Le royaume de Juda est un royaume du Proche-Orient ancien établi par les Israélites à l'âge du fer. Selon la Bible, il existe de 931 à 586 , concomitamment avec le royaume d'Israël et en rivalité avec lui. L'archéologie permet de tracer l'existence de Juda en tant que royaume à partir du Selon la Bible, sa création serait le résultat d'un schisme après la mort du roi Salomon. Après une période d'essor sous la domination de l'empire néo-assyrien, il est détruit par les Babyloniens sous le règne de dans un contexte de guerre entre Égyptiens et Babyloniens.

Histoire Origines À la fin de l'âge du bronze récent, l'Orient méditerranéen est soumis à de grands bouleversements. Au Levant, la culture urbaine cananéenne s'est effondrée. Les cités qui prospéraient au bronze récent se trouvent affaiblies. Les grandes puissances régionales, l'Égypte et les Hittites, ont perdu leur influence. À la suite du vide laissé par l'effondrement général de la culture urbaine, une nouvelle organisation se met en place. Dès l'âge du fer I, la population se met à croître dans les hautes terres du centre de Canaan. Cette augmentation est plus évidente dans le nord, qui est une région plus fertile, que dans les monts de Judée, plus arides. Alors que les hautes terres et les vallées du nord sont bien adaptées à l'élevage et à l'agriculture, la Judée au sud dispose de ressources plus faibles et reste en retrait. Le voit l'émergence de nouvelles entités. La côte méditerranée est contrôlée au sud par les cités-états philistines (Éqron, Ashdod, Gath, Ashkelon et Gaza) alors que le nord est sous l'influence des royaumes phéniciens. En Syrie, des royaumes araméens s'organisent, dont celui centré sur Damas. Dans les hautes terres de Canaan, de nouvelles entités israélites émergent progressivement : au nord Israël et au sud Juda.

L'histoire du royaume de Juda est mal connue avant le Le seul événement bien attesté est l'intervention du pharaon Sheshonq I. Sa campagne est mentionnée dans des inscriptions égyptiennes et elle est évoquée dans le Premier Livre des Rois. La question de l'apparition d'un état israélite centré sur Jérusalem fait l'objet d'un débat entre les archéologues. Il existe à ce sujet des controverses importantes. Elles conduisent à des reconstructions différentes entre lesquelles il est difficile de trancher. Selon l'approche traditionnelle, des dirigeants charismatiques tels que Saül, David et Salomon ont mis en place le premier état centralisé au Selon d'autres, cette monarchie unifiée du n'a pas existé. D'après l'archéologue Israël Finkelstein, les premiers dirigeants israélites n'étaient à la tête que de chefferies sans administration avancée ni architecture monumentale. David était une sorte de chef tribal et Salomon le roi d'une petite cité en marge du reste de la région. Par contre, pour l'archéologue Amihai Mazar, il est difficile de distinguer les niveaux archéologiques appartenant au de ceux du , ce qui laisse la possibilité d'attribuer aux premiers rois israélites une certaine importance. Ni l'existence de Salomon ni celle de Saül ne sont attestées par l'archéologie. L'existence de David n'est pas attestée de son vivant, mais il est cité comme fondateur de la « maison de David », dynastie différente de la « maison d'Omri », sur la stèle de Tel Dan ( ou ).

La Bible présente l'histoire des origines du royaume telle que la conçoivent les scribes judéens. Ces textes bibliques sont généralement considérés comme tardifs, c'est-à-dire très postérieurs à la période qu'ils veulent décrire, ce qui n'exclut pas qu'ils puissent contenir des éléments plus anciens. L'idéologie biblique défend l'idée qu'il existait à l'origine une entité commune aux royaumes d'Israël et de Juda. Cette entité était centrée sur Jérusalem et sur son temple consacré à YHWH. Ainsi, selon l'historiographie judéenne, le royaume de Juda serait apparu lorsque le roi Salomon, le fils du roi David, meurt en 931 av. J.-C. Un schisme éclate alors. Dix Tribus d'Israël se rassemblent dans le nord pour former le nouveau royaume d'Israël, dirigé par tandis que la tribu de Juda et la tribu de Benjamin forment autour de Jérusalem au sud un royaume de Juda, plus homogène, notamment sur le plan religieux, que le royaume d'Israël. Une grande partie des Lévites consacrés au Temple de Jérusalem rejoignent également le royaume de Juda. D'après la Bible, ce royaume dit du sud reste plus attaché à la parole de YHWH que son voisin du nord, le royaume d'Israël. La présence du Temple de Jérusalem dans sa capitale est liée à ce maintien de la foi, malgré certaines époques où les rois ont favorisé l'idolâtrie sur ce territoire. Dans la Bible sont mentionnées trois prises de Jérusalem pendant cette période : sous le règne de Roboam, fils de Salomon, par le pharaon égyptien (prise non mentionnée dans les inscriptions égyptiennes), sous Joram, par des Philistins et des « Arabes qui sont dans le voisinage des Éthiopiens », sous Amasias, par le roi d’Israël Joas.

À partir du , il existe vraisemblablement une entité politique dans les monts de Judée. Ses dirigeants gouvernent un petit territoire autour de Jérusalem. De petites forteresses lui permettent d'assurer son contrôle sur la région environnante. Le territoire comporte quelques hameaux. Sa population est constituée de groupes nomades ou semi-nomades.

Émergence du royaume () L'émergence de Juda en tant qu'État fait l'objet de nombreuses études. Les débats portent surtout sur la période s'étendant du Il s'agit de déterminer à partir de quand Juda est un État pleinement développé, c'est-à-dire un État doté d'une administration organisée, présentant une hiérarchisation sociale et capable de s'afficher comme une puissance régionale au travers de réalisations architecturales.

À partir du , le nombre de sites habités augmente considérablement sur l'ensemble du territoire de Juda. Ce sont d'abord les régions en périphérie des monts de Judée qui commencent à se développer, en particulier la Shéphélah à l'ouest et la vallée de Beer-Sheva au sud. Le processus de peuplement est particulièrement important dans la Shéphélah et dans le territoire de Benjamin, au nord de Jérusalem. Ces deux régions se développent beaucoup plus rapidement que les monts de Judée. Les premières fortifications en territoire judéen sont établies dans la Shéphélah et dans la vallée de Beer-Shéva. Des forts sont ainsi construits sur les sites de Lakish, de Beer-Sheva et d'AradLakish IV, Beer-Sheva V, Arad XI.

vignette|La « structure en pierre à degré », (Jérusalem, datation en partie des )

À Jérusalem, une partie de la construction connue sous le nom de « structure en pierre à degré » pourrait dater de cette période.. Il semble néanmoins que le développement de Jérusalem reste limité si on le compare aux sites de la Shéphélah et du Néguev. La ville ne contient que peu de restes archéologiques datables du et elle ne sera pas fortifiée avant le milieu du

Plusieurs facteurs peuvent expliquer le développement de Juda à partir du Au nord, le royaume d'Israël est alors en pleine expansion sous la conduite de la dynastie omride. Juda est peut-être alors le vassal d'Israël et celui-ci a pu contribuer au développement de son voisin sudiste. À la fin du , l'expansion d'Israël est contrecarrée par la politique expansionniste du royaume araméen de Damas. Les campagnes militaires de Damas affaiblissent le royaume d'Israël et les cités philistines. La destruction de la ville philistine de Gath à l'ouest de Juda offre de nouvelles opportunités au royaume pour se développer. Cette destruction est peut-être due à la campagne du roi araméen Hazaël rapportée par le Deuxième Livre des Rois et qui serait intervenue sous le règne de Joas. L'affaiblissement de Gath favorise Juda qui étend son territoire dans la Shéphélah, voire dans la vallée de Beer-Sheva. Le retrait d'Israël et des cités philistines autorise l'expansion du royaume et lui permet d'accéder au statut de puissance régionale. Cette période correspond selon le Deuxième livre des Rois aux règnes de Joas, d'Amasias et d'Ozias. À Jérusalem, des éléments de bureaucratie de comptabilité commencent à apparaître. Près de la source de Gihon, on a retrouvé des sceaux et des bullae indiquant des liens avec les Phéniciens. Une administration se met en place, sous l'influence directe ou indirecte des Omrides et de leurs contacts avec la côte phénicienne.

Du au , la vallée de Beer-Sheva est le lieu d'une intense activité de peuplement. Des centres administratifs et militaires s'y établissent. En plus des fortifications massives de Beer-Sheva et d'Arad, on trouve des forts à Tel Masos et à Tel Malhata. Lorsque les fortifications de Beer-Sheva et d'Arad sont détruites, peut-être à la suite d'un tremblement de terre, elles sont remplacées par des constructions de moindre importance. Au , le nombre de sites habités a doublé par rapport au Il existe des constructions à Tel Ira, et des forts à Qadesh Barnéa et à Tell el-Kheleifeh.

À la fin du , Jérusalem est devenue un centre urbain majeur. Sa population est estimée entre et . La ville déborde de son noyau originel situé sur la colline de l'Ophel. Elle s'étend désormais vers l'ouest, sur les pentes de la colline occidentale. Le livre de Sophonie fait allusion à ce nouveau quartier résidentiel, le mišneh, le « Deuxième district », et au maktēš, le « ravin », probablement la vallée du Tyropœôn. De nouvelles nécropoles accompagnent ce développement à l'ouest de la ville. Des tombes sont creusées sur le Ketef Hinnom et dans le secteur de Mamilla. Les tombes à bancs font leur apparition dans le cœur du territoire de Juda, les monts de Judée, à partir du Ce type de tombes existait déjà dans la Shéphélah au Il semble que les pratiques funéraires en cours dans les territoires nouvellement conquis se diffusent alors en Juda. L'apparition de ces tombes témoigne de l’existence d'une nouvelle classe sociale aisée. Cette évolution semble indiquer que de nouvelles élites urbaines ont fait leur apparition en Juda et qu'elles adoptent ou adaptent les pratiques de leurs voisins cananéens et philistins.

Expansion du royaume () L'existence du royaume de Juda est bien documentée par l'archéologie à partir du Juda apparaît pour la première fois dans les sources historiques sous le règne d'Achaz. Le roi est alors vassal de l'Assyrie et il verse un tribut à Tiglath-Phalazar III. Selon le livre des Rois, les royaumes d'Israël et de Damas attaquent Juda pendant les années 734-732 au cours de la guerre dite « syro-éphraïmite », , . Les causes de cette guerre ne sont pas claires. Pour se défendre, Juda aurait fait appel à l'Assyrie. Cet événement n'est pas confirmé par les sources assyriennes. Quel qu'ait été le déroulement réel des événements, ce conflit accélère certainement le passage de Juda dans la sphère d'influence assyrienne. En 722 av. J.-C., la destruction de Samarie fait disparaître le royaume rival d'Israël. Juda se retrouve désormais en contact direct avec les Assyriens au travers des nouvelles provinces assyriennes de Samarie, Megiddo et Dor.

Dans la Shéphélah, la ville de Lakish se développe.

vignette|Fortifications de Lakish (Israël)