Éétès, parfois écrit Æetès (, Aiêtês), est une figure de la mythologie grecque, connu principalement comme le roi de Colchide que Jason et les Argonautes doivent affronter avant de voler la Toison d'or. Il est le fils d'Hélios ; l'identité de sa mère (ainsi que de son épouse) varie selon les auteurs de l'Antiquité, mais elle est généralement acceptée comme étant une nymphe. Au sens propre, Éétès est un demi-dieu, frère de la magicienne Circé, de Pasiphaé, épouse du roi Minos de Crète, et de Persès.
Son père Hélios fait de lui le premier roi de Corinthe mais Éétès préfère abandonner la Grèce pour rejoindre la Colchide. Il y crée un royaume riche et puissant et règne depuis sa capitale Aïa (identifiée par certains avec Koutaïssi). C'est un souverain impitoyable, pratiquant les sacrifices humains ; il est également l'ami de certains dieux, tels qu'Héphaïstos et Arès.
Éétès accueille Phrixos et prend possession de la toison d'or. Des années plus tard, Jason et les Argonautes débarquent en Colchide pour obtenir la toison. Le roi n'accepte de la leur donner qu'au prix d'épreuves que Jason doit accomplir. La trahison de la fille du roi, Médée, permet aux Argonautes de voler la toison d'or et de prendre la fuite. D'autres versions du mythe ont ajouté deux affrontements entre Éétès et son frère Persès, le roi de Scythie : une première fois où Persès est défait par une alliance gréco-colchidienne et une seconde qui amène le renversement d'Éétès. Dans cette seconde version, c'est Médée (et possiblement Jason) qui retourne en Colchide et aide son père à retrouver sa couronne.
Éétès apparaît pour la première fois dans lOdyssée d'Homère comme un roi magicien. De nombreux auteurs, tels qu'Hésiode, Eumélos, Mimnerme et Sophocle, ont développé les mythes entourant le roi de Colchide. Avec Apollonios de Rhodes et ses Argonautiques, Éétès devient un thème populaire de la mythologie grecque. Les Romains ont encore ajouté au mythe avec, entre autres, le conflit entre Éétès et son frère. Seul Diodore de Sicile, au avant notre ère, mentionne la mort du roi, aux mains des Argonautes.
Progressivement, Éétès a évolué d'une figure mythique, impitoyable, cruelle et ennemie des Grecs, à un roi semi-légendaire. Les historiens et géographes romains et byzantins l'ont considéré comme un personnage historique. Les historiographes géorgiens modernes identifient chez Éétès le symbole d'un roi (ou d'une dynastie) qui a mené la Colchide vers la prospérité avant la colonisation grecque du Pont-Euxin, constituant ainsi un empire allant de l'Anatolie à la Crimée et incluant de nombreuses colonies à travers la mer Méditerranée.
Anthroponymie Attestations Homère est le premier auteur connu à citer Éétès dans lOdyssée (, 137, etc.)https://archive.org/details/BaillyDictionnaireGrecFrancais/page/n39/mode/2up?view=theater (page 41). : .
Étymologie Il y a plusieurs hypothèses sur l'étymologie du nom Aiêtês () : La version la plus commune rapprocherait ce nom du mot grec , aïetos « aigle » (graphie ionienne utilisée par Homère pour le mot , aetoshttps://archive.org/details/BaillyDictionnaireGrecFrancais/page/n37/mode/2up?view=theater (page 32).). Le mot Aïetos aurait d'abord été utilisé pour décrire la « rivière qui ravage les plus belles contrées du Caucase » (d'après l'historien Ἀγροίτας (Agroitas, ) de Cyrène qui a écrit un ouvrage sur la Scythie (Σκυθικά, Skuthika) et sur la Libye (Λιβυκά, Libuka) ou Description de la Libye) (pour Agroitas, voir aussi.). Certains sont allés jusqu'à faire des rapprochements avec l'aigle qui torture tous les jours Prométhée dans les montagnes du Caucase. D'autres ont mis en avant des découvertes archéologiques indiquant une vénération de l'aigle dans la Colchide de l'Âge du bronze ainsi qu'une utilisation populaire de la fauconnerie comme méthode de chasse. Enfin, certains ont fait un lien avec le nom de la magicienne Circé, sœur d'Éétès, dont le nom en grec ancien est . Pour Judith Yarnall, « Circe (Kirke) est la forme féminine de kirkos, qui signifie « faucon ». Le mot kirkos a également un sens secondaire « cercle », peut-être suggéré à l'origine par le vol des faucons. » (« Circe (Kirke) is the feminine form of kirkos, meaning falcon or hawk. Kirkos also has a secondary meaning - cercle - perhaps originally suggested by the wheeling flight of hawks »). Le dictionnaire Bailly propose deux versions de l'article , kirkos : dans la version de 1995 (page 1094), le premier sens donné est « sorte de faucon » (Homère, Iliade, 22, 139 ; Odyssée, 15, 526) et « sorte de loup ». Le second est « anneau ». Le verbe , kirkόô a pour sens « enserrer dans un anneau ». Dans une autre version (non datée), le premier sens donné est « cirque » mais c'est un sens d'époque romaine. Les seconds, analogiques, sont « sorte de faucon, qui plane en tournant » et « sorte de loup ».. La notion de « cercle, tourner en cercle » semble être première. L'ancien nom de la Colchide est Aïahttps://archive.org/details/BaillyDictionnaireGrecFrancais/page/n37/mode/2up?view=theater (page 38). Certains le considèrent comme un dérivé de (« Terre »). L'historien Francisco Rodríguez Adrados trouve un lien direct entre le nom du roi de Colchide et celui de sa capitale, donnant à Éétès l'étymologie de « souverain d'Aïa ». Cette version a été reprise par le byzantinologue Valeri Assatiani qui, en plus, a comparé le lien (Aïa/Éétès) à (Asie/Asiate). Donald Rayfield, tentant de trouver un lien entre le roi et le folklore local, voit dans Éétès la racine de Khaïte, la divinité des mers dans l'ancienne religion polythéiste abkhaze. En 1903, le professeur géorgien Mikheïl Tamarachvili, en étudiant les textes assyriens, a découvert la mention de deux rois de Colchide, Haétus et Reta, qui contiennent tous deux la racine et. Certains voient une ressemblance entre « Éétès » et « Hattusili », un nom porté par plusieurs souverains hittites de l'Âge du bronze, dont qui aurait été le contemporain de l'expédition des Argonautes en Colchide.
Au , le géographe Strabon, en visite en Colchide, note la popularité du nom Éétès à travers la région, mais rien n'indique si ce nom s'est répandu avant ou après la vulgarisation du mythe du roi.. Ce nom reste populaire jusqu'au quand le prince Éétès se distingue lors de la guerre lazique.
Éétès : le mythe Le mythe d'Éétès est lié à l'épopée des Argonautes.
Homère fait de lui un « magicien », frère de Circé. Homère mentionne également le voyage des Argonautes dans son Iliade, ce qui indique une légende antérieure au avant notre ère, , 469 et , 41..
Hésiode décrit dans sa Théogonie non seulement la généalogie du roi colchidien, mais aussi l'arrivée de Phrixos et de la toison d'or de Chrysomallos en Colchide et la mission de Jason. Hésiode, toutefois, fait de l'enlèvement de Médée la principale mission de Jason en ColchideHésiode,
La Théogonie,
Traduction par Henri Joseph Guillaume Patin.
Poètes Moralistes de la Grèce, Garnier Frères éditeurs - Paris - 1892.
page 81 : "Le fils d’Éson, par la volonté des dieux, enleva du palais de son père la fille du roi Æétès, nourrisson de Zeus. Ce fut après avoir accompli les pénibles et si nombreux travaux que lui avaient imposés un roi orgueilleux, l’injuste, le violent Pélias, cet artisan de crimes. Sorti de ces épreuves, après mille dangers et mille maux, il revint à Iolcos, emmenant sur sa nef rapide la jeune fille aux doux regards, dont il fit son épouse. Cédant à l’amour de Jason, pasteur des peuples, Médée le rendit père de Médéos".
Aux avant notre ère, au début de la période hellénique, le mythe d'Éétès connaît de nombreuses variations. Mimnerme () ne mentionne pas la Colchide. Éétès est le souverain d'Aïa, une île à l'est de l'Océan, au bord de la TerreStrabon, Géographie (, , ).. Il mentionne l'affrontement entre les Argonautes et Éétès pour la possession de la toison d'or. Phérécyde de Syros est à l'origine du mythe des dents de dragon collectées par Cadmos et obtenues par Éétès plus tard, il est aussi le premier à mentionner le meurtre du prince Absyrte aux mains des Argonautes.
Les Naupacties, une œuvre anonyme du , ont directement influencé Pindare et Apollonios de Rhodes, mais font du roi un personnage plus violent que les ouvrages antérieurs.
En 462, Pindare rédige sa , une ode en l'honneur de la victoire du roi . C'est le premier récit détaillé du voyage des Argonautes. Ce poème aurait inspiré Apollonios de Rhodes pour ses Argonautiques. Apollonios s'inspire aussi du style homérique : Éétès et Médée sont comparés à Minos et Ariane et la description d'Éétès et de son armure rappellent celle des héros de l'Iliade.
Hérodote a également mentionné le roi de Colchide et l'enlèvement de Médée par Jason.
Il existe aussi deux pièces de théâtre perdues de Sophocle, Colchide et Les femmes de Colchide, dont les fragments révèlent les lamentations de Médée qui a trahi son père.
Au avant notre ère, les Argonautiques d'Apollonios de Rhodes sont à l'origine de la popularité du mythe. Celui-ci s'était déjà propagé pendant l'époque hellénistique auparavant.
Callimaque de Cyrène, un contemporain d'Apollonios, a rédigé plusieurs poèmes en opposition à ce dernier ; il fait d'Éétès un roi colérique dans son Aitia. On ignore si cet ouvrage a été publié avant ou après les Argonautiques.
Pausanias le Périégète, dans une scholie à Apollonios de Rhodes, cite le poète semi-légendaire Eumélos de Corinthe qui aurait écrit sur l'origine corinthienne d'Éétès aux alentours de 750 avant notre ère.
Les auteurs romains ont repris le mythe d'Éétès. De nouveaux faits sont donnés sur la vie du roi. Ainsi, Strabon, Tacite, Justin, le pseudo-Apollodore, Caius Julius Hyginus et Cicéron ont mentionné son règne, ainsi que son renversement par son frère.
Au avant notre ère, Diodore de Sicile, dans sa Géographie est le seul auteur à relater la mort du roi, tué par les Argonautes.
Le Papyrus d'Oxyrhynque est un ensemble de papyrus découvert en Égypte ; le date du : « 116 fragments d'un rouleau de papyrus écrit au début du premier siècle semble être un poème épique hellénistique sur un thème argonautique. Les fragments 1 et 2 semblent traiter d'un rêve, dans lequel Médée voit Jason se faire massacrer par les taureaux d'Éétès (une scène très similaire au célèbre rêve de Médée dans Ap. Rhod. 3.616-6362). »..
Caius Valerius Flaccus () a décrit la situation politique en Colchide lors de l'arrivée des Argonautes, dont l'invasion des Scythes.
Généalogie et famille Selon les premiers auteurs grecs La généalogie du roi Éétès a évolué et changé au fil des siècles, et chacun des anciens auteurs gréco-romains ayant abordé son mythe a modifié la composition de la famille du roi de Colchide. À travers le développement de la mythologie, le seul personnage constant est Hélios, le dieu et personnification du soleil, faisant d'Éétès un demi-dieu. Homère est le premier poète à citer une partie de la généalogie d'Éétès. Selon lui, il est fils d'Hélios et de Persé, l'une des Océanides, fille de l'Océan et est le seul frère cité de Circé, elle-même considérée comme une déesse vivant sur l'île d'Ééa. Hésiode écrit quant à lui. La glorieuse fille de l'Océan, Persé donna au Soleil infatigable Circé et le monarque Éétés. Éétés, fils du Soleil qui éclaire les mortels, épousa, d'après le conseil des dieux, Idyie aux belles joues, cette fille du superbe fleuve Océan, Idyie, qui, domptée par ses amoureuses caresses, grâce à Vénus à la parure d'or, enfanta Médée aux pieds charmants.
vignette|Hélios, dieu du Soleil, est reconnu comme père d'Éétès par l'unanimité des auteurs antiques.|alt=Bas-relief montrant Hélios, dieu du soleil dans la mythologie gréco-romaine, conduisant son char à quatre chevaux, un soleil rayonnant encadrant sa tête.