vignette|Représentation de la douleur morale.|alt=Tableau représentant une femme qui pleure. Le suicide chez les personnes autistes fait l'objet de recherches scientifiques, particulièrement depuis la fin des années 2010. La prévalence très élevée d'idées suicidaires et de passages à l'acte concerne aussi bien les enfants et les jeunes que les adultes et les personnes âgées, y compris à travers des demandes d'euthanasie volontaire. Cette mortalité suicidaire est trois à sept fois supérieure à celle de la population générale, avec des variations en fonction des pays.

Les causes exactes de la prévalence des suicides parmi la communauté autiste sont discutées, mais l'autisme seul n'en est vraisemblablement pas la cause. Les témoignages des personnes qui ont survécu à une ou plusieurs tentatives évoquent leur sentiment d'être perçues comme un fardeau par leur entourage, leur rapport contrarié avec l'autisme, leur ressenti de traumatisme, ainsi que leur épuisement découlant du camouflage de leurs traits autistiques en public. D'autres facteurs de risque identifiés sont le harcèlement, le diagnostic trop tardif et le haut potentiel intellectuel. L'identification de ce risque suicidaire par les professionnels cliniciens et par la famille fait souvent défaut. La surreprésentation des demandes de suicide assisté par des personnes diagnostiquées autistes en Belgique et aux Pays-Bas questionne la capacité de la société à leur offrir des conditions de vie dignes.

La remontée de l'estime de soi et l'inclusion sociale diminuent ces taux de suicide.

Statistiques et faits vignette|gauche|Jeune fille sur le rebord d'un pont.|alt=Jeune fille sur le rebord d'un pont.

Unanimement reconnu comme élevé, le taux de suicide parmi la population autiste est l'une de ses plus importantes causes de mortalité précoce.. Les taux mesurés peuvent varier en fonction des méthodologies adoptées et des pays dans lesquels les études sont menées : une partie de cette variabilité réside dans le choix de l'échelle de mesure du risque suicidaire, en particulier quand elles ne distinguent pas les tentatives de suicide des comportements d'automutilation.

Quatre études menées entre 2014 et 2017, notamment au Royaume-Uni, déterminent un taux environ six fois plus élevé parmi la population autiste que dans la population générale. Une étude suédoise publiée en 2016 conclut à un taux fois plus élevé. D'après un rapport de l'institut national de santé publique du Québec publié en 2017, le taux de suicide des jeunes autistes québécois de moins de est le double de celui des autres jeunes du même âge. ; un taux au moins double est également déterminé parmi la jeune population autiste de l'Utah sur la période 2013-2017.. Une étude avec groupe de contrôle sur autistes originaires de Taïwan conclut à une fréquence des tentatives de suicide à 3,9 %, contre 0,7 % parmi le groupe de contrôle..

Une étude de cohorte danoise de plus de de personnes, avec des observations sur une période de , conclut à un risque plus de trois fois plus élevé chez les personnes autistes pour les tentatives de suicide et les décès.. Cette cohorte compte diagnostiquées d'un trouble du spectre de l'autisme (TSA), dont (soit 0,9 %) ont tenté de se suicider, ayant réussi leur tentative. Les taux mesurés chez des personnes possiblement autistes et sans diagnostic sont comparables à ceux mesurés chez les personnes diagnostiquées. L'analyse de traits autistiques chez des personnes mortes par suicide en Angleterre conclut à la surreprésentation significative de ces caractéristiques autistiques..

Taux d'idéations suicidaires

D'après une recension systématique avec méta-analyse de différentes études, réalisée en 2023 par Victoria Newell et son équipe, les idées suicidaires sont présentes chez plus d'un tiers (34,2 %) des personnes autistes et supposées autistes sans handicap intellectuel associé, les tentatives et comportements suicidaires étant présents chez 24,3 % d'entre elles, ce qui est considérablement plus élevé que dans la population générale, où la prévalence transnationale des idées suicidaires est d'environ 9 %, pour 2 à 3 % de projets de suicides et de tentatives. Une méta-analyse plus ancienne d'un an, celle de O'Halloran et ses collègues, conclut à environ un quart d'idéations suicidaires parmi toute la population autiste, pour une personne sur dix qui fera une tentative au cours de sa vie.

La prévalence des idées suicidaires varie selon la situation géographique. Elle est plus faible en Asie (Corée, Taïwan, Chine, Singapour et Japon) qu'en Europe et en Océanie. Cette plus faible prévalence en Asie ne reflète peut-être pas la réalité, et peut s'expliquer par une tradition de criminalisation du suicide, par l'importance accordée à la réputation familiale, et par une plus forte stigmatisation de l'autisme et des problèmes de santé mentale.

Ratio hommes-femmes

vignette|upright=1.3|Adolescente autiste de en retrait sensoriel (ou ).|alt=Photo noir et blanc d'une fille avec la tête entre les genoux La première recension systématique, celle de Segers et Rawana en 2014, avait montré que les hommes autistes ont de plus fort taux de suicide que les femmes. L'étude des cohortes danoise, suédoise., de l'Ontario (Canada). et de l'Utah (États-Unis) conclut au contraire que les taux d'idéations suicidaires et de passages à l'acte sont toujours plus élevés chez les femmes et les filles autistes que chez les garçons et les hommes. Ce fait statistique diffère de ce qui est constaté en population générale, où les hommes ont un plus fort taux de passage à l'acte que les femmes.

La recension systématique de 2023 identifie les femmes autistes sans handicap intellectuel comme la population la plus à risque, mais . Les femmes sont majoritaires dans la plupart des études. La suicidalité des femmes autistes découle peut-être des difficultés d'identification de cette population, conduisant à des diagnostics tardifs ou manqués. Une vaste étude anglaise de 2026 portant sur les seniors identifie au contraire les hommes comme étant plus à risque.

Ratio par tranche d'âge Parmi la cohorte danoise, les taux de suicide sont significativement plus élevés par rapport à la population générale dans toutes les tranches d'âge, et ce à partir de l'âge de . Le taux de suicide par tranche d'âge le plus élevé est enregistré chez des personnes âgées de à .

La méta-analyse de 2023 identifie un manque de recherches sur les taux de suicide par tranche d'âge. Il semble que les taux de suicides soient plus élevés chez les adultes que chez les jeunes, particulièrement à partir de l'âge de . Ces taux restent élevés chez les personnes plus âgées, soit cinq à six fois plus d'idéations suicidaires qu'en population générale..

Moyens de suicide utilisés

D'après l'étude de la cohorte de l'Utah, les autistes sont moins enclins à se suicider avec une arme à feu que les non-autistes, mais ne diffèrent pas de la population générale en ce qui concerne le choix du mode de suicide. Il n'existe pas non plus de différence significative de méthode entre les hommes et les femmes ; la majorité (73 %) recourent à des moyens de suicide considérés comme violents. Les moyens non-violents sont généralement l'asphyxie et l'empoisonnement.

Dans le cas d'une cohorte finlandaise comptant des personnes autistes avec handicap intellectuel moyen à sévère, les moyens de suicide identifiés comprennent la pendaison, la noyade, l'intoxication par consommation de cigarettes ou médicaments, et le suicide par train, soit en s'allongeant sur une voie ferrée, soit en sautant sous un train..

Limites des études La grande majorité des études sont menées dans des pays à revenus élevés, dans un contexte où la population des pays à revenus faibles ou intermédiaires se suicide davantage. Les études sont insuffisantes dans la population des personnes autistes avec handicap intellectuel. L'absence de distinction entre idées suicidaires passives (désir d'être mort) et idéation suicidaire active (désir de se tuer) constitue un autre biais.

Historique des études Le , la mère d'un enfant autiste suicidaire, Lynne Soraya, témoigne dans son blog sur le magazine américain de l'extrême rareté des ressources portant sur cette question.. Elle salue deux ans et demi plus tard le lancement d'une première étude du risque suicidaire chez les enfants autistes., menée sur américains, qui conclut à une fréquence plus élevée des idées suicidaires par comparaison avec le groupe de contrôle..

En 2014, une recension systématique de Magali Segers et Jennine Rawana souligne le manque criant d'études ciblant la suicidalité du sous-groupe autiste, dans un contexte où il en existe un très grand nombre en population générale : la recension permet de trouver dix études évaluant un taux de personnes autistes comptant pour 7,3 à 15 % des populations suicidaires. Sur la base des résultats préliminaires d'une étude britannique dirigée par la docteure Sarah Cassidy, le neurologue et pédiatre italien Michele Raja publie une tribune dans en 2014 afin d'encourager les professionnels de santé qui accompagnent des personnes autistes dites à se montrer vigilants sur le risque de suicide, longtemps négligé alors qu'il se révèle particulièrement élevé.. Il s'ensuit une intégration du risque suicidaire aux sujets de recherche soutenus par l' (INSAR) pendant quatre ans, avec de la recherche participative (participation directe de personnes autistes) ; traduction française partielle sur le blog de Jean Vinçot : ..

En 2018, il existe encore très peu d'études scientifiques consacrées au risque suicidaire des personnes autistes. Plusieurs travaux concluent ensuite que les traits autistiques sont plus élevés chez les adultes ayant fait une tentative de suicide que parmi la population générale.. Il existe aussi des niveaux plus élevés de traits autistiques chez les adultes ayant fait plusieurs tentatives de suicide, par rapport aux adultes n'ayant fait qu'une tentative.

En 2020, la journaliste et défenseure des droits des personnes autistes Sara Luterman dénonce les écarts de financement entre recherche fondamentale et recherche appliquée à l'autisme, notant que . En , Brittany N. Hand et al. soulignent de fréquentes mésinterprétations en matière de communication scientifique de l'étude de Hirkivoski et al. concernant la mortalité des personnes autistes ; en écrivant dans des publications à fort impact et dans la presse grand public qu'être autiste réduirait l'espérance de vie de 16 à 18 ans sans prendre correctement en compte la prévalence des suicides, la communication de cette étude a eu des répercussions négatives sur les personnes autistes, impliquant des refus d'assurance habitation, de la détresse psychologique, des modifications de la planification de la retraite, et des disparités en matière de santé.. En , une étude majeure sur plus de , parue dans Nature Mental Health, suggère que l'autisme n'est pas un facteur de suicidalité chez les personnes de plus de 50 ans, mais que ce sont leurs conditions de vie (isolement et solitude) dans un contexte d'absence de diagnostic qui conduisent à des pensées suicidaires.

Sous-estimation du risque suicidaire Une collaboration entre les personnes autistes suicidaires et les cliniciens paraît nécessaire pour réduire la mortalité, de même que l'accès à des services de soutien post-diagnostic. L'accès des personnes autistes aux lignes téléphoniques de soutien aux suicidaires et aux services d'aide en santé mentale fait cependant souvent défaut, que ce soit à cause d'obstacles administratifs ou pour d'autres raisons..

En 2022, le chercheur médical Luke Curtis déclare :

Par les professionnels de santé