Louis Germain, né le à Saïda (département d'Oran, Algérie française) et mort le à Alger, est un instituteur, clarinettiste et patriote français. Son nom reste attaché à Albert Camus qu'il eut comme élève dans les années 1920 puis comme ami à partir de 1945.

Biographie Enfance Ce sont les grands-parents de Louis Germain qui émigrent en Algérie entre 1840 et 1850. Originaires de Haute-Garonne, du Tarn, de la Haute-Loire et des Ardennes, ils font partie de ces milliers d’émigrants français ayant cherché en Afrique du Nord une vie meilleure. Jean-Martin Germain, le grand-père paternel, est né à Montans, dans le Tarn. Sergent-major infirmier, il se marie deux fois avant d’épouser en troisièmes noces Marie Saby à Toulouse. La famille est installée à Saïda vers 1858. Ils ont un fils unique, Philippe qui deviendra employé de banque.

Né en 1884 en Algérie, Julien Louis Alexandre Germain est le fils naturel de ce Philippe Germain et de Rose Poulalion, sa future épouse. Son père meurt à 27 ans en 1888, laissant une veuve et un orphelin de quatre ans. La mère de Louis Germain se remarie à Alger et donne deux demi-frères à Louis.

Premières armes Après ses études secondaires, il intègre, de 1902 à 1904, l’école normale de la Bouzaréah à Moustapha, commune qui sera rattachée à Alger. Il effectue son service militaire au régiment de zouaves de 1905 à 1906Registre matricule Alger n°314 classe 1904. Le , il prend son premier poste d’instituteur à Miliana, à 90 km au sud d’Alger. Louis Germain incarne le mythe de l'instituteur de la Troisième République, sévère et juste, parfois montré en exemple. Il s’y mariera avec Marcelle Combaz. Le couple aura deux enfants, Marcel et Robert, nés respectivement en 1909 et 1911. À partir de et jusqu'à sa mobilisation en 1914, Louis Germain fréquente à Miliana la loge maçonnique de l'Union du ZaccarPierre Mollier, Archiviste du Grand Orient de France, article du 6 décembre 2020.

Mobilisé en 1914 au début de la Première Guerre mondiale, il est blessé le à la bataille de Nieuport. Réincorporé en juin, il ne sera démobilisé que le . Il est ensuite nommé à l’école Aumerat, dans la rue du même nom dans le quartier Belcourt à Alger à la rentrée d’. Les deux fils Germain et les deux fils Camus fréquentent cette même école primaire. Lucien Camus, frère aîné d’Albert, né en 1909, est dans la classe de Marcel Germain. L'instituteur, qui prépare gratuitement au concours des bourses après les cours des élèves défavorisés, repère le petit Albert Camus comme un enfant exceptionnel. Orphelin de père, le jeune Albert vit dans la pauvreté avec sa mère, son oncle Étienne et la grand-mère Sintès, minorquine et autoritaire.

En 1923, Albert fréquente la classe de de Louis Germain. Louis Germain interviendra en 1923 auprès de la famille pour les convaincre de permettre au brillant Albert de poursuivre des études au grand lycée d'Alger, aujourd'hui lycée Émir-Abdelkader. Toute sa vie, Albert Camus lui sera reconnaissant de cette démarche. Orphelin de père, Albert Camus considère Louis Germain comme son père spirituelPatrick De Meerleer, Louis Germain, 1884-1966 : instituteur et père spirituel d'Albert Camus, Éditions Domens, 2021. Les relations entre l’élève et le maître sont largement évoquées dans Le Premier Homme, roman posthume d’Albert Camus, tant comme enfant que plus tard, comme adulte, notamment dans la partie intitulée « Recherche du père ».

Entre-deux-guerres En 1924, Louis Germain divorce de sa première épouse. Selon son registre matricule, il serait parti à Paris pour quatre années, probablement pour parfaire sa formation musicale au Conservatoire de musique. En effet, Louis Germain est d’une famille de musiciens. Parallèlement à son travail d’enseignant, il joue de la clarinette dans plusieurs orchestres. Il deviendra clarinettiste professionnel après sa retraite d'instituteur. Professeur au Conservatoire de musique de Paris et titulaire d’un poste à l’orchestre des PTT.

Seconde Guerre mondiale Militant de la Ligue des droits de l'homme et du citoyen en Algérie, il est considéré comme sympathisant communiste et défend en 1936 le projet de loi Blum-Violette. Le régime de Vichy tente de le priver de ses emplois au Conservatoire et dans l'orchestre en 1941[Christian Phéline.Chroniques camusiennes n° 37 sept 2022 pages 11-14].

Le , après le débarquement allié en Afrique du Nord, l'opération Torch, Louis Germain a 58 ans, se porte volontaire et se réengage aux Corps francs d'Afrique. Il est promu adjudant-chef en 1943 et termine ses campagnes en 1945 à Paris, au quartier général des Forces françaises libres. Au total, sans compter son temps comme réserviste, Louis Germain a passé dix ans de sa vie sous l’uniforme. Un dossier de résistant à son nom est répertorié au Service historique de la DéfenseGR 16 P 252779, http://servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/.

Après la guerre À Paris où il est démobilisé, Louis Germain rencontre Andrée, une jeune femme mère d’un jeune garçon. Il les fait venir à Alger en 1947 et se marie avec elle le . Elle a 34 ans, lui 68. Après la guerre, Louis exerce son art au conservatoire d'art dramatique d'Alger comme professeur de clarinette sous la direction de Gontran Dessagnes et intègre l’Orchestre national d’Alger comme première clarinette et y reste jusqu’en 1954Le conservatoire d'Alger, Monsieur Gontran DESSAGNES Directeur. Le Conservatoire chronique départementale, janvier 1953, p. 82-87.

C’est le que Louis Germain retrouve à Paris son ancien élève, Albert Camus. Commence alors une amitié qui ne s’achève qu’avec la mort d’Albert Camus le . Visites à Alger et correspondances entretiennent le lien entre le vieux maître et l’élève devenu célèbre. Après l’attribution du Prix Nobel en 1957, Albert Camus écrit le une lettre de reconnaissance à Louis Germain :

Germain a rendu la pareille avec amour aux sentiments chaleureux envers son ancien élève, l'appelant « mon petit Camus ». Camus dédicace aussi ses Discours de Suède « à Monsieur Louis Germain ».

Malgré leur divergence quant au devenir de l’Algérie française, Louis Germain étant favorable à l'indépendance algérienne, ils restent en relation de confiance.

Après la mort d'Albert Camus Après la mort d’Albert Camus, Louis Germain confie à la Bibliothèque nationale de France ses « reliques camusiennes » : leur correspondance et les livres dédicacés par CamusLettre à Julien Cain, directeur de la B. N. F. du 24 mars 1954 B. N. F.n°18288. Louis Germain et son épouse restent en Algérie après l’Indépendance algérienne jusqu'à son décès le au 18, rue Meissonier à Alger. Il est enterré au cimetière d'El Alia à Alger, qui contient aussi le carré des héros de l'Indépendance et de l'émir Abdelkader ibn Muhieddine. Son épouse Andrée décède à Montpellier en 1970.

Postérité Plusieurs établissements scolaires, rues et places portent le nom de Louis GermainCollège de Saint-Jean-de-Védas ; école du Pont-de-l’Arn ; Institut à Saint-Rémy-de-Provence ; rue à Niort, place à Béziers, etc.. Un éphémère prix Louis Germain a été créé en 1997 par Claude Allègre, alors ministre de l’Éducation nationale dans le gouvernement de Lionel Jospin, lequel a donné lieu à une publication de lettres d'élèves devenus adultes adressées à leur instituteur de classes primairesIl fallait que je vous dise …, Lettres d’élèves, Prix Louis Germain 1997, Nathan 1997.

Les méthodes d'enseignement ont beaucoup évolué. La sévérité des hussards de la République, allant jusqu'aux châtiments corporels, ferait pousser des cris d'orfraie aux tenants de nos méthodes actuellesJean-Louis Saint-Ygnan : Le Premier Homme ou le chant profond d’Albert Camus, Feuga, 2006, page 88]. , faisant de lui un mythe de cette époque. Des personnalités comme le philosophe Alain Finkielkraut ou Michèle Delaunay, députée de la Gironde, l'ont proposé pour le Panthéon (Paris).

Publié bien après sa mort, Louis Germain ne sut jamais la place qu'il occupait dans Le Premier Homme où il est parfois désigné par son vrai nom, pas plus que dans le cœur d'Albert Camus.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie

Liens externes

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