Les activités de la CIA en France sont l'ensemble des opérations menées sur le sol français par la , le service de renseignement extérieur des États-Unis, depuis sa création à l'issue de la Seconde Guerre mondiale jusqu'à aujourd'hui. Les activités d'espionnage de la CIA en France ont principalement eu un objectif anticommuniste pendant la guerre froide, et économique.

Histoire

Sous la

Accord Totem de coopération Les services de renseignement américains sont soumis, depuis , à une convention signée par le Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE), ancêtre de la Direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE), et le (CIG), ancêtre de la CIA. Cet accord, signé en marge des accords Blum-Byrnes, appelé Totem, encadre et codifie les activités de chacun des services dans le pays. Totem prévoit la mise en place d'un officier de liaison, interdit à chaque service de recruter des nationaux du pays adverse sans que le service n'ait été informé L'accord Totem servira de modèle pour la coopération entre la CIA et d'autres services, comme le (MI6), à partir de .

Réseau Arc-en-ciel stay-behind La CIA installe en France, comme dans la plupart des pays d'Europe de l'Ouest, un réseau clandestin .. Il est hébergé par le Service Action du SDECE. Il permet d'exfiltrer les dirigeants français dans le cas d'une invasion soviétique en Europe. Il semble que la plupart des présidents de la République n'aient pas eu connaissance de ce réseau jusqu'à ce que François Mitterrand, informé de son existence par Pierre Marion, ne le supprime..

Espionnage politique au sujet du Parti communiste français Le CIG s'intéresse à la vie politique française du fait de l'importance électorale du Parti communiste français (PCF), qui est le premier parti politique de France lors des élections législatives de . Il espionne le PCF pour déterminer si ce dernier souhaite organiser un coup d'État dans le pays. Une fois l'enquête menée, le directeur du CIG adresse au président des États-Unis, Harry S. Truman, une note pour lui assurer que si le PCF a bien les moyens d'organiser un coup, il n'en a pas le souhait.

Lutte anti-communiste à Marseille La CIA considère le port de Marseille comme stratégique dans le cadre de la Guerre froide. Beaucoup de marchandises y passent, dont l'essentiel de l'aide du plan Marshall. Or, le port est contrôlé par les dockers de la Confédération générale du travail (CGT), réputés proches de Moscou. La CIA a recours à la mafia corse et italienne pour casser les mouvements de grève sur le port.

Soutien et financement à Force ouvrière La CIA cherche à briser l'hégémonie de la CGT dans le monde syndical français. Elle soutient ainsi la création d'un syndicat non communiste, Force ouvrière (FO), notamment dans la ville de Marseille. Entre et , la CIA dispose d'un budget d'un million de dollars par an à distribuer à Force ouvrière en priorité, ainsi qu'à des syndicats non communistes italiens, et aux dockers de Marseille. Elle finance aussi la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC).

Congrès pour la liberté de la culture Le Congrès pour la liberté de la culture est une initiative privée financée et structurée avec l'aide active de la CIA. Ce congrès réunit des intellectuels tels qu'André Gide, Denis de Rougemont ou encore Louis de Broglie, qui soutiennent un discours anti-totalitaire et antistalinien.

Influence médiatique La CIA infiltre des agents dans les médias français à partir de , s'étant rendu compte que beaucoup de journaux sont subventionnés ou influencés par des agents soviétiques. Trente agents américains, et huit Français, fournissent les journaux en conseils, expertise, information et parfois désinformation au sujet du bloc de l'Est. La CIA essaie de repérer le plus tôt possible les journalistes prometteurs.

L'agence finance également des journaux, notamment socialistes, et aide plusieurs à échapper à la faillite. Elle soutient la création de l'Institut international de la presse, dont la branche parisienne s'installe dans les locaux de l'Institut d'études politiques de Paris, rue Saint-Guillaume.

En , le affirme que New York Times, 13 décembre 1951..

Influence académique et fondation de l'EHESS La CIA cherche à influencer le monde académique français, et prend attache avec Gaston Berger, enseignant à l'université d'Aix-Marseille qui souhaite lutter contre l'influence du communisme dans les universités. La CIA soutient la création de la de l'École pratique des hautes études (EPHE), qui devient l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS).

Espionnage scientifique Dès les années 1940, la CIA met sous surveillance les hauts lieux de la recherche scientifique française. L'agence passe au crible le Collège de France, mais aussi l'Institut du radium, et l'École normale supérieure de la rue d'Ulm. L'agence suit avec minutie le développement du programme nucléaire français.

Plan Cloven de subversion anticommuniste Le plan Cloven est une opération de déstabilisation du Parti communiste français lancée en , dont les détails ne sont vraiment connus que depuis , lorsque Frédéric Charpier y a consacré un chapitre de son livre consacré à la CIA, sur la base de documents d'archives classifiés, complétant son livre de . et développées dans un autre livre en par la spécialiste italienne du renseignement Antonella Colonna Vilasi..

Le projet est décidé après la lecture d'un ouvrage de Charles Micaud, qui soutient que le PCF ne refluera pas avec la reprise économique, et qu'une guerre d'hégémonie culturelle doit être menée. Il préconisait d'appuyer les titistes, anti-staliniens. Le gouvernement français est informé et approuve l'opération. Elle est téléguidée par l'ambassadeur des États-Unis en France et non par le chef de poste de la CIA. Le plan est par la suite renommé en plan Midiron.

Opération d'influence en Indochine Les États-Unis financent les efforts français durant la guerre d'Indochine. La CIA met toutefois en place des opérations en Indochine dès avant la signature des accords de Genève afin de contrecarrer l'influence culturelle et politique française dans la zone et affirmer l'influence américaine.

Soutien à l'indépendance de la Tunisie La CIA apporte son soutien aux mouvements indépendantistes du protectorat français de Tunisie. En , le ministère des Affaires étrangères se plaint auprès de l'ambassadeur américain à Paris, David Bruce, du rôle joué par la CIA au Maghreb français. L'agence passe outre et James Jesus Angleton utilise ses réseaux à l'Organisation des Nations unies pour faire inscrire à l'ordre du jour l'indépendance de la Tunisie.

Soutien à l'indépendance de l'Algérie Au début des années 1950, la CIA envoie son agent Irving Brown entretenir des contacts avec des indépendantistes algériens. La CIA coordonne des opérations de subversion en Algérie. Le SDECE surveille les agissements américains. En , le service français avait rédigé une note sur les manifestations de Sétif, Guelma et Kherrata qui avaient abouti à un massacre, et avaient noté la présence dans la région d'un officier de l'OSS qui avait rendu visite et stimulé les tribus kabyles et babores réfugiées à Guelma.

Sous la République

Évolution à partir de la présidence de Charles de Gaulle Le statut de la CIA à Paris évolue avec l'arrivée au pouvoir de Charles de Gaulle. Alors que le directeur de la CIA, Allen Dulles, était auparavant reçu par tous les chefs de gouvernement et d'État en France, de Gaulle refuse de le recevoir. Il doit donc rencontrer Michel Debré. La CIA dispose à cette époque d'une soixantaine d'agents à Paris dont Jean de La Chevardière de La Grandville..

En , l'accord Totem est révisé.

Soupçon de soutien au putsch des généraux L'accumulation des contentieux va bon train, avec un apogée lors du putsch des généraux. De Gaulle soupçonne la CIA d'appuyer les généraux séditieux, dont notamment Maurice Challe.

La participation de la CIA à cette tentative de coup d'État est aujourd'hui non prouvée. Une note des services de renseignement suisse en date du remarque la présence à Alger, la veille du putsch, . Il ajoute que Documents diplomatiques suisses, service de l’État-Major général, section des renseignements, bulletin d’information . ; (), , 516 ..

Le président John Fitzgerald Kennedy demande après cela au département d'État d'enquêter sur le rôle présumé de la CIA pendant le putsch. L'enquête ne débouche sur rien.

Enquête sur une alliance avec l'URSS Charles de Gaulle ayant posé son veto avec Konrad Adenauer à l'entrée du Royaume-Uni dans le marché commun, Harold Macmillan cherche un moyen de se débarrasser de De Gaulle. Il tente de convaincre les Américains que de Gaulle est en train de se rapprocher de l'URSS, et compte changer de camp.

Le , le président Kennedy réunit le Conseil national de sécurité pour lui ordonner de faire la lumière sur cette histoire. La CIA enquête à Paris et active ses agents sur place. Le , elle rend son verdict et apprend à l'exécutif américain que l'accusation britannique était une intoxication de la part de Macmillan.

Contact avec les meneurs du projet d'assassinat de Charles de Gaulle La CIA est approchée vers par des individus liés à l'Algérie française qui cherchent à tuer de Gaulle en l'empoisonnant.. La CIA aurait refusé de participer au projet. Il est révélé en par le ..

Présidence de Georges Pompidou

Analyse médicale La maladie de Georges Pompidou fait l'objet de spéculations au sein de la CIA. Afin de déterminer l'état de santé réel du président, ainsi que le temps qu'il lui restait à vivre, la CIA met en place un plan pour récupérer l'urine de Pompidou lors du sommet de Reykjavik de ..

Présidence de Valéry Giscard d'Estaing

Opération Aquarium de surveillance du Parti communiste français La CIA met en place, en , l'opération Aquarium. La CIA crée un dispositif de surveillance autour du siège du Parti communiste, place du Colonel-Fabien. Les voitures et les personnes qui travaillent au siège sont photographiées, suivies, fichées. Les mains des femmes qui s'y rendent sont photographiées avec des appareils miniatures afin de savoir si elles sont mariées ou pas. L'opération est découverte par le PCF. La participation de la Direction centrale des Renseignements généraux est incertaine.

Coopération entre CIA et SDECE La CIA et le SDECE coopèrent fructueusement dans les années 1970. La CIA finance certaines opérations du SDECE en Afrique..

Présidence de François Mitterrand

Recrutement de cubains La CIA recrute en France, et notamment dans la capitale et à Lyon, des immigrés cubains. Elle les entraîne à la contre-filature.

Surveillance de Régis Debray La CIA surveille Régis Debray, qu'elle considère comme un dangereux communiste allié au régime de Cuba. Lors de sa rencontre avec François Mitterrand de , George H. W. Bush transmet à Mitterrand un volumineux dossier sur Debray en lui demandant de lui retirer son passeport diplomatique.

Expulsion de fonctionnaires Au début de l'année , Charles Pasqua convoque les et l'ambassadeur des États-Unis pour l'informer de la nécessité de rapatrier cinq ressortissants américains identifié comme des agents de la CIA, dont quatre avaient le statut diplomatique.. Ils avaient pour missions de recruter des membres de cabinets ministériels en vue d'espionnage économique et politique..

Présidence de Jacques Chirac Plusieurs conversations téléphoniques du président Chirac furent enregistrées par la CIA..

Présidence de Nicolas Sarkozy

Présidence de François Hollande

Affaire des écoutes de dirigeants européens Plusieurs dirigeants européens ont été écoutés par la NSA, l'agence et on suppose que ce renseignement a été exploité par plusieurs services américains dont la CIA en et . Ces écoutes ont été révélées par la presse danoise puis reprises par des journaux allemands et français..

Présidence d'Emmanuel Macron

Installations