Bourges-Nord désigne la partie au nord des voies de chemin de fer de la ville de Bourges, préfecture du Cher en région Centre-Val de Loire. La zone correspond principalement aux quartiers du Moulon, de la Chancellerie, des Gibjoncs, des Pressavois et de Turly et peuplée de près de en 2018. Ces quartiers sont néanmoins partiellement réunis en un seul quartier prioritaire de la politique de la ville, qui compte .
Dans le contexte des Trente Glorieuses, la ville fait face à un manque de logements et bâtit dans ce secteur près de entre 1954 et la fin des années 1970. Bourges-Nord constitue alors l'essentiel du parc social berruyer, ce qui va engendrer un phénomène de ghettoïsation et de ségrégation avec le reste de la ville, les voies de chemin de fer marquant une barrière.
Bourges-Nord fait ainsi l'objet de projets de rénovation urbaine de l'ANRU depuis le début des années 2000, et ceux-ci ont notablement changé la physionomie du quartier. En effet, près de la moitié des logements sociaux y sont détruits, remplacés par du neuf et des zones pavillonnaires mixtes. Le quartier a ainsi perdu le quart de sa population, tandis que des logements sociaux ont été construits ailleurs en ville.
Délimitations Bourges-Nord est séparé du reste de la ville par les voies de chemin de fer et la gare de Bourges, qui représentent une frontière marquante au sein de Bourges. Plus au nord, on trouve le quartier d'Asnières, la commune de Saint-Doulchard à l'ouest et Saint-Germain-du-Puy à l'estBourges - Nord sur kelquartier.com.
Ce secteur est divisé en cinq quartiers par l'Insee dans son partage de la commune en IRIS. Le quartier du Moulon est limité par les voies de chemin de fer au sud, l'avenue du Général-Charles-de-Gaulle et la rue Louis-Brillant à l'est, et la rivière du Moulon au nord et à l'ouestBourges Moulon sur cartes-2-france.com. La Chancellerie est située à l'ouest de l'avenue du Général-Charles-de-GaulleBourges Chancellerie 1 sur cartes-2-france.com, tandis que les Gibjoncs et Pressavois sont à l'est de la même avenue. Enfin, Turly constitue la partie la plus orientale, au nord-est de l'avenue du Maréchal-JuinBourges Turly sur cartes-2-france.com.
Urbanisation Débuts du Moulon vignette|gauche|Pavillons du Moulon. Le quartier du Moulon se situe au nord de Bourges. Il s'est développé à partir de l'industrialisation au . Son habitat est très divers et marqué par les différentes politiques urbaines de la ville de Bourges.
Ce quartier tient son nom de la petite rivière qui le traverse, le Moulon, Or vers 1840, ce futur quartier est encore situé en pleine campagne..
Peu après, il connut un développement économique, plusieurs usines s'y installèrent : dès 1847 la briqueterie d'Archelet extrayait l'argile proche du Moulon, les fabriques de toiles cirées Félix-Chédin furent créées en 1856, l'usine de chaussures Montigny en 1872, l'usine Helbronner spécialisée dans les fournitures d'équipements et chaussures militaires vers 1890 (l'armée est omniprésente à Bourges à partir des )..
Sous l'effet de ce développement industriel, de petits logements sortent de terre comme dans la rue Armand-Bisson. Il s'agit de maison en bande dont la lucarne est engagée dans le mur de façade. L'urbanisation se poursuit jusqu'en 1914 le long de la rue Félix-Chédin. Mais contre toute attente, ce ne sont pas seulement des petites maisons ouvrières qui s'y développent, celles-ci côtoient de grandes maisons bourgeoises comme la maison Montigny-Labbé mais également la maison Gabard. Elles sont souvent l'œuvre des propriétaires des usines nouvellement installées. C'est à partir des que la ville de Bourges lance une politique de gestion de l'habitat social dans ce quartier.
Développement du Moulon de 1920 à 1940 vignette|Cité-jardin du Moulon. vignette|Cité-jardin du Moulon désaffectée, en 2022. L'Office municipal des habitations à bon marché (OMHBM) de Bourges est créé en 1922. Henri Laudier, maire de 1919 à 1943, en est le président du conseil d'administration. Il fit construire les premières Habitations à bon marché (HBM) dans les quartiers du Moulon et de l'Aéroport. Ce sont de petites unités réalisées à partir de 1923 par l'architecte de la ville Petitjean. Il s'agit de pavillons jumelés mis en service en 1926. En 1929, un immeuble de deux étages comprenant huit logements est prêt à recevoir des locataires. Ce petit ensemble HBM qui comprend en tout vingt logements est toutefois insuffisant : le maire de Bourges prévoit d'en construire environ 500. Il décide donc de passer à une construction à grande échelle.
Parallèlement, la construction d'une cité-jardin au Moulon est projetée dès 1926. Elle fait suite aux réflexions qui se diffusent entre les deux guerres au sujet du logement social. En 1927, l'architecte Maurice Payret-Dortail propose la construction d'un ensemble de pavillons jumelés à un étage dont le coût de construction s’élève a plus de cinq millions de francs. Le projet, jugé trop cher par la municipalité, est abandonné et un second projet, proposé par Georges Demay, prévoit la création d'un îlot d'immeubles formant un U au prix d'un million et demi de francs.
C'est donc finalement une cité-jardin comprenant 90 logements et quatre boutiques qui est bâtie entre la fin de l'année 1931 et le mois d' à proximité des usines Félix-Chédin (fabrique de toiles cirées), de la cordonnerie militaire, du campement et de la fabrique d'essieux. Trois petits immeubles de dix logements chacun complètent cet ensemble intégrant des jardins et des squares.. Les appartements sont petits mais fonctionnels : pour les deux pièces et d'éléments de cuisine (fourneau et évier), d'un garde-manger et de WC. Dans les années 1930, une seconde opération voit le jour pour compléter la cité-jardin. Elle permet l'érection de dont huit immeubles collectifs et deux pavillons. Cette cité du Moulon est considérée comme une réalisation d'avant-garde.
Parallèlement, pendant l'entre-deux-guerres, le quartier va connaître le développement de pavillons de banlieue. En effet à partir de 1925, les lotisseurs privés investissent dans ce quartier. Sous l'impulsion de la loi Loucheur (), des maisons individuelles équipées du confort moderne (eau, gaz et électricité) mais également pourvues d'un jardinet, sortent de terre.
Après la Seconde Guerre mondiale Après la Seconde Guerre mondiale, le rythme des constructions s'accélère. Jean Festoc en 1948 propose la construction de à édifier rue Cuvier. Monsieur Berthelot, architecte du ministère de la Construction et de l'Urbanisme, refuse ce projet insuffisant. Il demande . Jean Festoc revoit sa copie et propose en 1950-1951 à édifier en trois tranches.
Le nord de la ville de Bourges est resté jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, une zone essentiellement rurale. Or depuis sous le coup de l'urbanisation intense des , des quartiers s'y sont développés avec une diversité d'habitats et de services. Ces quartiers ont pour nom: la Chancellerie, les Gibjoncs et Pressavois.
Développement des quartiers nord vignette|La résidence Magnolia, avenue de Lattre-de-Tassigny. Une grave crise du logement sévit en France après la Seconde Guerre mondiale. En 1954, un ministère de la Reconstruction et du Logement voit le jour et les urbanistes commencent les premières réflexions sur les grands ensembles.
À Bourges, la population augmente rapidement : elle passe de en 1946 à en 1962 et atteindra en 1975. Plusieurs solutions sont envisagées pour accueillir cet afflux de population de catégorie sociale non-aisée issue le plus souvent de l'exode rural, et pour reloger des familles dans l'urgence. Des baraquements militaires sont d'abord utilisés, installés aux abords de la cité du Moulon. Il faut aussi reloger les familles expulsées du quartier d'Avaricum qui venait d'être démoli, car insalubre. D'autre part, l'usine Michelin ( prévus en 1956) s'ouvre à proximité, sur la commune voisine de Saint-Doulchard. Le besoin de logements est de plus en plus pressant.
À l'époque Bourges avait pour maire Louis Mallet, et sous son autorité, la réflexion progresse : au printemps 1954, la municipalité lance l'étude d'un plan directeur d'aménagement qui définit le développement futur de la ville. Le nord de Bourges est alors privilégié pour ériger un très grand nombre de logements car la ville est difficilement aménageable à l'est à cause des marais et de la présence des établissements militaires et de l'aéronautique.. La mairie confie, en 1957, à l'architecte Pinon, le programme de plusieurs centaines de logements, programme baptisé « Opération Chancellerie » ou « Extension au nord de la zone d'habitations » sur environ quarante hectares. Environ neuf cents logements sont ainsi construits où s'installent dans ces nouveaux quartiers des employés de la nouvelle usine Michelin, des fonctionnaires, des employés de la SNCF, des artisans, mais aussi des immigrés d'origine portugaise, polonaise, italienne, espagnole, des rapatriés d'Algérie.
En 1960, la ville de Bourges obtient son inscription sur les la liste des zones à urbaniser en priorité (ZUP) pour les quartiers nord, ce qui va permettre de poursuivre la construction des logements dans les quartiers de la Chancellerie et des Gibjoncs sur une superficie de . Ce nouveau projet ambitieux prévoyait la construction de pour une population de , cependant à la suite de diverses difficultés, seulement dont sont réalisés en 1966.
Les dernières constructions s'achèvent entre 1973 et 1975. Même si la physionomie de l'habitat dans ces quartiers est dominé par une succession de barres et de tours, une place importante a été faite aux logements individuels en créant plusieurs lotissements.
Équipements du quartier des Gibjoncs vignette|Le lycée Alain-Fournier. Un centre commercial ouvre à la fin des années 1960, avec une quinzaine de magasins et un supermarché. La municipalité prévoit différents services et équipements : un centre d'action médico-social, une mairie annexe, un commissariat, un bureau de poste, un pôle de lecture publique avec une annexe de la bibliothèque municipale. Plusieurs écoles sont construites, ainsi que trois collèges sur l'ensemble de Bourges nord, un lycée technique, un Institut Universitaire de Technologie, un Centre de Formation des Apprentis et une faculté des sciences, le lycée Alain-Fournier déménage du centre-ville et s'implante dans le quartier des Gibjoncs. Près du centre commercial se trouve la première crèche collective construite à Bourges. À la limite de zones d'habitat et de zones agricoles est créé le parc paysager des Gibjoncs, un parc « rurbain », transition entre ville et campagne.
Vers 1969, se construit la chapelle Saint-Paul qui rappelle les recherches architecturales de Le Corbusier dans les années cinquante.
Quartier des Pressavois vignette|Immeuble social vétuste, avenue du Général-Charles-de-Gaulle, Pressavois. Construit sur le lieu-dit du même nom, ce quartier fait partie de la ZUP (zone à urbaniser en priorité) tout comme les quartiers de la Chancellerie et des Gibjoncs. Un pressoir à vin appartenant au à Étienne Houët, marchant et bourgeois de Bourges, a donné son nom au lieu-dit Pressoir-Houët, qui par déformation de langage est devenu Pressavois.. Le quartier des Pressavois est celui qui possède la plus grande densité de population. Les immeubles de la ZUP y sont reconnaissables par leur alignement comportant peu d'espace entre eux.
C'est dans ce quartier qu'a été ouvert en 1986, un Centre de ressources, d'expertise et de performance sportives (CREPS). La ville propose également le PRJ des Pressavois (Point Rencontre Jeunes) : ouverts aux , ce sont des lieux d'animation, d'échanges, de partage, d'écoute, d'information, d'orientation et d'accompagnement de projets individuels et collectifs..