vignette|La Raie verte, Henri Matisse, 1905 Le fauvisme (ou les fauves) est un mouvement pictural né en France au début du . Les artistes de ce mouvement prônent l'utilisation de la couleur, et non du dessin comme il est d'usage dans l'art officiel.
Le fauvisme est caractérisé par la systématisation de formes simplifiées, cloisonnées par des contours très marqués, et l'audace dans les recherches chromatiques. Les peintres ont recours à de larges aplats de couleurs pures et vives, et ils revendiquent un art fondé sur l'émotion. La couleur n'a pas pour ambition d'imiter la nature : la couleur devient un moyen pour l'artiste d'interpréter son sujet, au détriment du mimétisme habituellement recherché dans l'art académique. Les fauves assimilent les leçons de l'impressionnisme et exploitent leur palette. Leur but est de conserver les recherches impressionnistes sur la transcription de la lumière grâce à la couleur. Pour autant, les fauves séparent la couleur de sa référence réaliste à l'objet, afin d'en accentuer l'expression subjective. En ce sens, ils explorent une voie différente de celle des impressionnistes, fondée sur les sensations visuelles. En raison de son utilisation expressive et subjective de la couleur, le fauvisme est proche de l'expressionnisme apparu en Allemagne à peu près au même moment.
Le mouvement du fauvisme en France n'a duré que quelques années. Les chefs de file sont les peintres André Derain, Henri Matisse, et Maurice de Vlaminck.
Un contexte artistique propice
Les recherches autour de la couleur La question de la couleur devient une problématique majeure durant la seconde moitié du .
L'expansion des réseaux et des moyens de transport (maritime et ferroviaire entre autres) offre de nouvelles possibilités aux artistes. Ces derniers voyagent plus fréquemment et plus loin, que ce soit en Europe ou dans le reste du monde connu. De plus, l'invention et la commercialisation des tubes de peinture munis d'un capuchon à vis permet aux artistes de travailler en extérieur plus facilement, et de profiter ainsi des lumières variées et des couleurs des paysages. La peinture hors atelier s'intensifie au cours de la seconde moitié du 19e siècle, dans la lignée des peintres de Barbizon qui ont initié ce mouvement. Une véritable quête de la couleur se met en place pour les artistes relevant de la modernité, afin d'explorer des pistes picturales différentes de celles enseignées par les Beaux-Arts. En effet, l'enseignement artistique officiel prône depuis la fondation de l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture une maîtrise du dessin, considéré alors comme supérieur à la couleur. Les artistes évoluant en marge du système officiel incarné par l'Académie explorent les qualités de la couleur en réponse à cet enseignement.
Ces réappropriations de la couleur sont facilitées par la publication de traités sur la couleur. Les ouvrages existants sont alors dédiés aux phénomènes optiques depuis Newton au 18e siècle. Aussi, il manquait aux artistes des traités sur la couleur dans les arts. En 1840, Michel-Eugène Chevreul alors directeur de la Manufacture de tapisserie des Gobelins s'intéresse aux rendus des couleurs sur les fils de laine. Il publie en 1839 De la Loi du contraste simultané des couleurs, un ouvrage qui traite de la perception des couleurs. En 1867, Charles Blanc publie sa Grammaire des arts du dessin. Architecture, sculpture, peinture, jardins, gravure, eau-forte, camaïeu, lithographie. Cet ouvrage initie entre autres à la manière d'utiliser les couleurs pour les artistes et devient un manuel d'apprentissage important jusqu'à la veille de la Seconde Guerre mondiale.
La mise en place du marché de l'art Au début du , le contexte est propice à l'émergence de réflexions et pratiques esthétiques. Longtemps controversés, les impressionnistes triomphent désormais. Claude Monet multiplie les expositions à Paris et à New-York, et Auguste Renoir est célébré lors du Salon d'automne de 1904. Cette célébrité a été permise grâce au soutien, notamment financier, des marchands d'art. La mise en place formelle du marché de l'art entre la fin du et le début du offre la possibilité aux artistes de vivre de leur production en marge du Salon organisé par l'Académie. En effet, depuis le , la reconnaissance des artistes est l'apanage du Salon, manifestation officielle de l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture. Réussir au Salon permet aux artistes de recevoir des commandes d’œuvres d'art pour le gouvernement et pour des particuliers. Sans cette reconnaissance, les artistes doivent se placer sous la protection d'un mécène, puis au 19e siècle d'un marchand d'art. Les marchands d'art et les galeristes se développent au cours de la seconde moitié du et certains vont être d'importants soutiens financiers pour les artistes, à l'instar de Berthe Weill et de Paul Durand-Ruel.
Les marchands d'art et galeristes soutenant la modernité artistique organisent d'ailleurs des expositions d'art moderne. Les impressionnistes ayant bénéficié de ce soutien triomphent sur la scène artistique et sont à la fois une source d'inspiration pour la nouvelle génération, et un modèle dont ils doivent s'affranchir. Les artistes postimpressionnistes tels que Cézanne, Vincent van Gogh et Gauguin ont commencé à s'émanciper de l'esthétique impressionniste, objectif qui sera poursuivi par cette nouvelle génération incarnée par Matisse et Derain.
Une nouvelle génération d'artistes L'Académie Julian et l'École des beaux-arts sont fréquentées par une nouvelle génération d'artistes tels que Marquet, Rouault, Camoin, Manguin, Dufy, Braque. D'autres se rencontrent et se lient d'amitié au sein de l'académie Carrière, comme Matisse, Puy, Derain, Laprade, ou encore Chabaud.
Salon des indépendants de 1896 Les artistes composant le futur groupe des fauves exposent lors du Salon des indépendants de 1896. A cette occasion, Louis Valtat propose des peintures réalisées à Arcachon durant l'hiver 1895-1896, ainsi que quatre-vingts aquarelles, des dessins et des bois gravés qui comprenaient déjà des caractéristiques du fauvisme : des couleurs pures, des formes simplifiées, des perspectives abolies et des ombres supprimées.. thumb|La baie d'Anthéor par Louis Valtat, vers 1906. De Chatou à Collioure Au début des années 1900, Derain et Vlaminck se rendent fréquemment à Le Pecq et à Chatou pour peindre en plein-air. Leur attachement pour Chatou les incite à y louer un atelier, ce qui sera à l'origine de l'expression école de Chatou :« Peu de temps après notre rencontre et, pour ma part, libéré du service militaire, nous résolûmes, Derain et moi, de louer sinon un atelier, tout au moins un coin tranquille où nous pourrions nous retrouver, remiser notre matériel : toiles, couleurs, chevalets, et travailler. »En 1905, Derain rejoint Matisse à Collioure. La lumière du sud et son impact sur les couleurs sont alors particulièrement recherchés par les artistes en pleine élaboration de leur esthétique. Vlaminck reste à Chatou, probablement pour des raisons financières. En effet, le peintre doit gratter certaines de ses œuvres pour récupérer les pigments., pratique fréquente chez les artistes pauvres.
Le salon de 1905 : l'événement fondateur du fauvisme
Dénomination
Le mot « fauves » est employé pour la première fois par Louis Vauxcelles à l'occasion du Salon d'automne de 1905. Ce Salon a pour ambition de faire découvrir au grand public l'impressionnisme et ses prolongements, en marge des Salons officiels qui se tiennent au printemps.Dans un article sur cet événement publié le dans Gil Blas, le journaliste décrit le salon pièce par pièce. La salle VII contient dix œuvres d'Henri Matisse, chef de file du mouvement, neuf d'André Derain et cinq pour chacun des autres, Maurice de Vlaminck, Albert Marquet, Charles Camoin, Henri Manguin, Marc Chagall. Exposés pour certains ailleurs dans le Salon, Raoul Dufy, Kees van Dongen, Othon Friesz, Jean Puy, Jules Flandrin, Jacqueline Marval, Auguste Chabaud, Georges Rouault ou encore Georges Braque appartiennent au mouvement ou lui sont liés.
Cette salle fait scandale :
Salle archi-claire, des oseurs, des outranciers, de qui il faut déchiffrer les intentions, en laissant aux malins et aux sots le droit de rire, critique trop aisée. […] Au centre de la salle, un torse d'enfant et un petit buste en marbre d'Albert Marque, qui modèle avec une science délicate. La candeur de ces bustes surprend au milieu de l'orgie des tons purs : Donatello chez les fauves....
Louis Vauxcelles évoque ici un buste d'enfant sculpté par Albert Marque situé au centre de la pièce. Le traitement classique de cette sculpture a donné l'idée à Vauxcelles de la comparer avec l'art de Donatello. Ce sculpteur emblématique de la Renaissance italienne est reconnu pour son traitement des lignes souples, voire douces. La comparaison a ainsi pour but de suggérer un décalage entre la sculpture blanche et la profusion colorée des toiles des fauves. Cette expression fit fortune et fut utilisée pour définir ce mouvement de fauvisme.
Pour Matisse, l'appellation fauvisme n'est qu'"une étiquette propagée par les critiques et rien de plus", suggérant la connotation péjorative de sa création.
Matisse, chef de file malgré lui ? Matisse serait à l'origine de ce mouvement, en raison de son enthousiasme prononcé pour la couleur et pour la matière. En effet, Vauxcelles dit à propos du peintre : « Il a du courage, car son envoi - il le sait, de reste - aura le sort d'une vierge chrétienne livrée aux fauves du Cirque. M. Matisse est l'un des plus robustement doués des peintres d'aujourd'hui, il aurait pu obtenir de faciles bravos ; il préfère s'enfoncer, errer en des recherches passionnées, demander au pointillisme plus de vibration, de luminosité. » Le critique reconnaît ainsi le talent de l'artiste, tout en soulignant les conséquences d'une trop grande liberté dans les recherches esthétiques qui ne correspondent pas forcément aux normes établies par les institutions. La comparaison du martyre chrétien suggère ainsi cette pression sociale sur la voie à suivre des artistes pour être accepté par le public.
Matisse s'attache à lui seul à développer en profondeur certaines données du fauvisme, notamment lorsque ses compagnons de la première heure abandonnent la nouvelle esthétique pour retourner à des conceptions plus traditionnelles. L'influence de Matisse se constate autant en France qu'à l'étranger, sur sa génération autant que sur les suivantes. C'est sous la conduite de Matisse et aussi sous l'influence de Van Gogh que les futurs fauves (Vlaminck, Derain, Manguin…) expriment dans leurs envois au Salon d'automne un farouche et virulent enthousiasme pour les joies dynamiques des tons les plus crus.
Principaux membres
Le style fauve
Les sources
Les acquis de l'impressionnisme Plusieurs influences communes peuvent être reconnues dans les œuvres de ces artistes. Vers 1900, un retour de la couleur s'avère inévitable. Les conceptions lumineuses du « pleinairisme » ensoleillé des impressionnistes ont été des leçons assimilées par les nabis.
Les couleurs cristallines impressionnistes sont également reprises, notamment par Manguin, dont la palette est dominée par des tons jaunes et orangés lumineux. Raoul Dufy, quant à lui, reprend fréquemment le thème de la Rue Montorgueil de Monet, dans ses au Havre ou Rue pavoisée. Le déploiement des drapeaux en travers de la rue est prétexte au déploiement de la couleur, ce que Monet avait déjà remarqué, et que Marquet avait utilisé la même année ( au Havre). Néanmoins, la composition, avec les lignes des drapeaux qui s'entrecroisent, est très novatrice.
Pointillisme