thumb La Soupe populaire pour enfants (SP) est une œuvre créée en 1941 par Elias SuraquiElias Suraqui est un architecte ayant exercé principalement à Casablanca. Il est né à Oran le 17 septembre 1893 et mort à Lyon le 24 janvier 1977 à Casablanca qui en était le président jusqu’en 1961. La SP a cessé ses activités en 1964. La SP était située dans une impasse du mellah (ghetto juif) de Casablanca au sein du quartier juif surpeuplé et d'une extrême pauvreté. L'objectif était de fournir des repas chauds ainsi que d’éduquer de jeunes enfants juifs défavorisés qui avaient entre 6 et 8 ans. La SP recevait 300 enfantsJDC Annual Report for Morocco 1959, page 74/95 table: Soupe Suraqui par an. Les activités cessèrent en 1964, alors que le mellah commençait à se dépeupler de sa population juive. On estime à environ 6000De 1948 à 1963 les rapports annuels du JDC indiquent que le nombre d'enfants de la SP fluctuaient entre 300 et 315 (environ ). En 1964, dernière année de fonctionnement, le nombre d’enfants était de 210. De 1941 à 1947, une estimation globale de sur une période de huit ans semble une hypothèse minimale. En conséquence un chiffre de ayant bénéficié de la SP durant une période de 24 ans est une estimation réaliste. le nombre d’enfants qui ont été assistés et scolarisés dans ce cadre. Le personnel était composé d'un directeur et d’une dizaine d’institutrices, de cuisinières, d’infirmières et d’éducateurs à temps partiel ou à temps plein. L’institution était financée et soutenue à partir de 1948 par l'American Jewish Joint Distribution Committee (JOINT or JDC), l’Alliance israélite universelle (AIU),l'Œuvre de secours aux enfants (OSE), ainsi que des donateurs privés

Contexte thumbEn 1941, avec , le mellah de Casablanca était le plus peuplé du Maroc"⁨40,000 'Literally Rotting' In Casablanca Ghetto". The American Jewish World. 1 September 1950. Retrieved 17 October 2022 – via National Library of Israel. . La misère était profondeTsur, Yaron (2001). "L'AIU et le judaïsme marocain en 1949 : l'émergence d'une nouvelle démarche politique". Archives juives. 34 (1): 54–73. doi:10.3917/aj.341.0054. Retrieved 17 October 2022 , des familles entières vivaient agglutinées dans une seule pièce. Les enfants étaient en haillons et parfois sans chaussures. La sous-alimentation chronique et les épidémies sévissaient surtout chez les enfants qui étaient atteints de la teigne, du trachome et de la tuberculose dues à la promiscuitéBensoussan, David. Il était une fois le Maroc : Témoignages du passé judéo-marocain (French Edition).

"Par ailleurs, le docteur Léon Benzaquen rapportait les statistiques suivantes relativement à la tuberculose infantile : « Au Mellah (de Casablanca), dans le quartier le plus entassé, une enquête a permis d’aboutir aux chiffres suivants: à 2 ans, 30% environ ont une cuti-réaction positive; à 5 ans, la proportion des cuti-réactions dépasse 70%... C’est toute la théorie des maladies cutanées du cuir chevelu ou oculaire que ces enfants se passent de l’un à l’autre: gales infectées, teigne, trachome sévissent et feraient l’ornement d’un musée dermatologique…". En 1951, la situation de la malnutrition restait alarmante. L’anecdote suivante en est l’illustration : un journaliste, Lawrence Resner, rapporte que les 300 enfants de la soupe populaire étaient munis d'un badge et avaient droit à un repas quotidien. Une trentaine d'autres enfants, sans badge, attendaient à l'extérieur dans l'espoir de recevoir une ration en cas de surplus, et un autre enfant, qui n'avait pas trouvé sa place dans la file d'attente, patientait encore plus à l'extérieur. Il attendait des heures, et souvent il repartait le ventre vide ; parfois, il recevait une dernière rationLawrence Resner, Report Page 49 from line 5 https://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=mdp.39015019128563&seq=55.

Les autorités françaises sous les ordres de Vichy n’étaient pas enclines à financer un transfert partiel de cette population juive vers des habitations salubres en ville européenne. Même après la guerre, ces autorités se sont concentrées prioritairement sur la construction de logements bon marché dans la ville européenne dans le but d'y accueillir les travailleurs marocains venant des campagnesCohen, Jean-Louis (1998). Casablanca : mythes et figures d'une aventure urbaine. [Paris]: Hazan. pp. 202–212. .Jelidi, Charlotte (22 octobre 2007). "La fabrication d'une ville nouvelle sous le Protectorat français au Maroc (1912-1956) : Fès-nouvelle" (in French). Université François-Rabelais - Tours: 347. , dont la cité avait grandement besoin pour son développement. Quant aux organisations juives, jusqu’en 1945, elles concentrèrent leurs efforts sur les rescapés de la Shoah. Ce n’est qu’à la fin des années 1940 qu'elles ont commencé à faire face au problèmeLaskier Michael The Alliance Israélite Universelle and the Jewish Communities of Morocco p.185

"Similar to the JDC, the AJC after the massacre of six million European Jews turned increasingly toward the "other" Jewry of the Middle East and North Africa: the "forgotten million" who were suddenly discovered and who now became one of the last important segments of world Jewry.". Entre les années 1940-1960, une immigration interne au Maroc s’est produite: la population juive des campagnes s’est déplacée au profit des grandes agglomérations principalement Casablanca, contribuant ainsi à augmenter la population urbaineKirsch, Henry (25 mars 1959). "Casablanca Staff Meeting Minutes - March 6, 1959" (PDF). American Jewish Joint Distribution Committee. pp. 5–11. Retrieved 17 October 2022. Miller, Susan Gilson (2021). Years of Glory: Nelly Benatar and the Pursuit of Justice in Wartime North Africa. Stanford (Californie), Stanford University Press. p. 29. .. En 1960, le recensement de la population juive au Maroc était le suivantBreen, Julian (21 April 1961). "Annual Report for 1960 - Morocco" (PDF). American Jewish Joint Distribution Committee. p. 84. Consulté le . : Population juive marocainePopulation juive CasablancaEstimation juifs de nationalité étrangèreTotale de la population juive au Maroc

Les Hedarims (classes d'étude pour enfants) thumb|Photo du Mellah de Casablanca (1940) vignette|Heder mellah Casablanca 1942 En 1941, les seules structures du mellah qui s’occupaient de l’enfance étaient les hedarims. Ces dernières étaient des pièces closes, sans ventilation, sans meubles, souvent sans fenêtres où les jeunes enfants (les garçons en général) étaient agglutinés les uns sur les autres sous la houlette d’un instructeur adulte qui leur enseignait l’alphabet hébreu et les prières"HABITANTS DU MELLAH DE CASABLANCA D'AUTREFOIS". Centerblog (in French). 3 avril 2014. Retrieved 17 October 2022. . Il n’y avait pas un seul mellah au Maroc (ou ailleurs) qui n’avait pas son ou ses hedarim et ceci même dans les coins les plus reculés de l’Atlas là où les communautés juives n’avaient aucun ou très peu de contact avec l’extérieur. L’existence des hedarim est une spécificité juive qui a perduré à travers l’Histoire. Cette singularité a fait que pendant des siècles, l’analphabétisme du moins en ce qui concerne les hommes, n’existait pas chez les juifs. Les hedarim étaient la cause principale de la propagation des maladies contagieuses qui faisaient des ravages au sein du mellah. Dès la fin des années 1940, les organisations philanthropiques juives, le JOINT en tête, ont combattu avec virulence l’institution des hedarim. En 1948, un rapport interne du Joint disait : « Notre projet est de sortir environ des hedarim du Mellah (de Casablanca) et de leur fournir des garderies décentes durant la journée »Stein, Herman D. (11 octobre 1948). "Subject - Report on visit to French Morocco" (PDF). Paris Letter No. 1767. American Jewish Joint Distribution Committee. p. 13. Retrieved 17 October 2022. . Le JOINT a ainsi financé des structures alternatives (Talmud Thora, Lubawitch, la SP et autres) qui seraient capables de concurrencer les hedarim. En 1952, le JOINT a expressément demandé à ces organisations d’intégrer en priorité absolue les enfants venant des hedarimBein, William (15 septembre 1952). "Liquidation of the Hedarim in Casablanca" (PDF). American Jewish Joint Distribution Committee. Retrieved 17 October 2022. . Cette politique a finalement porté ses fruits car à la fin 1952, il n’y avait plus de hedarims dans le Mellah de Casablanca.

Historique

1941-1947 thumb|L'impasse, entrée de la Soupe populaire thumb|Le fondateur et assistants 1942 L’initiative de la création de la SP a été prise en 1941 au moment où le mellah de Casablanca connaissait une croissance démographique galopante et où les conditions d’hygiène et de sous-nutrition étaient préoccupantes.. Peu de documents subsistent sur la première période de la SP, le nombre d’enfants bénéficiant de la cantine est inconnu. Au tout début, une seule institutrice avait été engagée et une seule classe de trente enfants fonctionnait... Le premier directeur de la SP a été Armand Tordjman, le comptable était M. Elbaz. Quelques assistants et des cuisinières ont été embauchés. Il y avait un accord avec des marchands du marché central d’alimentation de Casablanca, qui donnaient des surplus et qui vendaient de la nourriture à prix réduits. La Région civile (de Casablanca) a fourni des bons de tissus qui ont été taillés gratuitement par des entreprises de tailleurs juifs et les vêtements ont été distribués par des bénévoles. Des minotiers fournissaient de la farine à bas prix, avec laquelle un boulanger fabriquait du pain gratuitement... En 1941 au moment de la création de la SP, les structures juives capables d’intégrer les enfants du Mellah n’étaient pas équipées pour parer aux besoins, ou n’étaient pas encore implantées. Ces structures JOINT, ORT, Alliance israélite universelle, OSE, et autres furent surtout actives dans les années suivantes. Après l’indépendance du Maroc en 1956, la population juive du mellah quitta progressivement le ghetto qui se dépeupla.

La SP était localisée dans une impasse du mellah de Casablanca 113 boulevard du tirailleurs (actuellement bd Tahar el Alaoui). Les locaux étaient exigus, deux salles de classe qui servaient alternativement de réfectoire pour la cantine, un bureau, une cour de récréation et l’impasse elle-même où se menaient des activités au grand air. Dans les deux décennies suivantes, il y a eu quelques agrandissementsSoupe Suraqui Extra classes added, Staff Meeting - March 6, 1959 p. 4/11 l:20-21 , mais la configuration des lieux a peu évolué. Tout au long de son parcours la SP a souffert de l'exiguïté des locaux.

1948-1964 thumb|Les cuisinières dans les années 1950. thumb|Cantine/Classe années 1940.