La colonne votive de Lisieux est une colonne d'époque romaine découverte lors des travaux de reconstruction de la ville de Lisieux, en France. Elle se situe dans le centre-ville détruit pendant les bombardements de la ville lors de la bataille de Normandie.
La colonne porte à la fois des inscriptions et des scènes figurées, ce qui fait la spécificité de ses fragments. Les conditions de la découverte et l'état de conservation des reliefs, tout comme les partis-pris de reconstitution, ne sont pas sans poser des problèmes d'identification et d'interprétation. L'identification comme ne fait pas l'unanimité, du fait de la difficulté d'identifier à un type d'édifice particulier ce genre de colonne connu dans différents contextes.
Le monument est cependant estimé comme relevant d'un selon le docteur en histoire romaine Elisabeth Deniaux. En effet, c'est la seule représentation d'une scène religieuse issue de la Rome antique conservée dans l'espace de l'actuelle Normandie connue au début du . Après avoir été remonté dans un square, sur le site de l'actuelle médiathèque de la ville, l'édifice est depuis la fin des années 1980 conservé dans l'église Saint-Jacques désaffectée.
Histoire Antiquité Généralités : Lisieux dans l'Antiquité vignette|gauche|alt=Carte des territoires des capitales de cités des peuples gaulois sous le Haut-Empire-romain|Localisation du territoire des Lexoviens au Haut-Empire romain.
Le peuple gaulois des Lexoviens est mentionné par Jules César à l'occasion du massacre de sénateurs en dans leur principale place-forte, peut-être l'oppidum du Castellier situé à au sud-ouest de la ville. Les sont mal connues. Les Lexoviens sont sous une autorité locale, une oligarchie est présente. Le peuple est allié aux Vénètes et aux Unelles. La ville a une fonction économique, son nom () signifiant « nouveau marché » ; en effet, le site occupe une position sur un axe commercial.
vignette|alt=plan général de Lisieux à l'époque romaine|Plan de Lisieux antique et localisation des vestiges connus : le site de la colonne est au .
La ville antique possède un plan orthonormé et utilise l'espace au mieux selon les contraintes du terrain, avec un axe nord-sud, le , et un axe est-ouest, le large de . L'apogée de la ville se situe dans la seconde moitié du . L'ancienne ville de Lisieux possède un port sur la Touques ; elle est bordée en outre par l'Orbiquet. Un vaste sanctuaire étendu de à se trouve au Vieux-Lisieux sur la commune de Saint-Désir.
vignette|gauche|alt=Photographie de la muraille du Bas-Empire romain en bas et du Moyen Âge à droite|Fragment de la muraille du Bas-Empire.
Le centre de la ville antique est mal connu, cependant les spécialistes estiment que les secteurs de l'actuelle cathédrale ou celui du site de l'actuelle médiathèque sont privilégiés. Les fouilles préalables à la construction de la médiathèque ont permis de dégager une galerie d'une longueur supérieure à , peut-être un élément du reconstruit au milieu du . D'autres recherches au amènent à penser à un édifice à galerie supérieure de de longueur. Certains édifices de la ville ont pu avoir une .
La ville subit des raids francs et saxons au et certains édifices sont incendiés. La cité subit un repli de son activité économique et se contracte, se réduisant autour d'un de sur . La construction du a nécessité au minimum ou de matériaux. Trois portes percent alors le rempart. De nombreux édifices antérieurs ont été utilisés comme carrières de pierres afin de mener à bien cette construction.
Secteur de découverte et datation des vestiges Un bâtiment gallo-romain est découvert à proximité de même qu'. Le site est , situé entre la ville basse industrieuse et la ville monumentale. Les vestiges ont été retrouvés non loin du et de l'Orbiquet.
Le site de la colonne domine l'ancien cours de l'Orbiquet.
Même si le fouilleur émet immédiatement l'hypothèse d'une colonne votive, celle-ci a pu être un élément d'un édifice plus important, portique ou colonnade d'une comparable à celle de la maison au grand péristyle de Vieux-la-Romaine. La colonne appartient à un grand monument, portique ou autre monument commémoratif. En 1857 en effet, le long du , sont dégagés un édifice à colonnes, un bassin d'un aqueduc urbain et un nymphée d'une superficie de à .
vignette|gauche|alt=Vue de dalles d'une voie romaine à l'intérieur d'un bâtiment moderne|Portion de voie romaine conservée dans l'actuelle médiathèque de Lisieux.
Raymond Lantier date les vestiges du , plus précisément entre 225 et 250. Claude Lemaître évoque pour sa part le second quart du . Dans un ouvrage des années 1990, le monument est relié également à des édifices datés du . Elisabeth Deniaux précise la datation, le style est daté selon elle du milieu du . Les représentations sont proches selon Raymond Lantier de celles présentes sur le mausolée de Neumagen.
Claude Lemaître fait un parallèle entre la colonne de Lisieux et la porte Noire de Besançon datée de 172-180, avec un décor au . La colonne peut être datée du règne de Marc Aurèle car la cité lexovienne connaît de grands travaux à compter des années 160. La colonne pourrait aussi être datée de la dynastie des Sévères.
Les vestiges n'ont pas été retrouvés dans l'enceinte du Bas-Empire selon Claude Lemaître, même si elle est très proche, contrairement à ce que pense François Cottin qui évoque un monument . Le même auteur évoque une construction par deux personnages, peut-être des , sur l'ordre du Sénat local, à la suite des destructions. La date de construction est selon lui postérieure à la construction de l'enceinte du Bas-Empire. Cette hypothèse doit cependant désormais être rejetée.
Redécouverte et mise en valeur Fausse piste, la relation avec des vestiges retrouvés au Des éléments liés à la colonne selon Paul-Marie Duval et Georges Huard ont peut-être été dégagés au , en 1618-1619 : quatre bas-reliefs sculptés sur sont dessinés par Nicolas-Claude Fabri de Peiresc. Selon Georges Huard, il est que la trouvaille constitue la base du monument. Hercule et Mercure sont figurés sur deux des côtés du bloc. Peiresc, qui n'a pas vu le bloc de (soit ) selon une source du , sur un feuillet a écrit , en effet un habitant de Lisieux Marin Bourgeoys lui avait envoyé les dessins. Au milieu du , Louis Dubois évoque un bloc figurant Jupiter, Vénus et Mercure.
L'hypothèse, tentante, doit être écartée selon Claude Lemaître, car le bloc retrouvé au est sculpté sur ses quatre faces alors que la colonne est placée contre un mur ; la base de l'édifice devait donc être sculptée sur seulement trois côtés. Claude Lemaître émet donc l'hypothèse que Lisieux comportait deux colonnes commémoratives ou votives.
Découverte de vestiges à la faveur de dégagements postérieurs à la seconde guerre mondiale vignette|alt=Vue d'une ville en ruines avec quelques édifices à l'arrière-plan|Le centre-ville de Lisieux après les bombardements alliés des 6 et . Les vestiges sont dégagés place Victor-Hugo à l'occasion de travaux de reconstruction de la ville, durement touchée par les bombardements lors de la bataille de Normandie. Une autre source indique une découverte sous la place de la Résistance.
Les fragments de la colonne sont trouvés et approximativement vers la rue aux Fèvres en 1947. Les déblaiements des gravats sont surveillés par François Cottin (1903-1977.), Lexovien membre de la Société des antiquaires de Normandie et de la Société historique de Lisieux. François Cottin note dès 1957 dans une monographie consacrée à la ville dans l'Antiquité l'importance du monument car seul connu dans la région. Patrice Lajoye localise la découverte place Charles-de-Gaulle. Claude Lemaître la localise à l'angle de la place Charles-de-Gaulle et de la rue de la Résistance. Les vestiges sont retrouvés .
Des éléments de , reconnus dans les dégagements après 1945, sont malheureusement perdus. Les fouilles de la nécropole Michelet, au début des années 1990, permettent de dégager un fragment de colonne pourvu d'une sculpture de masque et réutilisé comme sarcophage.
Reconstitution et mise en valeur vignette|gauche|alt=Vue d'une église ancienne située en haut d'un escalier et avec un clocher en ardoises|L'ancienne église Saint-Jacques. vignette|alt=Groupe de sculptures rassemblées dans un édifice ancien|Fragments lapidaires gallo-romains conservés dans la Halle Saint-Jacques en 2022. L’œuvre est reconstituée dans les années 1960 à partir des travaux de François Cottin et en ajoutant des éléments, une base et deux tambours. La base reconstituée mesure sur .
La colonne est remontée initialement rue du Pont-Mortain, dans le square André-Malraux, site de la médiathèque actuelle de la ville, en 1965, avant d'être déplacée dans l'église Saint-Jacques vers la fin des années 1980. La colonne y est encore conservée au début du avec d'autres éléments lapidaires gallo-romains dégagés sur le site de l'hôpital de Lisieux.
Description Description générale La hauteur totale de l'édifice a été estimée à et la colonne avait un diamètre d'environ . Les colonnes de ce genre comportaient deux bases superposées, dotées de représentations de divinités ou d'une inscription.
Le monument comportait initialement six tambours et le chapiteau outre son socle, selon Claude Lemaître. Trois tambours (deux selon Patrice Lajoye) de la colonne sont retrouvés. Ces tambours mesurent respectivement pour un diamètre de pour l'un, pour un diamètre de pour l'autre et pour un diamètre de pour le dernier.
Un chapiteau corinthien à feuilles d'acanthe a été retrouvé. Ce chapiteau est considéré comme de par Claude Lemaître. La base de la colonne est attique selon François Cottin. Il y avait peut-être deux bases superposées.
Le monument est en pierre calcaire originaire des environs de Lisieux. Deux tambours sont en calcaire corallien, de la pierre de Caen, et celui portant le chapiteau corinthien est constitué d'oolithe. La différence de matériau peut se justifier selon François Cottin du fait de la plus grande facilité pour sculpter le chapiteau à l'aide d'un trépan.
La partie arrière des tambours n'est pas taillée sauf sur une bande verticale large de , donc l'édifice était en appui contre un mur d' sauf le chapiteau terminal. François Cottin évoque un emplacement contre l'enceinte.
Hypothèses sur le sommet de la colonne vignette|gauche|alt=Scène d'une mosaïque figurant une colonne surmontée d'une statue avec deux personnages à proximité|Scène de la mosaïque de Saint-Romain-en-Gal.
Le monument est peut-être surmonté d'une statue disparue, comme pourrait en témoigner une mortaise sur le chapiteau. Cependant la mortaise est peut-être un vestige du chantier de la réalisation de la sculpture. Aucun élément de cette statue n'a été retrouvé.
vignette|alt=Vue d'une colonne antique surmontée d'une statue ans une rue actuelle|Colonne à l'anguipède située dans l'actuelle ville d'Arlon, en Belgique.