vignette|Banderole « Hôpital Dieu fermé, population en danger » à Paris en 2014. vignette|Manifestant hospitalier devant l'hôpital de Trévenans (05 août 2021). vignette|Affichage à l'entrée des urgences de l'hôpital de Voiron (Isère) indiquant un « fonctionnement adapté » c'est-à-dire une fermeture du service, hormis les urgences vitales entre et (juin 2022). vignette|Banderole posée à l'entrée des urgences du CHAI de Saint-Égrève en octobre 2023. La crise hospitalière en France, également dénommée « crise du système de santé français » par la Fédération hospitalière de FranceSite infirmiers.com, article "Crise du système de santé : la FHF demande des mesures urgentes au gouvernement", consulté le 2 juillet 20202, est une crise politique, économique et sanitaire qui secoue la France (depuis les années 1970 ou les années 1980, selon les sources) et qui, selon cette association et d'autres structures syndicales ou politiques, montre des signes d'aggravation depuis le début de la pandémie de Covid-19 survenue dans ce pays au début de l'année 2020. Cet événement est également qualifié de « crise des urgences » par la presse, dont notamment le journal Le Monde qui qualifie le dysfonctionnement de nombreux services d'urgences comme un symptôme supplémentaire de la crise des hôpitauxSite lemonde.fr, article de Camille Stromboni "Crise aux urgences : des fermetures, des grèves et le regret du « temps perdu »", consulté le 26 juillet 2022].. Entre la fin du mois d'octobre et le début du mois de novembre de cette même année, une crise de la pédiatrie hospitalière est également révélée par la presse.

Durant toute l'année 2022, des articles de presse, évoquant la fermeture d'un grand nombre de services d'urgences hospitalières d'hôpitaux publics français et des services pédiatriques, présentent un ensemble de faits, sans précédent, dans le pays, comme la preuve d'une crise majeure du système hospitalier.

De nombreuses reformes se sont pourtant succédé durant les décennies précédentes dont la réforme de la tarification à l'activité (T2A) en 2004 qui s'inscrivait dans un désir politique d'améliorer le système de santé en instaurant une nouvelle forme de financement et de management mais qui n'empêchera pas la crise de s'amplifier.

Contexte actuel

Le , la Fédération hospitalière de France (FHF), présidée par Frédéric Valletoux, publie sur son site un communiqué, indiquant que . Ses représentants ont précisé avoir rencontré, ce même jour la ministre de la santé Brigitte Bourguignon et précisent alertée sur la « situation critique des hôpitaux publics, symptôme de la crise de l’ensemble du système de santé »Site fhf.fr, page "Rendez-vous entre la ministre de la santé et de la prévention et le président de la FHF", consulté le 2 juillet 2022.. Durant l'entretien avec la ministre, le président de la fédération hospitalière précise que la quasi-totalité des établissements hospitaliers enregistre des difficultés pour recruter des infirmiers et des aide-soignants, que ce soit de manière permanente ou ponctuelleSite bfmtv.com article H.G "Crise à l'hôpital: la FHF pointe un quasi manque de soignants dans les établissements de santé, consulté le 02 juillet 2022.. Selon les estimations de cette même fédération, plus de trois millions de séjours hospitaliers n'ont pu être réalisés durant les années 2020 et 2021, en précisant qu'en 2022, « l'activité continue à diminuer à l'hôpital public »Site lequotidiendumedecin.fr, article de véronique Hunsinger "Tensions RH et crise Covid : les hôpitaux accusent un retard de trois millions de séjours sur deux ans, alerte la FHF", consulté le 2 juillet 2022..

Selon les chiffres fournies par la DREES, au , le secteur hospitalier français est constitué de disposant de capacités d’accueil en hospitalisation complète (comptées en lits) ou partielle (donc sans nuitée, comptées en places). En 2019, le secteur hospitalier a pris en charge 11,7 millions de séjours en hospitalisation complète et 17,6 millions de journées en hospitalisation partielle (sans nuitée). À ces prises en charge s’ajoutent 14,2 millions de séances de chimiothérapie, radiothérapie et dialyse, en augmentation de 2,5 % par rapport à 2018 et de 19,3 % entre 2013 et 2019Site drees.solidarites-sante.gouv.fr, "Panoramas de la DREES, Les établissements de santé - édition 2021", consulté le 3 juillet 2022..

En 2020, selon des chiffres fournis par la FHF, le taux d’absentéisme dans les hôpitaux français se situait en moyenne entre 9,5 % et 11,5 %, contre un niveau entre 8,5 % et 10 % en 2019, avant la crise de la Covid-19, confirmant ainsi que la pandémie n'a fait qu'amplifier un phénomène déjà prégnant dans le milieu hospitalier puisqu'en 2019, le pays connaissait un taux d’absentéisme de 5,11 % en 2019 pour l'ensemble des branches professionnelles salariéesSite theconversation.com, article "La gestion de l’absentéisme à l’hôpital public : les effets délétères de solutions trop fragiles", consulté le 3 juillet 2022..

Historique Période 1980 - 2000 Selon un article de l'économiste de la santé Jean-Paul DominSite alternatives-economiques.fr, fiche de Jean-Paul Domin., publiée en 2015, La période qui commence à la fin des années 1970 correspond à une nouvelle façon de penser l’hôpital en transposant le modèle néo-classique de l’entreprise aux structures publiques, entrainant une bureaucratisation plus intense, appuyé par l'autorité de tutelle qui analyse essentiellement le fonctionnement de l'hôpital par une analyse des coûts et une politique de rentabilité. Dans les années 1980, l'idée que les établissements hospitaliers doivent être gérés comme des entreprises commerciales en s’inspirant de méthodes managériales, cette logique étant largement défendue par Jean de Kervasdoué directeur des hôpitaux au ministère de la Santé de 1981 à 1986.

Cet économiste de la santé lance en 1983 le programme de médicalisation des systèmes d'information (PMSI). Ce système n'est généralisé qu'à partir de 1995. C'est à partir de la mise en œuvre du PMSI que la tarification à l'activité est développée. Les réformes mises en œuvre à l'hôpital à partir de la fin des années 1990 s’inscrivent dans un référentiel clairement marqué par la nouvelle gestion publique (new public management), favorisant ainsi l’essor de la contractualisation en occultant les spécificités de l’hôpital public qui ne fonctionne pas uniquement selon un principe marchandSite journals.openedition.org, article de Jean-Paul Domin "Réformer l’hôpital comme une entreprise. Les errements de trente ans de politique hospitalière (1983-2013)", consulté le 6 juillet 2022.

Période 2000 - 2020 vignette|Protestations contre la fermeture des urgences à Saint-Calais (Sarthe) en 2018. À la suite de la mise en œuvre d'un nouveau mode de financement en 2004 et du plan Hôpital 2007, le , les présidents de comités consultatifs médicaux (CCM) des hôpitaux de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) adressent, à la ministre de la Santé une lettre ouverte intitulée Sauver l'hôpital public. Ils dénoncent des « restrictions budgétaires sans objectifs médicaux ni de santé publique clairement identifiés » et les « économies à très court terme et à tout prix », jugeant que la « qualité » et l'« accès aux soins pour tous » allaient « pâtir » de cette réduction des dépensesLoi Bachelot : le risque d'achever l'hôpital public, Le Figaro, 22 août 2008.

Le , la loi HPST, également dénommée « Loi Bachelot », du nom de la ministre de la santé du gouvernement Fillon est promulguéeSite infosdroits.fr, page "Le Directoire dans la fonction publique hospitalière : Présidence et Vice Présidence – composition et fonctionnement – les attributions".. Elle renforce les compétences des directeurs des établissements publics hospitaliers en lui transférant l'essentiel des pouvoirs détenus auparavant par les conseils d'administration. Le texte supprime également le conseil exécutif et le remplace par un directoire qui conseille le directeur de l’établissement dans la gestion et la conduite de l’établissement. Les agences régionales de santé (ARS) sont créées le même jourMichel Tsimaros, Bénédicte Devictor, Stéphanie Gentile Repenser l'hôpital, éditions Michalon, 2019, pages 51-52..

Entre l'automne 2013 et l'hiver 2014, les sages-femmes, soutenues par plusieurs organisations syndicales et associations représentatives, lancent un mouvement de grève qui touchera près de 90 % des maternités de France, lequel s'essoufflera progressivement sans obtenir de réponse véritable à l'ensemble des revendications soutenues par l'ensemble de la corporation entraînant un certain ressentiment à l'égard des pouvoirs publicsSite lexpress.fr, article AFP "Après un an de grève, les sages-femmes fatiguées et écœurées", consulté le 3 juillet 2022..

En , l’interne Sabrina Ali Benali, publie une vidéo sur son compte Facebook dans laquelle elle interpelle la ministre de la Santé Marisol Touraine, à la suite d'un communiqué de la ministre qui évoque un état d'urgence hospitalière dû à l'épidémie de grippe. L'interne rétorque que « C’est tous les jours l’état d’urgence à l’hôpital, Mme Touraine »Site lequotidiendumedecin.fr, article "Calomniée mais confortée, l'interne Sabrina Ali Benali s'explique", consulté le 02 juillet 2022.. Elle publie l'année suivante un livre La révolte d'une interne où elle précise dans la quatrième de couverture Site lettres-it-be.fr, page "La révolte d'une interne. Santé, hôpital : état d'urgence de Sabrina Ali Benali : un scandale en urgence", consulté le 2 juillet 2022.. vignette|gauche|redresse|Philippe Juvin. En , le Philippe Juvin, chef du service des urgences de l'hôpital européen Georges-Pompidou et membre du parti Les Républicains, précise dans un article publié sur le site du Figaro que l'épidémie de grippe de cet hiver a entraîné une nouvelle « submersion des services d'urgences ». Il ajoute que ces services sont de moins en moins capables de faire face à des situations de crise, pourtant prévisiblesSite lefigaro.fr, article de Philippe Juvin "L'épidémie de grippe révèle la crise des urgences à l'hôpital public", consulté le 2 juillet 2022..

À l'occasion d'une question orale du sénateur Sébastien Meurant, publiée dans le Journal Officiel du Sénat du , celui-ci précise que le , le Président de la République déclarait ne plus vouloir fermer d'hôpitaux sans l'accord des maires. mais toujours selon ce sénateur, membre, à l'époque, du groupe Les Républicains, l'année 2020, a enregistré 25 fermetures d'établissements et la suppression de plus de 5 700 lits. Ce fait est confirmé par Michèle Leflon, présidente de la Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité (CNCDHMP), qui évoque dans une interview publiée dans La Gazette des communes, de nombreuses fermetures d'unités hospitalières, notamment dans des petites villes de province.

La réforme « Ma santé 2022, un engagement collectif » concrétisée par l'adoption de la loi relative à l'organisation et à la transformation du système de santé en date du est lancée par la ministre de la santé Agnès Buzyn et qu'Emmanuel Macron qualifiera, moins d'un an plus tard, comme une « erreur de stratégie »

En , le ministère de la Santé français publie un communiqué qui précise que près de 4 200 lits d'hospitalisation complète ont été fermés l'année précédente dans l'ensemble des établissements de santé français, avec cependant la création de plus de 1 800 places d'hospitalisation partielle durant la même période, confirmant ainsi que la priorité a été donnée aux places d'hospitalisation de jour et à l'hospitalisation à domicilesite lexpress.fr "Crise des hôpitaux : près de 4200 lits supprimés en 2018", consulté le 2 juillet 2022.

Période 2020 - 2026