La lettre de Mathilde Lefebvre est un document prétendument écrit par Mathilde Lefebvre, une jeune fille originaire de Liévin ayant émigré aux États-Unis sur le Titanic avant de périr dans le naufrage.
L'affaire prit un tournant médiatique, lorsqu'au printemps 2021, le journal La Voix du Nord publia un article intitulé « Qui était Franck Lefebvre, l’Haillicourtois qui a perdu une partie de sa famille dans le naufrage du Titanic ? » mentionnant .
Contexte
La famille Lefebvre Matilde Lefebvre est née le à Liévin. Elle est la fille de Franck Lefebvre et de Marie Daumont.
Franck Lefebvre, un charbonnier originaire de Liévin dans le Pas-de-Calais, décide de partir s'installer aux États-Unis avec sa famille. Il quitte la France en 1910 et s’installe à Mystic, dans l'Iowa. Une fois suffisamment d'argent récolté, il paie à sa femme et à ses enfants, restés en France, un voyage à bord du Titanic pour qu'ils puissent le rejoindre..
Mathilde voyage avec sa mère Marie, son frère Henri et ses sœurs Ida et Jeanne avec lesquels elle partage une des cabines de troisième classe du pont F.. Ils embarquent sur le Titanic à Southamton. Aucun des membres de la famille Lefebvre présent à bord du Titanic ne survivra au naufrage....
Précédents canulars
Naronic
Le Titanic n'est pas le seul navire dont des bouteilles jetées à la mer ont été retrouvés. En , le Naronic, un cargo bétailler appartenant à la White Star Line, disparaît au cours d'une traversée de l'océan Atlantique alors qu'il cherchait à rallier New York depuis Liverpool. À l’époque, les navires n'étaient pas encore équipés de la radio et le seul moyen de prévenir d’un drame était d’être vu par un autre navire. Pendant plusieurs mois, plusieurs navires seront détournés par la compagnie pour tenter de retrouver le Naronic, mais sans succès. Seul des canots vides du Naronic seront retrouvés. Il n'existe à l'heure actuelle aucune explication de ce qu'il s'est passé..
Durant le mois de mars de la même année, pas moins de contenant des messages attribués au Naronic furent retrouvées. Deux d'entre elles furent retrouvées aux États-Unis et mentionnèrent un naufrage le . L’une d'elles évoquait même une collision avec un iceberg lors d'une tempête de neige. Bien que les lettres furent signées, aucun des noms ne faisait partie de la liste officielle des marins présents à bord.
Tout laisse donc à penser que ces lettres avaient été écrites par des gens ignorant ces informations, c'est-à-dire à partir des récits de presse qui s’emballaient autour du « feuilleton Naronic ». De plus, les messages retrouvés au Royaume-Uni mentionnaient soit des icebergs, soit une explosion, et les noms figurant sur les messages ne faisait pas non plus partie de la liste des marins présents à bord. Un des messages mentionnait en plus une adresse qui s'est révélée être fausse.
Seconde Guerre mondiale À l’été 2003, le Musée naval de Québec avait présenté une exposition sur la bataille du Saint-Laurent au Musée de la Gaspésie à Gaspé. , décrit le muséologue André Kirouac, qui a œuvré au Musée naval de Québec de 1997 à 2021.
Un an ou deux plus tard, il a reçu un appel de la mairie de Lamèque, l’informant qu’une bouteille avait été trouvée sur la plage, dont le goulot avait été cassé afin de récupérer le message présent à l'intérieur. La lettre disait provenir du passager d’un navire en train de couler, torpillé par les Allemands en 1942. , dit André Kirouac. Malheureusement, il fut avéré que ce message était un faux..
Début de l'affaire
Découverte de la lettre En 2017, un habitant du Nouveau-Brunswick contacte Antoine Resche, président de l'Association française du Titanic, pour lui annoncer avoir retrouvé dans la baie de Fundy une bouteille contenant une lettre... Il s’agissait d’un message daté au . et signé de Mathilde Lefebvre, qui voyageait avec sa mère et ses frères et sœurs en troisième classe sur le Titanic : tous ont péri dans le drame. Voici le texte du message : ....
Publication dans La Voix du Nord L'affaire reste au point mort jusqu'en 2021, lorsqu'une journaliste de La Voix du Nord publie un article intitulé « Qui était Franck Lefebvre, l’Haillicourtois qui a perdu une partie de sa famille dans le naufrage du Titanic ? ».. À partir de là, l'information sera reprise dans différents médias, notamment France Bleu., L'Indépendant., France Télévisions.. ou RTL..
Les premiers doutes Rapidement, plusieurs experts remettent en cause l'authenticité de la lettres. En effet, plusieurs points intriguent les chercheurs, aussi bien au niveau du conditionnement du message que le message lui-même.
L'écriture D'après Franck Gavard-Perret, professeur d’histoire-géographie et Nicolas Beaudry, du Laboratoire d’archéologie et de patrimoine de l’Uqar, l’écriture attribuée à Mathilde Lefebvre ne ressemblait pas à celles que l’on connaît chez les personnes issues des classes ouvrières de l’époque, en particulier lorsqu’on la compare avec la correspondance des Poilus de la Grande Guerre... La psychomotricienne Coraline Hausenblas a réalisé une étude de l'écriture et a conclu à .. En effet, plusieurs formes d'écritures ont été utilisées : l'écriture cursive, mais aussi scripte, courante dans le monde anglo-saxon, mais pas en France..
Le texte Le texte contient peu d'informations personnelles, ce qui ne permet pas vraiment de déterminer son authenticité. Dans la lettre, Mathilde demande que quiconque trouvera celle-ci prévienne la famille Lefebvre à Liévin. Or Mathilde, sa mère et ses frères et sœurs étaient les derniers membres de la famille à quitter Liévin pour rejoindre le père de famille déjà installé aux États-Unis. Pourquoi aurait-elle souhaité que l’on prévienne les gens de Liévin, alors qu’ils n'avaient plus de famille proche sur place ? N’aurait-il pas été plus logique qu’elle veuille elle-même être prévenue que son message avait été trouvé, et dirige donc vers sa destination, Mystic, dans l’Iowa ?
Selon Antoine Resche, la chose peut être expliquée de la manière suivante : .
La bouteille La bouteille utilisée pour transmettre le message est une bouteille en verre de petite taille, destinée aux liqueurs ou aux parfums. On sait que les passagers de troisième classe voyageaient souvent avec peu de bagages : une telle bouteille vide aurait donc eu peu de place dans les bagages des Lefebvre, qui devaient se limiter à l’essentiel. Selon Antoine Resche : . Bien que des chercheurs aient déclaré que la bouteille soit .
La cire La bouteille est censée être restée dans l'eau pendant plus d'un siècle. Pour que le message ne soit pas altéré par l'humidité, il aurait fallu appliquer une quantité très généreuse de cire au niveau du goulot. On peut se demander comment Mathilde aurait pu se procurer autant de cire à bord.
Le lieu d'échouage de la bouteille La bouteille a été trouvée échouée dans la baie de Fundy, au Nouveau-Brunswick. D'après des spécialistes des courants marins, si une telle dérive depuis le lieu du naufrage n’était pas impossible, elle reste très improbable... Une improbabilité qu’il faut donc coupler à toutes les autres improbabilités précédemment citées.
Réactions Pour pouvoir prouver avec certitude que la lettre retrouvée est bien été écrite par Mathilde Lefebvre, il faudrait disposer d’éléments authentiques d’écriture de Mathilde Lefebvre afin de comparer.. Or, il n'y a pas de d'échantillons connus de son écriture.
Finalement, il a été admis par plusieurs titres de presse, tels que Le Point, que la lettre de Mathilde Lefebvre était un canular...
Le seul intérêt de cette affaire est d'avoir permis de donner de la visibilité à une famille jusque-là peu connue...
La Légende A Liévin une légende transmis depuis des décennies évoque en partie le destin de Mathilde. Le quartier où réside Mathilde Lefebvre porte le nom de « La Belle Femme » en souvenir d'Ismérie Flamme née Hombert à Hermies en 1866, tenancière du café qui s’y trouvait vers 1910. On raconte qu’elle était d’une grande beauté et qu’elle faisait tourner la tête aux mineurs venus y boire un verre. Selon la légende, cette femme aurait tout quitté pour partir avec un mineur tenter sa chance en Amérique. La femme de ce dernier, bien décidée à récupérer son mari volage, aurait alors traversé l’Atlantique à son tour. En , elle embarqua sur un paquebot prestigieux : le Titanic. Quelques jours plus tard, le , le navire heurta un iceberg et elle figura parmi les 1 491 victimes du naufrage. Pourtant, les archives retrouvent la trace de la cabaretière à Liévin en 1911, puis à Nogent-sur-Marne en 1921, où elle s’était réfugiée avec ses enfants pendant la Grande Guerre. Elle est même mentionnée sur les registres d’état civil lors du mariage de ses enfants. En réalité la seconde partie de la légende s'est construite à la suite d'un entremêlement des destins des deux femmes : celui d'Ismérie ainsi que celui de Mathilde..
Notes et références
Notes
Références
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