Hachemi Benchennouf ou Si El Hachemi ben Si Ali Bey Ben Mihoub Benchennouf, né le à Kenchela (Algérie) et mort le à Nice, est un homme politique français, grand officier de la Légion d'honneur.

Importante personnalité algérienne musulmane durant l'Algérie française, il est député du département de Constantine dans le Gouvernement provisoire de la République française en 1945-1946 puis sous la Quatrième République de 1946 à 1951.

Biographie Famille Issu d'une très ancienne famille de noblesse d'épéeLeur ancêtre, Bou Allag, faisait remonter son origine à Djaffar le Barmécide, ministre de Aroun Er-Rachid, voir Laurent-Charles Féraud, « Les descendants d'un personnage des Les Mille et Une Nuits » dans la Revue africaine, 1875, lire en ligne , dont un des membres avaient obtenu le titre de beytitre transmis ensuite de génération en génération au XVe siècle, HachemiSi El Hachemi ben Si Ali Bey Ben Mihoub avant l'adoption définitive de son nom patronymique en 1924 est le fils de Si Bouhafs ben Mihoub Benchennouf (1870-1918), agha honoraire en 1915 et commandeur de la légion d'honneur. Il est également le neveu de Si Ali bey ben Mihoub Benchennouf (1860-1915), délégué financier de Khenchela de 1901 à 1915, grand officier de la Légion d'HonneurLe Soleil, 1er janvier 1914, lire en ligne.

Ami de Ferhat Abbas, il se marie avec Joséphine, une française de Strasbourg avec qui il a un fils AbdelKader (1915 Khenchela-1994 Nice), caïd et chevalier de la Légion d'HonneurDécret du 15 octobre 1947, Journal officiel, 16 octobre 1947, lire en ligne.

Carrière Pendant la première Guerre mondiale, engagé volontaire en à la tête de cent cinquante goums, il est lieutenant dans le Régiment de spahis auxiliaires algériens, commandé par le colonel du Jonchay. Il sert pendant quatorze mois dans la Somme, devant Arras, à Dixmude et à Nieuport. Il est d'abord cité à l'ordre du régiment et décoré de la croix de guerre puis fait Chevalier de la Légion d'Honneur le pour sa conduite au frontDécret de nomination au grade de chevalier dans la Légion d'honneur du 17 avril 1917 : , Journal officiel du 21 avril 1917, p.3158« Les Africains au champ d'honneur » L'Afrique française, janvier 1917, p.207, lire en ligne.

Démobilisé à la suite de l'assassinat de son oncle Si Ali bey en , il est nommé caïd des douars Mahmed et Maggada de Kenchela par le gouvernement français qui le désigne pour la première mission du pèlerinage à La Mecque en 1916« Chronique de la semaine - M. Ben Chenouf », L'Afrique du Nord illustrée , 28 août 1920, lire en ligne.

En 1920, il est délégué financier et joue un rôle important au sein du mouvement Jeunes-Algériens.

Le , il est arrêté, avec cinq autres Algériens musulmans, soupçonné de l'assassinat le de Jérôme Sarrailler, maire de Khenchela« L'assassinat de M. Sarailler ancien maire de Kenchela - Une haute personnalité indigène est accusée du crime » dans L'Echo d'Alger, 9 novembre 1926, lire en ligne La Dépêche algérienn, 8 novembre 1926, lire en ligne. Inculpé, il choisit comme avocat Paul Cuttoli. Jugés le , les six accusés sont acquittés L'Écho du Sahara, 16 novembre 1926, lire en ligne.

Il est promu Officier de la Légion d'Honneur le (promotion du centenaire de l'Algérie)L'Echo d'Alger, 26 août 1930, lire en ligne, Commandeur de la Légion d'Honneur le La Dépêche algérienne, 13 mars 1936, lire en ligne puis élevé à la dignité de Grand officier le Dossier de la Légion d'Honneur de Hachemi Benchennouf, base de données Léonore.

Sa carrière politique commence réellement après la Seconde Guerre mondialeJacques Bouveresse, Un parlement colonial ?: Les Délégations financières algériennes, Universités de Rouen et du Havre, 2008, p.857.

Il est élu député en 1945 dans le Gouvernement provisoire de la République française puis réélu en 1946 sous la Quatrième République.

Jusqu'en 1951, il est un député très actif et dépose dix-huit textesDébats parlementaires de la 4eme république et constituantes, lire en ligne, site des Archives de l'Assemblée nationale, lien direct, dont certains relatifs au statut de l'Algérie, problème majeur abordé lors de la session parlementaire de 1947Le 20 mai, il dépose une proposition de loi visant à établir la Constitution de la République algérienne comme Etat associé membre de l'Union française. Il propose un contre-projet le 22 août précisant dans son article premier : « la République française reconnaît à l'Algérie son entière autonomie ». Lors du vote du 27 août sur le statut de l'Algérie, les députés algériens s'abstiennent, position expliquée par Hachemi Benchennouf en ces termes : « Vous avez estimé que le statut personnel musulman était incompatible avec le droit de cité dans la République française (...). Le problème algérien reste toujours posé... ». Il dépose également le 5 juillet 1948 deux propositions de loi afin d'établir la parité entre les collèges au sein des conseils municipaux et des conseils généraux algériens et une troisième pour l'obtention d'un crédit de 500 millions destiné à la réparation des préjudices matériels subis lors des événements du 8 mai 1945. En novembre 1949, il dépose une proposition de résolution pour que le gouvernement institue une commission destinée à étudier le problème de l'immigration des Nord-Africains en France métropolitaine puis en juillet 1950, une proposition de loi visant à instituer le collège électoral unique en Algérie.. Il intervient également souvent dans les discussions liés aux problèmes et à la politique en Indochine, en Algérie et à Madagascar notamment lors de l'insurrection malgache de 1947 Notice biographique de Hachemi Benchennouf, site de l'Assembleé nationaleLe Monde, 12 mai 1947, lire en ligne.

Hachemi est dans le même temps maire de Khenchela de 1948 à 1954, fait très rare pour un Algérien musulman durant cette périodeIl a notamment pour adjoint Elie Stora, le grand-oncle de Benjamin Stora..

En , Marcel-Edmond Naegelen, gouverneur de l'Algérie, démissionne à la suite d'une affaire d'élections truquées, et met en cause Benchennouf dans un article publié dans Le Monde. Benchennouf, très content de cette démission, se félicitera « d'avoir eu la peau de Naegelen »« Le ministère de l'intérieur tient pour définitive la démission de M. Naegelen » dans Le Monde, 12 mars 1951, lire en ligne« Une lettre de M. Benchennouf » dans Le Monde, 13 mars 1951, lire en ligneNaegelen reprochait à l’administrateur de la commune mixte de Khenchela, Charles Laussel, d’avoir faussé les élections à l’Assemblée algérienne pour y faire élire frauduleusement le bachaga Benchenouf, député apparenté au MRP. En réalité, comme le précise Pierre Cazejust, c'est Naegelen qui avait tenté de truquer l'élection, ce qui provoqua sa démission.Pierre Cazejust, Beauvau, 1944-1985, Lettres du Monde, 1995, p.36, lire en ligne.

Le , Hachemi démissionne de son mandat de député pour se consacrer à l'Assemblée algérienne ou il siège depuis 1948.

Le lendemain des attentats de la Toussaint rouge le , alors qu'il est maire de Khenchela, localité des Aurès où des attentats ont eu lieu, René Mayer et Pierre Dupuch, préfet de Constantine, se méfient de lui. Ils le soupçonnent d'avoir été au courant des attaques et veulent l'arrêter mais il n'est pas inquiété grâce à son amitié avec le maire d'Alger, Jacques Chevallier, Bernard Michal, Histoire du drame algérien: 1954-1956, Bernard Michal, 1971, p.109.

Il tente de réintégrer l’Assemblée nationale lors des élections partielles du 13 et mais il échoue"58 % d'abstentions à l'élection partielle du Constantinois Il y a ballottage" dans Le Monde, 15 mars 1955.

Menacé de mort par les indépendantistes, il quitte la même année l'Algérie pour aller vivre en métropole, d'où est originaire son épouseBernard Michal, Les Grandes énigmes de la IVe République, Saint-Clair, 1967, p.126 et s'installe à Nice.

Il meurt le à Nice.

Mandat Du au : député de Constantine, Gouvernement provisoire de la République française, Ire Assemblée nationale constituante Du au : député de Constantine, Quatrième République, Ire législature

Distinctions Grand officier de la Légion d’Honneur (1945) Commandeur de la Légion d'Honneur (1936) Officier de la Légion d'Honneur (1930) Chevalier de la Légion d'Honneur (1917)

Croix de guerre 1914-1918 Officier de l'Ordre du Ouissam alaouite

Bibliographie Jacques Bouveresse, Un parlement colonial ?: Les Délégations financières algériennes, Universités de Rouen et du Havre, 2008 Dictionnaire des parlementaires français 1940-1958, volume 2, La Documentation française, 1988 Marcel Edmond Naegelen, Mission en Algérie, Flammarion, 1962

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Manifeste des 61 Liste des députés de l'Algérie française

Liens externes

Notice biographique de Hachemi Benchennouf, site de l'Assembleé nationale Voyage de monsieur Naegelen, gouverneur général de l'Algérie, aux confins algéro-tunisiens - reçu par M. BenChenouf , député, maire de la ville (en costume arabe avec son écharpe tricolore de député), Les Actualités Françaises, édition régionale, , site de l'INA

Références Dossier de la Légion d'Honneur de Hachemi Benchennouf, base de données Léonore Dossier n°4351 : Benchennouf, Hachémi, site des archives nationales

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