Le Maître de Ballantrae () est un roman d'aventures de l'écrivain écossais Robert Louis Stevenson.
L'auteur commence à l’écrire dans les Adirondacks, durant l’hiver 1887, alors qu’il vient de relire The Phantom Ship de Frederick MarryatJean Echenoz, « La nuit dans les Adirondacks », in , écrivain de la mer, des conflits familiaux et du statut social. Le récit paraît tout d'abord dans la revue américaine Scribner's Magazine, sous forme d'un feuilleton en douze épisodes, de à . La publication de l'œuvre en volumes, sous le titre (« Le Maître de Ballantrae : un conte d'hiver »), a lieu le Date de l’édition Cassel and Company, Londres, Paris, New York, Melbourne. L’édition américaine de Charles Scribner’s Sons paraît le lendemain, 21 septembre. Sumner & Stillman. La date du 20 septembre 1889 est, dans le livre, celle de l’ouverture du paquet contenant le manuscrit de MacKellar, p. 29 de l’édition « folio classique »..
Résumé En Écosse, au , au manoir des Durrisdeer, vivent les deux frères Durie : James, le MaîtreLe terme « Maître » (« » en anglais) est le titre porté par le fils aîné dans certaines familles écossaises. de Ballantrae, l'aîné de la famille, est un libertin calculateur, ambitieux, immoral, mais charismatique et respecté ; Henry, le cadet, est quant à lui modéré, plus vertueux, mais injustement mal-aimé.
En 1745, le pays est plongé dans une guerre civile opposant les jacobites, partisans du prétendant Jacques François Stuart, à l’armée du roi en place, George II. Par opportunisme, James souhaite soutenir la cause des rebelles, malgré l'avis contraire de son père et de son frère. Ces derniers pensent qu'en tant qu'aîné, il devrait rester au manoir afin de montrer sa fidélité au roi George ; et que c'est plutôt à Henry de s'engager auprès des jacobites. James scelle son destin et celui des Durrisdeer en allant malgré tout combattre aux côtés du prince Charles. Le , la célèbre bataille de Culloden voit l’écrasement de la rébellion jacobite et James est présumé mort. Ayant en fait survécu, le Maître conçoit alors une haine féroce à l'encontre de Henry, auquel il reproche sa disgrâce et la spoliation de ses biens. Dès lors, et tout au long de son existence, James n'aura de cesse de persécuter son frère. Au début, Henry endurera toutes les humiliations. Puis il finira dévoré par cette même haine qui anime son frère. L'ultime confrontation se terminera tragiquement, au cœur de la forêt sauvage des Adirondacks.
Thèmes Six ans après la publication de L'Île au trésor (, 1883) et trois ans après celle de L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde (, 1886), Stevenson reprend ici tous les thèmes ayant contribué au succès de ces deux ouvrages. Les prénoms des deux frères ennemis forment un hommage de la part de Stevenson à son grand ami, l'écrivain Henry James.
Publication L'édition originale contenait ce que Stevenson qualifia lui-même de « bourde inconcevable », d'« exagération à faire frémir Hugo ». En effet, à l'issue du duel entre les deux frères (chapitre V), Mrs Henry enfonçait jusqu'à la garde l'épée de son mari dans le sol gelé. Dans une lettre adressée à Marcel Schwob, Stevenson demande au traducteur de corriger ce passage afin de le rendre plus plausibleLettre à Marcel Schwob (Sydney, 19 janvier 1891, in The Letters of Robert Louis Stevenson, Volume 2, Chapter XI)..
Accueil critique Après L’Étrange Cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde qui l’a consacré en 1886, Stevenson publie cinq livres d’un retentissement moindre, donnant à penser que son talent décline. Le Maître de Ballantrae est salué comme un brillant retour : on retrouve le suspense et l’exotisme de L’Île au trésor, la complexité psychologique de Dr Jekyll et Mr Hyde, et surtout un remarquable art de la construction du récitAlain Jumeau, « Notice », in Robert Louis Stevenson, op. cit., p. 342.. Peu connu du grand public, ce livre contiendrait, selon les critiques, les scènes les plus puissantes jamais écrites par Stevenson. Le Maître de Ballantrae est généralement considéré comme le chef-d’œuvre de son auteur — exception faite des derniers chapitres, que la critique anglaise a dénoncés pour faibles et invraisemblables. Jean Echenoz parle d’une « fin splendidement mal foutue [...] pleine de rustines et de chevilles narratives ». Jean Echenoz, id., p. 331.. The Times estime que peu de livres approchent à ce point de la perfection. Henry James partage cet enthousiasme, affirmant dans une lettre à l’auteur que ce « pur joyau » lui aurait procuré « l’émoi le plus intense » de sa vie littéraireCité par Jean Echenoz, id., p. 330..
André Gide se plaint d’avoir du mal à en achever la lecture : « Curieux livre, où tout est excellent, mais hétérogène, au point qu’il semble la carte d’échantillons de tout ce où peut exceller Stevenson ». Il dit relire Le Maître de Ballantrae lors de son voyage au Congo.
Certains critiques dénoncent le côté sombre du livre, parfois à la limite du morbide. D’autres, au contraire, sont sensibles à la dimension nouvelle que confère au roman d’aventures l’apport du tragique.
Bertolt Brecht souligne l’extraordinaire originalité de la narration. Par exemple, le personnage central (le Maître de Ballantrae) nous est surtout connu par le témoignage d’une personne qui lui est profondément hostile (l’intendant MacKellar, narrateur principal). Autre originalité, on sait qu’un roman d’aventures vit exclusivement de la sympathie que le lecteur éprouve pour l’aventurier. Or, ici, la sympathie est très péniblement acquiseBertolt Brecht, Berliner Börser-Courier, 19 mai 1925..
Enfin, le cheminement du narrateur ne laisse pas les critiques indifférents. À la première page de son récit, l'intendant MacKellar affirme écrire dans le but de réhabiliter Henry, le plus jeune des frères, la victime. Et, en effet, dans la plus grande partie du livre, il prend résolument le parti de Henry : on le voit longtemps batailler, homme de raison, contre l’aveuglement passionnel du père et de l’épouse, subjugués par le criminel. Puis MacKellar se laisse prendre lui aussi, peu à peu, au charme pervers de l’aîné. Et les deux épitaphes qu’il dédie aux deux frères, à la dernière page, ne laissent aucun doute sur la transformation qui s’est opérée en luiAlain Jumeau, « Introduction », dans Robert Louis Stevenson, op. cit., p. 19 et 20.. Comme le dit Michel Le Bris, parlant de la théorie littéraire de Stevenson : « Il ne s'agit pas d'interpréter autrui, mais de manifester l'évidence de son étrangeté, étrangeté constitutive de votre propre mystère. Car vous écrivez toujours sur l'étranger qui est en vous... c'est peut-être même l'étranger qui est en vous qui écrit ! »Recueilli par Thomas Régnier, « Stevenson et Le Bris », 6 août 2001, sur parutions.com..
Adaptations Sur les écrans Le roman a été adapté au cinéma en 1953 dans le film américano-britannique Le Vagabond des mers (The Master of Ballantrae), réalisé par William Keighley, avec Errol Flynn dans le rôle-titre. Il a été adapté pour la télévision française (ORTF) par André Josset. Réalisé par Abder Isker, ce téléfilm en deux parties avait pour principaux interprètes Georges Descrières, Paul Guers, Maurice Chevit et Christiane Minazzoli. Sa première diffusion remonte à . On peut se le procurer sur le site de l'Ina. Il a été adapté à nouveau pour la télévision française (TF1) en 1990. Il a fait l'objet d'une production anglo-américaine pour la télévision en 1984, dirigée par Douglas Hilcox, avec Michael York (James), Richard Thomas (Henry) et John Gielguld (Lord Durrisdeer). Antonin Artaud avait projeté en 1929 d'en tirer un film, dont il a rédigé le scénario..
En bandes dessinées Il a été adapté en bande dessinée par Hippolyte à compter de 2006. Le roman paraît en deux tomes chez Denoël Graphic.. Fabien Nury et Renaud Garreta ont adapté le roman de Stevenson dans leur bande dessinée Le Maître de Benson Gate, publiée chez Dargaud, transposant le contexte de l'œuvre à l'Amérique des années 1910-1920 et plaçant les deux frères, Calder (James) et Richard (Henry), en lutte pour un empire pétrolier.
Notes et références
Liens
Catégorie:Roman de Robert Louis Stevenson Catégorie:Roman britannique paru en 1889 Catégorie:Roman d'aventures britannique Catégorie:Roman se déroulant au XVIIIe siècle Catégorie:Roman historique Catégorie:Roman britannique adapté au cinéma Catégorie:Roman britannique adapté à la télévision Catégorie:Roman britannique adapté en bande dessinée Catégorie:Piraterie dans la littérature