - , il en ramène une enquête, publiée dans La République. Peu perspicace, il y annonce E. Pfeiffer,,,.Il a déjà séjourné dans ce pays en juin, en ramenant des articles : .
C'est un homme d'affaires fortuné, administrateur de compagnies d'assurances. Il passe pour un agent des compagnies d'assurances, chargé de distribuer leurs fonds de publicité au sein du parti radical. Il est aussi administrateur de sociétés coloniales ayant des intérêts en Indochine, notamment à partir de 1931 la Compagnie saïgonnaise de navigation et de transport et les Manufactures indochinoises de cigarettes, fondées en 1929, ou la Société indochinoise d'électricité, à partir de 1932. Il a séjourné à titre privé en Indochine en 1930 ; il en a tiré des articles.
En , il est nommé directeur du cabinet de Guy La Chambre, sous-secrétaire d'État à la présidence du Conseil, , . En , il intègre le cabinet d'Édouard Daladier, alors Président du conseil et ministre de la guerre, en tant que chargé de mission,. Quelques mois plus tard, il devient sans doute à la demande de Daladier le co-directeur de Notre Temps, de Jean Luchaire. Cette revue se transforme alors en quotidien, notamment grâce aux fonds secrets attribués par le gouvernement pour que Notre Temps appuie sa politique. Il est plus attentif que Luchaire au danger allemand depuis l'arrivée au pouvoir d'Hitler et plus rétif au désarmement. Il rompt avec Luchaire en sur la question de la réduction des armements français, préconisée par ce dernier, et quitte Notre Temps. Selon Luchaire, Pfeiffer aurait versé environ au journal entre juin et .
Pfeiffer est conscient du danger que l'Allemagne d'Hitler fait peser sur la France et sur l'Europe dans ses articles publiés dans La République en 1934 et 1935. .
Il prend des positions hétérodoxes au sein du parti radical. En , lors de son congrès de Clermont-Ferrand, au lendemain de l'affaire Stavisky et de l'émeute parisienne du 6 février, il critique l'emprise de la franc-maçonnerie au sein du parti, ce qui choque les partisans de Camille Chautemps, pontife radical et franc-maçon , et la Ligue des droits de l'homme, trop inféodée aux socialistes à son goût. Il affirme qu'il n'a jamais été franc-maçon. En 1935, par anticommunisme, il dénonce la participation à venir des radicaux au défilé du aux côtés des , prélude à la formation du Front populaire. Isolé, il démissionne publiquement du partiJean Vigreux, Histoire du Front populaire: l'échappée belle, Tallandier, 2016. Il signe ensuite quelques mois plus tard un appel aux côtés d'autres radicaux dissidents comme André Grisoni demandant aux radicaux de ne pas s'associer aux communistes.
Le radical dissident anticommuniste
Il poursuit sa collaboration à La République d'Émile Roche après sa démission. Roche fait partie de l'aide droite du parti radical et est hostile aux communistes. Pfeiffer y publie des articles à la suite de ses séjours à l'étranger, comme en Afrique du Sud , au Royaume-Uni, en 1936 et en 1937, à l'occasion du couronnement du roi George VI , 12, 11, 10 et 9 mai 1937. Il y écrit des articles antisoviétiques et anticommunistes,,, par exemple à l'occasion de la fusillade de Clichy en 1937 . Cité par Jacques Nobécourt, Le colonel de La Rocque, Fayard, 1996, . Il adresse une lettre aux radicaux-socialistes vantant l'action de Daladier et affirmant que sur le danger communiste . Il y publie aussi des articles pacifistes ,,,, mais conscients de l'impérialisme allemand et après 1936 de la , . Après les accords de Munich de 1938, il salue l'action de Daladier, du ministre des affaires étrangères Georges Bonnet et de Camille Chautemps et demande des comptes aux tenants français du . Il ne publie plus d'articles par la suite, jusqu'en ; il répond alors à une polémique qui l'accuse d'avoir été en relation avec Otto Abetz, ce qu'il nie , .
Il publie quelques articles en 1936-1937 dans un quotidien plus marqué à droite, Le Matin, notamment à propos de la propagande communiste en Indochine . Il collabore aussi au quotidien Le Capital de Jules Perquel à partir de 1936. Ce journal, fondé comme hebdomadaire en 1913, s'est transformé en quotidien en 1922. Il vit de la publicité financière occulte. Pour améliorer son image, il publie des articles d'hommes politiques, rétribués en fonction de leur importance et de leur notoriété .
Il est un temps vice-président d'un Parti radical français, formé à la suite d'un appel en d'André Grisoni, ancien député et ancien vice-président du parti radical, et rassemblant des radicaux dissidents anticommunistes, 11 décembre 1936,,,. Il quitte ce parti fin lorsque certains de ses dirigeants veulent adhérer au Front de la liberté voulu par le chef du Parti populaire français, Jacques Doriot, et composé de partis de droite et d'extrême droite. .
À la fin des années 1930, la gauche du parti radical accuse Pfeiffer d'être devenu le conseiller écouté du colonel François de La Rocque, dirigeant d'un parti de droite, le Parti social français (PSF), l’agent de liaison entre l’aile droite du parti radical (en particulier Georges Bonnet) et le PSF.