La deuxième guerre anglo-néerlandaise, opposant le royaume d'Angleterre et les Provinces-Unies, se déroule de 1665 à 1667. C'est la deuxième des quatre guerres anglo-néerlandaises, et elle se conclut par une victoire néerlandaise. Tout comme la première, la deuxième guerre anglo-néerlandaise a pour principal enjeu la maîtrise des principales routes commerciales maritimes, sur lesquelles les Néerlandais exercent alors une nette domination.

Les royaumes de France et du Danemark et la principauté épiscopale de Münster s'impliquent dans la guerre, mais y participent seulement dans une mesure limitée. Après des succès initiaux pour les Anglais, la guerre tourne à l'avantage des Néerlandais. Le traité de Bréda, signé le , met fin aux hostilités. La paix est favorable aux Provinces-Unies mais ses termes sont modérés pour l'Angleterre.

Contexte Restauration Stuart En 1650, environ navires marchands naviguent sous pavillon néerlandais contre seulement sous pavillon anglais.. De 1652 à 1654, le Commonwealth d'Angleterre et les Provinces-Unies des Pays-Bas se combattent lors de la première guerre anglo-néerlandaise, guerre navale féroce au cours de laquelle les deux puissances luttent pour la domination du commerce mondial. Le conflit se termine le avec le traité de Westminster, par lequel les Néerlandais doivent reconnaître l'Acte de navigation qui stipule que les importations de marchandises non européennes en Angleterre doivent se faire exclusivement sur des navires battant pavillon anglais ou sur des navires des pays d'origine.. Cette décision vise principalement à écarter les Néerlandais du lucratif commerce anglais mais n'est pas appropriée pour mettre fin à leur domination commerciale.

thumb|Le roi Charles II d'Angleterre.

Lors des années suivantes, les deux rivaux évitent de s'affronter. Les Provinces-Unies contribuent à empêcher la Suède de conquérir le Danemark en remportant la bataille de l'Öresund sans que l'Angleterre, alliée des Suédois, n'intervienne. Les Anglais sont quant à eux aux prises avec l'Espagne lors de la guerre anglo-espagnole (1654-1660), ce qui laisse le champ libre aux Néerlandais pour leur expansion commerciale. En , Charles II rentre en Angleterre et devient roi à l'occasion de la restauration des Stuarts. Il doit cependant faire des concessions de grande envergure au Parlement anglais, qui contrôle le budget et la législation fiscale du pays. Le roi, cependant, cherche à rétablir le pouvoir de la couronne et à le transformer en une royauté absolutiste, ayant pour cela principalement besoin de fonds. Son mariage avec Catherine de Bragance en 1662 lui apporte une dot généreuse, et il vend la même année la ville de Dunkerque au roi Louis XIV. Charles II espère qu'une guerre contre les Provinces-Unies va lui permettre de réaliser des profits élevés par le biais de butins.. En effet, les revenus au cours de la première guerre anglo-néerlandaise ont été extrêmement élevés : le butin de cette guerre s'élève à 120 millions de livres sterling, alors que les dépenses du gouvernement anglais représentent seulement 53 millions de livres en 1652-1653. De plus, Charles II a une rancune personnelle contre le gouvernement des Provinces-Unies, plus précisément contre le grand-pensionnaire Johan de Witt car les Stuarts sont étroitement liés à la maison d'Orange, qui a été exclue du pouvoir par un amendement secret au traité de Westminster.

Pour conserver de bonnes relations avec Charles II, le gouvernement des Provinces-Unies lui fait de somptueux cadeaux, notamment à l'occasion de son accession au trône. Mais même au Parlement, on trouve de nombreux partisans d'une nouvelle guerre contre les Provinces-Unies. James, le duc d'York et frère du roi, dirige le parti de la guerre. Il est à la tête de la Royal African Company, qui compte également parmi ses membres d'autres hommes influents comme le prince Rupert, le duc de Buckingham et Sir Henry Bennet, et espère par la guerre concurrencer la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales. L'état d'esprit martial anglais est reflété par les mots de l'amiral George Monck au début de la guerre : .

Opérations jusqu'à la déclaration de guerre En raison de l'enthousiasme pour la guerre grandissant en Angleterre, de nombreux affrontements éclatent entre des navires anglais et néerlandais. Certains entrepreneurs britanniques équipent des corsaires privés qui capturent plus de 200 navires marchands néerlandais jusqu'à la déclaration officielle de la guerre au printemps 1665. Le traitement inéquitable des citoyens anglais dans les colonies des Indes orientales néerlandaises en 1663 est un prétexte bienvenu pour ouvrir les hostilités à plus grande échelle. Au nom de la Royal African Company, une escadre commandée par le capitaine Robert Holmes est envoyée en Afrique de l'Ouest pour s'attaquer aux colonies néerlandaises. Holmes accomplit sa première attaque devant le comptoir néerlandais de Gorée en capturant un navire marchand le . Dans les semaines suivantes, il capture ou coule quatre autres navires. Le , Holmes s'empare de Gorée. De là, il continue à opérer contre les lignes commerciales néerlandaises. Le , il capture le grand navire néerlandais Walcheren (qui est par la suite incorporé à la Royal Navy) et conquiert le le Fort Taccorary sur la Côte-de-l'Or. D'autre comptoirs et navires plus petits tombent en sa possession avant qu'il ne termine sa conquête de l'Afrique de l'Ouest le ..

thumb|left|La Nouvelle-Amsterdam en 1664.

Charles II fait arrêter Holmes à son retour en Angleterre car il a violé les traités existants avec les Provinces-Unies, mais refuse de restituer ses conquêtes. Les Néerlandais, qui ne souhaitent pas déclarer la guerre, envoient une escadre avec 12 navires censés être à destination de la Méditerranée en . À la hauteur de Gibraltar, Michiel de Ruyter, qui commande l'expédition, informe les autres capitaines et les équipages de la véritable destination du voyage, qui est l'Afrique de l'Ouest. Toutes les colonies à l'exception du fort de Cape Coast sont reprises à la fin de l'automne, Ruyter s'emparant aussi de plusieurs comptoirs anglais.. À peu près au même moment, le Parlement anglais utilise la Royal Navy contre les colonies néerlandaises. Le fait que la colonie de la Nouvelle-Néerlande n'a pas respecté l'Acte de navigation sert de prétexte à une campagne militaire. Quatre frégates anglaises commandées par Richard Nicolls apparaissent devant la Nouvelle-Amsterdam et appellent la ville à se rendre. La reddition intervient sans combat le et la ville est renommée New York par les Anglais en l'honneur du duc d'York. À partir de là, Nicolls envoie une autre expédition sous la direction de Sir Robert Carr contre les colonies néerlandaises le long du Delaware, qui sont attaquées et pillées.

thumb|Michiel de Ruyter, l'un des principaux artisans de la victoire néerlandaise lors de cette guerre.

Alors que Michiel de Ruyter met à mal le commerce britannique dans les Antilles, après l'achèvement de ses opérations en Afrique, jusqu'au printemps 1665 (échouant néanmoins dans sa tentative de conquête de la Barbade en ), la faction en faveur de la guerre au Parlement met en place une commission chargée de recueillir des plaintes contre les commerçants néerlandais. Les commerçants anglais y rechignent car ils doivent s'attendre à une plus grande perte de revenus en cas de guerre. Néanmoins, la commission présente plus tard au roi une longue liste de plaintes. En même temps, l'ambassadeur aux Provinces-Unies Sir George Downing présente une ligne dure sur la question des colonies d'Afrique de l'Ouest, car il pense que les Néerlandais n'oseront pas entrer en guerre pour ces possessions. C'est dans cet état d'esprit que le Parlement accorde au roi la somme de 2,5 millions de livres sterling, soit le double du budget royal annuel, pour protéger officiellement le commerce britannique. C'est alors la plus grande subvention jamais accordée par le Parlement..

Lorsque la nouvelle de la reconquête par les Néerlandais des colonies d'Afrique de l'Ouest arrive en en Angleterre, une commission parlementaire permet aux navires anglais de la Manche et la mer du Nord de prendre des mesures contre les navires néerlandais. L'escadre anglaise de la Méditerranée dirigée par l'amiral Thomas Allin attaque la flotte néerlandaise de Smyrne dans le détroit de Gibraltar le . Malgré l'échec de l'attaque (seuls deux navires marchands sont capturés et un autre coulé), le gouvernement néerlandais prend des mesures sérieuses. En , il autorise ses navires à ouvrir le feu sur des navires britanniques à des fins d'autodéfense. Le gouvernement anglais utilise cette déclaration, associée aux opérations néerlandaises dans les Caraïbes, pour déclarer officiellement la guerre aux Provinces-Unies le . La flotte de Michiel de Ruyter est à cette époque en Amérique du Nord, où elle capture une flotte de pêche anglaise au large de Terre-Neuve.

Forces en présence La flotte anglaise Les deux pays étant des puissances navales qui combattent principalement pour les avantages du commerce maritime, les flottes respectives sont déterminantes. En Angleterre, le roi Charles II poursuit la politique navale d'Oliver Cromwell et modernise la flotte sous la direction de l'amiral Monck. Au début de la guerre, la flotte anglaise dispose d'un certain nombre de navires de ligne à trois ponts équipés chacun de 90 à 100 canons (dont beaucoup de 42 livres). Le noyau de la flotte est constitué par trois navires de première classe (80 à 100 canons), douze navires de deuxième classe (60 à 80 canons) et 15 navires de troisième classe (54 à 64 canons).. Les navires de moins de 32 canons sont retirés de la flotte de combat.. À cet égard, la flotte anglaise est supérieure à la flotte néerlandaise. En raison du lourd fardeau de la dette, ce n'est qu'à l'automne 1664 qu'un nouveau programme de construction est lancé, qui comprend six navires à double ponts de 60 canons chacun. Le recrutement des équipages est un problème majeur. En 1664, servent dans la Royal Navy, mais sont nécessaires. Afin d'atteindre ce nombre, de nombreux hommes sont forcés de s'engager.

D'un point de vue tactique, la flotte anglaise est plus perfectionnée que les autres. Le duc d'York détermine en 1665 que la formation en ligne doit être la formation standard obligatoire pour toute la flotte, et pas seulement pour l'escadre individuelle : .

La flotte néerlandaise thumb|Le navire de ligne Hollandia fait partie de ceux construits en 1665.

Alors qu'en Angleterre prévaut une organisation unifiée, ce n'est guère possible aux Provinces-Unies, organisées au niveau fédéral. Cinq Amirautés différentes (Middelburg, Rotterdam, Amsterdam, Hoorn et Harlingen) dans trois provinces côtières (Zélande, Hollande et Frise) se disputent les pouvoirs, et les différents gouverneurs sont rarement prêts à investir d'importantes sommes d'argent dans l'expansion de la flotte.. Néanmoins, Johan de Witt fait renoncer les amirautés provinciales à une partie de leur indépendance en échange de rémunérations plus élevées. De cette façon, il réorganise l'administration navale et complète ces efforts par un programme de construction plus important.. L'ancienne flotte des Provinces-Unies de 80 navires de guerre, avec une moyenne de 34 canons, a été renforcée à la fin de 1653 par 64 nouveaux navires (chacun de 44 à 60 canons). Ceux-ci ne peuvent pas être vendus par une décision des états généraux. Les navires sont lancés et activés si nécessaire (réparés, gréés et équipés). Ces navires, achevés trop tard pour les batailles de 1653, sont immédiatement disponibles pour une nouvelle guerre. À cela s'ajoutent les 80 à 90 navires plus petits et légèrement armés (la plupart du temps plus anciens), dont la tâche principale est de protéger les convois.