Le contrôle de la courbe des taux (en anglais : yield curve control) est une politique monétaire qui consiste à ce qu'une banque centrale annonce être prête à acheter autant d'obligations que nécessaire jusqu'à ce que le taux d'intérêt de long terme sur ces obligations atteigne un certain niveau. Cette politique de maîtrise totale des taux d'intérêt sur les titres de dette est une politique monétaire non conventionnelle.

Histoire

Aux États-Unis de la Seconde Guerre mondiale aux Trente glorieuses (1942-1951) L'entrée en guerre des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale conduit à ce que la Réserve fédérale des États-Unis mette en place une politique de contrôle de la courbe des taux dès afin de faciliter le financement de l'effort de guerre du pays. La cible de taux d'intérêt pour les titres dont la maturité était la plus élevée était de 2,5 %. Afin d'assurer le contrôle du taux de long terme, la Fed achetait des titres de dette publique de long terme sur les marchés, dans une forme précoce d'assouplissement quantitatif. Toutefois, ce contrôle est limité au début aux obligations publiques de court terme (90 jours environ), là où un authentique contrôle de la courbe des taux vise à contrôler tous les taux principaux (1 an, 10 ans, 20 ans) ; des achats de titre longs a lieu plus tard.

La politique est abandonnée en 1951 car elle était inflationniste. Un accord (Treasury-Federal Reserve Accord) est signé le pour consacrer la fin de cette politique.

Au Japon après la crise économique mondiale (2016-2024) Les années 2000 ont vu le passage, par certaines banques centrales, à des politiques de contrôle de la courbe des taux. La Banque du Japon a été pionnière dans ce domaine. En , face à l'échec de sa politique de taux d'intérêt négatif pour relancer l'économie, elle annonce mettre en place un contrôle de la courbe des taux, qui est annoncée comme devant permettre d'atteindre un taux de 0 % pour les taux à 10 ans.

Cette politique mène toutefois à des difficultés de liquidité sur le marché obligataire japonais. Plus de 50 % de la dette publique étant détenue par la Banque du Japon en 2022, le marché obligataire ne dispose plus d'assez de titres sûrs. En , la BOJ décide d'ajuster sa politique. Elle est abandonnée en 2024.

Dans le monde après la crise économique liée à la pandémie de coronavirus (2020-2023) La crise économique liée à la pandémie de Covid-19 a conduit des banques centrales à mettre en œuvre la politique de contrôle de la courbe des taux pour la première fois. La Banque de réserve d'Australie a annoncé la mise en place d'une politique de contrôle, certes limitée à un ciblage du taux à 3 ans (à 0,25 %), dès le .

Cette politique est progressivement entrée dans le cadre de l'orthodoxie économique (le mainstream), et l'OCDE soulève dans certains de ses rapports la possibilité, pour certains pays, de mettre en place une telle politique provisoirement. Plusieurs économistes soutiennent que le contrôle de la courbe des taux sera à l'avenir considéré comme une politique monétaire conventionnelle.

Concept Les banques centrales utilisent en règle générale des outils de politique monétaire conventionnelle pour réguler l'économie. Elles agissent sur les taux d'intérêt de court et de moyen terme, et non sur les taux de long terme, sur lesquels elles n'ont pas prise. Une politique de contrôle de la courbe des taux vise précisément à contrôler jusqu'aux taux d'intérêts de long terme.

Le contrôle de la courbe des taux exige en effet de la banque centrale une politique d'achats massifs de titres de dette publique de long terme sur les marchés. La banque centrale se rend sur les marchés et achète des titres de dette publique de long terme (10 ans ou plus) ; l'augmentation de la demande fait augmenter leur prix, ce qui réduit leur taux d'intérêt. Par conséquent, l’État qui émet les titres de dette peut s'endetter à moindre coût. Théoriquement, le contrôle de la courbe des taux peut fonctionner sans que la banque centrale achète une seule obligation, dès lors qu'elle est suffisamment crédible. Dans une telle situation, en effet, les acteurs de marché anticipent que la banque centrale est prête à acheter des obligations, et les taux d'intérêt des obligations se modèrent d'emblée.

Le contrôle de la courbe des taux doit toutefois être distingué de la politique d'assouplissement quantitatif, où les quantités de titres achetés sont fixées d'avance. Dans le cas du contrôle de la courbe des taux stricto sensu, la banque centrale n'achète que les titres nécessaires pour atteindre sa cible de taux d'intérêt, quitte à agir par tâtonnement. Le contrôle de la courbe des taux est ainsi une politique plus puissante que l'assouplissement quantitatif.

Une telle politique est efficace lorsqu'elle assure au gouvernement la possibilité d'emprunter à taux faibles. Elle est toutefois incommode pour la banque centrale, qui voit ses mains liées par sa politique à partir du moment où elle l'enclenche : le contrôle de la courbe exige que la banque centrale achète autant de titres de dette publique que nécessaire jusqu'à faire baisser le taux de long terme au niveau voulu ; elle ne peut dès lors plus s'arrêter, à moins de faire cesser sa politique sur un aveu d'échec.

Critiques et débats L'OCDE soutient que si la courbe de contrôle des taux est une politique qui peut s'avérer très efficace, elle est aussi complexe à mettre en place, et ses conséquences peuvent être néfastes. Dans un rapport de 2021 sur l'économie de l'Asie de l'Est, elle remarque que la politique de contrôle de la courbe met la banque centrale dans une dans le cas où elle doit mettre fin à sa politique. Aussi, une telle politique fait glisser un système économique vers la dominance budgétaire.

Notes et références

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