Les conséquences économiques de l'immigration sont l'ensemble des effets d'ordre économique de l'immigration, c'est-à-dire de l'installation d'un individu dans un pays autre que celui dont il est originaire. La science économique s'est intéressée depuis longtemps aux questions liées à la mobilité des travailleurs. Les études économétriques sur les effets économiques de l'immigration se sont multipliées au .

Vue synthétique Les études économiques sur les migrations internationales tendent à montrer que les effets de l'immigration sur les populations autochtones sont positives, mais faibles. Les études sont plus nuancées concernant l'effet des migrations sur les populations autochtones faiblement diplômées ; les effets sur ces populations sont faibles, qu'ils soient positifs ou négatifs

Une étude publiée par David Card, Christian Dustmann et Ian Preston (2012), , indique que . Örn Bodvarsson et Hendrik Van den Berg conduisent, dans leur livre The Economics of Immigration: Theory and Policy (2013), une revue des articles académiques sur le lien entre immigration et niveau de vie, et concluent .

Le consensus parmi les économistes européens est que la liberté de mouvement des travailleurs au sein de l'Europe améliore le niveau de vie de l'Européen moyen, ainsi que de l'Européen moins qualifié. L'augmentation du niveau de vie des populations autochtones due à l'immigration qualifiée fait consensus parmi les économistes américains. Il fait aussi consensus que l'immigration non-qualifiée améliore le niveau de vie des autochtones, mais a un effet négatif sur les populations moins qualifiées, à défaut d'une compensation.

Le consensus parmi les économistes américains au sujet du lien entre immigration et innovation est que . Dans le Handbook of the Economics of International Immigration (2015), Robert W. Fairlie et Magnus Lofstrom écrivent que, comme l'a montré une étude de 2013 sur la littérature académique économique, .

La recherche suggère que la suppression des barrières migratoires pourrait avoir un impact significatif sur le produit intérieur brut (PIB) mondial. Les estimations suggèrent que cela pourrait conduire à une augmentation du PIB mondial comprise entre 67 % et 147,3 %. Par exemple selon le Centre for Global Development, l'ouverture de toutes les frontières pourrait ajouter de dollars au PIB mondial.

Effets sur la croissance

Effet positif Une étude de 2016 estime que les restrictions à l'immigration dans les années 1920 aux États-Unis ont réduit le potentiel de croissance économique du pays. La régularisation des travailleurs sans papiers en France en 1981 par François Mitterrand a augmenté de 1 % le PIB français.

Effet estimé de la mobilité des travailleurs Des études ont étudié l'effet sur la croissance de la suppression des barrières à l'immigration. Cela aurait un effet nettement positif sur le PIB mondial, avec des gains allant de +67 % du PIB mondial à +147,3 %.

Effets sur les finances publiques

Effet général Une revue de la littérature académique datant de 2011 indique que la plupart des études sur le sujet montrent un effet net positif ou faible sur les finances publiques en moyenne. L'ampleur de l'effet varie selon les études. Les auteurs écrivent que l'effet net de l'immigré dépend de plusieurs facteurs, tels que son âge à l'arrivée dans le pays, son niveau d'études, la raison de sa migration, etc.

Effet positif Une étude de l'École d'économie de Paris (2018) montre qu'entre 1980 et 2015, .

Aux États-Unis, une revue de la littérature en 2007 par le Congressional Budget Office estime que .

Une étude de 2018 sur les réfugiés installés en Europe entre 1985 et 2015 montre un effet positif sur les finances publiques. Les immigrés issus de l'UE ont eu une contribution positive nette aux finances publiques au Danemark et au Royaume-Uni.

Une étude de 2017 montre que, lorsque les immigrés roumains et bulgares établis au Royaume-Uni ont eu la possibilité légale d'obtenir des minima sociaux supplémentaires de la part du pays, peu l'ont demandé, ne causant aucune augmentation notable des dépenses publiques.

Effets sur les inégalités sociales Certains études établissent un lien entre l'immigration d'individus à faible niveau de compétences et une augmentation plus forte de l'inégalité salariale au sein de la population autochtone. Toutefois, l'immigration est responsable d'une petite partie de l'augmentation des inégalités salariales dans les pays développés. Selon une étude américaine par David Card, l'immigration n'est responsable que d'une faible part (5 %) de l'augmentation de l'inégalité salariale aux États-Unis entre 1980 et 2000.

Effets sur l'emploi

Effet sur la distribution des emplois Les études sur les emplois occupés par les immigrés tendent à montrer que les immigrés et les autochtones n'occupent pas les mêmes emplois. Les immigrés sont souvent recrutés pour des emplois plus risqués. Cela est en partie dû aux caractéristiques des immigrés, parmi lesquels un niveau de maîtrise de la langue locale et des niveaux de diplôme plus faibles.

Certaines études montrent que l'arrivée d'immigrés sur le marché du travail a tendance à pousser les autochtones hors des emplois demandant des faibles compétences, leur permettant d'obtenir des emplois mieux rémunérés.

Selon le chercheur en migration Hein de Haas, les emplois dits (souvent physiquement exigeants, sous-payés et de faible statut social) ne sont souvent pas jugés attrayants par les résidents autochtones, même en cas de chômage élevé. L'idée que les immigrés « volent » des emplois est donc trompeuse ; ils remplissent plutôt un rôle nécessaire sur le marché du travail en occupant des postes vacants qui, autrement, resteraient vacants. En outre, une idée fausse très répandue est celle de la « lump of labour fallacy » ou l'hypothèse selon laquelle il y a un nombre fixe d'emplois dans une économie. En réalité, l'économie croît avec la population, y compris grâce à l'immigration. Les immigrants augmentent également la demande de biens et de services, ce qui crée davantage d'emplois. Cet « effet multiplicateur » entraîne une augmentation de l'économie globale et du nombre d'emplois.

Effet sur la productivité et les salaires Des études se sont concentrées sur une estimation de l'effet de l'immigration sur la productivité. Certaines se sont concentrées sur les effets des migrations sur la croissance. Une étude trouve que lors de la période des grandes migrations aux États-Unis (1850 à 1920), l'immigration a contribué à une augmentation des salaires, de la productivité, de l'innovation et de l'industrialisation, à court terme ; à long terme, une augmentation des revenus, une réduction de la pauvreté, du chômage, une augmentation de l'urbanisation, et du niveau de diplômes américain.

Une étude de 2019 sur les travailleurs étrangers ayant une licence et travaillant dans le domaine de la science et des technologies montre que ces travailleurs n'ont pas remplacé les natifs, mais ont eu un effet positif sur le salaire de ces derniers. Une étude de 2021 montre aussi que les immigrés très diplômés en Suisse font augmenter le salaire des autochtones suisses très diplômés.

Certaines études ont suggéré que l'immigration peut contrecarrer certains effets adverses de la robotisation sur le niveau d'emploi des autochtones. La concurrence des immigrés dans une profession a tendance à faire augmenter les salaires des autres autochtones.

Effet sur le revenu Une étude de 2019 montre que les restrictions à l'immigration mises en place dans les années 1920 aux États-Unis ont eu un effet négatif sur les revenus des travailleurs américains.

Une étude publiée dans Science (2017) montre que l'influx d'informaticiens d'origine étrangère dans les années 1990 en Amérique a profité aux consommateurs, car cela a fait baisser les prix, et rendu les produits plus efficaces. Cela aurait ainsi augmenté le revenu des travailleurs entre 0,2 % et 0,3 %, mais réduit les salaires des informaticiens américains entre 2,6 % et 5,1 %.

Effet sur les délocalisations Une étude de 2019 montre que l'immigration mène à une réduction des délocalisations des entreprises.

Effets sur l'innovation et l'entrepreneuriat

Effets de l'immigration en général Beaucoup d'études académiques trouvent un lien positif entre l'immigration et l'innovation. Une étude menée par Akcigit Ufuk, Grigsby John et Nicholas Tom (2017) montre que les zones où les immigrés sont les plus nombreux aux États-Unis sont celles où l'on innove beaucoup plus ; l'innovation y est mesurée par les dépôts de brevets et les citations académiques. Les immigrés y ont un taux de création d'entreprises plus élevé que les autochtones (Sari Pekkala Kerr et William R. Kerr, 2016).

Les entreprises détenues par des immigrés ont un taux d'innovation plus élevé que les entreprises fondées par des entrepreneurs nés en Amérique. Ainsi, dans un Policy Brief (2016), la National Foundation for American Policy remarque que .

L'immigration de masse peut aussi stimuler l'innovation et la croissance. Cela a fait l'objet d'études historiographiques et économiques dans le cas de l'immigration de huguenots français en Prusse, ou encore dans le cas de l'immigration juive et bohémienne à Berlin au . Un lien a aussi été montré, dans le cas américain, entre l'immigration juive et l'innovation, ainsi qu'entre l'immigration européenne en en Argentine et la croissance entre 1850 et 1914. L'immigration est-allemande en Allemagne de l'Ouest, ou les migrations de Polonais en Allemagne après que la Pologne a rejoint l'Union européenne, peuvent aussi être citées.

Effets de l'immigration qualifiée La présence d'immigrés décrochant un diplôme d'université est aussi corrélée à une augmentation de l'innovation. Une étude de Jennifer Hunt et Marjolaine Gauthier-Loiselle (2010) conclut qu'aux États-Unis, .

L'immigration de travailleurs économiques augmente généralement le capital humain des pays qui reçoivent ces travailleurs. La fuite des cerveaux joue à ce titre un rôle important pour les pays qui réussissent à les attirer. Les doctorants d'origine étrangère sont une source de croissance importante pour les États-Unis. Dans ce pays, les travailleurs immigrés représentent une part disproportionnée des métiers dans les champs scientifiques, technologiques, ou liés à l'ingénierie et aux maths. Comme le remarque une étude de chercheurs du National Bureau of Economic Research (2016), .

Effets de l'immigration de réfugiés

Effet général L'effet économique positif de l'accueil de réfugiés fait l'objet d'un consensus parmi les économistes. Un questionnaire envoyé à des économistes en 2017 montre que 34 % des économistes considèrent que l'entrée de réfugiés en Allemagne depuis l'été 2015 aura, à terme, un effet économique positif sur les citoyens allemands pour la décennie à venir. 38 % étaient incertains, et 6 % n'étaient pas d'accord.

Toutefois, les études économiques sur l'effet de l'entrée de réfugiés dans un pays sur le niveau de vie des habitants n'ont pas de résultat univoque. Certaines montrent des résultats positifs, d'autres négatifs ; certaines, enfin, ne trouvent aucun effet discernable. Ainsi, comme l'écrit Michael Clemens, les études économiques sur les influx de migrants et de réfugiés ont eu des résultats variés, qui indiquent souvent un effet limité, et parfois positif.

Une étude réalisée en Allemagne a conclu que les réfugiés ont des effets négatifs sur l'économie au cours des six premières années en raison de l'intégration, mais qu'ils ont ensuite des effets positifs sur l'économie.

Études empiriques trouvant un effet positif