Les femmes de la noblesse forment un ensemble disparate, qui a évolué au cours du temps, les femmes nobles ayant pour principal point commun d'être reliées à la noblesse par un homme : le père ou l’époux. L'anoblissement par les femmes est un fait rare. Cependant, les femmes de la noblesse assument des fonctions politiques, participent à l'art de la guerre et endossent des responsabilités religieuses. C'est pourquoi il existe un art de vivre, de se vêtir, et un accès à l'instruction et aux arts, qui leur sont spécifiques. Le thème est un sujet qui est étudié par les sciences sociales.

Les femmes au cœur de la noblesse Les titres de noblesse au féminin Les femmes nobles ont une place importante dans la noblesse en général car ce sont souvent des héritières qui transmettent des titres ou des biens. Elles se distinguent par des titres de noblesse et par des appellations auxquelles elles ont droit par leur naissance, par leur mariage, ou par les deux quand il y a cumul de fonctions. Elles portent alors le titre de dame, damoiselle, princesse, baronne, comtesse, reine, duchesse, archiduchesse, impératrice, etc... Bien que l'usage se perde actuellement et que ce ne soit pas réservé à la noblesse, le contrat de mariage avec un noble pouvait prévoir une clause telle que le douaire, pour les reines par exemple. Ainsi, en cas de veuvage, on parle alors de reine douairière.

Dans les hagiographies, beaucoup de femmes saintes ont des origines nobles. On peut citer sainte Bathilde, épouse de Clovis II au , et étant à l'origine du tout premier acte au monde connu ayant pour objet l'abolition du trafic d'esclavesPour le contexte de la société mérovingienne, consulter l'article intitulé : Statut des femmes à l'époque mérovingienne. ; ou un peu plus récemment sainte Jeanne de Chantal au , née et épouse d'un noble avant son entrée dans les ordres.

En Europe, la vie des femmes sous l'Ancien Régime est spécifique. Aussi bien en ce qui concerne leur formation, que les alliances conjugales. Les sources manuscrites traitants du sujet sont peu nombreuses. L'historiographie nobiliaire accorde surtout une place aux alliances et aux titres de la noblesse. Cependant, dans certains pays comme l'Angleterre, les titres de noblesse pouvaient parfois se transmettre par les femmes.. De même, d'une manière plus générale, les titres attachés à certaines terres sous l'Ancien Régime pouvaient être transmis à leur descendance par les femmes qui les possédaient.

Cependant, dans certains contextes historiques, les titres de noblesse étaient honorifiques et n'accordaient pas un rôle réel dans la gouvernance d'un territoire. Ainsi, à Madagascar, la dernière reine, Ranavalona III, a été nommée lors d'une crise politique importante, qui aboutit à la fin de la monarchie malgache à la fin du . On peut aussi citer l'exemple de Ang Mey, dont le règne et la liberté d'exercer sont fortement réduits par des événements politiques, comme, dans son cas, l'invasion du Cambodge par le Vietnam, au .

Actuellement, en Belgique, certaines femmes sont anoblies et reçoivent parfois un titre, mais c'est toujours à titre personnel et donc non transmissible. L'anoblissement à titre personnel, tant pour les hommes que pour les femmes, n'y est plus une exception.

L'anoblissement par la branche féminine : quelques exemples dans l'histoire de France vignette|Jeanne d'Arc, représentation du conservée aux Archives nationales françaises à Paris. En France, la noblesse pouvait se transmettre par les femmes dans certains cas exceptionnels. Par exemple, dans la famille de Jeanne d'Arc : elle est anoblie par des lettres du mois de en même temps que Jacques d'Arc, son père et Isabelle Romée, sa mère. Ses frères : Jacquemin, Jean d'Ars, et Pierre Perrel, sont également anoblis. Ensemble, ils forment un lignage, ce qui signifie que leur parenté et leur postérité née et à naître, en ligne masculine et féminine, sera reconnue noble. Ainsi, toute femme parmi leurs descendants anoblissait son mari si celui-ci était roturier.

Ce privilège fut néanmoins ralenti par une déclaration d'Henri II du , par laquelle il est dit que , et non les descendants des filles, si elles ne sont mariées à des gentilshommes. Ce même privilège fut définitivement aboli par l'édit d'Henri IV de l'an 1598 sur le fait des anoblissements créés depuis 1578 puis par l'édit de Louis XIII, du mois de , article 10, portant que les filles et les femmes descendues des frères de la Pucelle d'Orléans, n'anobliront plus leurs maris à l'avenir.

Pour ce qui est des titres transmissibles par les femmes, en France, on connait le titre de Comte d'Hust et du Saint Empire, pouvant être transmis par les descendants de Georges Basta hommes ou femmes, tant que ces dernières épousent un noble (un titre du Saint-Empire ne pouvant se transmettre à un roturier). Octave Le Maire, docteur en droit, donne des exemples d’arrêts, notamment celui de la Cour des Comptes du Duché de Bar (), celui de la Cour des Comptes du Duché de Lorraine () ou encore celui du parlement de Metz () qui reconnait au requérant “les titres et qualités de chevalier et comte”, qui confirment la transmission de ce titre par les femmes..

Participation aux arts et développement d'un art de vivre alt=Claude de France (1499-1524), illustrée dans le Livre d'heures de Catherine de Médicis|vignette|Claude de France (1499-1524), illustrée dans le Livre d'heures de Catherine de Médicis. Les familles nobles, pour éduquer les filles, doivent choisir entre couvent (de préférence des chapitres nobles) et demeure familiale. Nombre de femmes ont témoigné de leur éducation et de leur instruction morale, religieuse et intellectuelle, dans leurs mémoires ou leurs correspondances. On peut citer l'exemple de Christine de Pizan, poétesse, philosophe et femme de lettres du , auteure des ouvrages intitulés : Le Livre des trois vertus à l'enseignement des dames et La Cité des dames.

De très nombreuses femmes de la noblesse maitrisaient parfaitement l'écriture et la lecture. Elles pouvaient être commanditaires ou destinataires d'ouvrages tels que les livres d'heures. À ce titre, le Livre d'heures de Catherine de Clèves et Les Grandes Heures d'Anne de Bretagne sont deux exemples remarquables de manuscrits du . Ou bien encore, le Livre d'heures de Catherine de Médicis, datant du , qui est richement illustré de portraits royauxPour consulter des extraits de cet ouvrage, voir la page Wikimedia Commons correspondante : Livre d'heures de Cathérine de Médicis.

Les femmes de la noblesse ont largement participé au développement des arts littéraires, picturaux, ainsi que vestimentaires.. Des femmes écrivains ont participé activement au mouvement culturel du siècle des Lumières au . On retrouve également des femmes de la noblesse en littérature contemporaine, comme Marguerite Yourcenar et Amélie Nothomb.

La noblesse est codifiée par un art de vivre qui s'illustre dans des traités et des codes de bonnes manières.

Les femmes de la noblesse organisaient des salons.

Des fonctions politiques et religieuses Femmes monarques

Le titre de « reine » est souvent utilisé pour désigner une reine consort, c'est-à-dire l'épouse d'un roi. Néanmoins, un certain nombre de femmes de la noblesse accèdent à la fonction de monarque (reine ou impératrice). C'est le cas en Europe dans les royaumes qui ont aboli la loi salique, comme au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en Suède et, , en Belgique. On en retrouve dans de nombreuses sociétés et époques, notamment en Afrique, avec l'exemple de Labotsibeni Mdluli au sièclePlus de détail dans l'article : Femmes dans l'histoire de l'Afrique.

En Océanie, plusieurs femmes ont exercé la fonction royale, comme Salote Tupou III, reine des Tonga en Polynésie, Liliʻuokalani à Hawaï, Pōmare IV à Tahiti ou encore Amelia Tokagahahau à Wallis.

Ailleurs dans le monde, on peut aussi parler de Wu Zetian, une impératrice régnante au , appartenant à l'histoire de la Chine.

Dans certains cas, la mère du futur souverain occupe la fonction royale en tant que régente. C'est le cas notamment de Marie-Christine d'Autriche (1858-1929), régente d'Espagne pour son fils Alphonse . Il existe de nombreux autre exemples de femmes de la noblesse qui furent à la tête d'importants territoires, tels un comté, un duché, un royaume ou un empire : Sophie Alexeïevna, régente de Russie, Jeanne de Savoie, régente de Byzance, Jacqueline de Bavière, comtesse de Hainaut, Isabeau de Bavière, régente de France, Louise de Savoie, deux fois régente de France, etc.

Un rôle important pour le mécénat et la gestion politique Les Pays-Bas espagnols seront plusieurs fois gouvernés par des femmes : Marguerite d'Autriche, Marie de Hongrie et Marguerite de Parme. Plusieurs femmes de la noblesse ont directement participé au pouvoir politique dans plusieurs territoires européens, comme en Écosse.

alt=Ermengarde, duchesse de Bretagne|vignette|Ermengarde d'Anjou, duchesse de Bretagne. De nombreuses femmes de la noblesse fondent des œuvres, agissant en qualité de mécènes. C'est le cas d'Ermengarde d'Anjou, souveraine au , qui en tant que duchesse de Bretagne, accompagne l'installation d'abbayes et de constructions religieuses. C'est également elle qui règle un litige opposant les abbayes Saint-Sauveur de Redon et Sainte-Croix de Quimperlé quant à l'octroi d'une terre.

Ermengarde de Narbonne, vicomtesse au , s'entoure d'une cour mêlant de nombreux arts, troubadours, médecins et juristes : elle favorise ainsi le développement intellectuel de Narbonne en Occitanie.

Au sein du Vatican, le pape Alexandre VI n’hésita pas à confier plusieurs fois à sa fille Lucrèce la charge de s’occuper de tous les courriers, affaires et réunions en son nom lors de voyages, plus ou moins longs. Aucun clerc ne s'y opposait mais dans ce lieu de gouvernement masculin par excellence, certains ne manquaient pas de rappeler son sexe à Lucrèce, avec de l’esprit, lors d’affaires réservées de fait à des cardinauxUn jour où un document devait être rédigé par un cardinal, Lucrèce dit qu’elle pouvait s’en charger. Un cardinal lui répondis « Où est votre penna ? », jeu de mots où penna, « plume », représente en langage familier le pénis. Cette remarque fît sourire Lucrèce qui laissa le cardinal rédiger le document. (Ivan Cloulas, « Les Borgia »).

Instruction et éducation des enfants Les femmes avaient pour rôle, au sein du foyer noble, ce qui est relatif à l'instruction de leurs enfants.

Une place affirmée et respectée au sein des assemblées vignette|Le groupe des femmes participant aux États de Bretagne (indice 21, tribune des dames à gauche de l'image) au .|alt=Le groupe des femmes participant aux États de Bretagne De nombreuses femmes de la noblesse françaises participent à différentes cérémonies royales comme les honneurs de la Cour. C'est notamment le cas de la comtesse de Diesbach, née d'Affry, admise aux honneurs en 1773..

Les femmes de la noblesse étaient admises aux États de Bretagne, où une tribune leur était réservée.

Des responsabilités au sein du clergé Il n'était pas rare qu'une femme née noble dirige une abbaye, prenne des responsabilités importantes dans le clergé ou devienne chanoinesse. Certaines fonctions étaient réservées aux dames de la noblessePar exemple, la preuve de noblesse était obligatoire pour intégrer le chapitre d'Épinal..

C'est le cas d'Hildegarde von Bingen, qui au , a été abbesse du monastère bénédictin de Disibodenberg et fondatrice de l'abbaye de Rupertsberg. Considérée pour ses talents intellectuels, elle a été reconnue, docteure de l’Église.

Hersende de Champagne est cofondatrice (avec Robert d'Arbrissel) et première grande prieure de l'abbaye de Fontevraud, maison mère de l'ordre de Fontevraud, au .

Les femmes et l'armée Les femmes participant à l'art de la guerre et de la diplomatie alt=Mathilde de Toscane|vignette|Mathilde de Toscane (illustration du ).