L’Ours noir du Japon (Ursus thibetanus japonicus) également connu sous le nom d’, est une sous-espèce de l’Ours-lune (Ursus thibetanus), un mammifère carnivore de la famille des Ursidés.

Endémique du Japon, il peuple principalement les forêts tempérées de montagne des îles de Honshū et de Shikoku, tandis que sa population historique sur Kyūshū est considérée comme éteinte depuis la fin du . Plus petit que les formes continentales de l'espèce, il mesure généralement entre 120 et 140 cm de longueur corporelle et se caractérise par un pelage noir arborant une tache pectorale blanche en forme de croissant ou de « V ».

Bien qu'il soit morphologiquement classé parmi les carnivores, son régime alimentaire est opportuniste et à très forte dominante végétarienne, composé au fil des saisons de pousses, de baies, d'insectes et surtout de faînes et de glands à l'automne avant l'entrée en hibernation. Excellent grimpeur, cet animal discret et solitaire joue un rôle écologique déterminant dans la dissémination des graines au sein des écosystèmes forestiers nippons.

La situation démographique de la sous-espèce est très contrastée : alors que le noyau résiduel de Shikoku est en danger critique d'extinction avec moins d'une trentaine d'individus, la population de Honshū a connu une forte croissance démographique depuis les années 2010 pour dépasser les 44 000 têtes. Favorisée par la déprise rurale et le recul des chasseurs traditionnels comme les Matagi, cette expansion s'accompagne d'une multiplication des conflits avec les populations humaines, incitant les autorités japonaises à instaurer des plans de régulation active tout en expérimentant des mesures de cohabitation non létales.

Taxonomie thumb|Illustration de l’ dans le , 1875.|gauche

La première description de cette sous-espèce est faite dès 1844 par le zoologiste néerlandais Coenraad Jacob Temminck dans la Fauna Japonica, mais sous le nom d’Ours du Thibet (). Temminck rapporte que l'espèce est abondante dans les régions montagneuses du Japon, où les habitants la désignent sous les noms de « Kuma » ou « Tsukinsira-kuma » (ours à croissant de lune). Il décrit son régime principalement végétarien composé de riz cuit, de racines, de patates douces et de baies, son habitude d'hiberner dans des tanières creusées et sa capacité à grimper aux arbres. Il relate également que Philipp Franz von Siebold a observé un individu captif dressé de 18 ans près de Kawazaki, long de quatre pieds, ainsi qu'un spécimen albinos originaire du nord de Nippon exhibé à Jedo.

C'est en 1857 que le naturaliste allemand Hermann Schlegel individualise formellement cette population et introduit le taxon sous le nom scientifique d' dans son manuel de zoologie Handleiding tot de beoefening der dierkunde. Dans sa brève diagnose, Schlegel sépare l'ours japonais (« De Japansche beer ») de l'espèce himalayenne (« De beer van Nepaul, Ursus tibetanus »), notant qu'il présente une forte affinité morphologique avec cette dernière, caractérisée par un pelage noir orné d'un croissant blanc sur le poitrail.

Le statut du taxon oscille par la suite selon les auteurs entre celui d'espèce distincte et celui de sous-espèce insulaire avant que les révisions taxonomiques modernes et les consensus de mammalogie ne confirment son inclusion en tant que sous-espèce valide dans la troisième édition de .

Histoire évolutive et phylogénie Les ancêtres de l'Ours-lune du Japon ont migré depuis le continent est-asiatique vers l'archipel nippon durant les ponts terrestres formés au cours du Pléistocène. Les premières vagues de colonisation et les isolements géographiques initiaux remontent à une période comprise entre 100 000 et 500 000 ans avant le présent. Les analyses génomiques globales et l'étude de l'ADN mitochondrial publiées par Kishida et al. (2022) mettent en évidence que la différenciation génétique profonde et la structure phylogénétique moderne de cette sous-espèce insulaire se sont véritablement stabilisées il y a environ 30 000 ans.

Description vignette|gauche|Un ours qui s’ébroue. L'Ours-lune du Japon est une sous-espèce de taille relativement modeste par rapport aux formes continentales de l'Ours-lune, ce qui le place parmi les plus petits représentants actuels de la famille des ursidés. Sa longueur corporelle varie habituellement de 100 à 150 cmツキノワグマによる人身被害を防ぐために, site officiel de la préfecture de Nagano (consulté le 18 septembre 2026)., s'établissant en moyenne entre 120 et 140 cm, pour une queue courte mesurant entre 6 et 11 cm. Le dimorphisme sexuel se traduit principalement par la masse corporelle : les mâles pèsent généralement de 60 à 120 kg, tandis que les femelles affichent un poids compris entre 40 et 80 kg, atteignant exceptionnellement 100 kg.

Certains spécimens remarquables dépassent largement ces valeurs moyennes. Le record historique documenté est un individu capturé en 1967 dans la préfecture de Miyagi, pesant 220 kg ; plus récemment, en 2001, un sujet de 1, 65 m de longueur pour 200 kg a été signalé dans la préfecture de Yamagata.

Sur le plan morphologique, ses épaules ne présentent pas la bosse marquée propre à l'Ours brun, ce qui donne à sa silhouette une ligne dorsale plus élevée vers l'arrière du corps. Le pelage est uniformément noir, bien que des individus exhibant des teintes brun rougeâtre ou chocolat soient sporadiquement observés. La gorge et la poitrine sont ornées d'une marque claire caractéristique en croissant de lune ou en forme de « V », parfois absente chez de rares individus.

Écologie et comportement vignette|droite|Un ours-lune consommant des plantes au mont Norikuma. Répartition et habitat L'Ours noir du Japon est une sous-espèce endémique de l'archipel japonais, principalement inféodée aux deux grandes îles de Honshū et de Shikoku. Son implantation historique couvrait autrefois l'île de Kyūshū, mais cette population y est désormais considérée comme éteinte à la suite de décennies de persécutions et de fragmentations d'habitat, les dernières observations formellement attestées dans l'île remontant au milieu du Naoki Ohnishi et Hikoteru Yasukochi, « 九州で最後に捕獲されたツキノワグマの起源 », Mammalian Science, vol. 50, , 2010, p. 177-178..

Son aire de distribution s'étend depuis les zones à fort enneigement du nord-est de Honshū (notamment les régions du Tōhoku et du Hokuriku) jusqu'aux massifs montagneux plus tempérés et à faible enneigement du sud-ouest. L'animal marque une prédilection nette pour les vastes massifs de forêts tempérées caducifoliées et les formations mixtes montagnardes, particulièrement riches en arbres à fruits et à graines dures. Il fréquente une large amplitude altitudinale : bien qu'il s'établisse principalement entre les étages collinéen et montagnard, des incursions estivales régulières sont documentées jusqu'à l'étage alpin au-delà de voire d'altitude. À l'approche de la saison hivernale, les individus regagnent généralement les fonds de vallées et les versants de moyenne et basse altitudes pour y chercher une tanière propice à l'hibernation.

La géomorphologie accidentée de l'archipel nippon favorise l'isolement écologique et génétique de plusieurs populations régionales. Celles-ci se retrouvent souvent confinées dans des massifs disjoints par le développement des infrastructures routières, des stations de sports d'hiver et des monocultures de résineux. Dans le nord de Honshū, comme au sein de la préfecture d'Iwate, les ours se répartissent en deux ensembles géographiquement et écologiquement distincts de part et d'autre des vallées : la population des monts Ōu à l'ouest et celle des monts Kitakami à l'est. De même, certaines populations périphériques, comme celle de la péninsule de Shimokita à l'extrême nord de Honshū, celle de la péninsule de Kii ou encore le noyau résiduel des monts de Shikoku (cantonné aux abords du mont Tsurugi), subsistent sous la forme d'îlots écologiques particulièrement vulnérables aux pressions anthropiquesNobuo Ishii, « 紀伊半島のツキノワグマ », dans Livre rouge 2014 : Faune sauvage menacée du Japon - 1 Mammifères, Gyosei, 2014, p. 116-117.Nobuo Ishii, « 四国山地のツキノワグマ », dans Livre rouge 2014 : Faune sauvage menacée du Japon - 1 Mammifères, Gyosei, 2014, p. 122-123..

Régime alimentaire L'Ours noir du Japon présente un régime omnivore à forte dominante opportuniste et végétarienne. La composition de son alimentation fluctue étroitement au gré des saisons et de la phénologie végétale locale : Au printemps, dès la sortie de la période d'hivernation, il consomme essentiellement de jeunes pousses herbacées, des bourgeons, des graminées, des racines tendres et de jeunes feuilles d'arbres feuillus ;Durant l'été, son spectre alimentaire s'élargit aux fourmis, coléoptères et autres insectes sociaux trouvés dans le bois mort, ainsi qu'aux premiers petits fruits charnus et baies sauvages ; En automne, période critique d'hyperphagie préalable à la léthargie hivernale, il oriente son régime vers les graines dures et les fruits oléagineux. Les faînes du Hêtre du Japon (Fagus crenata) ainsi que les glands des chênes, notamment le Chêne blanc du Japon (Quercus crispula), forment l'essentiel de sa ration calorique.

Bien qu'il consomme occasionnellement des poissons, des amphibiens et des carcasses d'animaux morts, il a longtemps été perçu comme un piètre prédateur de vertébrés. Des études et captations récentes ont néanmoins révélé des comportements de prédation active, certains individus s'attaquant à des couvées et jeunes rapaces comme ceux de l'Aigle royal, ainsi qu'à de grands ongulés sauvages tels que le Saro du Japon et le Cerf SikaToshihiro Hazumi, « Status of Japanese Black Bear », Bears: Their Biology and Management, vol. 9, 1994, p. 145-148..

Lors des années de faible fructification des feuillus, la pénurie d'aliments riches en lipides pousse l'animal à chercher des subsistances alternatives. Il recourt alors fréquemment à l'écorçage des troncs de résineux (Cèdre du Japon, cyprès hinoki et mélèzes) afin de prélever et lécher le cambium nourricier sous l'écorce. Ces disettes automnales récurrentes contraignent également les individus à agrandir démesurément leur domaine vital et à s'aventurer en lisière des agglomérations rurales pour piller les vergers de kakis et de châtaignes ou les déchets domestiques.

Rythme d'activité et comportement social Animal solitaire et discret, l'Ours noir du Japon présente des mœurs principalement crépusculaires et nocturnes afin de minimiser les risques de confrontation avec l'Homme. Il passe les heures diurnes dissimulé dans des abris naturels, tels que des troncs d'arbres creux, des failles rocheuses ou de petites grottes. Toutefois, lors des pics de maturation des fruits et en période d'engraissement automnal, son activité peut devenir partiellement diurne pour maximiser ses prises alimentaires.

D'une grande agilité en dépit de sa constitution massive, il grimpe aux arbres avec aisance grâce à ses griffes courbes et puissantes. Dans la canopée, il plie et casse fréquemment des branches vers lui pour en consommer les fruits ou les cônes, formant parfois au sommet des arbres des entrelacs de branchages aplatis comparables à de grands nids de repos.

Grâce à ses longs déplacements quotidiens et à son transit intestinal, il joue un rôle écologique majeur en tant qu'agent de dissémination des graines : plus de 40 % des graines ingérées sont expulsées à plus de 500 mètres de l'arbre d'origine, les mâles contribuant à un brassage forestier sur de plus longues distances que les femellesShinsuke Koike et al., « Estimate of the seed shadow created by the Asiatic black bear Ursus thibetanus and its characteristics as a seed disperser in Japanese cool-temperate forest », Oikos, vol. 120, , 2011, p. 280-290..