José Solís Ruiz (Cabra, province de Cordoue, 1913 - Madrid, 1990), est un juriste, magistrat, homme politique, auteur et entrepreneur espagnol.

Issu d’une famille de petits producteurs agricoles andalous conservateurs, José Solís Ruiz fit des études de droit et s’engagea de bonne heure dans la Phalange. Après avoir pris parti en juillet 1936 pour le camp nationaliste dans la Guerre civile, il assuma de hautes fonctions sous le régime franquiste, d’une part comme auditeur militaire (participant à ce titre à la répression des groupements anti-franquistes dans l’immédiat après-guerre mondiale), et d’autre part dans l’administration syndicale. Nommé en 1951 à la tête du syndicat vertical officiel OSE, il entreprit un certain nombre de réformes tendant à faciliter l’adhésion (par l’abolition de l’obligation préalable d’être affilié à la Phalange), à accroître la fonction représentative du syndicat officiel (par des élections syndicales ; intention pour le reste demeurée lettre morte) et à étendre ses compétences au domaine économique (politique fiscale en vue d’une meilleure redistribution des richesses, services sociaux, politique salariale). L’objectif était de faire de l’OSE un groupe de pression capable de peser en faveur des travailleurs au cœur même du régime, même s’il convient de faire la part des visées purement propagandistes dans un contexte de fortes tensions sociales dans les entreprises.

D’allure sympathique (surnommé « le sourire du régime »), il assuma entre 1957 et 1969, avec rang de ministre, la présidence du Mouvement (parti unique), qu’il s’appliqua à pourvoir d’une base juridique par l’adoption d’un ensemble de lois régissant ses statuts ; la proposition d’ouverture formulée à cette occasion, sous forme d’intégration dans le Mouvement de diverses « associations », se heurta à la farouche opposition des hiérarques du régime, du secteur catholique et de Franco lui-même, hérissé à toute velléité de résurgence des partis politiques. D’autres dissensions (notamment sur la succession du Caudillo, José Solís s’opposant à la restauration de la monarchie) et l’affaire de corruption Matesa (où il mobilisa toute la presse phalangiste pour tenter de jeter le discrédit sur les technocrates de l’Opus Dei, alors très influents à la tête de l’État) finirent par provoquer sa chute en 1969. Il eut encore un rôle politique dans les dernières années du franquisme, participant notamment aux négociations sur le Sahara occidental en 1975.

Biographie Origines familiales, formation et débuts de carrière Né le à Cabra, gros bourg de la province de Cordoue, au sein d’une famille de petits propriétaires agricoles andalous. , José Solís Ruiz était le fils de Felipe Solís Villechenous, maire de Cabra sous la dictature de Primo de Rivera, et d’Eduarda Ruiz Luna. De ses années d’enfance et de jeunesse dans la campagne andalouse, il se rappellera « avoir connu dans [son] village la diversité syndicale, qui entraînait la division des hommes et le travail réparti en fonction des organisations, lesquelles étaient manœuvrées par les groupes ou partis politiques ». Il accomplit des études de droit dans les universités de Deusto (fondée par les jésuites et située à Bilbao), puis de Valladolid..

« Vieille chemise » de la Phalange (c’est-à-dire phalangiste de la première heure)Encore que la « vieille chemise » José Antonio Girón de Velasco ait affirmé par la suite que Solís n’avait jamais été un véritable phalangiste. Cf. ., il s’engagea dans la Guerre civile aux côtés des insurgés, comme volontaire dans une compagnie phalangiste d’infanterie à Valladolid, obtenant au cours du conflit le grade d’alférez provisional, soit sous-lieutenant provisoire, puis rapidement le rang de jefe de centuria. Il est vraisemblable que son engagement politique dans la Phalange s’était produit à Valladolid durant ses études universitaires, et s’inscrit en tout cas dans la ligne de sa socialisation dans un milieu familial humble mais conservateur et adverse aux positions idéologiques de la gauche. En 1940, la guerre civile terminée, José Solís, motivé par son intérêt pour l’activité syndicale, se fit embaucher sur concours à l’âge de dans le Secrétariat technique syndical de l’Organisation syndicale espagnole (OSE), où il occupa le poste de secrétaire de la section syndicale centrale du Syndicat national du Métal.. Également sur concours, il intégra le Corps juridique militaire de l’Armée de terre., auquel titre il intervint en 1941 comme accusateur public lors du procès contre un groupe d’anarchistes membres du maquis anti-franquiste, inculpés par Solís pour sabotage et tentative de restaurer la République, et finalement condamnés à mort et exécutés.. En 1944, il fut nommé à la tête du vice-secrétariat général à l’Ordonnancement social (Ordenación Social), organisme de la Phalange chargé notamment des questions syndicales. Quoique techniquement catalogué comme phalangiste « vieille chemise », Solís fit une bonne part de sa carrière professionnelle comme magistrat de l’armée et comme bureaucrate de l’administration syndicale, en raison de quoi il n’avait que fort peu de contacts avec le mouvement fasciste originel. Pour certains auteurs même, il ne peut être considéré comme un phalangiste sincère, mais tout au plus comme un franquiste de la onzième heure, quoique malléable et accommodant.

En , José Solís Ruiz fut désigné procureur (membre) des Cortes franquistes en représentation du tercio sindical, puis occupera cette fonction jusqu’en , c’est-à-dire pendant presque toute la durée de la dictature franquiste.

Délégué national des syndicats (1951-1957) Cette même année 1946, en vertu de ses attributions de vice-secrétaire général à l’Ordonnancement social, José Solís organisa les premières élections syndicales et convoqua le premier Congrès national des travailleurs. Durant son mandat, où il sut se forger une image d’efficacité et de proximité, il s’entoura de quelques collaborateurs appelés à jouer plus tard un rôle notoire pendant ses premières années comme Délégué national des syndicats. Cependant, le , sans doute en raison d’une détérioration de ses rapports personnels avec celui qui était alors le Délégué national, Fermín Sanz-Orrio, José Solís fut démis de ses fonctions de vice-secrétaire général à l’Ordonnancement social, mais trouva peu après, grâce notamment aux démarches du ministre de l’Intérieur Blas Pérez González, un emploi comme gouverneur civil et comme chef provincial du Mouvement (alias le parti unique FET y de las JONS) dans les provinces de Pontevedra et de Guipuscoa.

Le , que ce soit à cause des tensions survenues entre le ministère du Travail et l’Organisation syndicale espagnole (OSE), ou sous l’effet des conflits sociaux de mars (nommément, la grève des tramways à Barcelone) , Franco limogea Fermín Sanz-Orrio à la direction de la Délégation nationale des syndicats et le remplaça, sur recommandation du secrétaire général du Mouvement Raimundo Fernández-Cuesta, par José Solís., étant entendu du reste que la Délégation nationale des syndicats restait placée sous la tutelle du ministre du Travail, le phalangiste José Antonio Girón. En effet, la persistance du conflit ouvrier à Barcelone, qui dégénéra en manifestations violentes, avec charges de police se soldant par plusieurs morts, et entraîna la démission du gouverneur civil, pour se prolonger ensuite par une grève générale d’ampleur quasi provinciale, avait mis en échec, alors que se tenait le premier congrès national de l’OSE sous le mandat de José Solís, toute la stratégie de propagande syndicale, qui visait délibérément et obstinément à occulter la réalité du conflit en cours. C’est dans ce contexte que le régime se proposa de remaquiller le visage public de l’OSE par un changement dans sa hiérarchie, en évinçant le récalcitrant, réservé et assez indolent Sanz-Orrio, au profit d’un jeune dirigeant, qui avait grandi dans son ombre sans jamais afficher une quelconque volonté de changer les éléments fondamentaux du modèle syndical espagnol, et à qui serait confiée la mission de faire du populisme un outil politique au service d’une revitalisation, à tout le moins cosmétique, du syndicalisme officiel. (Fermín Sanz-Orrio se maintint pendant un temps encore comme vice-secrétaire aux Œuvres sociales du parti unique FET y de las JONS, fonction de faible poids politique qu’il exerçait parallèlement depuis 1941 déjà, et fut envoyé peu après, en , comme ambassadeur au Pakistan). Dans le climat d’incertitude caractérisant le début de la décennie 1950, la nomination de Solís répondait à la nécessité pour l’OSE de se réaffirmer dans ses missions.

Jovial, d’allure aimable et de parole aisée, José Solís devint bientôt l’un des hiérarques les plus populaires de l’Espagne franquiste, à telle enseigne qu’on lui accola l’épithète « sourire du régime ».. Dans les années suivantes, il réussit à avoir une présence très marquée dans la vie politique espagnole, aidé en cela par la circonstance que son mandat de Délégué national des syndicats coïncidait avec la période de prospérité dite miracle économique espagnol de la décennie 1960. Les syndicats verticaux allaient atteindre l’apogée de leur influence sous José Solís, qui s’attacha en effet à les élargir et à les moderniser. En particulier, l’œuvre syndicale « Educación y Descanso » (Formation et Repos, en abrégé EyD) allait, grâce à son réseau de centres de loisirs et à ses activités culturelles, se développer en l’un des organes des syndicats verticaux les plus prisés des classes laborieusesEducación y Descanso, organisation récréative dépendant de l’Organisation syndicale espagnole et ayant existé entre 1940 et 1977, était chargé de mettre sur pied des activités de loisir à l’intention des travailleurs, telles que théâtre, activités sportives, musique folklorique, danse et chant choral. Cf. .. En collaboration avec José Antonio Girón, José Solís mit en place les dénommées Universités du travail (Universidades Laborales), grands centres éducatifs dispensant des formations professionnelles de qualité, qui permirent au régime de se prévaloir d’accomplissements dans le domaine social, en application de l’idéologie phalangiste. La première Université du travail fut celle de Gijón, inaugurée en 1955, bientôt suivie de celles de Séville, Cordoue et Tarragone.

vignette|Solís (en retrait à gauche) en compagnie de Franco en 1950.

En réaction à l’ascension des « technocrates » au sein du gouvernement et de l’administration franquistes, les phalangistes eurent tendance à se « retrancher » dans l’OSE, tout en favorisant une sorte d’« ouverture »Le Service d’information et d’enquête (Servicio de Información e Investigación) de la Phalange, façon de service de renseignement du parti unique, avait néanmoins carte blanche pour scruter le passé des candidats aux élections syndicales, voire était habilité à superviser le processus électoral. Cf. . de l’organisation en direction des travailleurs, afin d’en faire un groupe de pression au cœur même du pouvoir franquiste. Ainsi p. ex. n’était-il plus nécessaire à partir de 1954 d’être détenteur d’un carnet de membre de la FET y de las JONS pour avoir le droit de participer aux élections syndicales, et y eut-il même, dans l’appareil franquiste, une tentative d’attirer vers l’Organisation d’anciens dirigeants anarcho-syndicalistes.