La religion au Portugal aborde les religions ou phénomènes religieux, passés et présents, des populations sur le territoire de l'actuel Portugal.

Les Portugais se revendiquent catholiques à 81 %, au recensement de 2011., ce qui en fait l'un des peuples catholiques les plus croyants et pratiquants d'Europe, avec la Pologne et l'Irlande. L'histoire du pays, son patrimoine, ses mœurs et sa culture sont profondément marqués par le catholicisme. L'historien Alexandre Herculano considérait le catholicisme comme l'un des trois éléments constitutifs de l'identité portugaise. Le Portugal a été l'un des pays européens ayant eu le plus grand rôle dans la diffusion du catholicisme dans le monde, par le biais de son Empire et du Padroado.

Le catholicisme portugais présente de nombreux aspects syncrétiques, que l'on peut observer dans le phénomène des antas capelas, les chapelles dolmen, dans ses nombreuses fêtes populaires d'origine païenne christianisées, dans ses rituels de fertilité et de guérison antiques, dans son culte des Saints remarquablement divers et vigoureux, ou dans certaines pratiques marquées par les influences islamiques et juives. Cette plasticité du catholicisme portugais a largement contribué à son adaptation en contexte impérial à partir du , et à l'intégration dans ses colonie de rites indiens ou chinois, ou de divinités africaines ou américaines sous la forme de Saints chrétiens. Ce phénomène a été formalisé au dans les theories de l'adaptation des Jésuites, évoluant sous patronnage portugais. Il est l'une des composantes du lusotropicalisme. Malgré son succès, il a été activement combattu par les missionnaires francais au moment de la Querelle des Rites chinois, au .

Le catholicisme portugais se double en outre d'une mythologie messianique unique en Europe, articulée autour de la figure du Roi Caché (o Encoberto), développée au par le prophète Bandarra, du sebastianisme apparu à la fin du , et du thème de Quint Empire (Quinto Império), élaboré au par le père António Vieira.

Le saint patron du Portugal est le maître de doctrine portugais et docteur de l'Eglise Santo António de Lisboa, connu en France sous le nom d'Antoine de Padoue. Le drapeau portugais est marqué du blason portugais, arborant la croix du Christ sous la forme des quinas. La croix pâtée de l'ordre du Christ est l'autre marqueur national, systématiquement associée au équipes sportives et aux Forces armées portugaises.

Repères historiques Préhistoire La préhistoire de la péninsule Ibérique ne permet pas encore d'établir de connaissances détaillées sur les croyances et pratiques religieuses préhistoriques au Portugal, néanmoins les centaines de sites mégalithiques portugais témoignent de pratiques funéraires collectives, de rites de fertilité agricoles et humains corrélés à l'orientation des astres, et d'une symbologie précoce attestées par de nombreuses gravures sur pierre dans les sites existants, ayant pour thème les forces naturelles, les grands phénomènes climatiques, et diverses représentations de divinités ou héros anthropomorphiques. Parmi les principaux sites mégalithiques au Portugal, on peut citer le cromlech des Almendres, plus grand site mégalithique de la péninsule Ibérique, et parmi les plus grands et les mieux préservés d'Europe, mais aussi le menhir de Bulhoa, menhir de Outeiro, dolmen da Orca. La richesse exceptionnelle de l' atteste d'une religiosité intense, qui font du territoire portugais l'un des grands pôles spirituels de l'Europe mégalithique.

Protohistoire et antiquité lusitanienne L'arrivée des Indo-européens, qui se mélangent aux populations locales, permet un développement rapide des sociétés ibériques existantes et favorise la structuration et la complexification du panthéon local. Ces arrivées se font sans opérer de table rase ou de rupture dans les pratiques existantes. Au contraire, les nouveaux venus parviennent à s'approprier les croyances existantes, peut-être à les détourner à leur profit, en les complétant avec les leurs.

Malgré les changements en termes d'organisation sociale, d'économie et d'habitat, les sites de culte existants continuent à être utilisés. L'adoration des astres, propre à certains peuples ibériques proto-historiques, continue à nourrir les cultes naturistes des Lusitaniens, qui développent une religion des montagnes, de la lune, des fleuves, de la terre, incarnés par des divinités en même temps tutélaires, peut-être totémiques, bénéfiques et guérisseuses. Il est vraisemblable que la figure mythologique de Lusus et l'essentiel du panthéon lusitanien résultant de ce syncrétisme entre Indo-européens et peuples ibériques proto-historiques remontent à cette époque.

La religion lusitanienne est encore en richie par l'influence des groupes celtes, dont l'arrivée dans la peninsule Ibérique met un terme aux migrations indo-européennes. Cette installation des Celtes, qui se mêlent également aux populations locales, donne naissance aux differents peuples celtibères du Sud du pays, de : Turduli, Celtici, etc., qui participent de la civilisation tartessienne, une civilisation commerciale et maritime brillante tournée vers la Méditerranée, dont l'influence remonte au-delà du Tage, jusqu'à l'actuelle Estrémadure portugaise, et développe une écriture et un panthéon propres, avec une écriture celtibère, illustrée par les plaques de Botorrita.

Les populations galico-lusitaniennes, partie des sont connues en partie par la (Portugal, Galicie, Estrémadure) : .

La connaissance des langues paléo-hispaniques (histoire de la langue portugaise, lusitain, gallaïque) est trop réduite pour inférer dans le domaine de la religion.

Antiquité La conquête romaine de la péninsule Ibérique (à partir de -250) entraîne une romanisation de l'Hispanie : Hispanie romaine, Lusitanie (province romaine), Gallaeci, Gallaecia, Lusitaniens, et naissance d'une langue, le galaïco-portugais.

Les présences étrangères antérieures, phénicienne, puis carthaginoise, puis grecque, ne semblent pas avoir beaucoup marqué la région dans le domaine religieux.

La période romaine est marquée par l'adoption formelle, dans les cérémonies publiques, de la religion et de la mythologie romaines. En réalité, plus qu'à un remplacement religieux, on assiste à une superposition des cultes, favorisée par le caractère ouvert et intégrateur du polythéisme des Romains, qui entraîne la fusion des deux religions en faisant eux-mêmes des parallèles, et encouragent les particularismes locaux. Ainsi, les anciennes croyances et rituels lusitaniens continuent à fonctionner sous de nouveaux noms pris à l'envahisseurs, parfois juxtaposés à leur ancien nom dans les sanctuaires de l'époque romaine. Ces temples, comme le temple romain d'Évora, ainsi que l', et les , sont profondément marqués par les religions et cultures préromaines de l'ouest peninsulaire, sur lesquels ils s'appuient.

D'autres religions arrivent à partir du Ier siècle, avec l'armée, le commerce, l'administration : , diaspora juive, christianisme dans le monde romain, christianisation avec son lot de chapelles, baptistères, basiliques, églises, nécropoles, cimetières, martyrs, dont sainte Gemma de Saintonge, São Veríssimo, Santa Máxima et Santa Júlia (martyrisés en 303 à Lisbonne).

Antiquité tardive Comme la majeure partie sud de l'Europe de l'Ouest, le Portugal devient chrétien arien. L'arianisme, dénoncé comme hérésie à différents conciles (dont premier concile de Nicée (325), premier concile de Constantinople (381)), suscite des tensions dans tout le monde chrétien du quatrième au sixième siècles : christianisme primitif, art paléochrétien.

La péninsule connaît également l'hérésie priscilienne.

Le galaïco-portugais, matrice du galicien (au nord du Portugal) et du portugais, est la langue de prestige au Moyen Âge dans la région, en partie dans le domaine religieux.

Haut Moyen Âge L'expansion du christianisme au Moyen Âge dans le sud-est de l'Europe dépend en partie de la chronologie des invasions barbares en Hispanie.

La principale figure historique est Martin de Braga (510/520-589), évêque de Dume, en mission d'évangélisation de la Galice, alors réputée païenne ou arienne.

Royaume suève (409-585), Historia de regibus Gothorum, Vandalorum et Suevorum , premier concile de Braga (vers 560), deuxième concile de Braga (572), troisième concile de Braga (675) Les Suèves, faiblement christianisés, ariens, finissent au par entrer dans une longue période de tensions et de conflits avec les Wisigoths et se convertissent au christianisme nicéen vers 550, sous le roi Cacaric. Malgré la conversion du roi suève Rechiaire I, de l'arianisme au christianisme nicéen vers 450, il aurait été peu suivi autant par les Suèves que par les populations locales : le missionnaire Ajax est chargé de (re)convertir la région à l'arianisme dès 463-466. Premier concile de Lugo (569, Galice), (vers 572-589) Évêché britto-romain de Britonia (Galice) Royaume wisigoth (575-720) , chapelle de São Frutuoso de Montélios (près de Braga) Apringius de Beja (évêque de Beja), évêque Sunna, Fructueux de Braga, Jean de Biclar Conversion de l'arianisme au chalcédonisme du roi wisigoth (d'Hispanie et Septimanie) Récarède Ier en 589 (provoquant une révolte autour de l'évêque arien de Tolède Uldila) Royaume des Asturies (718-910), architecture asturienne, église de São Pedro de Lourosa (Oliveira do Hospital) , art préroman Comté de Portugal (868-1139), un temps intégré au royaume de Galice (910-1833) Cathédrale de Porto (1110), monastère de Leça do Balio, couvent de l'ordre du Christ, cathédrale de Braga Architecture romane au Portugal (1100-1230)

Moyen Âge central et tardif : époque mozarabe et reconquête Expansion de l'islam, conversion à l'islam, muladi, taqîya Conquête musulmane de l'Hispanie (711-726) Mozarabe, chroniques mozarabes (754), rite mozarabe, chant mozarabe, art mozarabe De l'arrivée des armées omeyyades en 711 à la fin de la Reconquista portugaise en 1249, les musulmans de Gharb al-Ândalus sont majoritairement sunnites malékites, tandis que les chrétiens, principalement mozarabes, de rite mozarabe, et les juifs, dont le statut est encadré par le texte coranique et les lois islamiques, relèvent du statut de dhimmi : non-musulmans, sous protection de l'État califal, ou des taïfa sauf conversion. En réaction à la crise politico-sociale et religieuse ouverte par l'effondrement du Califat omeyyade de Cordoue au XIe siècle, au sein d’une société musulmane divisée et antagonique, on voit surgir en terres ibériques un mouvement mystique se fondant à niveau spirituel sur l’Islam le plus pur : le soufisme. La raison d’être de ce mouvement se trouvait dans les écrits du Coran, base et pilier de sa doctrine, et dans les traditions prophétiques, suivant les enseignements et l’exemple du Prophète de l’Islam, « l’Homme Parfait » (al-insan al-kamil), d’où provient la Chaîne mystique. Au XIIe siècle, la domination des Almoravides et des Almohades provoque une contre-réaction qui accentue les particularismes ibériques, et fait s'affirmer avec force une série de groupes soufis dont la première manifestation se trouve dans la ville d’Almeria avec des maîtres tels qu'Abu-l-Abbas Ahmad ibn al Arif al-Sinhayi (1088-1141), qui avait suivi la doctrine du maître soufi oriental perse, al-Ghazali. A l’époque, Almeria est le centre du soufisme ésotérique d’Al-Andalus ; c’est là qu’a lieu la plus grande protestation collective contre la condamnation théologique et la destruction par le feu des livres de l’éminent mystique et théologien, al-Ghazali, sous le gouvernement de l’Almoravide Ibn Tashfin. Rapidement, les enseignements de Ibn al-Arif se propagèrent à Cordoue, Séville et Grenade, puis à l'ensemble des villes musulmanes de la péninsule.