Les schémas précoces inadaptés (SPI) sont un des éléments centraux de la schémathérapie, thérapie créée par Jeffrey E. Young dans les années 1990, après sa collaboration avec Aaron Beck, pour soigner, notamment, les troubles de la personnalité.

Selon la schémathérapie, dans l'enfance et l'adolescence, à la suite des réponses plus ou moins adaptées aux besoins affectifs fondamentaux de la personne par ses figures d'attachement, elle développe des schémas (ensemble de croyances sur soi-même ou les autres qui découlent de souvenirs, perceptions, émotions vécus par la personne). Lorsque ses schémas sont dysfonctionnels, on les nomme schémas précoces inadaptés (SPI). Il existe cinq catégories de SPI qui sont les carences du lien d'attachement, le manque d'autonomie et de performance, le manque de limites, la dépendance aux autres et l'hypervigilance/l'inhibition. Les SPI peuvent être inconditionnels (se développer tôt et être fondamentaux pour la personne) ou conditionnels (créés en réaction aux SPI inconditionnels). On peut expliquer avec la neuroscience comment se crée un SPI et pourquoi il s'active de manière inadaptée. Les organes en cause sont l'amygdale et le système limbique (mémoire à long terme), le cortex sensoriel (mémoire implicite), le cortex moteur, les noyaux gris centraux et le cervelet (mémoire procédurale).

Les SPI sont maintenus en place de manière inconsciente par plusieurs mécanismes (les distorsions cognitives et sensorielles, le comportement et la dissociation). La personne met en place des stratégies pour s'adapter aux SPI (soumission, fuite ou contre-attaque).

Historique Young est issu de la formation de thérapie cognitivo-comportementale (TCC) et a travaillé plusieurs années avec Aaron Beck. Young est parti des schémas cognitifs de Beck et les a modifiés. En effet, en ouvrant son propre cabinet, il s'est rendu compte, avec quelque collègues, des limites de la TCC, notamment dans le traitement des personnes souffrant de troubles de la personnalité.

Il a donc créé un groupe de discussion et fait des études cliniques sur plusieurs années afin de modifier la thérapie et l'adapter aux types de pathologies qu'il rencontrait dans son cabinet. Pour ce qui est des schémas cognitifs, il s'est concentré sur les schémas problématiques créés par la personne dans son enfance ou adolescence, non plus sur tous les schémas créés tout au long de la vie.

Définition Les SPI viennent des schémas cognitifs de la TCC, mais il y a une différence importante : pour Beck, les schémas sont des croyances profondes. Comme il n'y a pas de modèle du développement de l'enfant en TCC, les croyances profondes ne sont rien de plus. Pour Young, dans un SPI, la croyance n'est qu'une expression de ce SPI et la seule croyance ne rend pas compte de l'état émotionnel causé par ce dernier : en effet, la croyance s'est développée tôt, donc cela fait des années que la personne l'a intégrée et en souffre. Son développement même a été touché par ce SPI et lorsqu'il est activé, c'est une partie profonde, infantile de son identité qui se révèle.

En effet, à la suite des réponses à ses besoins affectifs fondamentaux de ses figures d'attachements, la personne se forge une opinion sur elle-même (sa valeur personnelle, sa capacité de réguler ses émotions, sa capacité d'être autonome, etc.) et sur ceux qui l'entourent (leur fiabilité par exemple). Les schémas révèlent l'état des relations entre la personne et ceux qui l'ont entourée durant cette période, ils peuvent donc être sains ou non. Lorsque la personne va grandir, elle va côtoyer d'autres personnes que celles qui ont contribué à créer ces schémas. Si les schémas dus à des comportements néfastes perdurent, ils agissent, pour la personne, comme des à priori dans les relations aux autres et deviennent donc inadaptés : ce sont des schémas précoces inadaptés. Les SPI s’enrichissent et évoluent tout au long de la vie, mais si un SPI semble surgir de nulle part, c'est qu'il y en avait déjà un préexistant mais non activé ou camouflé par une stratégie d'adaptation.

Young nous dit des SPI qu'ils concernent des sujets récurrents dans la vie de la personne. Les thèmes importants sont repérables dans les pensées automatique de la personne. Ils concernent des sujets tels que l'abandon, la carence affective, l'incompétence, etc. Les schémas perdurent dans le temps car il y a des mécanismes qui les maintiennent en place. Les SPI sont faits de souvenirs, d'émotions, de ressentis corporels.

Biologie des schémas précoces inadaptés En neuroscience, le SPI peut être considéré comme un engramme (trace biologique de la mémoire) qui va être codé dans les synapses d'un certain réseau de neurones. Ces synapses, à la suite des connexions qui vont être faites au fur et à mesure des expériences, vont enregistrer une combinaison des différents composants du SPI (souvenirs, émotions, sensations, cognitions). À la suite de quoi le SPI est stocké dans la mémoire à long terme et devient donc inconscient. Les organes impliqués sont l'amygdale et le système limbique pour la mémoire à long terme, le cortex sensoriel pour la mémoire implicite et le cortex moteur, le cervelet et les noyaux gris centraux pour la mémoire procédurale. ça n'est que lorsque certains événements activent le SPI qu'il va venir partiellement à la conscience de la personne car les éléments constitutifs du SPI vont envahir sa conscience à l'instant où il est activé.

Lorsque la personne vit un événement traumatique, le groupe d'informations lié à l’événement a un double traitement:

Les éléments cognitifs (comme le lieu, la date, les circonstances) sont stockés par l’hippocampe et le néocortex et ces éléments seront inséré dans la mémoire autobiographique de la personne et accessible au rappel volontaire si la personne le souhaite.

L'émotion liée au traumatisme empêche le traitement des éléments émotionnels du souvenir. De ce fait, ils seront stockés par l'amygdale et le système limbique dans la mémoire émotionnelle. Ce qui fait que le rappel à la conscience de ce souvenir sera involontaire et provoqué par certains stimuli.

Le circuit amygdalien est beaucoup plus rapide à réagir à un stimuli que celui du cortex. La conséquence est que lorsque la personne est en présence d'un stimuli en rapport avec le traumatisme, la réponse émotionnelle sera déclenchée par l'amygdale, avant de prendre conscience de la nature du stimulus. Or, la voie amygdalienne est plus rapide mais aussi plus primitive en donnant à la personne une vision grossière du stimuli : ainsi, un stimuli qui ressemble au traumatisme, déclenchera une réponse de même intensité que dans le souvenir. Le circuit hippocampo-cortical étant plus adapté et flexible, permet d'obtenir une réponse plus appropriée à la situation, mais il est aussi plus lent à déclencher, ce qui explique que la réponse de ce circuit n'arrive que dans un deuxième temps.

Origine des schémas précoces inadaptés Les SPI seraient la conséquence de réponses inadaptées aux besoins affectifs fondamentaux de l'enfant. Il y aurait 5 besoins: l'attachement aux autres (sécurité, l'éducation attentive dans l’acceptation, la stabilité), la liberté d'exprimer ses ressentis et ses besoins, le sens de l'identité, l'autonomie et le sentiment de compétence, le divertissement et la spontanéité, le contrôle de soi même et les limites,

À la suite de ses besoins, il y aurait quatre sortes de vécus précoces qui peuvent entraîner la création de SPI: La non satisfaction des besoins affectifs fondamentaux de l'enfant, le traumatisme ou la victimisation (lorsque l'enfant est maltraité, abusé), l'excès de satisfaction des besoins (en quantité modéré cela lui aurait été bénéfique, mais dans ce cas il lui deviennent néfaste). Il pourra souffrir par exemple d'un manque d'autonomie ou de limites. L'identification sélective d'une figure importante peut également entrainer la création d'un SPI car l'enfant intériorise les comportements, les pensées, les expériences et les émotions d'un parent. Les personnes n'internalisent pas tous les comportements de leur parent: les identifications se font de manière sélective uniquement sur certains sujets. Le tempérament de l'enfant peut déterminer quel sujet sera internalisé (exemple : un enfant au tempérament pessimiste ne pourra intérioriser un fonctionnement optimiste car trop contraire à son fonctionnement).

Les schémas précoces inadaptés Il existe des SPI inconditionnels et conditionnels. L'ordre dans lesquels ces SPI doivent être traités en thérapie dépend de chaque personne : en effet, certaines personnes ont trop de défenses pour que le thérapeute puisse avoir accès au SPI et travailler dessus. À l'inverse, parfois certains SPI sont tellement envahissants pour la personne que la thérapie ne peut avancer sans avoir d'abord traité ces SPI.

Il existe des questionnaires pour repérer ces SPI , mais qui ne doivent pas se substituer aux entretiens avec la personne afin de les repérer dans son fonctionnement (certaines défenses peuvent contrer leur mise en lumière en questionnaire).

Schémas précoces inadaptés inconditionnels Les SPI inconditionnels sont ceux qui se développent le plus tôt dans la vie de la personne, qui sont les plus fondamentaux dans sa vie et reflètent directement ce qu'a vécu la personne étant enfant vis à vis de ses besoins affectifs fondamentaux : la création du SPI traduit la non satisfaction de ces besoins. Ces SPI sont des croyances essentielles de la personne sur elle-même et son environnement.

Schémas précoces inadaptés liés à des carences du lien d'attachement Le lien d'attachement a été insécure, la personne aura manqué d'affection, de respect, de stabilité, de sécurité, de soutien, d'acceptation inconditionnelle. Cela engendre des difficultés pour se lier aux autres de manière sécurisée et satisfaisante pour la personne. Ce sont les SPI les plus sévères car les personnes qui en souffrent ont souvent subi de graves dommages avec certaines fois des atteintes au niveau de leur développement neuropsychique. Dans cette catégorie on retrouve les SPI abandon/instabilité, méfiance/abus, manque affectif, imperfection/honte, isolement/aliénation.

Dans le SPI abandon/instabilité, la personne a grandi dans une famille instable et a donc l'impression que les personnes qui sont importantes dans sa vie ne sont pas stables, pourraient la quitter à tout moment pour une autre personne, mourir ou qu'elles sont imprévisibles et pas stables émotionnellement.

Dans le SPI méfiance/abus, la personne a connu des abus (physique, psychique ou sexuel) et s’attend à ce que les autres lui fassent du mal d'une façon ou d'une autre.

Dans le SPI manque affectif, la personne est convaincue que les autres ne lui apporteront pas ce dont elle aurait besoin. Il y a 3 catégories d'apports : le manque d'empathie, le manque de protection et le manque d'apports affectifs.

Dans le SPI imperfection/honte, la personne aura le sentiment d'être inférieure aux autres, imparfaite, incapable, d'être non désirée ou une mauvaise personne. Cela peut signifier une hypersensibilité à la critique, aux reproches et au rejet. La personne ressent une honte vis-à-vis de ses défauts qu'ils soient internes (colère, égoïsme) ou externes (imperfection physique). La personne peut manquer de confiance en elle-même et avoir des difficultés à se comparer aux autres.

Dans le SPI isolement et aliénation la personne aura le sentiment d'être différente, isolée des autres, de ne pas faire partie d'une communauté.

Schémas précoces inadaptés de manque d'autonomie et de performance