Le de Carthage était un temple situé dans la ville de Carthage (actuelle Tunisie), plus précisément un sérapéum, sanctuaire dédié à des divinités gréco-égyptiennes.

Le temple est découvert et fouillé au plus précisément dans les années 1870. Le produit des fouilles a été éparpillé entre diverses institutions culturelles et collections privées.

Localisation

vignette|gauche|Plan de la Carthage romaine avec localisation des .

Le sanctuaire est difficile à localiser car la topographie de la ville a radicalement changé.

Le site du était contigu à celui de la nécropole punique de Douïmès.

La cadastration de la ville romaine de Carthage est bien connue depuis les travaux de Charles Saumagne et réalisée de manière en dépit du relief. Le est installé non loin du quartier des villas romaines.

Le était situé entre le IX et X et non loin du III, dans l'actuelle rue Tanit ou non loin du boulevard de l'Environnement.

Histoire Culte isiaque à Carthage Histoire antique Même si l'existence du sanctuaire n'est longtemps pas prouvée, les découvertes épigraphiques tant en grec qu'en latin ont pu supposer sa présence en particulier les travaux de Stéphane Gsell.

Le sanctuaire est bâti au début du dans . Les constructions au Haut-Empire romain respectent l'orientation de la cadastration et les plus importantes occupaient des lots ou .

Tertullien évoque un dans son ouvrage , 20-2, . Le nom du était lié à l'activité du secteur ou à un édifice important.

Carthage comportait peut-être plusieurs temples consacrés à Isis.

Le secteur comportait une activité d'artisanat de potiers. Au nord de cette zone se situait un secteur d'habitat appelé aujourd'hui et également les édifices de spectacles, le théâtre et l'odéon. Dans l'actuel parc des thermes d'Antonin, les fouilles d'une villa ont permis de découvrir une cachette comportant des statues dont celle d'une prêtresse d'Isis, une statue de Cérès et deux prêtresses de cette divinité, ainsi qu'une statue d'Isis désormais perdue. Une lampe à motifs isiaques est retrouvée dans le secteur au tout début du .

Redécouverte et travaux récents

vignette|alt=Vue des vestiges archéologiques exposés dans le jardin de la chapelle Saint-Louis de Carthage.|Vue des vestiges archéologiques exposés dans le jardin de la chapelle Saint-Louis de Carthage au début du .

Le sanctuaire est découvert par hasard par Jean-Baptiste Évariste Charles Pricot de Sainte-Marie, premier drogman au consulat général de France de Tunis et chargé de collecter des inscriptions puniques. Les fouilles sont effectuées sur le site à la suite de la découverte d'un pilier cédé au musée du Louvre. Les œuvres retrouvées sont déposées dans l' entourant la chapelle Saint-Louis, dans l'attente d'une décision de transfert qui pose problème du fait des coûts. Sainte-Marie prévoit l'envoi des stèles puniques à la Bibliothèque nationale et de la statue de l'impératrice Sabine au musée du Louvre. La tête de Sérapis envoyée au Louvre est retrouvée en .

Les artefacts retrouvés lors des fouilles du temple sont répartis entre le musée national du Bardo, le musée national de Carthage, le musée des antiquités d'Alger et le musée du Louvre. L'envoi vers Alger en 1875 est lié à une subvention du gouvernement général de l'Algérie.

Fin 1880, des carriers tunisiens découvrent d'autres artefacts qui sont acquis par un propriétaire à l'Ariana, un certain Marchant. Parmi ces découvertes figure une tête monumentale de Sérapis.

Alfred Louis Delattre attribue les découvertes à . En 1884 paraît l'ouvrage de Sainte-Marie, Mission à Carthage. En 1889, Marchant donne une grande partie de sa collection au musée du Louvre. Le fils de Marchant donne au musée du Bardo les éléments que son père avait conservés.

En 1893-1894, un ex-voto est retrouvé et intègre le musée national de Carthage. Delattre fouille dans le secteur la nécropole de Douïmès en 1896. Auguste Audollent étudie les découvertes dans son ouvrage Carthage romaine en 1901.

Le site est bouleversé par la construction de la ligne du TGM peu avant 1907 et un remblai . Si les vestiges découverts par Sainte-Marie disparaissent alors, une tête monumentale de Sérapis est découverte.

En 1909, Stéphane Gsell date le complexe du du fait du style des sculptures découvertes, sans précision, et cette datation est acceptée jusqu'aux années 1980.

La campagne de l'Unesco visant à la sauvegarde de Carthage permet de reprendre les travaux de façon méthodique.

La construction d'une villa au 77 de l'avenue Habib-Bourguiba livre en 1980 les vestiges d'une cour dallée et les traces d'une , mais les investigations s'arrêtent là. Le site n'est pas concerné par les fouillées menées par l'équipe internationale de la campagne de l'Unesco menée dans les années 1970. Une base avec l'inscription est découverte un peu avant 1990 . Le site est localisé non loin du TGM. Une cour dallée est retrouvée non loin de l'ex-voto.

Les recherches récentes sur le sujet débutent avec les fouilles sous-marines entreprises dans la rade de Toulon sur le site du naufrage du Magenta, coulé à la suite d'une explosion provoquée par un incendie en 1875. Les fouilles durent quatre campagnes et des éléments d'une statue romaine de Sabine sont retrouvés en .

Architecture Description Les sanctuaires isiaques datables des Antonins avaient une surface de à pour un temple vaste de à .

À Carthage, on trouvait deux temples isiaques : un et un dont les ont été identifiées. Une dédicace a été retrouvée.

Le a sans doute intégré de la voie publique. Dans une hypothèse, quatre lots de module d' (chaque module mesurant sur , soit ), ont peut-être constitué la superficie du sanctuaire qui aurait occupé , une surface équivalente occupée par le sanctuaire de la divinité à Sabratha. Une autre hypothèse pourrait évoquer une surface de deux lots ().

Mobilier

Les fouilles de Sainte-Marie livrent des éléments de statues et des ex-votos. Jean-Pierre Laporte en reconstitue le catalogue à partir de recherches dans les institutions culturelles abritant les objets. Le mobilier archéologique a été placé dans quatre musées et a parfois transité par des collections privées.

Inscriptions Fragment avec dédicace à Sarapis Neptune, Alger, inv. I.S.282, marbre : Sarapis est . L'œuvre est datée du . Base de statue avec dédicace au dieu Canope, Alger, inv. 213 I.S.284, marbre : L'œuvre est mutilée. L'inscription est en grec. L'œuvre est datée du . Cippe avec dédicace à Sarapis , Alger, inv. 210 I.S.368, marbre blanc : L'inscription est en grec et évoque un dédicant appelé Sarapiacus. L'œuvre est datée du . Colonnette avec dédicace à Zeus Hélios grand Sarapis, Alger, inv. 209 I.S.283, marbre blanc : L'inscription est en grec et le dédicant est citoyen romain. L'œuvre est datée du . Fragment de colonnette avec dédicace, Alger, mais réputée perdue. Buste de Manéthon, inv. I.S.488, marbre blanc : Le buste a perdu la tête et l'épaule. L'œuvre représentant Manéthon, dont c'est , est datée du . Fragment de cynocéphale avec dédicace latine à Sarapis Auguste, Paris, inv. Ma 1837, marbre noir : La tête de l'œuvre a été dégradée de manière volontaire. Petit autel avec dédicace grecque à Zeus Hélios grand Sarapis panthée, Paris, inv. Ma 1736, marbre blanc : Le qualificatif est lié à l', selon une expression répandue à Alexandrie au et . L'œuvre est datée du . Fragment de statue avec dédicace de Ti. Claudius Hélis, Paris, inv. Ma 1866, marbre blanc. Fragments de stèle avec mention d'un , Le Bardo, marbre blanc. Fragment de dédicace d'autel peut-être dédié à Minerve, Alger, inv. I.S.490. Fragment d'ex-voto, musée national de Carthage, inv. 838 bis. Brique avec estampille provenant des alentours de Rome, , perdue : L'estampille a pu être datée entre 115 et 161 mais certains spécialistes la datent vers 130. Base avec dédicace bilingue latine et grecque à Isis et Sarapis, trouvée lors de la construction d'une villa au 77 de l'avenue Bourguiba, lieu probable de l'Iseum : L'œuvre est datée de la seconde moitié du .

Statues

vignette|alt=Photo d'une statue avec sur la droite le visage noirci par l'incendie non remis en place|Statue de Sabine de la fouille Pricot de Sainte Marie, détruite lors du naufrage, en 2008. À droite, le visage retrouvé en 1995 ( m de haut, m de large et m de profondeur) et non remis en place à cette date car noirci par l'incendie. Numéros d'inventaire et Ma 1756.

Tête monumentale de Sérapis de marbre, haute de et conservée au musée du Louvre, inventaire Ma 1830, . Des traces de couleur rouge sont présentes. La divinité porte un calathos pourvu d'un décor de branches d'olivier et d'épis, . L'œuvre est datée entre 150 et 175 ou de la dynastie sévère. Tête de Sérapis en ronde bosse trouvée en 1874 et conservée à Alger, inventaire I.S. 372. Marbre, hauteur . Mutilée, l’œuvre datée du troisième quart du conserve les traces de l'insertion d'un calathos. Statue de l'impératrice Sabine, musée du Louvre, inventaire Ma 1683, Ma 1756, Ma 1756bis : La statue est en marbre de Thasos, du cap Vathy, et mesure . L'œuvre est découverte en fragments en 1874. Les avant-bras sont manquants ainsi que d'autres fragments. Le sujet se tient la jambe droite fléchie et porte deux tuniques, un chiton et un peplos, et un manteau (himation). La statue est envoyée en France sur le Magenta qui explose dans le port de Toulon. Le corps de l'œuvre est retrouvé mais la tête est manquante. Elle est retrouvée finalement dans les fouilles menées sur le site dans les années 1990. La statue est restaurée. La statue est datée traditionnellement de 121-125 mais Kate de Kersauson propose 128 et rapproche l'œuvre de celles de la période hellénistique. La représentation proche de celle de korè serait un lien avec l'initiation aux Mystères d'Éleusis, Sérapis ayant selon Kate de Kersauson un . Une main tenant des capsules de pavot conservée à Alger est peut-être à lier à l'œuvre du fait de la représentation en Cérès. Les statues du couple impérial auraient donc été placées dans le temple avant 130. Cynocéphale de marbre noir. Tête d'Hadrien (musée d'Alger), inv. I.S. 375 : Elle est datée de 127-128. La tête, d', est munie d'une couronne de lauriers. La représentation est peut-être liée à une visite de l'empereur en Afrique en 128 et due à un atelier africain. La statue mesurait peut-être environ . La statue est datée du deuxième quart du . Tête d'Hadrien (musée du Louvre). Mosaïque (musée de Carthage). Lampes isiaques (musée national du Bardo). Fragment de statue masculine, musée d'Alger, inv. I.S. 017. Fragment de statue, musée d'Alger, inv. I.S. 377, qui est peut-être à lier à la tête d'Hadrien. Le torse a peut-être également été retrouvé. Tête de divinité barbue, musée d'Alger, inv. I. S. 373. La tête, en grès et haute de , est brisée. C'est peut-être une œuvre inachevée. vignette|Tête de Sérapis coiffée d'une dépouille d'oiseau. , marbre blanc, musée du Louvre, AO 1027. de haut sur de large. L’œuvre a été découverte en 1880. Le cou et la tête de l'oiseau ont disparu. Cette représentation de Sérapis est . Elle est datée de la première moitié du , peut-être de l'époque d'Hadrien. Sérapis sur un trône, musée du Louvre, Ma 1725, Ma 3591. Statuette haute de sur de large découverte vers 1880. La statuette a perdu nombre de ses parties, la divinité sur le trône est accompagnée d'un animal, Cerbère. Elle avait le bras gauche muni d'un sceptre et le bras droit tourné vers l'animal. L’œuvre a parfois été identifiée comme une Cybèle accompagnée d'un lion . Pied monumental d'homme avec une sandale, musée d'Alger, I.S. 366, haut de et longue de , marbre et . La statue représentait peut-être une divinité assise.

Interprétation

La découverte de représentations du couple impérial est .

Notes et références

Le Serapeum de Carthage

Carthage : les travaux et les jours

Topographie de Carthage romaine : sur la localisation du temple d'Isis (information)

Les cultes isiaques en Afrique sous l'Empire romain