Le Courage de la nuance est un essai politique écrit par Jean Birnbaum et publié en . Il appelle à une réhabilitation de la nuance dans la sphère politique.
Présentation générale Le Courage de la nuance est un essai politique visant à réhabiliter la nuance dans le débat politique et dans la vie politique. L'auteur se base sur sept auteurs, de Albert Camus à George Orwell, pour mettre en valeur la nécessité de la nuance dans la pacification du débat politique.
Jean Birnbaum qualifie son livre de . L'ouvrage .
Les chapitres sont entrecoupés d'interludes thématiques, qui traitent tour à tour des mots, de la franchise, de l'humour, de ce qui signifie , de l'inconnu, et de la littérature en tant qu'elle est .
Résumé Introduction L'auteur place l'ouvrage dans le contexte de la vie politique française des années 2010 et des années 2020. Il considère que chacun étant sommé de rejoindre un camp, , et . Il critique à ce titre les réseaux sociaux, amplificateur de la violence.
Chapitre 1 - Albert Camus, tout en équilibre Le , Albert Camus est invité à donner une conférence à l'Union culturelle gréco-française, consacrée à l'avenir de la civilisation européenne. L'auteur estime pourtant difficile de la définir, et remarque qu'elle se définit précisément par ce qu'elle est , c'est-à-dire que la multiplicité des opinions doit rendre impossible la domination d'une vérité sur une autre. Cette réponse est proprement camusienne car l'attitude constante de Camus a été celle de la préservation d'un espace de discussion.
Le philosophe a développé, avant Emmanuel Levinas, une éthique du visage, selon laquelle c'est l'accueil du visage qui est le préalable à la fin de la violence. Camus écrit ainsi que la polémique .
Camus a pu expérimenter l'absence de nuance dans sa vie politique précoce, ayant été expulsé du Parti communiste français pour ne pas avoir été assez orthodoxe. La confiance portée par Camus à la nuance est l'héritage de l'éthique grecque, qui se caractérise par une méfiance radicale de la démesure. La mesure implique parfois de ne rien dire : .
Chapitre 2 - Georges Bernanos, une foudroyante lucidité Georges Bernanos publie, en 1938, Les Grands Cimetières sous la lune, un pamphlet témoignant de l'implication de l’Église catholique dans la guerre d'Espagne. A sa lecture, le Pape Pie XI, refusant de mettre le roman à l'index malgré diverses pressions, dit : .
Bernanos avait de quoi refuser de voir les massacres et le mal organisés par Francisco Franco, car l'auteur était d'abord un monarchiste issu de l'Action française, farouche catholique antirépublicain. Mais il refuse d'être aveuglé par ses opinions et ses dogmes, et écrit : . Face à lui, le journal L'Action française, révolté par ce que Bernanos est sorti du ban, écrit : .
Bernanos, pourtant, revient de loin, ayant milité pour l'Action française et passé des séjours en prison dans sa jeunesse pour des faits de violence politique. Comme il l'écrit tardivement, . Birnbaum considère ainsi qu'il est un exemple d'un homme qui s'est arraché à ses dogmes pour accepter de voir le réel tel qu'il est, et non tel qu'il aurait voulu qu'il soit.
Chapitre 3 - Hannah Arendt, le génie de l'amitié Hannah Arendt a choqué en commentant certains drames d'un ton sardonique, ou ironique. Elle écrit ainsi, au sujet d'Adolf Eichmann : . En réponse à ses critiques, elle écrit : . Arendt est partisane, durant toute la deuxième moitié de sa vie, de ce qu'avançait Bertolt Brecht : .
L'humour est nécessaire car, pour Birnbaum, il et . Cela est d'autant plus nécessaire que . L'ironie d'Arendt est proprement socratique, car elle n'a pas pour but de désarmer, de paralyser, mais au contraire de permettre celui qui est visé à s'arrêter, descendre en soi et ainsi, . Le contraire de la banalité du mal est précisément d'. Ainsi, Birnbaum rappelle, .
Chapitre 4 - Raymond Aron, modéré avec excès Raymond Aron part effectuer de la recherche en Allemagne au moment où le Troisième Reich se fortifie. Cette expérience l'incite, lui qui était un jeune socialiste pacifiste, à découvrir les limites de son credo politique. Comme l'écrit Birnbaum, . Dans sa Lettre ouverte d'un jeune Français à l'Allemagne de 1933, il fait de la lucidité la .
Aron se positionne ainsi fondamentalement en faveur de la liberté d'enseignement, c'est-à-dire de la liberté des enseignants de professer des thèses qui ne sont pas alignées sur celles du gouvernement qui les rémunère. Le pluralisme intellectuel joue ici tout son rôle, car il .
Le philosophe ne plaira ni à la gauche, ni à la droite ; il critique l'URSS et ses goulag, ce qui le rend détesté par l'intelligentsia parisienne de gauche ; mais il critique aussi, dans La Tragédie algérienne, le nationalisme des partisans de l'Algérie française et appelle à , sur le conflit entre la métropole et le département. Aron se montre ainsi partisan d'Aristote, qui élève la phronèsis au rang de vertu suprême. Aron célèbre ainsi le , qui est, le rappelle Birnbaum, , mais au contraire .
Chapitre 5 - George Orwell, la révolution du fair-play George Orwell vit lui aussi la guerre d'Espagne. Pour lui, l'émancipation est liée à la justesse des idées et à la vérité des sentiments. Le héros de 1984 est ainsi . Orwell défend ce qu'il appelle la common decency. Ainsi, après avoir lu une critique de son dernier livre par George Woodcock, il appelle ce dernier pour le remercier, et fait la part, dans la critique de Woodcock, entre ce qu'il considérait comme une critique rude mais légitime et ce qu'il n'avait guère apprécié dans la critique mais devait néanmoins respecter.
Orwell se règle sur une exigence de franchise, et refuse de caresser dans le sens du poil. Il soutient que . Le franc-parler implique de douter de soi, c'est-à-dire d'accepter ses erreurs, retirer ses propos, etc. Il appelle ainsi, dans la conclusion de son Hommage à la Catalogne, ses lecteurs à douter de sa partialité.
L'expérience de la guerre d'Espagne permet à Orwell de se montrer méfiant envers à la fois les staliniens et les franquistes. Il écrit : . Il regrette aussi que le climat de la Seconde Guerre mondiale rende le désalignement avec un camp préétabli impossible : .
Chapitre 6 - Germaine Tillion, la vérité au cœur Germaine Tillion met en pratique sa volonté de comprendre le monde au camp de Ravensbrück. Sa mère ayant été tuée dans le camp peu de temps avant qu'elle n'arrive dans sa cellule, elle mène l'enquête auprès de ses camarades pour comprendre ce qu'il s'est passé. Elle prend note de tout, fait des statistiques sur tout, et consigne le nom des surveillants nazis dans de fausses recettes de cuisines codées. Elle soutient que sa discipline, l'ethnologie, .
Tillion, qui avait vécu et travaillé en Algérie, ne soutient pas les massacres à la bombe de civils commis par le Front de libération nationale, ni les exécutions commises par l'armée française. Elle est ainsi très critiquée par le général Massu, qui lui reproche a posteriori d'avoir ; Simone de Beauvoir, qui refuse de bien orthographier son nom, la qualifie de car trop modérée vis-à-vis du FLN. Pierre Vidal-Naquet raconte que Jacques Vergès .
Chapitre 7 - Roland Barthes casse les clichés Les écrits de Roland Barthes ont, pour Birnbaum, quelque chose de réconfortant, car . Barthes soutient que .
Barthes considère que la langue évolue entre deux pôles : celui de la , une parole ouverte qui déferle dans la tête du locuteur sans contrainte, la parole amoureuse et éparpillée ; et, d'autre part, la , à savoir la (Birnbaum), celle du bourgeois bien-pensant ou de l'idéologue militant. Lors de son voyage en Chine maoïste avec Tel Quel, il constate la prépondérance du langage hermétique, et écrit à son retour que toutes les notes qu'il a prises là-bas .
Barthes théorise le Neutre. Il s'agit, rappelle Birnbaum, de . L'arrogance est, pour Barthes, .
Barthes vit une forme de malaise vis-à-vis du pouvoir médiatique, qu'il accuse de tuer la nuance : . Il critique la démagogie d'extrême droite en soulignant, chez le poujadisme, sa tendance à . Mais Barthes s'attaque à toutes les réification des positions idéologiques et du langage, de gauche comme de droite.
Conclusion - Solidarité des solitaires Le courage de la nuance consiste, comme les auteurs traités précédemment, à ne pas s'aligner sur des slogans, à être sincère et renoncer à la franchise, et trop mobile pour . Ceux qui ont le courage de la nuance se caractérisent par leur comportement, qui est d'être capable de discuter avec ceux avec lesquels ils ne sont pas d'accord, voire même d'admirer certaines parties de leur œuvre.
Réception Le livre reçoit un accueil positif de la critique. Dans L'Humanité, Aliocha Wald Lasowski écrit que l'auteur . Le Figaro écrit que l'ouvrage . La Libre Belgique chronique le livre à sa sortie. Charlie Hebdo publie un entretien avec l'auteur et écrit que l'ouvrage est un ; Marianne fait de même. Public Sénat diffuse un débat entre Eugénie Bastié et Birnbaum.
Aurelian Crăiuțu, enseignant de science politique à l'université de l'Indiana, cite le livre au cours d'un débat. Manuel Valls y fait également référence dans un entretien à L'Opinion.
L'Écho se montre plus critique. En reconnaissant sa qualité au livre, il appelle à , car https://www.lecho.be/culture/litterature/philo-il-ne-faut-pas-choisir-entre-la-nuance-et-la-polemique/10295643.html. Le Monde diplomatique considère le livre comme reflétant une marotte portée par des intellectuels médiatiques dans les mois qui précèdent sa sortie. Le journal critique ce qu'il considère comme un manque de rigueur dans la définition de ce qu'est la nuance, tour à tour identifiée à l'humour, l'amitié ou le pluralisme, ainsi que le recours abondant à l'éthique du care.
Notes et références
Catégorie:Essai français paru en 2021