Lorraine Guay est une militante de gauche, féministe et souverainiste québécoise, née à Verdun le et morte à Montréal le .
Infirmière, organisatrice communautaire et intellectuelle autodidacte, Lorraine Guay milite pour de nombreuses causes sociales. Pendant plus de soixante ans, elle se distingue notamment par son engagement en faveur de la justice sociale, des droits des femmes et de la souveraineté du Québec. Elle participe également à de nombreux projets de recherche scientifique et publie nombre d'articles et d'ouvrages à portée sociologique.
Biographie Jeunes années et formation Contexte familial Lorraine Guay naît à Verdun le , puis déménage avec sa famille sur la Rive-Sud de Montréal vers la fin des années 1950. Aînée d'une famille de quatre enfants, la jeune fille grandit dans un milieu aimant, mais relativement fermé au changement. Son père, qui travaille comme commis voyageur pour la Grover Mills, fait tout juste assez d'argent pour subvenir aux besoins de sa famille. Sa mère, qui n'a pu étudier comme elle l'aurait voulu, est quant à elle confinée au rôle traditionnel de femme au foyer. Très croyante, elle s'investit activement dans la vie de l'église du quartier, notamment dans la section locale d'une association de fermières, intégrée plus tard à l'Association féminine d'éducation et d'action sociale (AFEAS)Lorraine Guay et Pascale Dufour, Qui sommes-nous pour être découragés? (Montréal : Écosociété, 2019), Introduction. .
Collège classique, école normale et Jeunesse étudiante catholique Après avoir terminé son cours primaire dans le secteur public, Lorraine Guay gagne un prix de composition française de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal qui lui permet de fréquenter le collège classique durant quatre ans. Elle devient alors externe au pensionnat Jésus-Marie de Longueuil, une institution pour filles dirigée par les Sœurs des saints Noms de Jésus et de Marie.
Faute de moyens financiers, Lorraine Guay ne peut terminer son cours classique. Elle doit ainsi mettre fin à son rêve de devenir médecin. Par dépit, elle s'inscrit plutôt à l'école normale Eulalie-Durocher de Saint-Lambert. Comme elle le raconte a posteriori: « [À] cette époque, pour les filles du milieu ouvrier, le 'choix' était limité: on était destinées à être secrétaires, enseignantes, infirmières ou... femmes au foyer! ».
Bien qu'elle n'ait aucunement l'intention de devenir enseignante, Lorraine Guay découvre un milieu des plus stimulants à l'école normale. C'est là, de son propre aveu, qu'elle « s'éveille politiquement » en se joignant à la Jeunesse étudiante catholique (JEC). Si l'esprit critique qu'elle développe au sein de la JEC lui permet de s'affranchir intellectuellement, il lui vaut également d'être renvoyée de l'école normale de Longueuil pour cause d'insubordinationLorraine Guay. Entrevue radio avec Marie-Louise Arsenault. Plus on est de fous, plus on lit! 19 mars 2019. Radio-Canada Ohdio https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/plus-on-est-de-fous-plus-on-lit/segments/entrevue/110551/militante-lorraine-guay-livre-bio. Cependant, grâce à une intervention du diocèse, la jeune femme reçoit la permission de terminer ses études à l'école normale de l'avenue Mont-Royal à la condition de s'abstenir de toute activité parascolaire.
Lorraine Guay obtient son diplôme de l'école normale, mais n'enseignera jamais. Elle est plutôt engagée comme animatrice du secteur collégial par le secrétariat diocésain, puis national de la JEC. La JEC étant à l'origine du journalisme et du syndicalisme étudiant au Québec, Lorraine Guay a l'occasion de parcourir toutes les régions du Québec. Lors de ses tournées panquébécoises, nourrie par la pensée d'Emmanuel Mounier, elle vit une série d'expériences déterminantes qui cimenteront son engagement humaniste ultérieurCatherine Caron,« Rencontre de deux voix humanistes : entretien avec Claire Doran et Lorraine Guay », Relations, numéro 775, novembre–décembre 2014, .. C'est également dans ce contexte que Lorraine Guay fait la rencontre de l'homme qui deviendra plus tard son épouxCaron, Catherine. « Rencontre de deux voix humanistes : entretien avec Claire Doran et Lorraine Guay. » Relations, numéro 775, novembre–décembre 2014, ..
Une femme engagée Lorraine Guay mène une vie sous le signe du militantisme, privilégiant toujours les mouvements sociaux aux partis politiques. Au fil des décennies, elle s'implique activement dans une vaste gamme de causes sociales, y compris l'accès aux soins en santé mentale, la défense des droits des femmes, la souveraineté du Québec et la protection de l'environnement.
L'engagement de Lorraine Guay ne faiblit pas avec l'âge. À l'occasion de la parution de l'ouvrage Qui sommes-nous pour être découragées? en 2019, elle explique à l'animatrice Marie-Louise Arsenault qu'en dépit de ses 75 ans, elle a « beaucoup de difficulté à [s]'imaginer un jour prendre [s]a retraite de la vie militante » et qu'elle peine à imaginer une vie heureuse sans engagement socialLorraine Guay. Entrevue radio avec Marie-Louise Arsenault. Plus on est de fous, plus on lit! 19 mars 2019. Radio-Canada Ohdio https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/plus-on-est-de-fous-plus-on-lit/segments/entrevue/110551/militante-lorraine-guay-livre-bio.
Solidarité internationale et séjour à Paris En 1967, alors qu'elle est âgée de 24 ans, Lorraine Guay participe à un congrès international de la JEC sur l'origine du sous-développement. Elle y rencontre de jeunes militants d'Amérique centrale et du Sud et y gagne une conscience politique qui la mène à remettre en cause le capitalisme occidental.
L'année suivante, le mari de Lorraine Guay est nommé secrétaire de la Jeunesse étudiante catholique internationale, une position qui lui vaut de s'établir à Paris pour quatre ans. Le contexte effervescent de la fin des années 1960 marque profondément le couple. Comme elle le racontera plus tard: « Nous nous sommes retrouvés dans une sorte de grande commune sur la rue de Rennes, avec des militantes et des militants de partout [...] Nous étions dans la rue à toutes les semaines en solidarité avec le Brésil, le Chili, le Vietnam »Pierre Beaudet, « Entrevue avec Lorraine Guay et Jocelyne Bernier », Nouveaux Cahiers du socialisme, , automne 2015, https://www.erudit.org/fr/revues/ncs/2015-n14-ncs02159/79387ac/.
En plus d'être de toutes les manifestations, Lorraine Guay et son conjoint profitent de leur séjour en France pour poursuivre leurs études. Elle complète une propédeutique en médecine alors que son conjoint étudie la sociologie.
Trois ans après être arrivé en France, le couple entreprend également un voyage de neuf mois qui le mène jusqu'en Inde. En chemin, les époux traversent les pays de l'Est, la Turquie, le Liban, la Syrie, l'Irak, l'Iran, l'Afghanistan et le Pakistan.
Travail comme infirmière et comme organisatrice communautaire vignette|357x357px|Le quartier Pointe-Saint-Charles de Montréal Après quatre ans d'absence, Lorraine Guay regagne le Québec en 1972 et commence à travailler à la Clinique communautaire de Pointe-Saint-Charles, d'abord comme organisatrice communautaire, puis comme infirmière. La Clinique, située dans un quartier défavorisé de l'ouest de Montréal, remet en question le pouvoir médical et promeut l'implication active des citoyennes et citoyens les plus vulnérables dans le milieu de la santé et des services sociaux. De plus, cette Clinique devient le lieu d'une certaine solidarité internationale après le coup d'État de 1973 au Chili. En effet, plusieurs de ses employés seront recrutés parmi les réfugiés chiliens qui affluent vers Montréal à cette époque.
Parallèlement à ses activités à la Clinique populaire, Lorraine Guay continue de s'impliquer auprès des populations du Chili et du Nicaragua. En 1983, afin de soutenir la guérilla salvadorienne, elle organise une collecte de fonds en courant deux demi-marathons à Montréal. Laissant sa famille au Québec, elle décide d'apporter elle-même au Salvador l'argent récolté. Dans la poursuite de cet engagement, elle travaille durant huit mois comme infirmière dans une des zones contrôlées par la guérilla du Front Farabundo Martí de libération nationale.
En 1990, après un bref passage au Comité chrétien pour les droits humains en Amérique latine, Lorraine Guay devient coordonnatrice du Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec (RRASMQ), une coalition créée en 1983 pour proposer des solutions de rechange à la psychiatrie médicalisée dominanteRegroupement des ressources alternatives en santé mentale (RRASMQ) http://www.rrasmq.com/. Au RRASMQ, Lorraine Guay fait du travail d'organisation, de formation, de recherche, de financement, de développement et d'analyse d'impact. Elle participe notamment à des projets de recherche scientifique portant sur les besoins en santé mentale et sur la formation des mouvements sociaux, par exemple.
Au début des années 1990, Lorraine Guay participe à la mise sur pied des premiers regroupements sectoriels régionaux et nationaux d'organismes communautaires en santé et services sociaux, à commencer par la Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles (TRPOCB) et la Coalition des Tables régionales d'organismes communautaires (CTROC). Dans les mêmes années, elle collabore aussi à la fondation du Comité aviseur de l'action communautaire autonome et de l'Équipe de recherche et d'action en santé mentale et culture (ÉRASME), puis devient membre du Conseil québécois de la recherche sociale. Elle participe ainsi à l'élaboration de la politique gouvernementale de reconnaissance de l'action communautaire.
La militante pour les droits des femmes La marche Du pain et des roses (1995) et la Marche mondiale des femmes (2000) Au mois de , Lorraine Guay participe activement à la marche Du pain et des roses à titre de coresponsable du contingent de la Rive-Sud. Créée à l'initiative de la Fédération des femmes du Québec, cette marche voit plus de 800 femmes parties de Montréal, Longueuil, et Rivière-du-Loup converger vers la ville de Québec afin de lutter contre la pauvreté. Le nom donné à l'événement fait implicitement référence à la célèbre grève des quelque de l'industrie du textile de la ville de Lawrence, au Massachusetts, en 1912.
Le succès de la marche Du pain et des roses, qui a réussi à mobiliser efficacement des centaines de femmes, convainc la coordonnatrice Diane Matte et la responsable à la mobilisation, Manon Massé, d'organiser une Marche mondiale des femmes pour l'an 2000. Ayant pour thème la lutte à la pauvreté et la violence faite aux femmes, cette marche rassemble près de non gouvernementales disséminées dans plus de 160 pays. Au Québec, plus de participent à des marches locales, régionales ou au grand rassemblement du à Montréal.
Forte de son expérience au cours de la marche Du pain et des roses, Lorraine Guay participe ensuite à la Marche mondiale des femmes à titre de membre du comité de stratégie et de rédactrice de la plateforme de revendications. Loin de limiter ses activités au Québec, elle est invitée à parler de la Marche dans plusieurs pays d'Europe tels que la Belgique, l'Italie et la Suisse au début de l'année 2000. Puis, en , elle représente la Marche mondiale FFQ au premier Forum social mondial de Porto Alegre, au BrésilLorraine Guay et Pascale Dufour, Qui sommes-nous pour être découragés? (Montréal : Écosociété, 2019) https://www.dimedia.com/f000183491--fiche.html . Quelques mois plus tard, elle prend part à la rencontre du Comité directeur international pour la préparation du deuxième Forum social mondialLorraine Guay et Pascale Dufour, Qui sommes-nous pour être découragés? (Montréal : Écosociété, 2019), p. 18. .
La militante souverainiste Les Partenaires pour la souveraineté et l'Opération porte-voix