Georges Ohsawa, né à Kyoto le et mort à Tokyo le , est un enseignant japonais qui fonda le mouvement connu sous le nom de « macrobiotique ». Son véritable nom était .
Biographie Georges Ohsawa naît à l’époque des dérèglements sociaux causés par la réforme de Meiji, qui a basculé soudainement un Japon au mode de vie ancestral dans la modernité. Il grandit au sein d’une famille très pauvre ; à l’adolescence, on lui diagnostique la tuberculose (dont sont décédés divers membres de sa famille) et il se guérit avec la thérapeutique naturelle du Sagen Ishizuka (1850-1909). Celle-ci préconisait la guérison des maladies sans médicament, en équilibrant le rapport entre le sodium et le potassium dans l’alimentation. Cette méthode, qui rencontre un grand succès, était une adaptation scientifique de l’ancienne tradition médicale chinoise, basée sur le principe d’équilibre entre Yin et Yang.
Ohsawa approfondit cette thérapeutique et, à travers ses propres études et recherches, la développe jusqu’à créer ce qui devient la macrobiotique : un enseignement, autant philosophique que pratique, pour aider à développer le jugement. Le restant de sa vie il se consacre à le propager, convaincu de que si l’on applique les principes de cet enseignement, on peut résoudre les problèmes et conflits de l’humanité.
Dans ce but, tout en animant des cours, des conférences et des camps d’étude, Ohsawa écrit des centaines de livres, aide de nombreux malades avec sa méthode alimentaire, collabore avec divers scientifiques, fait connaître en Occident différentes disciplines extrême-orientales et rencontre diverses grandes personnalités du .
Dès 1953, il commence à enseigner de façon systématique à travers le monde : il séjourne surtout en France et en Belgique, mais également dans d’autres endroits d’Europe et aux États-Unis. Dans ces différents pays sont créés des groupes d’étude et des centres permanents, des périodiques, des restaurants et des usines de produits macrobiotiques.
Georges Ohsawa laissa beaucoup de disciples derrière lui : certains sont devenus des enseignants, comme Herman Aihara en Californie, Tomio Kikuchi au Brésil, Michio Kushi à Boston, René Lévy à Saint-Gaudens (France), Françoise Rivière à Paris ou Jacques Skalka en Belgique. D’autres ont fait un travail important pour la diffusion de son œuvre, comme Clim Yoshimi (ancien secrétaire d’Ohsawa et traducteur de ses écrits japonais en français), William Dufty (a fait connaître son œuvre aux États-Unis) ou Jean Baudry (a réalisé diverses études à partir de son enseignement), Roland Yasuhara et Josiane Bagno en Belgique...
Sa compagne Lima, née le , a dirigé le « Centre International Ignoramus » (centre macrobiotique du Japon) dont elle fut la présidente jusqu’à sa mort, survenue de causes naturelles dans son sommeil à Tokyo le à l'âge de 100 ans. Elle a constamment pratiqué la voie macrobiotique de la longévité, et jusqu'à ses dernières années elle a continué à enseigner des cours de cuisine dans le centre de Tokyo pour des milliers d'étudiants venus du monde entier.
Enseignement
Georges Ohsawa enseigne le « Principe Unique », ou principe ultime du fonctionnement de l’univers. Ce principe, qui est à la base de la cosmologie extrême-orientaleVoir taoïsme, vedanta, bouddhisme mahayana, zen…, part de la constatation de l’existence de deux forces primordiales, opposées mais complémentaires (dites Yin-Yang en chinois, In-Yo au Japon) qui, à travers leurs interactions, créent tous les phénomènes du « monde fini » ou « manifesté ». C’est un principe moniste, qu’Ohsawa nomme le « monisme polarisable » : les deux forces sont la manifestation du Un et cherchent continuellement l’équilibre pour récréer une unité.
Pour Ohsawa il s’agit d’une réalité vérifiable qui, par sa simplicité, peut être aisément appliquée par tous pour comprendre tout problème concret de la vie, dans n’importe quel domaine. Mais il considère également que cette vieille connaissance a été altérée et déformée, devenant exclusivement métaphysique et perdant son aspect pratique.
Son but est d’en présenter une nouvelle interprétation, simplifiée, actualisée et adaptée à la mentalité moderne, matérialiste et scientifique . Pour cela, la conception de Yin et Yang qu’il propose est physique, ce qui explique les apparentes contradictions avec d’autres disciplines traditionnelles. En acupuncture, par exemple, certains organes sont considérés Yin car abordés du point de vue métaphysique (dans ce cas, énergétique) ; par contre, selon l’enseignement d’Ohsawa, ces mêmes organes seront Yang, car décrits du point de vue physique, de la structure.
La caractéristique fondamentale de l’enseignement d’Ohsawa est son aspect pratique. Il attire notamment l’attention sur l’influence primordiale qu’exerce l’alimentation, non seulement sur la santé, mais aussi sur le comportement et le jugement. Il considère qu’obtenir une “bonne santé” est la base qui permet le développement d’un jugement capable de saisir la globalité ou réalité. Cela dit, sa notion de « bonne santé » diffère sensiblement de celle généralement admise : il ne s’agit pas de “se sentir bien” ou de “ne pas être malade” mais d’atteindre un état qui nous permette de mener une vie libre et indépendante.
Ohsawa s’est exprimé surtout oralement, mais aussi par écrit, publiant plus de trois-cents ouvrages rédigés directement par lui en diverses langues. Il a aussi développé une série de schémas et de tableaux explicatifs, véritable concentré de son enseignement : il y explique, à travers Yin-Yang, les “lois” et “théorèmes” qui constituent “l’ordre de l’univers”, le fonctionnement du jugement humain, le développement des maladies, les conditions de la santé, l’équilibre des repas, etc.
Il a classifié les aliments selon Yin et Yang et a donné des points de repère pour permettre à chacun de trouver une diète adaptée à son cas ; pour cela il a fait d’innombrables expériences sur lui-même pour étudier les effets des différentes nourritures, développant ainsi une sorte de pharmacopée alimentaire très large et préciseVoir Le Zen Macrobiotique, Vrin, Paris, de Georges Ohsawa..
Ohsawa enseigne essentiellement l’indépendance ; on ne trouve aucun interdit dans son enseignement, il conseille simplement l’application des lois universelles dans la vie de tous les jours et dans l’alimentation en particulier, ce qui permet de s’adapter aux circonstances, toujours changeantes. Il appelle constamment à ne pas croire sans discernement, à tout vérifier et comprendre par soi-même : « N’ayez confiance qu’en vous-même, qu’en votre jugement suprême, suivez votre propre chemin. Ne vous fiez à aucun Maître. Écoutez, pratiquez, constatez et comprenez par vous-même. Soyez un homme libreGeorges Ohsawa, causerie faite à Paris en 1959. ! »
Le langage de Georges Ohsawa
Ohsawa s’exprimait à la façon zen, c’est-à-dire de manière paradoxale.
D’un côté, il fit un grand effort pour se faire comprendre du public occidental, en utilisant son langage et ses références. D'un autre côté, il s'expliquait de manière très peu scolaire : il posait énormément de questions, que les étudiants devaient résoudre seuls ; il avait souvent un comportement sévère – tout en faisant preuve de beaucoup d’humour – et, en général, il laissait « mûrir » chacun à son rythme, même si cela était source d’erreurs de compréhension.
Avec cette façon de faire, il cherchait à secouer les gens, en les mettant face à eux-mêmes pour les « réveiller » et les aider à développer leur jugement.
En conséquence, l’enseignement d’Ohsawa est parfois difficile d’accès pour le néophyte, car il réclame un minimum de vision d’ensemble.
Chronologie
thumb|right|Ohsawa à sept ans avec ses parents et son petit frère. 1893 - Naissance à Kyôto, le .
1902 - Mort de sa mère, âgée de 29 ans, de tuberculose. Ses deux sœurs étaient mortes précédemment en bas âge. Son père avait quitté le foyer conjugal.
1908 - On lui diagnostique la tuberculose pulmonaire et intestinale. Mort de son frère cadet à l’âge de 16 ans.
1910 - Abandonné par la médecine classique (hémoptysies graves). Écrit des poèmes et les publie dans des revues féminines.
1912 - Recouvre la santé grâce à la méthode du Sagen Ishizuka (1850-1909), qui préconise une thérapeutique alimentaire basée sur l’équilibre Na (Sodium) / K (Potassium).
1913 - Engagé comme commis dans une maison d'import-export de Kōbe.
1914 - Diplômé de l'école de langue française de Kobe, mais perd son emploi quand éclate la Première Guerre mondiale. Devient commissaire de bord au long cours. Arrive en France pour la première fois.
1915 - Devient le gérant à Kobe de la succursale de la Nakagiri Trading Co., une compagnie d'import-export.
1916 - Devient membre de la société Shokuyo-Kai (食養会), du Sagen Ishizuka, et écrit des articles pour leur revue Shokuyo-Zashi ; il réclame déjà une agriculture écologique sans engrais chimiques. Étudie la philosophie et la médecine traditionnelles (plus tard il deviendra président de la Société des Médecins Traditionnels du Japon)
1917 - Nommé Directeur Général de la succursale à Kobe de la société d'import-export Kumazawa. Donne des conférences sur la Macrobiotique et en fait connaître les produits spécifiques. Voyages annuels vers l’Europe et d’autres pays pour son travail.
1919 - Fait paraître une revue littéraire en caractères latins : Yomigaeri.
1920 - Importe au Japon des appareils émetteurs-récepteurs, des caméras spéciales ("Debrie" et "Parvo") qu’il modifie et des pellicules "Kodak" ; obtient des brevets et écrit Technique moderne du cinéma. Traduit aussi Les Fleurs du Mal, de Baudelaire.
1923 - Prend en charge les survivants du siège social de sa compagnie après le grand tremblement de terre de la région de Kantô.
1924 - Abandonne sa carrière et se consacre entièrement au mouvement Shokuyo-Kai.
1927 - Devient rédacteur en chef de la revue Shokuyo-Zash:;i, existant depuis 1907.
1928 - Organise le premier stage d'été du "Principe Unique" à Hokkaido. Publie ses premiers livres traitant de la Macrobiotique : La Physiologie de la Mentalité Japonaise, Conférences sur la Macrobiotique et Le Sagen Ijizuka. Dirige un ciné-club dans le but d’instruire le peuple.
1929 – 1931 - Arrive à Paris par le Transsibérien, pour proposer la philosophie du Principe Unique en Europe. Insiste sur l'unification des cultures de l'Est et de l'Ouest ; crée une amicale franco-japonaise. Étudie à la Sorbonne et à l'Institut Pasteur en tant qu’auditeur libre. Pendant cette période, il vit dans la plus grande pauvreté (pour manger, il cueille des herbes sauvages dans les parcs de Paris, ramasse les restes de légumes qu’il trouve après les marchés et achète des graines vendues comme nourriture pour les oiseaux). Écrit des romans policiers.
1931 - Publie son premier livre en français : Le Principe Unique de la Philosophie et de la Science d’Extrême Orient (Librairie philosophique J. Vrin, Paris), préfacé par René Grousset de l'Académie française et par Serge Elisséev, philosophe.
1929 – 1935 - Collabore avec Soulié de Morant à l’introduction de l'acupuncture en Europe, et gagne sa vie en tant que praticien de cet art et en cuisinant pour des groupes. Publie des articles sur l'acupuncture, le judo, le haïkaï, le bonsaï, et aussi Le Livre des Fleurs (Vrin, Paris).
1935 - Revient au Japon et y introduit un modèle d'avion ultraléger : le "Pou du Ciel". Fonde la revue Musubi qui durera dix ans.
1936 - Rencontre Lima, qui deviendra sa compagne jusqu’à la fin de ses jours (il était séparé de sa première femme).
1937 - Elu Président de la société Shokuyo-Kai, qui déménage à Tokyo dans un nouveau bâtiment de trois étages. Leur revue atteindra les 10 000 abonnés.
1938 - Traduit en japonais L’Homme, cet inconnu, d’Alexis Carrel.
1939 - Quitte la société Shokuyo-Kai.
1940 - Fonde l’Institut du Principe Unique, à Otsu.