Les massacres de Glina constituèrent le meurtre de paysans serbes dans la ville de Glina, dans l'État indépendant de Croatie (NDH), entre mai et , durant la Seconde Guerre mondiale. La première vague de massacre dans la ville débuta entre le 11 et le , lorsqu'un groupe d'Oustachis mené par Mirko Puk tua un groupe de garçons et d'hommes serbes dans une église orthodoxe serbe, avant d'y mettre le feu. Le jour suivant, 100 hommes serbes furent tués par les Oustachis dans le village voisin de Prekopa. Les estimations du nombre total de Serbes massacrés entre le 11 et le varient entre 260 à 417. Une autre tuerie se déroula à Glina entre le et le de la même année, menant à la mort de 700 à 2 000 Serbes par un groupe d'Oustachis dirigé par Vjekoslav Luburić.
La perspective d'une conversion fut utilisée comme prétexte dans la majorité de ces massacres, pour rassembler les Serbes et les tuer plus facilement. Ljubo Jednak, seul survivant de ces massacres, témoignera après la guerre aux procès des principales figures du NDH. Mirko Puk fut capturé par les forces britanniques en 1945 en essayant de fuir en Autriche, et fut extradé l'année suivante en Yougoslavie où il se suicida. Vjekoslav Luburić fuit la Yougoslavie après la guerre et s'installa en Espagne franquiste, où il fut tué par un membre présumé des services secrets yougoslaves.
Il est estimé entre 2 000 à 2 400 personnes le nombre de victimes des massacres de Glina. En 1969, un monument fut érigé et un musée commémoratif fut construit pour honorer les victimes des tueries. Suivant l'indépendance de la Croatie en 1991, le monument fut retiré par les autorités croates. Après la guerre de Croatie, les autorités locales ne parvinrent pas à le restorer et le démantèrent.
Contexte Le , les forces de l'Axe envahirent la Yougoslavie. Faiblement équipée et entraînée, l'armée royale yougoslave se disloqua rapidement. Le pays fut ensuite démembré et le nationaliste extrémiste et fasciste croate Ante Pavelić, qui était en exil en Italie, fut nommé poglavnik (dirigeant) de l'État indépendant de Croatie (NDH), dirigé par les Oustachis. Le NDH regroupa près de l'intégralité de la Croatie moderne, toute la Bosnie-Herzégovine et des parties de l'actuelle Serbie dans un « quasi-protectorat germano-italien ». Les autorités locales mirent en place une politique génocidaire à l'encontre des communautés serbes, juives et tziganes. Les populations serbes furent les principales victimes car les Oustachis les considéraient comme de « potentiels traîtres » et souhaitaient un État ethniquement « pur » composé uniquement de Croates. Des lois raciales et antisémites furent votées et les Serbes, qui constituaient près de 30 % de la population du NDH, devinrent la cible prioritaire des tueries de masse perpétrées par les Oustachis. Mi-1941, la brutalité des tueries atteignit un degré qui choqua certains Allemands. L'écriture cyrillique fut interdite, les établissements scolaires de l'Église orthodoxe furent fermés, et les Serbes furent forcés de porter des brassards permettant de les identifier. Mile Budak, le ministre croate de l'Éducation, déclara qu'un tiers des Serbes du NDH devaient être tués, un tiers devait être expulsé et le dernier tiers devait être converti au catholicisme. Les Oustachis établirent ensuite de nombreux camps de concentration où des milliers de Serbes furent maltraités, affamés et tués.
Glina est une petite ville marchande située dans la région de la Banovine, en Croatie, à 55 kilomètres au sud de Zagreb. En 1931, elle possédait une population de 2 315 habitants majoritairement Serbes, de Croates et de Juifs. Une base fut installée dans la ville peu après la prise de pouvoir des Oustachis.
Déroulement
Mai 1941 La proposition d'un massacre provint de Mirko Puk, alors ministre de la Justice du NDH. Le , le commandement local des Oustachis se réunit à Glina, où ils établirent une liste de Serbes âgés de 16 à 60 ans à arrêter. Après de nombreuses discussions, il fut décidé que tous les individus arrêtés devaient être tués. Le soir du , des arrestations massives commencèrent, hommes serbes de toutes professions et catégories sociales. La majorité des personnes arrêtées se rendirent volontiers aux Oustachis, après avoir été informées qu'elles allaient être interrogées puis relâchées.. En historiographie, deux versions différentes du massacre sont décrites.
Une version relate que les Oustachis ont ensuite rassemblé le groupe dans une église orthodoxe et leur ont demandé de livrer les documents prouvant que tous s'étaient convertis. Deux Serbes livrèrent les documents demandés et furent libérés. Les Oustachis ont ensuite bloqué l'intérieur de l'église et ont massacré les individus n'ayant pas été en mesure de livrer les documents demandés, incluant le prêtre Bogdan Opačić. Les Oustachis mirent ensuite le feu à l'église, laissant les corps brûlés, et attendirent à l'extérieur tout survivant essayant de s'enfuir.
Une autre version décrit que les hommes furent d'abord emprisonnés dans un ancien petit bâtiment de la gendarmerie. Après quoi, dans la nuit du , ils furent attachés par paires, chargés dans des camions et transportés dans un grand fossé où ils furent tués, principalement par arme à feu. L'historien Rory Yeomans écrit qu'ils ont été exécutés avec des couteaux, des hachoirs à viande, des maillets, des marteaux et des faux. L'unique survivant du premier massacre fut Nikica Samardžija, qui parvint à s'enfuir. Il témoigna plus tard au tribunal des crimes de guerre à Glina. Le , 100 hommes serbes furent exécutés par les Oustachis dans le village voisin de Prekopa..
Les estimations du nombre de Serbes tués entre le 11 et le varient. Les historiens Jozo Tomasevich and Ivo Goldstein établirent le nombre à 260. Sabrina Petra Ramet et Marko Attila Hoare estiment que plus de 300 Serbes furent massacrés et Davide Rodogno donne le nombre de 417. Des 450 aux 500 hommes vivant à Glina en , Slavko Goldstein estima que la majorité d'entre-eux fut tuée dans la nuit du , que 100 survécurent dans différentes circonstances et « moins de 400, mais certainement plus de 300 », furent tués en tout. Le , l'archevêque de Zagreb Alojzije Stepinac envoya une lettre de protestation à Ante Pavelić après avoir appris la nouvelle des exécutions. Il ne condamna cependant pas les atrocités publiquement. Le lendemain, Pavelić visita Rome et s'entretint en privé avec le pape Pie XII, il obtint la reconnaisance du NDH de la part du Saint-Siège. Bien que le pape fût conscient que Pavelić était un dictateur, il n'y a aucune preuve qu'il eut connaissance du massacre de Glina à ce moment.
Juillet-août 1941 Dans la nuit du , un massacre similaire à celui de mai se reproduisit à Glina. Cet été, les Oustachis proposèrent d'offrir l'amnistie aux Serbes du NDH s'étant convertis au catholicisme. La majorité des Serbes répondirent favorablement, et un groupe se rendit dans une église orthodoxe à Glina où une cérémonie de conversion eut lieu. Les Serbes, croyant à une cérémonie de conversion, furent accueillis par six membres des Oustachis, sous le commandement direct de Vjekoslav Luburić. Après leur entrée, le
es portes de l'église furent fermées. Les Serbes furent ensuite forcés de s'allonge sol, lorsque les six Oustachis les frappèrent un à un sur la tête avec des bâtons pointus. Davantaustachis alalors ors arrivèrent et tuèrent les Serbes. Les victimes furent tuées en ayant la gorge tranchée ou leurs têtes fracassées par une crosse de fusil. Seule une des victimes, Ljubo Jednak, survécut après avoir fait le mort et témoigna plus tard sur ce qui s'est passé :Les corps furent ensuite placés dans des camions et transportés dans une grande fosse commune, où ils furent laissés sans surveillance suffisamment longtemps pour permettre à Jednak de s'échapper. Il est estimé que 200 Serbes furent tués cette soirée. Les tueries continuèrent le , où les Oustachis massacrèrent les habitants de villages situés dans les environs d'églises. Près d'un mois plus tard, l'église fut brûlée par les Oustachis.. Les estimations du nombre de Serbes tués entre le et le varient fortement. Le sociologue Damir Mirković et l'historien Paul Mojzes déclarent que 700 Serbes furent tués. Le journaliste Tim Judah estime le nombre à 1 200, et l'historien Iván T. Berend à 1 800. Hoare écrit que plus de 2 000 Serbes furent massacrés. L'historien Filip Škiljan note que le nombre total de tués, ainsi que la localisation et la manière dont le massacre se déroula, ne sont pas clairement établis.
Conséquences Après les massacres, la majorité des Serbes de Glina et de ses environs fuirent vers la Serbie ou furent déportés dans des camps de concentration oustachis. Le NDH s'effondra en , et le procès de Nuremberg jugea que les persécutions subies contre les Serbes constituaient un génocide. La communauté serbe retourna à Glina après la guerre et vit paisiblement aux côtés des Croates jusqu'à l'éclatement des guerres de Yougoslavie, dans les années 1990.
Mirko Puk, l'organisateur du premier massacre, fut capturé par les forces britanniques en en essayant de fuir en Autriche, et fut extradé quelques mois plus tard en Yougoslavie, où il se suicida en se taillant les veines du poignet avec une lame de rasoir. Vjekoslav Luburić, l'organisateur du second massacre, fuit la Yougoslavie après la guerre et s'installa en Espagne, où il fut assassiné par un membre présumé des services secrets yougoslaves (UDBA). Ante Pavelić survécut à la guerre et mourrut en Espagne en 1959. Alojzije Stepinac, qui ne condamna pas publiquement les atrocités à Glina, fut accusé de collaboration avec les Oustachis par le nouveau régime communiste yougoslave et fut jugé en 1946, où Ljubo Jednak témoigna contre lui. Il fut condamné à 16 ans d'emprisonnement et mourut en détention à domicile en 1960. En 1986, Jednak témoigna contre le ministre de l'Intérieur oustachi Andrija Artuković à son procès en Croatie.
Héritage Sur une estimation de 300 000 Croates d'origine serbe qui furent massacrés par les Oustachis entre 1941 à 1945, plus de 18 000 provenaient de Glina et de ses environs. Selon les historiens Hannes Grandits et Christian Promitzer, les massacres coûtèrent la vie à environ 2 000 Serbes. Le professeur Mark Levene estime que 2 400 personnes mourrurent lors des cinq tueries de masse qui se déroulèrent à Glina en 1941. Parfois qualifiées de pogroms, ces tueries furent décrites par Tim Judah comme l'une des atrocités les plus « infames » commises par les Oustachis. Manus I. Midlarsky nota que l'incendie de victimes à l'intérieur d'une église durant le massacre en .
Le poème Requiem (en serbe : Реквијем Rekvijem) du poète Ivan V. Lalić est dédié aux victimes des massacres de Glina.
Références
Articles connexes Génocide des Serbes dans l'État indépendant de Croatie Camps de concentration oustachis Massacre de Blagaj Massacre de Gudovac
Catégorie:Histoire de la Yougoslavie pendant la Seconde Guerre mondiale Catégorie:1941 en Yougoslavie Catégorie:Histoire de la Croatie pendant la Seconde Guerre mondiale Catégorie:Massacre dans l'État indépendant de Croatie Catégorie:Crime de guerre en Croatie