L'Open Christmas Letter (en français, Lettre ouverte de Noël) est une lettre ouverte en faveur de la paix qu'adresse un groupe de 101 suffragistes britanniques aux femmes d'Allemagne et d'Autriche en 1914, à l'approche du premier Noël de la Première Guerre mondiale. La lettre ouverte de Noël est écrite en lien avec les horreurs croissantes de la guerre moderne et en réponse directe aux lettres adressées à la féministe américaine Carrie Chapman Catt, présidente de l'Alliance internationale des femmes (IWSA), par un petit groupe de féministes germaniques. Publiée en dans Jus Suffragii, le journal de l'association, la lettre ouverte reçoit une réponse deux mois plus tard écrite par un groupe de allemandes et autrichiennes. L'échange de lettres entre les femmes des nations en guerre a contribué à promouvoir les objectifs de paix et à empêcher la rupture de l'unité qui résidait dans l'objectif commun d'obtention du droit de vote des femmes.
Réaction à la guerre vignette| upright=0.6|Emily Hobhouse est l'autrice de la lettre ouverte de Noël et la fait circuler pour signatures. Le mouvement suffragiste se trouve divisé face à l'engagement anti-guerre. En , alors que le monde se prépare à la guerre, les féministes britanniques sont nettement divisées en deux camps : la majorité souhaite contribuer à l'effort de guerre tandis qu'une minorité s'oppose au conflitArchive Awareness Campaign. From Kitchen Table to Cabinet Table. "Women, the Vote and Labour 1906–1918." page 1. Page 2. Page 3.. Onze membres pacifistes démissionnent de la National Union of Women's Suffrage Societies (NUWSS) pour rejoindre la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté (WILPF).
La Women's Social and Political Union (WSPU), plus militante, dirigée par Emmeline et Christabel Pankhurst, a pour sa part mis fin à son activisme en faveur du droit de vote des femmes et prône le soutien à la cause de la guerre. Cependant, en , Sylvia Pankhurst se rend à Glasgow et se prononce contre la guerre, devenant l'une des premières suffragettes à le faire. Elle déclare que Winslow, Barbara. Sylvia Pankhurst: sexual politics and political activism, p. 81. Routledge, 1996 , tout en acceptant la suspension de l'activisme militant et en encourageant la participation des femmes à l'effort de guerre dans le cadre du War Emergency Worker's Committee.
Suffragistes allemandes vignette|upright=0.6| Anita Augspurg, avocate et militante allemande, autrice d'une lettre à l'Alliance internationale des femmes à la fin de 1914. Le , Carrie Chapman Catt publie dans , l'organe de l'Alliance internationale des femmes une lettre adressée par plusieurs fémininistes allemandes, notamment Anita Augspurg et Lida Heymann. La lettre est intitulée Oldfield, 2003, p. 25., et commence ainsi : , puis indique que la guerre ne doit pas séparer les femmes auparavant unies par la lutte commune en faveur de la liberté personnelle et politique, soulignant également que la .
Carrie Chapman Catt rend publique une autre lettre, envoyée par la féministe Clara Zetkin, dans laquelle celle-ci exprime le désir que ne fassent pas oublier Oldfield, 2003, p. 24–25..
Suffragistes britanniques gauche|upright=0.6|vignette| Margaret Bondfield a signé la lettre ouverte de Noël mais n'a pas pu se rendre à La Haye en avril 1915. En réponse aux lettres d'Allemagne, Emily Hobhouse organise la rédaction et la signature d'une lettre en faveur de la paix par des femmes britanniques, connue sous le nom de l'Oldfield, 2001, p. 60.. Emily Hobhouse est connue pour son engagement contre les camps de concentration de la seconde guerre des Boers. Elle écrit en une lettre qu'elle fait circuler auprès des femmes en faveur de la paixWomen's International League for Peace and Freedom (First Congress: 1915: The Hague) Bericht—Rapport—Report, Foreword by Emily Hobhouse, pp. ix–xii. Amsterdam: International Women's Committee of Permanent Peace, 1915..
Sylvia Pankhurst et Helen Bright Clark sont parmi les premières signataires de la lettreLiddington, Jill. The road to Greenham Common: feminism and anti-militarism in Britain since 1820, p. 96. Syracuse University Press, 1991. . Les autres signataires sont Margaret Ashton, Margaret BondfieldRappaport, 2001, p. 98., Eva Gore-Booth, Esther Roper, Maude Royden, Helena Swanwick. Plusieurs signataires sont membres de la et du Parti travailliste indépendant. L'une des signataires est américaine, Florence Edgar Hobson, l'épouse du théoricien social et économiste libéral anglais John Atkinson HobsonClarke, Peter. Liberals and Social Democrats, p. 107. Cambridge University Press, 1981. Patterson, 2008, p. 52.
Sous le titre On Earth Peace, Goodwill towards Men Oldfield, 2003, p. 46., la lettre indique que . La lettre rappelle égalemet que, comme durant la seconde guerre des Boers (1899-1902) et les guerres balkaniques (1912-1913), . .
Réponse upright=0.6|vignette| Rosa Mayreder, féministe autrichienne, signataire de la réponse. Au printemps 1915, allemandes et autrichiennes répondent à la lettre de Noël, notamment Augspurg et Heymann, qui avaient envoyé la précédente lettre d'Allemagne. Parmi les signataires allemandes, Margarethe Lenore Selenka, Minna Cauer et Helene Stöcker. Rosa Mayreder, Marianne Fickert, Ernestine Federn et Ernestine von Fürth font partie du groupe des signataires autrichiens. La réponse est intitulée Lettre ouverte en réponse à la lettre ouverte de Noël des Anglaises aux femmes allemandes et autrichiennesOldfield, 2003, p. 67. et est publiée dans Jus Suffragii le Wilmers, 2008, p. 113.. La lettre commence ainsi : .
Initiatives de paix vignette|gauche|upright=0.6| Carrie Chapman Catt contribue à l'échange de vœux de paix entre les femmes des nations en guerre. Immédiatement après le déclenchement de la guerre en , Rosika Schwimmer, originaire d'Autriche-Hongrie travaillant en Angleterre mais empêchée par la guerre de rentrer chez elle, propose la tenue d'une conférence internationale des neutres pour servir de médiateur entre les nations en guerre. En , Marie Stritt, présidente de l'Union allemande pour le droit de vote des femmes, écrit à l'Américaine Carrie Chapman Catt en indiquant son pour la , pour dire que les femmes allemandes devaient retirer leur invitation au congrès annuel de l'Alliance internationale des femmes prévu en à BerlinOldfield, 2003, p. 18.. En , Julia Grace Wales, professeure à l'université du Wisconsin, publie une brochure intitulée Continuous Mediation Without Armistice (Médiation continue sans armistice), connue sous le nom de « »Wisconsin Historical Society. Teachers' Lessons. "Teacher Background—Julia Grace Wales and the Peace Movement". S'inspirant de ces messages, Carrie Chapman Catt propose la tenue d'un congrès international de paix des femmes à La Haye, ville située dans un pays neutre, pendant quatre jours à compter du .
Lorsque cette annonce parvient au Royaume-Uni, le NUWSS est divisé entre des patriotes comme Millicent Fawcett d'une part, et les signataires de la lettre de Noël d'autre part, qui souhaitent envoyer des délégués à la conférence pour la paix. Cependant, la majorité des membres du NUWSS se montrent davantage nationalistes que pacifistes, et sont surtout soucieux d'aider le Royaume-Uni à gagner la guerre. Les membres du NUWSS rejettent une résolution favorisée par Helen Bright Clark et Margaret Bondfield, qui aurait soutenu l'envoi d'une délégation à La HayeCrawford, 2001, p. 114.. Margaret Ashton décide alors de démissionner du NUWSS et elle est ensuite censurée par la branche locale suffragiste de ManchesterCrawford, 2001, p. 19.. Helena Swanwick et Maude Royden démissionnent également du NUWSS et prévoient de participer à la conférence de La HayeCrawford, 2001, p. 668..
À La Haye, entre le et le , un grand congrès de d'Amérique du Nord et d'Europe se réunit pour discuter de propositions de paixWomen and Social Movements in the United States, 1600–2000. Editorials. "How Did Women Activists Promote Peace in Their 1915 Tour of Warring European Capitals?". L'événement est connu comme le Congrès international des femmes ou le Congrès des femmes pour la paix. Un contingent prévu de britanniques est considérablement réduit à seulement trois personnes par l'annulation par le gouvernement britannique du service de ferry sur la Manche, bloquant notamment Helena Swanwick et Maude Royden, parmi d'autres femmes. Ayant déjà voyagé à Flessingue en mission caritative fin pour fournir de la nourriture aux réfugiés du siège d'Anvers, Chrystal Macmillan peut assister à la conférence des femmes et parler au nom du Royaume-UniO'Connor, J. J. and E. F. Robertson, January 2008. MacTutor Biographies. Jessie Chrystal MacMillan. University of St. Andrews, Scotland.. Chrystal Macmillan, signataire de la lettre ouverte de Noël, avait précédemment démissionné du NUWSS lorsque le refus du parti de s'opposer à la guerre était devenu manifeste. Elle est nommée déléguée du comité international qui se rendra dans les pays neutres et défendra la proposition du congrès. Le « plan du Wisconsin » est adopté à l'unanimité comme la meilleure méthode pour ramener la paix, et Chrystal Macmillan, Rosika Schwimmer et le comité se rendent aux États-Unis pour présenter le plan au président Woodrow Wilson. Certaines propositions de paix des femmes sont reprises par ce dernier dans ses « Quatorze points », et les efforts des femmes ont contribué à encourager la fondation ultérieure de la Société des Nations.
Suffrage des femmes Pendant la guerre, alors que les suffragistes britanniques s'abstenaient d'actions militantes, les hommes d'État britanniques tels que le Premier ministre Herbert Henry Asquith commencent à changer d'avis concernant le droit de vote des femmes. Au début de 1917, une clause accordant le droit de vote aux femmes propriétaires âgées de 30 ans et plus fut débattue et, en juin, elle est jointe au projet de loi qui deviendra plus tard la Representation of the People Act 1918. Dix ans plus tard seulement, la pleine égalité de vote est réalisée au Royaume-Uni avec la loi de 1928 sur la représentation du peuple
Références
Voir aussi Articles connexes
Trêve de Noël Congrès international des femmes de La Haye
Bibliographie Elizabeth Crawford, The women's suffrage movement: a reference guide, 1866–1928, Routledge, 2001 Sybil Oldfield, Women humanitarians: A Biographical Dictionary of British Women active between 1900 and 1950 : 'doers of the word'''. Continuum, 2001 Sybil Oldfield, International Woman Suffrage: November 1914 – September 1916, Taylor & Francis, 2003 Volume 2 of International Woman Suffrage: Jus Suffragii, 1913–1920, Sybil Oldfield, David S. Patterson, The search for negotiated peace: women's activism and citizen diplomacy in World War I, Routledge, 2008 Helen Rappaport, Encyclopedia of women social reformers, Volume 1, ABC-CLIO, 2001 Annika Wilmers, Pazifismus in der internationalen Frauenbewegung (1914–1920): Handlungsspielräume, politische Konzeptionen und gesellschaftliche Auseinandersetzungen, Volume 23 de Schriften der Bibliothek für Zeitgeschichte'', Bibliothek für Zeitgeschichte Stuttgart. Klartext, 2008
Catégorie:Lettre ouverte Catégorie:Droit de vote des femmes au Royaume-Uni Catégorie:Décembre 1914