vignette|274x274px|Manifestation des Gilets jaunes place Bellecour à Lyon le 24 novembre 2018. Deux manifestants portent une banderole avec l'inscription « pays réel ». Le pays réel est un concept popularisé par le journaliste d'extrême droite Charles Maurras désignant la société civile et de façon étendue la nation. À l'inverse, le pays légal incarne les pouvoirs publics c'est-à-dire le gouvernement, les institutions centralisées et les partis.

Origines Les formules de pays réel et pays légal émergent au comme une dénonciation du suffrage censitaire. Une des premières occurrences souvent citée en exemple se trouve chez Antoine Blanc de Saint-Bonnet dans son essai La Légitimité publié en 1873. Il fait référence aux Français privés du droit de vote sous la monarchie de Juillet, par opposition aux électeurs et aux élus censitaires. Le système parlementaire y est dénoncé comme « l'abolition du pays » et donc en opposition au pays réel.

Antérieurement, d'autres hommes politiques et auteurs emploient ces termes notamment, Victor Hugo qui parle de « l'absorption du pays réel par le pays légal » dans Les Misérables en 1862. Le , François Guizot, ministre de l'Instruction publique convoque les mêmes concepts à la Chambre des députés.

La deux mots sont également employés par Pierre-Paul Royer-Collard, doctrinaire de la Restauration :

Sous le Second Empire, Napoléon III souscrit à cette critique du suffrage censitaire lors d'un discours au Corps législatif.

À la fin du , la formule est relancée par Charles Benoist qui mentionne le pays légal dans son ouvrage De l'organisation du suffrage universel publié en 1895. Il fait référence aux deux cent mille électeurs censitaires contre le « vrai pays vivant » et parle aussi de « pays illégal de politiciens ». C'est enfin Charles Maurras qui consacre les deux formules dans son journal L'Action française et ses ouvrages.

Définitions

vignette|274x274px|Caricature de la presse de gauche et de droite qui se targue d'être avec le pays réel dans Marianne du 29 juillet 1936. Les deux notions de pays réel et pays légal sont employées généralement comme une dichotomie. En effet, la dualité du pays légal et du pays réel est un thème récurrent de l’Action française : le pays légal qui vote les lois et le pays réel qui pâtit des lois régulièrement votées lorsque celles-ci vont contre ses besoins. Charles Maurras entend faire cesser la séparation entre le pays légal et le pays réel à travers la restauration monarchique. Son nationalisme intégral s’appuie sur l’idée que le pays réel, existant depuis des temps immémoriaux, serait étouffé par le pays légal, l’État central jacobin aux mains des « quatre États confédérés » autrement dit « les juifs, les francs-maçons, les protestants et les métèques ».

Pays réel Pour Charles Maurras, le pays réel « c'est le pays sain, celui qui travaille, qui ne fait pas de politique ».

Par ailleurs, le pays réel ne désigne pas seulement les individus mais recouvre aussi un patrimoine immatériel duquel les individus se transcendent par la morale et l'Histoire.

Pour le journaliste Émile Vaast de la revue Combat, le pays réel renvoie aux « intérêts permanents de la patrie, matériels et spirituels, que servent les citoyens groupés dans leurs associations naturelles ou dans les ligues, nouveaux cadres ».

L'ancien député Pierre de Léotard définit le pays réel comme « la masse anonyme, mouvante et influençable des Français, désireux de donner leur opinion sur tous les sujets d'ordre général et particulier qui intéressent la vie d'un État et celle de ses membres ».

Pays légal vignette|348x348px|Caricature de Léon Daudet tenant un bureau de vote du pays réel dans Paris-Soir dimanche du 26 avril 1936. Le pays légal est le « pays de la loi, le pays officiel » ce qu'on appelle aujourd'hui les pouvoirs publics décriés comme « les institutions établies qu'une clientèle exploite jusqu'à l'os ». Charles Maurras le définit de la façon suivante :

Pierre de Léotard le résume ainsi :

Le propre journal du Comte de Paris insiste sur la nature clientéliste du pays légal :

Postérité et usages contemporains vignette|266x266px|Caricature de Charles Maurras à propos du pays légal et pays réel dans La Lumière du 16 mai 1936. Cette distinction maurrassienne est aujourd'hui passée dans le langage courant en vertu du fait que Maurras a séduit de brillants intellectuels et compté de nombreux disciples tout au long du .

En 1936, Léon Degrelle intitule le journal du mouvement rexiste Le Pays réel.

En 1981, l'ancien officier militaire Pierre Chateau-Jobert publie un livre intitulé La Voix du pays réel.

Le , Nicolas Sarkozy justifie l'usage des mots polémiques « racailles » ou « karcher » à la suite de la mort par armes à feu d'un enfant de onze ans, pris entre les tirs de deux bandes rivales à La Courneuve :

En 2011, Nicolas Sarkozy a de nouveau recours à la formule maurrassienne.

En , Jean-François Copé déclare faire plus confiance « au pays réel qu'aux sondages ».

En 2016, le journal suisse Le Temps et la journaliste Paule Masson dans L'Humanité emploient la formule.

Le , le conseiller régional d'Île-de-France socialiste Julien Dray mentionne le pays réel dans un entretien.

Le député socialiste Kader Arif emploie la formule de « pays réel » lors d'un déplacement du président François Hollande à Ayguesvives en .

En , François Sauvadet, Maurice Leroy, Sylvie Goy-Chavent, Meyer Habib, Rudy Salles, François Rochebloine, Hervé Morin, Francis Hillmeyer et Yvan Lachaud expriment leur soutien à François Fillon en vue du second tour de la primaire de la droite et du centre. Dans ce texte cosigné, les élus opposent le pouvoir socialiste au pays réel. De même, Roger Chudeau du parti Les Républicains déclare :

En , Steve Bannon, conseiller stratégique de Donald Trump, déclare à un diplomate français à Washington que Charles Maurras figure dans ses maîtres à penser.

En , Laurent Wauquiez déclare s'adresser à la « France réelle ».

Le , le porte parole du gouvernement Benjamin Griveaux pense citer l'historien Marc Bloch en parlant de la dualité entre pays légal et pays réel.

Le , la députée France Insoumise Clémentine Autain parle de « pays réel » lors d'une commission spéciale chargée d'examiner le projet de loi instituant un système universel de retraite.

Le , le président de la République Emmanuel Macron évoque le décalage entre le pays légal et le pays réel :

En réaction aux propos du président, François Ruffin fait sienne l'expression de pays réel lors d'un débat parlementaire sur le système universel de retraite. Le , le député François Cormier-Bouligeon affirme qu'organiser un référendum sur la réforme des retraites, .

Le , le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin dénonce le existant selon lui entre le et le au sujet de l'immigration.

Le , le sénateur belge Georges-Louis Bouchez assume l'emploi de l'expression pour traduire l'idée du .

En , la rhétorique de Marine Le Pen, à la suite de sa condamnation à une peine d'inéligibilité de cinq ans, est assimilée à la dichotomie entre le pays légal et le pays réel.

Notes et références

Catégorie:Expression ou néologisme politique Catégorie:Expression liée à l'extrême droite Catégorie:Concept et outil théorique maurrassien Catégorie:Concept politique français