thumb|La garde varègue, très certainement représentée sur cette planche du manuscrit Skylitzès () est reconnaissable aux haches portées par les guerriers (Merrony 2004, ).

La garde varangienne ou garde varègue (du grec , Tágma tōn Varángōn) était un corps d’élite de l’armée byzantine formé de mercenaires d’abord scandinaves, puis de plus en plus anglo-saxons, dont le rôle principal était la protection rapprochée de l’empereur ; elle exista du au .

Les Rus’ Les Rus’ étaient un amalgame de colons scandinaves (principalement suédois) et de nomades slaves et finno-ougriens ; le terme est utilisé ici dans un sens géographique et inclut aussi bien des groupes d’origine slave que scandinave. entrèrent au service de l’Empire byzantin dès 874. La garde varègue fut fondée en 988 sous l’empereur après la conclusion d’un traité avec la Rus' de Kiev de qui prévoyait l’envoi d’un contingent de . L’empereur, qui devait faire face aux rébellions de Bardas Phokas et de Bardas Sklèros, se méfiait de sa garde byzantine et préféra employer ces guerriers comme gardes du corps.

Jusqu’au , la garde fut principalement composée de Scandinaves venus de Suède, du Danemark, de Norvège et d’Islande. Après la conquête de l'Angleterre par les Normands, s’y ajoutèrent un nombre de plus en plus considérable d’Anglo-Saxons fuyant la domination normande. Sous Alexis Comnène (), ceux-ci formaient déjà la majorité de la garde.

Outre d’assurer la protection de l’Empereur, la garde varègue fut utilisée dans nombre de guerres, notamment en Italie au alors que Normands et Lombards tentaient de s’emparer du sud de la péninsule. La garde en tant que telle disparaît lors de la prise de Constantinople par les Latins le .

Vers la fin du , les Varègues s’étaient pratiquement assimilés aux Grecs byzantins quoique dans les années 1400, on pouvait encore trouver des personnes s’identifiant comme « Varègues » à Constantinople.

Contexte et origine L’armée byzantine

À la mort de (), l’armée byzantine était la plus puissante de la régionCette section constitue un résumé de Blöndal (1978) .. Depuis les réformes de (), l’armée avait presque doublé la superficie de l’Empire et, depuis la deuxième Année des quatre empereurs en 193, n’intervenait plus directement dans le choix du basileusTreadgold (1995) ..

Comme l’empire politique, l’empire militaire était divisé en thèmes. Sous Théophile, il y avait onze thèmes en Asie et douze en Europe, chaque thème ayant son corps de soldats appelés stratiotai. Trois thèmes, celui de Cibyrrhéotes en Asie mineure, le thème de l’Égée (séparé du premier vers 843) et celui de Samos (séparé de ce dernier vers 882) avaient la responsabilité de la flotte maritime. Enfin, surtout dans les cols de montagnes, des forts sous contrôle militaire assuraient la protection des frontières.

Chaque thème devait fournir trois ou quatre « brigades », chacune divisée en un certain nombre de droungoi (bataillons), à leurs tours divisés en cinq banda (compagnies). Le nombre de soldats dans ces compagnies varia considérablement dans le temps allant de 200 à 400. Il est difficile d’estimer le nombre total de soldats que comptait l’armée, le chiffre le plus souvent mentionné étant de .

À côté de cette armée des thèmes existait une autre force appelée tagmata devant servir à la fois de garnison pour la capitale et d’armée de réserve lorsque le besoin s’en faisait sentir. Celle-ci consistait en quatre régiments de cavalerie : les Scholae, les Excubites, les Arithmos (ou Vigla) et les Hikanatoi.

Outre l’armée impériale, l’Empereur disposait d’un certain nombre d’unités formées d’habitants de territoires conquis ou avec lesquels l’Empire avait été en guerre : Normands, Turcs, Italiens, Français, Germains, Hongrois, peuples slaves incluant les Russes ainsi que des Scandinaves, ces deux derniers peuples étant à l’origine de la garde varègue. L’ensemble de ces unités était appelée Hetairia et était commandée par le Megas Hetairarchos qui avait rang de stratarchos et était l’un des plus hauts dignitaires de l’empire.

Premiers contacts entre Rus’ et Byzantins

thumb|left|Scène tirée de la Chronique de Skylitzès montrant, à gauche, une femme tuant un guerrier varègue qui tentait de la violer et, à droite, recevant les félicitations de son entourage et les dépouilles du guerrier (Wortley (2010) .)

Les premiers contacts entre Varègues et Byzantins furent le fait de Scandinaves (Suède, Danemark, Norvège, Islande) installés dans la Rus' de Kiev et remontaient, croit-on, aux années 836-839 alors qu’une ambassade, rapportée dans les Annales de Saint-Bertin, se rendit à Constantinople probablement pour négocier un traité. Craignant de rentrer chez eux par la même route qu’à l’aller en raison des tribus hostiles de cette région, ils vinrent, accompagnés de représentants de l’empereur byzantin Théophile (813-842), à la cour de Louis le Pieux à Ingelheim am Rhein, le demander libre-passage par les terres d’empire. Parmi les membres de la délégation se trouvaient des gens d’une nation appelée Rhos dont le roi portait le titre de ChacanosTraduction du titre khagan ; voir article « Khaganat de la Rus’ ».. Rendu méfiant par les méfaits de Scandinaves à ses frontières, Louis fit faire des vérifications qui démontrèrent que ceux-ci étaient gentis Sueonum (Suédois). Vers la même époque eut lieu une expédition des Rus’ en Propontide alors qu’ils étaient en route vers la Paphlagonie. On ne peut savoir si cette ambassade eut lieu après le raid, à la suite d'une déroute de la flotte russe et si elle avait constitué une tentative de négociation d'un traité de paix, ou si au contraire le raid fut le résultat d'un échec de négociations commerciales antérieuresBenedikz (1978), .

Il y a tout lieu de croire qu’au cours des rencontres avec ces émissaires, l’empereur Théophile, dont le règne connut nombre de défaites face aux armées du califat de Bagdad, tenta d’obtenir des mercenaires de la Rus’ kiévienne pour consolider son armée. En fait, dès le règne de son fils, (), des Rus’ faisaient partie de la garde impériale puisqu’en , le logothète du Drome Théoctiste fut assassiné sur ordre de l’oncle de l’empereur par un « Tauroskuthai », à l’époque synonyme de « Rus’ »Gineius, Basileion, 89..

Quatre ans plus tard, alors que était parti combattre les Arabes, Constantinople fut attaquée par une flotte rus’ commandée par deux chefs qui gouvernaient alors Kiev, Askold et Dir qui pillèrent les abords de la capitale, mais furent toutefois repoussés par ses habitants ralliés autour de leur patriarche, Photius. La flotte rus’ devait être en partie détruite par une tempête, en partie par les forces impériales après quoi des négociations furent entreprises et un traité fut conclu avant 866 qui stipulait que les Rus’ devaient envoyer des mercenaires se mettre au service de l’empereurChronique de Nestor, I col. 21..

Ces mercenaires furent sans doute d’abord utilisés par Basile Ier () pendant la période de « reconquête » qui suivit la fin de la période iconoclaste alors que la lutte reprenait contre les Arabes pour reprendre les territoires perdus de Cilicie et de Syrie, de Mésopotamie et d’ArménieThéotokis (2012) .. La première mention dans les sources date du règne de son fils, () ; on lit dans le De ceremoniis que pour une expédition navale contre la Crète, ayant participé à celle-ci furent payés De Ceremoniis, I, 654.. Les hostilités reprirent entre 907 et 911 alors que le prince Oleg de Kiev conduisit une expédition contre Byzance. Aux termes du traité qui suivit, les Rus’ obtinrent le droit d’entrer dans l’armée « au moment où ils choisiront de venir, et en nombre qu’il leur plairaChronique de Nestor, I, col. 33.. ». Ce traité devait être renouvelé en 945 après une nouvelle attaque des Rus’ contre Constantinople sous la direction d’Igor ; dans ce nouveau traité l’Empire et la Principauté de Kiev étaient déclarés alliés à perpétuité et promettaient de se prêter main-forte contre d’éventuelles puissances ennemiesChronique de Nestor, I, col. 46-54..

En 949, Constantin VII Porphyrogénète () devait diriger une expédition pour reprendre la Crète aux Arabes ; son armée comptait alors Chronique de Nestor, I, col. 44.. Par ailleurs, des bateaux (ousiai) rus’ furent utilisés comme garde-côte la même année à Dyrrachium et le long de la côte dalmate. Des Rus’ figuraient également au nombre des troupes de Bardas Phocas lors de la campagne de Syrie de 954-955 où ils participèrent à la bataille de Hadath au cours de laquelle Bardas fut défait par Saif-ed-Dauleh ()Mutanabbi (1950) ..

Sous le règne de (), on trouve mention de Rhosi comme faisant partie des forces envoyées en Sicile en 964-965 sous le commandement de Manuel et Nicetas Phocas, neveux de l’empereur, lesquels devaient être défaits à Rometta. Parmi les prisonniers capturés par les Arabes grecs furent envoyés avec le butin au calife Muizz de Tunis au nombre desquels, selon Schlumberger, devaient se trouver des Russes et des ArméniensLéon le Diacre et Ibn-el-Athir, rapportés par Blöndal (1978) ..

devait mourir assassiné en . L’année suivante, le prince de Kiev, Svyatoslav, se croyant lésé par ses partenaires byzantins après être intervenu en Bulgarie pour obliger le tsar Siméon Ier de Bulgarie à s’acquitter du tribut promis à , envahit l’empire, s’emparant de Philippopolis en 970. Forcé d’intervenir, () obligea les Rus’ à demander la paix. Un nouveau traité fut conclu dont le contenu n'est pas connu, mais qui devait comme les précédents inclure un article sur l’envoi de mercenaires russes/scandinaves pour servir dans l’armée byzantineBlöndal (1978) ..

Période scandinave (980-1081) Fondation de la garde varangienne

Le successeur de , (coempereur dès 960, empereur en 976 et mort en 1025) fut celui à qui l’on doit véritablement la création de la garde varègue.

Les décennies 970 et 980 avaient été l’occasion d’une imposante immigration varègue vers Kiev alors que le prince Vladimir était en conflit avec son frère, Iaropolk, lequel avait épousé une Grecque. Vladimir utilisa ces nouveaux venus pour assurer son trône, mais ces mercenaires s’avérèrent rapidement des partenaires turbulents, réclamant pour eux la ville de Kiev qu’ils venaient de conquérir. Vladimir les fit patienter un mois mais rien ne venant, les Varègues réclamèrent bientôt la permission de partir pour la Grèce.

À la même époque, qui avait envahi la Bulgarie dut lever le siège entrepris devant Serdica pour retourner à Constantinople faire face à deux rébellions simultanées, l’une conduite par Bardas Sklèros, l’autre par Bardas Phocas. Il se tourna alors vers Vladimir pour lui demander de l’aide. Celui-ci ne fut que trop heureux de lui envoyer ce turbulent contingent de Varègues, fort d’environ , qui arriva à Constantinople à l’hiver 987-988Cedrenus, Cedrenus Scylitzae Ope II, 444; Psellos, Chronographie, I, 9; Zonaras, Annales, III, 533.. En échange, Vladimir dut promettre de se convertir au christianisme avec tout son peuple, condition essentielle à son mariage avec la sœur de Basile, AnneD’Amato (2010) Blöndal (1978) ..

Michel Psellos (1018-1078) dans sa Chronographie dit alors que « l’empereur Basile qui connaissait bien la folie des Romains et, puisqu’une force choisie de Tauro-Scythes (terme employé par Psellos pour décrire les Rus’) lui avait été envoyée récemment, il les entraîna, les intégra dans une division comprenant d’autres troupes étrangères et les envoya contre les ennemisPsellos, Chronographie, I, 9. ». Il n’est pas impossible que ces « autres troupes étrangères » aient été des troupes de Rus’ slaves et scandinaves déjà au service de l’empereurBlöndal (1978) ..