Les Banou Khazar (en arabe: بنو خزر) sont la famille princière des Maghraouas au Moyen Âge. Ils gouvernaient la confédération du Maghreb central, dès l'époque de la conquête musulmane. La dynastie doit son nom à Khazar b. Hafs (), considéré par la tradition berbère comme un des plus grands princes de la tribu.

Leurs chefs dirigent la révolte ibadite contre les Fatimides. Puis les émirs de la famille rentrent dans un système de versatilité politique oscillant entre les Fatimides et les Omeyyades de Cordoue.

Après leur défaite face aux Zirides, les émirs de la famille vont chercher de nouveaux territoires dans le Maghreb al-Aqsa et à Tripoli. Vaincus par les Almoravides, ils retournent dans le territoire du Chelif, où ils tentent la renaissance de l’État des Maghraouas. Les Zianides, nouveaux maîtres du Maghreb central, mettent fin au règne de leur dernier émir au .

Origine Les Banou Khazar sont la famille princière des Maghraouas du Moyen Âge. Ibn Khaldoun note que la famille était originaire du Zāb, pays de Tobna et M'Sila.

Vers la fin du ou le début du , les tribus maghrawiennes se convertissent à l’Islam. Elles étaient gouvernées, à cette époque, par une ancienne et puissante dynastie, nommée plus tard les Banou Khazar, qui devait son nom à Khazar b. Hafs b. Ṣūlāt b. Wanzāmar b. Maghrāw. Ibn Khaldoun mentionne dans son Histoire des Berbères, une liste, très incomplète, des princes de cette famille qui commandaient les Maghraouas dans le Maghreb central, à Fès, à Sijilmassa et en Tripolitaine..

Une autre liste, encore moins complète, des émirs a été donnée par son frère Yahya Ibn Khaldoun dans son histoire des Banū ʿAbd al-Wād. Selon ces listes, Ouezmar ibn Saclab était le contemporain du calife Othmân ibn Affân. En effet, il aurait été fait prisonnier dans un des combats lors de la conquête musulmane du Maghreb. Gracié par ce calife, il devient musulman, et après être revenu dans son pays, il est nommé chef de sa tribu.

Après la mort de Ṣūlāt, le commandement des Maghraouas passe à son fils Ḥafṣ qui est considéré par la tradition berbère comme un des plus grands princes de la tribu. Il devient aussi, chef des autres tribus zénètes. La puissance des Maghraouas augmente sous le règne de Khazar, fils de Hafs, dans la première moitié du qui donne son nom à la dynastie.

Une tradition citée par Ibn Khaldoun dit que ce prince profita de la révolte kharidjite de Maysara et de l’affaiblissement des gouverneurs omeyyades de Kairouan, pour étendre son autorité sur tous les Zanāta nomades du Maghreb central, à l’exception des Banou Ifran de Tlemcen.

Un peu plus tard un Maghrāwien, Nahdī b. ʿĀsim al-Zanātī est nommé gouverneur par l'Imām ibadite de Tahert. Un autre qui tirait vraisemblablement son origine de la famille princière, Muḥammad b. Isḥāḳ al-Ḵh̲azarī, est nommé gouverneur du Nefzaoua. Il était ibadite..

Après la mort de Khazar b. Hafs, le commandement de la confédération des Maghraouas passe à son fils Muḥammad b. Khazar. Ce dernier fait la guerre aux Banou Ifren auxquels il enlève, la ville de Tlemcen, vers 788-9.. C’est probablement à cette époque que la dynastie des Banou Ḵh̲azar fonde Madīnat Banī Khazar «la ville des Banū Khazar » dans une plaine aride du Maghreb central, la position exacte de cette ville est inconnue, l'historien Ibn Hammad la mentionne dans son ouvrage à propos de l’histoire d’Abu Yazid : le chef khâridjite, y chercha refuge après sa défaite en 946-7.

Révolte contre les Fatimides Au début du , les Fatimides, sous le règne de Ubayd Allah al-Mahdi, tentent d’imposer leur autorité aux ibadites de l'Aurès et du Zab. Les Zénètes conduits par leur chef Muhammad b. Khazar, s'insurgent contre eux. Ce dernier est un des petits-fils de Muhammad b. Khazar qui était émir des Maghraouas au . L’un de ses frères est exécuté par le califat fatimide pour avoir soutenu la révolte d'Abu Yazid.

Muhammad b. Khazar était notamment le chef des Maghraouas, qui se déplaçait entre la vallée du Chelif et la région de Tlemcen et qui ont tué le général Masâla lors d'un combat en 924. Il était sensible aux ouvertures que commençait à lui faire l’émir de Cordoue Abd al-Rahman III.. En 929, soutenu par les Omeyyades de Cordoue, Muhammad b. Khazar parvient à contrôler pour quelques mois la majeure partie du Zâb. Il enlève, à cette occasion, le territoire du Chélif et de Ténès et prit la ville d’Oran, où il plaça, comme gouverneur, son fils al-Khayr. Il conquit aussi les autres lieux du Maghreb central. Cependant, l’armée fatimide, riposte et bat les Maghraouas et les refoule au désert.

Les lettres échangées entre Muhammad b. Khazar et le monarque omeyyade An-Nâsir permettent de suivre l’évolution de la situation dans la province de Tahert et du Maghreb central. En effet, à la suite de la proclamation du califat omeyyade par Abd al-Rahman III, une véritable politique maghrébine est mise en place pour déstabiliser les territoires fatimides situés entre Tahert et Ceuta. Le califat tisse des alliances avec les grands chefs des Zanāta.

Entre Fatimides et Omeyyades de Cordoue Ce système d’alliances s’inverse au milieu du , lorsque les Ifrenides de Yala Ibn Mohamed se rapprochent de Cordoue alors que son rival, Muhammad b. Khazar, passe en 953 sous bannière fatimide. Il déclare alors depuis l’oasis de Laghouat sa soumission au calife Al-Mansur. Ce ralliement entraîne des affrontements sanglants avec l’autre chef des Zanāta ibadites-nekkarites, Abu Yazid. L'armée fatimide dirigée par le général Jawhar al-Siqilli, accompagné de Ziri ibn Menad et de Muhammad b. Khazar, s’empare de Tahert, puis de Sijilmassa.

Les allégeances des tribus berbères de l’époque sont difficiles à catégoriser et ne peuvent être seulement expliquées par des affinités idéologiques ou un opportunisme politique. Cette versatilité politique continuera sous le règne du fils de Muhammad b. Khazar, al-Khayr qui frappa des dirhams tant au nom du calife omeyyade qu’au nom du calife fatimide.

L’un des fils de Muhammad b. Khazar, Maʿbad, considéré par les textes ismaélites comme un vrai ibadite – décide de rompre avec son père et déclare la guerre aux Fatimides à côté de Faḍl, le fils d’Abû Yazîd. Les Fatimides parviennent finalement à mater cette insurrection ibadite. Il était prisonnier, en 951-2, par le souverain fatimide Ismâ`îl al-Mansûr et subit la peine de mort. Quant à un autre frère de l’émir, à savoir Fulful, il embrasse la cause des Fatimides.

Après la mort de l’émir Muhammad b. Khazar, le commandement en chef des Maghraouas passe à son petit-fils Mohamed Ibn Al Khayr. Il était lié avec la cour de Cordoue déjà du vivant de son grand-père. Il obtient du calife Abd al-Rahman III, en 955-6, le gouvernement de Fès.. Cependant, il demande à ce calife, la permission d’aller faire la guerre sainte en Espagne. Après avoir reçu cette permission, il partit pour l’Espagne en laissant à Fès, en qualité de lieutenant, son cousin Ahmad b. Bakr. Plus tard, Mohamed Ibn Al Khayr harcèle les possessions des Fatimides dans le Maghreb central. Il crée un grand, mais éphémère État des Maghraouas soumis aux Omeyyades de Cordoue. Cet État exista une dizaine d’années, jusqu’au moment où le gouverneur fatimide de l’Ifriqiya, missionne Ziri ibn Menad d’endiguer l’expansion maghrāwienne.

En 971, le Zâb fut à nouveau le théâtre d’une dissidence contre les Fatimides. Un nouveau changement dans les systèmes d’alliances vient du gouverneur de Msila Djaafar b. Alî b. Hamdûn. Irrité par la faveur croissante dont jouissait Ziri ibn Menad auprès d’Al-Muʿizz li-Dīn Allāh, il se rapproche des Omeyyades. En 971, il va se réfugier chez les Zanâta et leur chef, Mohamed Ibn Al Khayr, qui avaient à nouveau déclaré leur hostilité aux Fatimides. Ils mirent en déroute et tuèrent Ziri ibn Menad en 971.

Toutefois, le chef des Maghraouas, est mort lors de la bataille près de Tlemcen contre une armée menée par Bologhine ibn Ziri. Après cette défaite, les Maghraouas se regroupent derrière son fils, al-Khayr b. Muhammad b. al-Khayr, ils évacuèrent bientôt le Maghreb central.

En 989-90, un autre émir de la famille, Saʿīd b. Khazroun b. Fulful, mécontent de la politique personnelle des Omeyyades, quitte le parti omeyyade et se rend à Achir à la cour du prince ziride Al-Mansur ben Bologhin qui lui donne le gouvernement de la ville de Tobna.

Principautés dans le Maghreb al-Aqsa Après leur défaite face à Bologhine ibn Ziri, les émirs de la famille des Banou Khazar vont chercher de nouveaux territoires dans le Maghreb al-Aqsa. Ibn Khaldoun mentionne, en plus de Mohamed Ibn Al Khayr, Ziri et son frère Muḳātil, fils de ʿAtiyya b. ʿAbd Allah b. Khazar. Ces trois émirs commandaient les Maghraouas après 971. Ainsi, les différents princes de la famille créent trois États dans Maghreb al-Aqsa : celui de Fès, de Sijilmassa et d’Aghmat.

Les Maghraouas du Maghreb al-Aqsa se divisent alors en deux groupes : septentrional et méridional. Le groupe méridional était commandé par un autre prince de la famille, Khazroun b. Fulful b. Khazar. Ce prince s’était lancé en 976-7 à la conquête de Sijilmassa. Il reçoit du vizir de Cordoue, Almanzor, le gouvernement de cette ville qui resta dans sa famille, jusqu’à l’arrivée des Almoravides.

Il semble que Mohamed Ibn Al Khayr a perdu le commandement du groupe septentrional vers 985-6, au profit de Muḳātil b. Attia. La famille de b. Attia descendait de Abd Allāh, frère du Muhammad b. Khazar, et partisan des Fatimides. Le royaume dont la ville de Fès était capitale demeure jusqu’à l’arrivée des Almoravides..

Dans les années 980, on assiste à la prépondérance du puissant émir, Ziri Ibn Attia, auquel est donné un titre de vizir qui lui reconnaît une quasi « vice-royauté » du Maghreb occidental. Ce chef cesse de résider à Fès pour aller s’installer à Oujda, ville qu’il fonde en 994 : .

Par la situation géographique de la ville, Ziri pensait toujours à la reconquête du territoire de Chelif et peut-être aussi à la reconstruction de l’ancien royaume maghrāwien des Banū Khazar dans le Maghreb central. À la même époque, il voulait rejeter la suzeraineté de Cordoue et puis il essaye de se créer un État dans le Maghreb central Ziride. À la mort de Ziri Ibn Attia, les Maghraouas du Nord proclament chef, son fils al-Muʿizz. Il devient le gouverneur du Maghreb al-Aqsa à l’exclusion du pays de Sijilmassa.

Son successeur est son cousin paternel Hamāma b. al-Muʿizz b. ʿAṭiyya, la guerre éclate entre cet émir et la dynastie rivale des Banū Ifran. Il se retire vers l’Est et gagne les villes d’Oujda et de Ténès. Plus tard, il continue l’action anti-sanhādjienne de ses prédécesseurs. Il finit toutefois par faire sa soumission aux Hammadides. Il meurt en 1039 ou 1041-2.

Après lui, le pouvoir passe à son fils Dūnās. Ce prince ne pense qu’à l’embellissement de Fès. Il meurt en 1062, en laissant le trône à son fils al-Fatūḥ.. Mais ce dernier est contesté par son frère Adjīsa. Les deux frères font la guerre. Adjīsa fut tué au bout de trois années de lutte. Son règne ne dura pas longtemps. Il est chassé de Fès en 1062 par le souverain hammadide Bologhine ibn Muhammad ibn Hammad.

Après son départ, les Maghraouas désignent pour lui succéder un de ses parents, Muʿannasar b. Hammād b. Muʿanṣar b. al-Muʿizz b. Attia en 1063. Il est vaincu par les Almoravides la même année . Mais, quelque temps après, il arrive à défaire le lieutenant almoravide et à reprendre sa capitale. La population de Fès proclame alors prince son fils Tamīm. Mais la capitale est enlevée par Youssef ben Tachfine deux ans plus tard (1069-70), et le nouveau souverain est mis à mort par le souverain almoravide.