Adoma Akosua est la cinquième Asantehemaa du royaume d'Ashanti en Afrique de l'Ouest. Née en , dans le clan Oyoko, où sont choisis traditionnellement les dirigeants du royaume, elle est issue d'une branche bannie et écartée de la succession. En , par manque d'héritiers mâles dans les autres lignées, le clan met fin à son exil. Adoma et ses proches sont de nouveau autorisés à séjourner dans la capitale. En , elle accède au trône d'Asantehemaa. Elle conspire à partir de afin de renverser le roi (l'Asantehene) parti en campagne militaire contre les Gyaman.

Sa conspiration échoue et elle est destituée au profit d'abord de sa belle-sœur Amma Sewaa, puis de sa cousine Yaa Dufi.

Elle est probablement morte en , bien que le discours officiel la dise exécutée par étranglement rituel en .

Sa tentative manquée de coup d'État a pour conséquence d'écarter pendant un siècle tous les héritiers mâles de sa lignée de la succession au trône impérial. Cet événement marque donc la fin de la rotation dynastique définie par les fondateurs de l'empire Ashanti. Les empereurs du siècle suivant sont déterminés de façon patrilinéaire au sein de la même maison, jusqu'en 1935, date de l'accession au trône de .

Biographie Premier exil durant son enfance vignette|Trône d'Asantehemaa exposé au Children's Museum of Indianapolis. C'est l'un des symboles du pouvoir des reines mères.|alt=Siège en bois scultpé, sans dossier, avec assise en arc de cercle Adoma Akosua naît à Kumasi en 1773. Selon la tradition akan, elle porte le prénom Akosua qui se rapporte au jour de sa naissance, un dimanche..

Elle appartient au clan Oyoko, la famille royale dont sont issus tous les dirigeants de l'empire Ashanti, qu'il s'agisse des empereurs (Asantehene) ou des reines-mères (Ashantehemaa). Ces dernières sont très éloignées de la fonction honorifique occupée par leurs homologues européennes, reines douarières, consorts survivantes de rois défunts et mères d'un souverain régnant. Si l'Ashantehemaa n'est pas l'une des co-épouses d'un ancien empereur, elle est choisie par l'Asantehene, parmi les femmes les plus âgées du clan Oyoko, comme gardienne des coutumes, des rituels et de l'identité ashanti.. Elle siège également dans le Conseil de l'empereur, chargé entre autres de désigner l'héritier du trône. Elle y assure les fonctions de généalogiste royale.. Garante de la légitimité du souverain, elle a une influence certaine sur les choix du conseil.

Apaw Owusu, le père d'Adoma Okusa est un homme influent : à la fois chef traditionnel (Apahene) de Manpong, gendre d'Aberafi Yaa (deuxième ashantehemaa qui règne jusqu'à la fin des années 1760) et époux de Konadu Yaadom (quatrième ashantehemaa de 1778 à 1908, et tante d'Adoma Okusa).

La mère d'Adoma s'appelle Sewaa Awukuwa ; elle est l'une des filles d'Aberafi Yaa et la sœur de Konadu Yadom. Cependant, au décès d'Aberafi Yaa, son grand-père maternel Asumgyima Penemo se remarie avec la troisième et nouvelle Asantehemaa prénommée Akyaama, et Sewaa Awukuwa est alors rattachée à cette branche, dans l'arbre généalogique familialLa déchéance d'Akyaama découlant sur sa descendance, le mariage entre Sewaa Awukuwa et Apaw Owusu, parents d'Adoma Akosua, est probablement annulé.. Lorsqu' Akyaama est destituée et bannie, la disgrâce frappe également Adoma Okusa. Celle-ci est exilée, tandis que sa tante maternelle et belle-mère, Konadu Yaadom, monte sur le trône de la reine-mère.

Contexte de son retour en grâce L'empire ashanti pâtit des conflits qui opposent Osei Kwame Panyin, Asantehene depuis , et Konadu Yaadom, Asantehemaa, tous deux au sommet du modèle politique pyramidal asante.

Après la mort suspecte de son fils Opoku Kwame alors héritier désigné, Konadu Yaadom accuse Osei Kwame d'avoir empoisonné son enfant. Elle fédère contre l'empereur les clans afin qu'il soit jugé. En , Osei Kwame Panyin est destitué et se suicide. Opoku Fofie, second fils légitime de Konadu Yaadom, monte sur le trône mais meurt dans l'année, empoisonné.

Osei Bonsu, de la maison Osei Tutu, accède alors au trône en et doit nommer un héritier de la maison Opoku Ware en vertu du principe de rotation dynastique entre les deux maisons. Cependant, il ne s'y trouve aucun héritier mâle ; l'identification d'un tel héritier se fait dès lors par voie matrilinéaire au sein de la maison Opoku Ware. Le seul héritier mâle potentiel de la maison Opoku Ware appartient à la branche déchue d'Akyaama. Il est donc écarté. Par défaut, l'héritier est désigné au sein de la maison d'Osei Tutu. Il s'agit d'Osei Badu, fils de Konadu Yaadom.

Cependant, l'héritier meurt de la varicelle en , et une nouvelle élection a lieu. Osei Yaw Akoto, dernier fils de Konadu Yaadom, est désigné en l'absence d'autres candidats. C'est pour pallier ce manque d'héritier mâle que l'exclusion de la lignée déchue d'Akyaama est levée et que les descendants de la troisième Ashantehemaa sont autorisés à revenir dans le palais royal à Kumasi et rétablis dans leurs droits successoraux. Cet événement permet à Adoma Akosua, alors doyenne des Oyoko, et à sa belle-sœur Amaa Sewaa de revenir dans la scène politique.

Accession au pouvoir puis à la régence alt=Danses devant la tribune royale lors des festivités du nouvel an ashanti|vignette|upright=1.5|Le festival de l'igname en 1817 tel que représenté par l'explorateur Thomas Edward Bowdich. Les personnalités royales sont assises sous le parasol orange, sur la droite. Adoma Akosua n'est pas identifiable.

En , après plus de quarante ans sur le trône, Konadu Yaadom meurt. Adoma Akosua devient alors la cinquième. Asantehamaa du royaume d'Ashanti. Les raisons pour lesquelles Adoma Akosua est choisie comme Asantehemaa au lieu de Yaa Dufi, la fille de Konadu Yaadom, restent incertaines.. Bien qu'il y ait plusieurs candidates possibles, dont sa belle-sœur Ama Sewaa, devenue ultérieurement elle-même reine-mère, sa position de doyenne de la maison Oyoko lui donne un avantage pour succéder à Konadu Yaadom. L'africaniste Gérard Pescheux émet l'hypothèse que le choix d'Adoma Akosua s'effectue probablement afin de ménager les intérêts de son père, chef traditionnel de Mampong.

Durant son règne, Adoma Akosua fait preuve de ses qualités de gestionnaire. Elle parvient à emmagasiner assez de revenus pour acheter à sa famille paternelle la ville d'Apa, sa chefferie natale, en périphérie de Kumasi, qui est dès lors rattachée à la capitale..

Adoma Akosua intervient également dans les échanges diplomatiques. En , lors d'une rencontre avec les Wassa, elle annonce qu'aucune armée ashanti n'interviendra contre eux, à condition qu'ils ne collaborent pas avec les troupes qui s'opposent à l'empire Ashanti. En effet, la fragmentation du système politique asante au sein des multiples États akans provoque régulièrement des conflits internes. Courant 1816, certains chefs Wassa ne respectent pas l'accord conclu, ce qui pousse le gouverneur Herman Willem Daendels de la Côte-de-l'Or néerlandaise à engager des négociations avec les Ashantis, et notamment Adoma Akosua qui est la négociatrice de l'accord rompu, afin d'établir le montant d'un tribut annuel en compensation de cette rupture.

En , l'ashantehene Osei Bonsu prépare une offensive contre les Gyaman afin de détrôner leur chef Kwadwo Adinka. À son départ pour la guerre, le ., il nomme l'Asantehemaa, Adoma Akosua, comme régente. Elle est alors chargée des affaires du royaume en son absence .

Fin de règne Conspiration contre l'Asantehene L'accession à la régence offre des opportunités à la reine-mère, et elle engage une conspiration contre Osei Bonsu . Les causes exactes de sa conspiration restent imprécises. Certains pensent que c'est avec l'objectif de placer sur le trône l'un de ses fils, Osei Kwai ou Osei Kwadwo, qu'Adoma Akosua conspire afin de tuer l'Asantehene en place. D'autres sources indiquent qu'elle aurait noué une relation avec un chef Bono qui désirait le trône. Cependant, les historiens s'accordent sur le fait que cette conspiration trouve ses racines dans la dimension politique de la fonction occupée par les Asantehemaas, qui doivent assurer la succession dynastique et le respect du lignage héréditaire. Cette conspiration souligne également le rôle traditionnel prépondérant des femmes dans la politique asante.

Adoma Akosua obtient tout d'abord le soutien de plusieurs épouses de l'Asantehene afin de confectionner une effigie en bois en vue de pratiquer un rituel funéraire. Ce cortège funèbre laisse supposer à la population qu'Osei Bonsu serait mort au combat contre l'armée d'Adinkra. Osei Bonsu prend connaissance de la tentative d'usurpation qui a lieu en son absence à Kumasi et envoie une délégation militaire afin de mater les putschistes. Après sa victoire militaire contre les Gayman, en , il revient à la capitale et organise le procès des conjurés.

vignette|Au Ghana, au , les femmes soupçonnées de sorcellerie sont regroupées dans des villages connus sous le nom de , à l'écart de la population.|alt=Portraits de femmes ghanéennes d'un certain âge

Les conditions dans lesquelles Osei Bonsu prend connaissance de la conspiration sont particulières. Lors d'un rituel visant à garantir le succès de sa campagne militaire, un prêtre du dieu Taakora indique à Osei Bonsu qu'. Cette funeste prophétie a un impact sur la sévérité de sa réaction face au coup d'état d'Adoma Akosua.

Les motivations et les espoirs réels derrière cette tentative de destitution soulèvent des questions chez les historiens puisqu'elle avait peu de chance d'aboutir. L'Asantehene est, en , au sommet de sa popularité et a le soutien des plus importants chefs ashantis. L'hypothèse d'un rite religieux mêlant sorcellerie et croyances locales est alors avancée : selon la tradition orale, son rituel relève effectivement du bayi (sorcellerie). Or ce type d'accusation est très grave puisque la sorcellerie est censée se transmettre de mère en fille, ce qui permet d'exclure de facto toutes les descendantes d'Adoma Akosua de la succession au trône de la reine-mère.

Le procès des conspirateurs En 1819, les conjurés sont jugés par l'Asantehene. Ses épouses sont reconnues coupables et sont décapitées.

Le sort d'Adoma Akosua est incertain. La première hypothèse est qu'elle ait été destituée de son titre de reine-mère, bannie des quartiers royaux et assignée à résidence dans un NkwantananLe Nkwantanan, que l'on peut traduire par croisée des chemins, désigne les limites extérieures d'une ville par lesquelles on entre. Bien souvent, il ne s'y trouve qu'une paire de maison ainsi qu'une tour de garde. Ces postes avancés sont à l'écart des communautés, lieux de vie et centres importants. dans un faubourg de Kumasi, où elle décède en . D'autres documents fixent son lieu d'exil dans un village nommé Aboaboboso, où elle est rejointe par son fils Osei Kwadwo. La seconde hypothèse est qu'elle ait été exécutée par étranglement. Cette modalité d'exécution aurait été choisie afin que le sang royal ne soit pas répandu.

Les autres conjurés sont quant à eux mis à mort par l'atopereDécrite par l'explorateur et naturaliste Bowdich, à la suite de son séjour à la cour de l'Ashantéhéné 1817 et 1818, l'atopere (également appelée danse de la mort) est considérée comme le mode d'exécution le plus cruel et violent par les Ashantis eux-mêmes. L'exécution se déroule sur une journée durant laquelle le supplicié est torturé et humilié en public avant d'être achevé devant l'arbre sacré symbole du pouvoir royal, face au palais impérial., une exécution rituelle également appelée danse de la mort par les explorateurs européens. Quant aux descendants d'Adoma Akosua, ils sont bannis des quartiers royaux et exclus de la succession royale.

Conséquences successorales du complot de 1817