Adrien Bonnefoy-Sibour, né le à Pont-Saint-Esprit (Gard) et mort le à Sauvigney-lès-Gray (Haute-Saône), est un haut fonctionnaire français.
Après trente ans d’un parcours à la progression régulière et sans histoire, il connait subitement pour quelques semaines une fâcheuse notoriété quand des circonstances mouvementées le placent à la tête de la police parisienne lors des évènements dits du 6 février 1934. Cet épisode d'un mois et demi, émaillé de graves troubles faisant de nombreuses victimes, s'avérera pour lui une épreuve si pénible que « sur sa demande » le décret du JOLD du 18 mars 1934, . le rétablira dans ses fonctions antérieures, où il reprendra le cours tranquille de sa carrière. .
Biographie
Adrien Georges Alphonse Bonnefoy-Sibour est le fils de Georges Bonnefoy-Sibour, petit-fils de Jacques (Adrien) Bonnefoy-Sibour, qui se sont succédé à la fois comme maires de Pont-Saint-Esprit et sénateurs du GardAccessoirement, il est aussi le petit-neveu (par alliance) de Marie Dominique Auguste Sibour, ancien archevêque de Paris (Les Nouvelles de Versailles).. À la différence de ses ascendants, il n'exercera pas de fonctions électives, mais après des études de droit couronnées d'un doctoratObtenu en 1908 à Montpellier (voir la notice de personne de la BNF)., fera toute sa carrière dans la haute fonction publique de l'État, dont il gravira progressivement tous les échelons.
Premiers postes occupés Le , encore étudiant, il est recruté comme chef de cabinet du préfet de l'HéraultLe Midi du 18 février 1903, ..
Trois ans plus tard, il devient secrétaire général de l'AveyronPar décret du 15 février 1906, JOLD du 16 février 1906, ., puis chef adjoint de cabinet du ministre des coloniesPar Arrêté du 30 novembre 1906, JOLD du décembre 1906, .. Il intègre ensuite le corps préfectoral comme sous-préfet de Gray (Haute-Saône)Par Décret du 27 septembre 1907, JOLD du 28 septembre 1907, ..
En 1914, il est nommé sous-préfet de Béthune (Pas-de-Calais)Par Décret du 12 janvier 1914, JOLD du 13 janvier 1914, ., et occupe durant toute la guerre ce poste, dans une ville menacée et bombardée où il se distinguera par sa bravoure et son dévouement.
Ainsi, le , il est cité parmi les fonctionnaires qui se sont distingués par leur belle conduite depuis le début des hostilités avec pour motif : « n'a cessé, depuis que Béthune est bombardée, de remplir ses fonctions avec sang-froid et courage et par son zèle vigilant a pu, dans son arrondissement, souvent visité par l'ennemi, assurer la continuation des services publics »JO du 24 janvier 1915. En sa femme donne naissance à la première de ses trois filles, Georgette, dans les caves de la sous-préfecture. Fait chevalier de la Légion d'honneur par décret du JOLD du 18 octobre 1916, , deux jours plus tard dans les ruines de Béthune, il est le premier sous-préfet décoré en temps de guerre par le président de la République Raymond PoincaréLe Petit Journal du 18 octobre 1916, ..
En 1918, après de nouvelles menaces de prise de la ville par les Allemands, il est à nouveau cité pour sa belle conduiteAvec ce motif : « a donné depuis le début des hostilités, les plus beaux exemples de courage, d'entrain et de mépris du danger. S'est, à nouveau particulièrement signalé au cours des événements récents en se rendant dans les endroits les plus exposés, soumis aux bombardements les plus vifs et à l'action des gaz asphyxiants : a organisé les secours, sous la chute ininterrompue des projectiles avec un admirable sang-froid. M. Bonnefoy-Sibour est un des fonctionnaires qui auront le plus honoré l'administration préfectorale au cours de cette guerre » (JO du 14 juillet 1918)..
Après l'Armistice, il assure d'abord l'intérim de la préfecture de l'AisneDécret du 19 novembre 1918, JOLD du 20 novembre 1918, ., avant d'être nommé préfet de la Haute-VienneDécret du 15 janvier 1920, JOLD du 17 janvier 1920, ., puis de retrouver l'Aisne comme préfet en titreDécret du 10 février 1921, JOLD du 11 février 1921, ..
Le , il est nommé préfet de Seine-et-OiseDécret du 12 octobre 1922, JOLD du 13 octobre 1922, ., département dans lequel il exercera ses fonctions plus de treize ans, avec une brève parenthèse en 1934.
Le bref passage à la préfecture de police en février-mars 1934 Tranchant avec le reste de sa carrière, cette courte période sera très agitée. En effet, après une nomination inopinée, son action sera fortement décriée. Cependant aucune responsabilité ne lui étant juridiquement imputable, il pourra regagner la préfecture de Seine-et-Oise pour y retrouver sereinement des fonctions qu'il n'avait, semble-t-il, pas souhaité quitterVoir Paris-soir du 15 mars 1934, .
Une nomination inopinée Le , il a été nommé dans la précipitation, et à son corps défendantC’est, du moins, ce qu’il aurait déclaré au moment de sa prise de fonctions, selon le témoignage du directeur de la police municipale (voir Le Temps du 14 avril 1934, ). préfet de police de la ville de Paris et du Département de la SeinePar Décret du 3 février 1934,JOLD du 4 février 1934, en remplacement de Jean Chiappe, brutalement limogé dans des conditions provoquant tout à la fois une grave crise gouvernementale, un violent mouvement d'opinionVoir par exemple Le Petit Parisien du 4 février 1934, , et la démission par solidarité du préfet de la Seine, Édouard RenardVoir sa notice biographique.. En outre, à la demande expresse du gouvernement, il a dû, avant même la parution de son décret de nomination, rejoindre son poste et improviser son installation dans l'urgence à la Préfecture alors que son prédécesseur, souffrant, y séjourne encoreLe Temps du 5 février 1934, .. Même s'il prend soin de conserver le même directeur de cabinet Le préfet Louis Bressot (voir Le Quotidien du 5 février 1934, p. 3.), la brusquerie de son arrivée à la préfecture de police ne contribuera pas à améliorer ses relations avec son personnel et celui de la police municipale, majoritairement acquis à Jean Chiappe.
Il sera alors tout à la fois présenté par l'extrême droite comme un franc-maçon à la solde des radicaux et des socialistesVoir l'article signé M. Picot de Pledran dans L'Action Française du 5 février 1934, ., et par l'extrême gauche comme un « matraqueur de grévistes »Voir l'article signé P. Vaillant-Couturier dans L'Humanité du 4 février 1934, ..
Une action décriée Des carences sur le terrain Lors des désordres du et des jours suivants, il est présent sur les principaux lieux des troubles pour commander une police sur laquelle il n'a pu encore affermir son autorité. Dépourvu d'expérience du maintien de l'ordre en temps de paix, et privé du concours de Paul Guichard, directeur général de la police municipale, hospitalisé à la dernière minute pour une opération de l'appendicite dont l'urgence sera discutéeSur cette controverse, voir notamment dans Le Temps du 14 avril 1934, les témoignages recueillis lors de l'enquête parlementaire effectuée ultérieurement)., il est manifestement dépassé par l'ampleur des troubles insurrectionnels orchestrés par les ligues d'extrême droite et ne maîtrise plus le comportement du personnel placé sous ses ordresVoir ses déclarations rapportées dans L'Action française du 14 février 1934.. Après que les forces de l'ordre eurent ouvert le feu sur la foule, le bilan des émeutes et de leur répression en nombre de mortsVingt-huit, selon le rapport de la commission parlementaire, (lire en ligne) et de blessés, tant du côté manifestants que de la police, s'avérera donc consternant, Jean Chiappe, son prédécesseur, n'hésitant pas à affirmer après coup « si j'avais été le préfet de police du , la France n'aurait pas eu de morts à déplorer »Dans une lettre ouverte au président de la commission d'enquête parlementaire sur les évènements (voir Le Temps du 7 juillet 1934, )..
Des mesures préventives attentatoires aux libertés Arrestations Conjointement avec Ernest Perrier, directeur des Renseignements généraux, sur instructions du ministre de l'Intérieur Eugène FrotCelui-ci reconnaitra leur avoir dit : « Demain, pour désorganiser les manifestations, allez-y! Faites les arrestations préventives, comme on a fait toujours! Plus vous en prendrez, mieux cela vaudra!»Rapport fait par MM Piot et de Nadaillac au nom de la commission d'enquête chargée de rechercher les causes et les origines des événements du 6 février 1934, , ., au soir du , il ordonnera un certain nombre d'arrestations préventives, essentiellement parmi les militants d'extrême droite susceptibles de participer à d'autres manifestations. Interdiction des manifestations Par arrêté du , au motif que « les manifestations qui ont eu lieu à Paris ces jours derniers ont gravement troublé l'ordre et compromis la sécurité publique », il interdit à Paris et dans le département de la Seine « tout cortège et tout rassemblement sur la voie publique »Paris-soir du 8 février 1934, .. Saisie de presse Après avoir tenté vainement d'appréhender Charles Maurras, Léon Daudet, et Pierre PujoVoir dans le rapport précité, et s. (lire en ligne) le récit de l'échec des tentatives pour les inviter à se rendre à la préfecture de police. Léon Daudet relate l'intervention des policiers chez lui dans le journal l'Action Française du 8 février 1934 («Singulière visite»; lire en ligne)., la crainte que leurs écrits dans L'Action Française ne contiennent l'appel à de nouvelles émeutes poussera Adrien Bonnefoy-Sibour à faire saisir préventivement, avant leur mise en vente à Paris et dans le département de la Seine, la totalité des exemplaires du numéro daté du du journal. Cette mesure sera à l'origine d'un contentieux complexe resté célèbre en matière de protection des libertés fondamentales à cause de l'arrêt de principe du Tribunal des conflits qui le conclura.
Une responsabilité atténuée Dans la répression des émeutes Dans un tract, le Mouvement franciste lui reprochera les dizaines de morts et de blessés provoqués par la répression en insistant sur son appartenance à la franc-maçonnerie« C’est sur l’ordre de deux larbins du pouvoir occulte juif et maçonnique, le frère Frot, ministre de l’Intérieur et le frère Bonnefoy-Sibour, préfet de Police, que les gardes mobiles et la police ont tiré sur le peuple. Que le sang des Français ainsi sacrifiés au Grand Architecte de l’Univers ou à Jéhovah retombe sur la judéo-maçonnerie toute entière » (Rapporté dans les Chroniques d’Histoire Maçonnique , 2009, ).. Des plaintes pour « crime prévu et puni par les articles 295 et suivants du Code pénal » seront déposées contre lui et le ministre de l'Intérieur, notamment par Georges Delavenne, conseiller municipal blessé par les tirs des gardes mobilesParis-soir du 12 février 1934, ; voir également Le Peuple du 23 février 1934, ., mais seront classées sans suite par le Parquet. La commission parlementaire créée en vue d'analyser les évènements l'exonérera elle aussi de toute responsabilité pénale, contre l'avis, toutefois, d'une minorité de ses membres, qui provoqueront la clôture de ses travaux en démissionnantJournal des débats politiques et littéraires du 6 juillet 1934, . Elle ne lui en reprochera pas moins de nombreuses carences et erreurs justifiant la transmission de ses procès-verbaux au Président du Conseil en vue d'éventuelles poursuites disciplinaires, tout en concédant que lors de la manifestation du il était « dans les circonstances difficiles et gêné par la défaillance d'un certain nombre de collaborateurs »Voir le Rapport général () fait par M. Rucart au nom de la Commission d'enquête chargée de rechercher les causes et les origines des évènements du 6 février 1934..., .. Dans la prise des mesures préventives