Albert Cohn, né le à Pozsony en Hongrie et mort le à Paris Acte de décès à Paris , n° 411, vue 23/31., est un érudit et philanthrope juif, naturalisé français en 1862. Sous les auspices de la famille Rothschild, et fort de sa maîtrise des langues orientales, il développe l'appui des Juifs français aux coreligionnaires d'autres états. Lors de ses voyages en Orient ou en Afrique du Nord, il ouvre des écoles juives, institue des œuvres charitables et travaille à l'implantation de consistoires israélites.

Biographie Formation et rencontre de la famille de Rothschild Albert Cohn appartient à une famille alsacienne qui s'établit en Hongrie au .. Son bisaïeul, R. Abraham Cohn (1680-1787) est ainsi natif de Huningue. Sa mère, née Reckendorff, est née à Třebíč, en Moravie.

Cohn effectue ses études à Vienne, où il se rend à l'âge de douze ans, d'abord au lycée, puis à la Faculté de philosophie, dont il sort diplômé en 1834. Il étudie la philologie et l'archéologie sous la direction de Saalschütz, et, en autodidacte, apprend l'arabe et le syriaque. Il apprend également le persan et le sanscrit sous la direction du professeur Wenrich, qui lui confie l'enseignement de l'hébreu de 1834 à 1836, dans le séminaire protestant où il exerce. Wenrich introduit Cohn auprès du baron von Hammer-Purgstall, qui lui offre son assistance, et lui conseille : ..

Muni de recommandations, Cohn quitte Vienne le . Il rencontre le baron Salomon de Rothschild et sa famille à Francfort, et arrive à Paris le . Il réside d'abord dans un hôtel de la rue Vivienne, puis rue Montmartre jusqu'en 1838. Il se perfectionne en langues orientales avec Silvestre de Sacy, Quatremère, Eugène Burnouf et Joseph Jouannin notamment. . Il apprend aussi l'allemand, l'anglais, le français et l'italien. Il s'occupe par ailleurs de l'instruction religieuse des trois premiers enfants de Betty de Rothschild.

En 1838, il se rend en Italie, à l'invitation de la famille de Rothschild, découvre Turin, Gênes, Livourne et Civitavecchia. À Rome, il assiste à l'audience que le pape Grégoire XVI accorde à James de Rothschild. Après un séjour à Naples, toujours avec les Rothschild, il traverse la Suisse, se rend à Vienne puis dans sa ville natale, et enfin visite l'imprimerie de à Rödelheim. Il rentre ensuite à Paris.

thumb|left|alt=Représentation du baron James de Rothschild, assis à un bureau et consultant un document|Le baron James de Rothschild Pour les minorités religieuses, la philanthropie peut être un facteur d'intégration, mais dans une société où l'industrialisation engendre de très fortes inégalités, elle est aussi une réponse sociale. Dans les années 1840 rares sont les institutions charitables juives. Pour ses actions de bienfaisance, le baron James de Rothschild prend conseil auprès d'Albert Cohn et lui en délègue l'organisation.. Lorsque l'Hôpital Rothschild se substitue en 1852 à la , sise au rue des Trois-Bornes, Cohn en est le trésorier, et le restera jusqu'à sa mort. Il devient aussi président de la « Société de patronage des apprentis et ouvriers israélites de Paris », fondée en 1860, trésorier du « Comité de la Société du Talmud-Tora », et secrétaires de plusieurs autres institutions. Albert Cohn, qui s'investit dans le Comité de bienfaisance israélite de Paris, est ainsi au cœur de .

Voyages en Orient L'affaire de Damas, en 1840, a créé les prémices d'une entraide internationale par et pour les Juifs, qui trouve à s'illustrer lorsque, en , un oukase russe interdit l'aide à la communauté juive de Jérusalem, traditionnellement fournie par leurs coreligionnaires, notamment de Russie. En pleine guerre de Crimée, les effets sont désastreux, dont une famine.. Le , le Comité de bienfaisance israélite de Paris missionne son président : . Les fonds sont fournis par les Rothschild, et en partie par Cohn lui-même. Albert Cohn part donc le . Il se rend d'abord à Vienne, où il obtient une audience auprès de François-Joseph, rencontre les ministres Buol-Schauenstein et le baron de Bach, qui lui délivrent des lettres de recommandation pour les corps diplomatiques autrichiens du Levant. L'Autriche, en effet, manifeste à l'époque de la sympathie pour les Israélites en Orient. Embarquant à Trieste le , il arrive le à Alexandrie, où il séjourne cinq jours, y fondant deux écoles israélites. Après une étape à Jaffa le , il arrive à Jérusalem le 9. Il y transforme en hôpital la maison où il est logé. L'inauguration, après les travaux d'aménagement, a lieu le , après que Cohn a effectué différentes visites aux alentours de Jérusalem. Il fonde également diverses institutions, comme une œuvre d'aide aux jeunes mères ou une école de jeunes filles. La famille de Rothschild les finance en grande partie.

thumb|alt=Portrait de Mehmed Emin Ali Pacha|Mehmed Emin Ali Pacha, principal architecte du Hatti-Humayoun de 1856. Le la mission à Jérusalem est terminée. Cohn part pour Constantinople où il arrive le . Son objectif est de sensibiliser les dirigeants ottomans à la protection des Juifs. Il obtient à ce propos, après une semaine d'attente, une audience auprès du sultan Abdülmecid le , à qui il rend compte de son voyage à Jérusalem (qui est aussi ville sainte pour les musulmans). Il lui demande un égal traitement des personnes quelle que soit leur religion. Le Hatti-Humayoun de 1856 répondra à cette requête. Durant son séjour à Constantinople, Cohn fonde plusieurs écoles. Après une nouvelle entrevue à Vienne avec l'empereur, il rentre à Paris.

Durant son périple, Cohn est aidé par sa bonne connaissance de nombreuses langues, dans lesquelles il a pu s'exprimer dans des circonstances officielles.

thumb|alt=Lithographie représentant Albert Cohn|left|Albert Cohn (lithographie,1868) Le deuxième voyage de Cohn en Orient date de 1856. Il se rend dans les mêmes principales villes, pour s'assurer de la prospérité des institutions qu'il avait mises en place. Il effectue également des visites au Caire, où il prononce un discours dans la grande synagogue, et à Fostat, ville où est mort Maïmonide. Il rend compte de sa visite à Jérusalem au sultan Abdülmecid le , le remerciant également pour son firman Hatti-Humayoun, et repart pour Paris le .

Albert Cohn retourne encore deux fois en Orient. En , il est à Alexandrie, où il présente une conférence sur l'« Orientalisme à Paris ». Il se rend au Caire, et à Damas où le il pose la première pierre d'une nouvelle école. En 1869, il traverse l'Europe avant de se rendre à Constantinople, et il rencontre l'empereur d'Autriche Ferdinand Ier en visite aux lieux saints de Jérusalem.

Voyages en Afrique du Nord Dix ans après la conquête d'Alger, la question de l'organisation du culte israélite en Algérie se pose, et intéresse les Juifs français. Muni d'une lettre de recommandation du ministre de la Guerre Soult à l'intention du général Bugeaud, Albert Cohn quitte Marseille le et arrive en Algérie deux jours plus tard. Il se déplace à Philippeville, Bône (où il ouvre une école israélite), Constantine, Blida, Médéa, Oran et Alger. Fort des rencontres qu'il y effectue, de retour à Paris il plaide auprès du ministre Guizot la cause des Juifs algériens. Par une ordonnance du , le roi Louis-Philippe ordonne, dans l'article premier du texte : .. Lorsque Cohn retourne en Algérie en , les consistoires sont effectivement installésDans la . La même année il rencontre au Dar El Bey le bey de Tunis Ahmed auprès de qui il plaide la condition des Juifs dans cette ville.

Lorsqu'en 1859 l'Espagne entre en guerre contre le Maroc, la situation des Juifs dans ce pays est source d'inquiétude. Cohn se rend à Madrid et à Tanger. Par son entremise auprès de Juan Prim, il obtient une solution favorable pour la population juive du Maroc.

Dernières années et descendance thumb|right|alt=Lithographie représentant Albert Cohn|Lithographie de Cohn par Eduard Kaiser (1856) Albert Cohn est naturalisé français le . Le , il est fait Chevalier de la Légion d'honneur.

La guerre franco-allemande de 1870 et la perte de l'Alsace sont un déchirement. Malade et affaibli par le travail, il meurt le , entouré de sa famille et assisté par le Grand-rabbin de Paris Zadoc Kahn. Le , il est enterré au cimetière de Montmartre.

Dans un article publié dans la Revue des Deux Mondes, Maxime Du Camp résume ainsi :

Albert Cohn épouse le Mathilde LovengardeArchives de Paris, État civil reconstitué, acte de mariage du 19 novembre 1844 (vue 21/50).. De cette union naquirent sept enfants : Samson, né le Archives de Paris, État civil reconstitué, acte de naissance du janvier 1846 (vue 47/51). ; Betty, née le , qui épouse son neveu Ernest Hendlé à Paris le Archives de Paris, arrondissement, acte de mariage 893 du 16 octobre 1866 (vue 4/31). ; Léon, né le Archives de Paris, État civil reconstitué, acte de naissance du 13 mars 1849 (vue 28/51)., préfet ; Isaac Adolphe, né le Archives de Paris, État civil reconstitué, acte de naissance du 30 mai 1851 (vue 19/51)., professeur de littérature française à Harvard et Columbia ; Henri, né le Archives de Paris, État civil reconstitué, acte de naissance (vue 5/48). ; Salomon, qui meurt le à l'âge de sept moisArchives de Paris, État civil reconstitué, acte de décès (vue 38/51). ; Eveline Caroline, née le , qui épouse Edmond Lion à Paris le Archives de Paris, arrondissement, acte de mariage 724 du 13 juillet 1875 (vue 8/31)..

Œuvres Quelques écrits d'Albert Cohn subsistent : . . . . . . .

Notes et références Notes

Références

Voir aussi Bibliographie

.

Articles connexes Histoire des Juifs en France

Liens externes

.

Catégorie:Naissance en septembre 1814 Catégorie:Naissance en Hongrie Catégorie:Érudit français Catégorie:Philanthrope du XIXe siècle Catégorie:Chevalier de la Légion d'honneur décoré en 1867 Catégorie:Histoire des Juifs en France Catégorie:Décès en mars 1877 Catégorie:Décès dans le 9e arrondissement de Paris Catégorie:Décès à 62 ans Catégorie:Personnalité inhumée au cimetière de Montmartre