Le Centenaire de l'Algérie française (1830-1930) est un ensemble de cérémonies, de festivités et défilés, de colloques et congrès qui ont lieu en 1930 pendant plus de six mois dans les départements d'Algérie, de janvier à , et à Paris, entre mai et , pour célébrer le centenaire du débarquement des troupes françaises à Sidi-Ferruch le , la prise de la régence d’Alger, le , et célébrer l'Algérie française.
La célébration du centenaire a été en Algérie l'événement politique et culturel le plus important de l'entre-deux-guerres. Contrairement aux grandes expositions coloniales, notamment l'exposition coloniale de Marseille de 1922 et celle de Paris en 1931, qui furent des entreprises métropolitaines, la célébration du « Centenaire de l'Algérie française » en 1930 est surtout une opération de communication entreprise par les acteurs majeurs de l'Algérie françaiseJean-Robert Henry, « Le centenaire de l'Algérie, triomphe éphémère de la pensée algérianiste » dans Histoire de l'Algérie à la période coloniale. 1830-1962, La Découverte, 2014, pp. 369-375..
Préparatifs Préparé dès 1923 par le gouverneur général de l'Algérie Théodore Steeg, le Centenaire est finalement organisée par deux arrêtés de Pierre Bordes, gouverneur général de l'Algérie, en date du , la loi du et l'arrêté du qui crée un Conseil supérieur et un Commissariat général du Centenaire. Un budget de 82 millions est allouét.1, ..
Gustave Mercier, commissaire général du Centenaire, est l'ordonnateur de cette commémoration depuis Alger, chargé de l'accomplissement du programme et de la réalisation des fêtes et manifestationst.1, ..
Publicité L'objectif est de faire venir du monde en Algérie durant l'année 1930 et surtout de faire connaître l'Algérie à ceux qui ne peuvent pas s'y rendret.1, ..
De nombreux moyens de publicité sont utilisés : radio, cinéma (notamment le film Le Bled de Jean Renoir), timbres-poste, médailles (médailles Béguet et Poisson), affiches et cartes postales; des conférences sont organisées un peu partout en France et dans quelques villes à l'étranger ; de nombreux ouvrages et brochures sont publiés ainsi que des articles de presse (agence Havas).
À Paris, un Comité de Propagande est constitué par André Tardieu, ministre de l'Intérieur, avec mission « d'associer la France métropolitaine à la célébration du Centenaire de l'Algérie ». Le 5 Juin 1929, le Ministre de l'Intérieur définit ainsi la tâche à accomplir aux membres du comité : « Les fêtes du Centenaire de l'Algérie ne doivent point se dérouler outre-mer, sans que le peuple de la Métropole en ressente la pleine signification. C'est pourquoi nous avons institué à Paris l'organisme que vous constituez et dont la tâche propre sera d'informer exactement la France de l'oeuvre française en Algérie. Sans doute, nous espérons que l'an prochain, un très grand nombre de Français passeront la Méditerranée; mais ils ne seront quand même qu'une minorité; c'est pour les autres que nous vous demandons de travailler. C'est aux autres qu'il faut faire comprendre ce que fut non pas la conquête, mais la création de l'Algérie. ». Le , le secrétaire général du comité métropolitain, le général Féraud, précise que le premier objectif est de « créer un mouvement d'opinion durable dans la France métropolitaine, en faveur de la France africaine »t.2, ..
Le comité métropolitain décide notamment de la publication d'une collection de douze « Cahiers du Centenaire de l'Algérie »1. L'Algérie jusqu'à la pénétration saharienne, par J.-M. BOURGET, Agrégé de l'Université. 2. La pacification du Sahara et la pénétration saharienne, par le Général MEYNIER, Commandant les Territoires du Sud. 3. L'évolution de l'Algérie de 1830 à 1930, par le professeur GAUTIER, de la Faculté d'Alger. 4. Les grands soldats de l'Algérie, par le Général AZAN, Directeur de la Section historique au Ministère de la Guerre. 5. Le gouvernement de l'Algérie, par M. MILLIOT, Professeur à la Faculté de Droit. 6. L'art antique et l'art musulman en Algérie, par M. BERQUE, Administrateur principal de commune mixte en Algérie. 7. L'Algérie touristique par le Général DEBONNEVAL. 8. Les liaisons maritimes, aériennes et terrestres de l'Algérie, par le Colonel DHÉ (liaisons aériennes)>M. DENIZET (liaisons terrestres). 9. Les productions algériennes, par M. BLOTTIÊRE, ingénieur agronome. 10. La vie et les mœurs en Algérie, par Pierre DELONCLE, publiciste 11. La France et les œuvres indigènes en Algérie, par le Gouvernement Général de l'Algérie. 12. Cartes et Index, par M. Pierre DELONCLE, publiciste. distribuées notamment dans les écoles afin d'informer élèves et professeurs aussi bien en métropole que dans les départements d'Algérie. Les cahiers sont tirés à 100 000 exemplaires chacun. Des conférences, projections de films documentaires, des communications par radio sont également prévues ainsi que des bourses de voyaget.1, ..
Réalisations permanentes Grâce aux crédits accordés, Gustave Mercier dote l'Algérie de plusieurs musées et monuments commémoratifs.
Musées
Musée national des Beaux-Arts à Alger Musée d'ethnographie et de préhistoire du Bardo Musée des Beaux-Arts d'Oran Musée des Beaux-Arts de Constantine Musée historique de l'Armée d'Afrique (musée Franchet d'Espérey) d'Alger Musée de Timgad Musée de Djemila Musée forestier d'Alger Maison indigène à Alger, appelée aussi « Villa du centenaire », « Maison Claro » et maintenant « Maison du millénaire » Musée Saint-Augustin à Souk-Ahras
Monuments commémoratifs Monument élevé à la gloire de la Colonisation Française (Boufarik). Inauguré par Gaston Doumergue le . Monument de Sidi-Ferruch (Sidi-Ferruch). Inauguré par Gaston Doumergue le . Monument Boutin (Dely Ibrahim) Monument du Bastion de France (La Calle) Monument commémoratif de la Mission Foureau-Lamy (Ouargla)
Le monument aux Morts de la Grande Guerre de Constantine dont la première pierre a été posée en 1918 sera également inauguré par Gaston Doumergue lors de son voyage en .
Événements principaux En Algérie De nombreux colloques et congrès, cérémonies, festivités et défilés ont lieu en Algérie de janvier à . Ainsi la Maison du colon à Oran est inaugurée en par Pierre Bordes, gouverneur d'Algérie. La Maison du colon abrite à l'époque les services de l’agriculture d'Oran et du département..
Selon Gustave Mercier, les fêtes doivent être dédiées à l'Armée d'Afrique, « armée pacificatrice, protectrice de l’indigène comme du colon »t.2, ..
L'événement le plus important est le voyage présidentiel de Gaston Doumergue de dix jours en Algérie en .
Voyage en Algérie du Président de la République Gaston Doumergue (4-14 mai) thumb|Gaston Doumergue aux fêtes du Centenaire de l'Algérie à Alger (mai 1930). Le , le président de la République Gaston Doumergue embarque à Toulon sur le croiseur « Duquesne » à destination d’Alger et les huit ministresDumesnil, ministre de la Marine; Mallarmé, ministre des PTT; Eynac, ministre de l'Air; Rollin, ministre de la Marine Marchande; Pernot, ministre des Travaux Publics; Barety, sous-Secrétaire d'Etat au Budget; Marraud, sous-Secrétaire d'Etat à l'Intérieur; Falcoz, sous-Secrétaire d'Etat aux Travaux Publics. ainsi que le Maréchal Franchet d'Espérey qui l'accompagnent embarquent à bord du « Colbert » et du « Suffren » « Le Voyage du Président de la République en Algérie » dans L'Afrique du Nord illustré, 17 mai 1930, pp. 2-17..
Le il arrive à Alger. Une grande partie des forces navales, environ quatre-vingts navires, mouillés sur deux lignes parallèles, l'accueillent : sur la 1re, le bâtiment amiral « Provence », commandé par le Vice-Amiral Durand-Viel, puis sur la 2e, des croiseurs et des torpilleurs.
Une fois débarqué, il est accueilli par Charles Brunel, maire d'Alger et le gouverneur général Pierre Bordes. Il se rend ensuite à l'Hôtel de Préfecturede style néo-mauresque, construit en 1913, aujourd'hui siège de la Wilaya d'alger puis au Pavois, le monument aux morts d'Alger, afin de rendre hommage aux morts de la Grande guerre. Il rejoint ensuite le Palais d'Eté où il est reçu par les autorités civiles et militaires. Le khalifa Djelloul Ben Lakhdar présente au Président les principaux chefs algériens musulmans puis Doumergue déjeune avec le gouverneur général Pierre Bordes.
Doumergue se rend ensuite à l'Hippodrome du Caroubier pour assister à un spectaculaire défilé militaire réglé par le colonel Paul Doury. A cette occasion Djelloul Ben Lakhdar lui offre, au nom de tous les chefs algériens, le traditionnel cheval de Gada Offrir un cheval est un symbole par lequel un « indigène » défait militairement acte sa soumission (gâda) au vainqueur. Excelsior, 6 mai 1930, lire en ligne. Tout d'abord défile les troupes actuelles : la Légion Etrangère, les tirailleurs algériens, les cavaliers puis une reconstitution du Corps de débarquement de 1830 avec des représentations des soldats du comte de Bourmont, t.2, . et des marins de l'amiral Duperré et enfin des éléments de l'Armée d'Afrique de 1830 à 1913.
Doumergue quitte ensuite l'Hippodrome pour aller inaugurer la statue de René Viviani, œuvre de François Sicard .
En fin d’après-midi, invité par Charles Brunel, Doumergue rejoint l'hôtel de ville, et la journée se termine au Palais d'été par un feu d'artifice.
Le , il se rend à Boufarik, à trente kilomètres à l’ouest d’Alger. Il visite la Mitidja, ses vignobles et ses champs de tabac. Il est ensuite reçu par le maire de la ville, Amédée Froger puis inaugure le Monument à la gloire du génie colonisateur de la FranceLe sculpteur Paul Belmondo, père de l'acteur, a obtenu en 1929 le 2e prix du concours organisé derrière Bouchard et Bigonet, « masse sculpturale impressionnante, grandiose muraille blanche de 40 mètres de large et de 15 mètres de haut, sur laquelle se détachent les héros dont l'Algérie est fière et des bas-reliefs qui évoquent les travaux des premiers colons »L'Ouest-Éclair, 6 mai 1930, lire en ligne, œuvre des sculpteurs Henri Bouchard et Charles Bigonet et de l'architecte Xavier Salvador Au centre le haut relief représente les principaux personnages de la colonisation française le Maréchal Bugeaud, le Général Lamoricière, le baron de Vialar, premier colon de Boufarik, Borely-La-Sapie le premier maire, de Tonnac, du pré de Saint Maure, le comte de Franclieu, le comte Guyot, le docteur Pouzin et Lescanne. Le caïd Ben Chaoua est également représenté. L’inscription suivante y figure : « Au génie colonisateur de la France » et « Aux héros pionniers de la civilisation ».
Il se rend ensuite à Sidi-Ferruch, afin d’inaugurer le Monument du centenaire du débarquement de l’armée française à Sidi Ferruch le , sculpté par Émile Gaudissard avec sa plaque sur laquelle est inscrit « La cause de la France est celle de l'humanité, montrez-vous dignes de votre belle mission. Soyez justes et humains après la victoire. », parole du général de Bourmont, ministre et commandant en chef de l'expédition, à ses hommes après la prise d’AlgerLa colonne de 15m de haut, sur un socle de 3,5m avec bas-reliefs en marbre représentant l’Union de la France et de l’Algérie, a été rapatriée en 1962 et remontée à Port-Vendres en 1986.
Le il rejoint en train Constantine. Il est accueilli par le député-maire, Émile Morinaud et se rend place Nemours où est érigé le « Tombeau des Braves », monument aux morts des deux sièges de 1836 et 1837Le « tombeau des braves » a été rapatrié à Angers (49) dans l'école d'application du Génie Militaire. Il inaugure ensuite en présence du président du Sénat, Paul Doumer, du président de la Chambre des députés, Fernand Bouisson et du maire, le monument aux Morts de la Grande Guerre érigé à plus de 695 mètres d'altitude sur une falaise bordant la rive droite du RhummelLe monument aux morts de Constantine, site du Centre de documentation sur l'Histoire de l'Algérie (CDHA).