Les incendies de Paris pendant la Commune sont des destructions par le feu, le plus souvent volontaires, de monuments et de bâtiments d'habitation de Paris pendant la Commune de Paris de 1871, essentiellement pendant la Semaine sanglante, c'est-à-dire la période de reconquête de Paris par l'armée versaillaise du au dimanche .

La plupart de ces incendies sont allumés par des communards (ou fédérés), surtout du . Ils mettent le feu à des monuments majeurs de Paris, comme le palais des Tuileries, le Palais-Royal, le palais de justice ou l'Hôtel de ville, mais en épargnent d'autres comme la cathédrale Notre-Dame. Ils incendient aussi des maisons particulières pour protéger leurs barricades de l'avancée des Versaillais. Livrer au feu les grands monuments parisiens est à la fois une stratégie du désespoir, un acte d'appropriation et de purification et une sorte de fête apocalyptique, alors que les communards livrent leurs derniers combats dans les rues.

Malgré des tentatives d'organisation, ces brasiers sont allumés dans les tout derniers jours de la Commune, tandis qu'elle est en pleine déliquescence, et les décisions sont en partie des initiatives locales, alors que les repères habituels, y compris sensoriels, sont bouleversés. Après leur défaite, les communards n'en reconnaissent pas tous la responsabilité.

Ces incendies constituent un point nodal de la mémoire de la Commune. Aux yeux des Versaillais, ils démontrent la barbarie des communards, en particulier des femmes de la Commune, autour desquelles est construit le mythe des pétroleuses. Les ruines qui en résultent ne sont pas reconstruites tout de suite et font l'objet d'une appropriation romantique et touristique, y compris par de nombreuses photographies. La disparition massive d'archives consumées lors de ces incendies prive Paris d'une partie de sa mémoire.

Paris assiégé (-)

Les bombardements prussiens et la barricade gauche|vignette|redresse|Affiche officielle sur la protection contre les incendies, . Musée Carnavalet.|alt=Affiche brune avec un texte imprimé en capitales noires. La France a déclaré la guerre à la Prusse le . Après la capitulation de l'armée de Napoléon III à Sedan, les Parisiens proclament la République le , mais la guerre continue et, à partir du , Paris est assiégé par les Prussiens.. Les canons prussiens bombardent régulièrement Paris, détruisant de nombreuses maisons, en particulier rive gauche. Le vacarme de la canonnade entretient la peur chez les Parisiens.. Ces combats autour de Paris pendant l'automne et l'hiver 1870-1871 entraînent des sinistres. À partir de , des bâtiments, des ponts, des fermes, des meules et des forêts sont brûlés par les deux armées. En , Paris est touché par des départs de feu, vite maîtrisés, conséquences des bombardements par les Prussiens..

Dès la Révolution française, référence majeure des communards, la peur de voir l'ennemi détruire Paris se développe et elle imprègne l'esprit de beaucoup de révolutionnaires parisiens au cours du . Les fédérés vont transformer cette peur en une volonté de détruire et reconfigurer Paris, d'abord par la barricade. En effet, la barricade, si elle est l'élément majeur de la défense des rues parisiennes pendant la Commune, est aussi et d'abord une tentative de contrôle de l'espace et une destruction du tissu urbain, un bricolage d'objets différents dont certains proviennent de l'intérieur des foyers et qui supprime la différence entre espace privé et espace public... C'est le début du processus qui mènera à l'incendie d'une partie de la ville par les communards..

Le siège de l'armée versaillaise alt=Carte montrant les mouvements des versaillais et des communards dans la banlieue Ouest de Paris|vignette|upright=1.2|Second siège de Paris au . Carte de Charles Prolès et Rougeron-Vignerot, 1892. BNF.

Après l'insurrection du qui déclenche la Commune de Paris, la France se retrouve dans une situation de guerre civile, entre d'un côté le gouvernement dirigé par Adolphe Thiers, qui a fui à Versailles, où siège aussi l'Assemblée nationale qui le soutient, et de l'autre la Commune de Paris, qui dirige uniquement Paris., malgré des tentatives de communes insurrectionnelles en province..

Le second siège de Paris est mené par les troupes versaillaises du au . Adolphe Thiers adopte une stratégie prudente d'investissement progressif de la capitale, parce que cette dernière est protégée par son enceinte et considérée comme une forteresse. Le gouvernement de Versailles ne prend pas de risque. Il cherche à éviter tout échec par crainte d'être renversé par l'Assemblée nationale, que l'armée se débande, que les grandes villes connaissent des soulèvements ou que les Prussiens interviennent..

L'armée versaillaise bombarde les alentours de Paris, en particulier les forts qui protègent la ville, beaucoup plus intensément que ne l'avaient fait les Prussiens, puisque l'objectif versaillais est la neutralisation des forts et de l'enceinte. Ces destructions renforcent la détermination des communards, y compris à détruire eux-mêmes la ville s'ils ne parviennent pas à la défendre.

Des incendies se produisent donc dans la banlieue ou dans l'Ouest de Paris, à Auteuil, Passy, Courbevoie, Asnières, Levallois-Perret, Clichy, Gennevilliers et Montrouge. Ils sont dus aux bombardements des Versaillais ou aux feux déclenchés par les communards. Les fédérés ont des projets incendiaires à Bagneux et à Vanves, mais ils n'ont pas le temps de les mettre en œuvre à cause de la rapidité de la conquête versaillaise. Au total, peu de feux ont été allumés dans l'Ouest parisien..

Les incendies de la Semaine sanglante Pendant la Semaine sanglante, la chronologie des destructions par le feu est celle de la reconquête de Paris par les troupes versaillaises, d'ouest en est, du dimanche au dimanche ..

À l'Ouest, lundi vignette|upright=1.2|Plan de Paris avec indication exacte des maisons et monuments incendiés. , Paris, 1871.|alt=Plan gris avec des flammes oranges dessinées sur certains bâtiments.

Après un premier incendie des baraquements du Champ-de-Mars., le feu prend le soir du lundi dans les combles du ministère des Finances, alors rue de Rivoli, allumé par les obus versaillais.. Il est éteint par les pompiers de la Commune.

La responsabilité de cet embrasement du ministère des Finances est un enjeu important des débats après la Commune. En effet, comme c'est le premier feu d'ampleur, le camp qui l'a déclenché est accusé par l'autre d'avoir entraîné les incendies suivants. Tous les communards en exil accusent les obus des canons versaillais. Le Versaillais Catulle Mendès également. Selon l'écrivain anticommunard Maxime Du Camp, il y a deux incendies successifs au ministère des Finances, le premier à cause des obus versaillais le lundi , éteint par les fédérés, puis un second le lendemain qu'ils allument eux-mêmes..

Les premiers grands incendies, mardi 23 mai Jusqu'au , les troupes versaillaises ne rencontrent guère de résistance sérieuse. Les premiers grands incendies coïncident avec une intensification de la défense communarde. Après des préparatifs terminés vers le , des communards brûlent plusieurs monuments la nuit suivante. : le palais de la Légion d'honneur, le palais d'Orsay où est installée la Cour des comptes, la Caisse des dépôts, le palais des Tuileries ainsi que les rues prochesGrande Chancellerie de la légion-d'honneur : Livre d'or contenant la liste générale des personnes qui ont souscrit pour la reconstruction du palais de la Légion d'honneur, incendié le 23 mai 1871.. La rue de Lille va compter parmi les rues les plus atteintes par les incendies.. Les Versaillais jugent prudent d'attendre le lendemain pour contourner ces feux.

Les Tuileries sont le quartier général du général insurgé Jules Bergeret, qui y dirige les combats avec six cents hommes. Devant la progression des Versaillais, il décide de mettre le feu à ce palais, avec Alexis Dardelle, Étienne Boudin et Victor Bénot. Dardelle est le gouverneur du palais des Tuileries, nommé le par la Commune. Le , l'incendie est préparé grâce à des chariots de poudre, de goudron liquide, d'essence de térébenthine et de pétrole... Avec ces matières inflammables, les fédérés arrosent les tentures, les rideaux et les parquets et déposent dans le salon des maréchaux et au pied de l'escalier d'honneur des barils de poudre. pendant que Dardelle organise l’évacuation des chevaux, des harnais et des objets précieux et fait sortir les employés en leur annonçant une explosion imminente. Les communards allument le feu avec de grandes perches enflammées. Ensuite, Dardelle et Bergeret contemplent les flammes de la terrasse du Louvre. Les Tuileries brûlent jusqu'au vendredi .

Émile Eudes met le feu au palais de la Légion d'honneur., sur ordre du Comité de salut public.. L'ordre d'incendier le palais de la Légion d'honneur le est aussi attribué lors de son procès en 1872 à Émile Gois., mais les preuves manquent.. Le même jour, la progression des Versaillais est également ralentie par les feux allumés dans le quartier de la Madeleine et au carrefour de la Croix-RougeLe carrefour de la Croix-Rouge est l'actuelle place Michel-Debré. défendu par Eugène Varlin et Maxime Lisbonne.

Autour de l'Hôtel de ville, mercredi 24 mai alt=Une ville en gris en vue cavalière avec des taches rouge indiquant les incendies.|vignette|gauche|upright=1.2|Paris incendié en mai 1871.Archives de Paris. Le mercredi , des incendies sont allumés dans la journée au Louvre dans des maisons rue Saint-Honoré, rue de Rivoli et rue Royale où il semble que sept personnes meurent asphyxiées, au Palais-Royal (peu endommagé) à l'Hôtel de ville (totalement détruit), au Palais de justice, à la Conciergerie, à la Préfecture de police, au théâtre de la Porte-Saint-Martin (anéanti) et au Théâtre-Lyrique. Des groupes d'incendiaires préparent des bûchers et des tonneaux de poudre et arrosent les murs de pétrole avant d'allumer le feu. L'incendie du Palais de justice est limité grâce à l'effondrement d'un grand calorifière empli d'eau qui servait pour le chauffage, la rupture de son réservoir provoquant une inondation.. Dans un rapport rédigé à la hâte le , le chef de cabinet du ministère du Beaux-Arts, Édouard Gerspach, rend compte précisément de l'état des Tuileries et du Louvre.

vignette|Incendie du Palais de Justice, photographie d'Hippolyte Blancard, Bibliothèque historique de la ville de Paris.

L'ordre de brûler l'Hôtel de ville est donné par Jean-Louis Pindy, qui en est le gouverneur depuis le ., celui de mettre le feu à la Préfecture de Police et au Palais de justice émane de Théophile Ferré. Ces deux ordres sont donnés vers du matin.. Victor Bénot joue un rôle majeur dans l'incendie du Palais-Royal. et aurait mis le feu à la bibliothèque du Louvre.. L'incendie allumé le même jour place du Château-d'Eau permet de ralentir l'avancée versaillaise. Dans l'après-midi, Maxime Lisbonne fait sauter la poudrière du jardin du Luxembourg.

Le mardi et le mercredi , les fédérés mettent aussi le feu à de nombreuses maisons qui jouxtent leurs barricades, rue Saint-Florentin, rue du Faubourg-Saint-Honoré, rue du Bac, rue Vavin, place de l'Hôtel-de-Ville, boulevard de Sébastopol. En plus des bâtiments déjà cités, le feu détruit aussi, totalement ou partiellement, les Archives de la Seine, la direction de l'artillerie place de l'Arsenal, le temple protestant de la rue Saint-Antoine et la caserne du quai d'Orsay.

À l'Est les et Le jeudi , l'incendie de l'Hôtel de ville se termine tandis que commence celui des greniers d'abondance, dépôts de vivres situés boulevard Bourdon..

Vendredi , les docks de La Villette sont en feu et la colonne de la Bastille est cernée de flammes. Le samedi , c'est à Belleville et au Père-Lachaise qu'on allume des feux..