La restitution des biens culturels et historiques à l’Algérie désigne l’ensemble des œuvres et objets du patrimoine algérien qui ont été emportés hors de leurs lieux d’origine, qu’ils aient été volés, pillés, illicitement exportés, disparus ou encore retrouvés puis restitués. Ces biens culturels ont connu divers modes de déplacement, notamment par des acquisitions, dons, legs ou échanges, mais surtout à la suite de spoliations, de pillages, de vols et de butins de guerre. Cette histoire a conduit à une forte dispersion des biens patrimoniaux algériens, aujourd’hui conservés en grande partie dans des collections étrangères, principalement occidentales.
Cadre juridique La protection des biens culturels trouve son fondement juridique dans les textes et lois suivants : La Convention de La Haye signée le et entrée en vigueur le , qui porte exclusivement sur la protection des biens culturels en cas de conflit armé. En vertu de la Convention concernant les mesures à prendre pour interdire et empêcher l'importation, l'exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels, signée le sous l'égide de l'UNESCO et entrée en vigueur le , les « biens culturels » sont sous protection : les biens culturels comprennent tout ce qui a une signification scientifique, historique, artistique ou religieuse, tel que défini à l'article I de la convention. La Convention d'UNIDROIT sur les biens culturels volés ou illicitement exportés, signée le et entrée en vigueur le , portant sur la restitution des biens culturels volés ou illicitement exportés. La loi N° 98-04 du parue au Journal officiel algérien N°44 du relative à la protection du patrimoine culturel algérien, ainsi que ses textes d'application.
Restitution auprès de la France La question mémorielle concernant la période de colonisation française de l’Algérie allant de 1830 au a toujours constitué une donnée importante dans les relations entre les deux pays. Cette question concerne beaucoup de dossiers parmi lesquels il y a la restitution de la France des archives et des biens culturels et historiques de l'Algérie.
Rapport Benjamin Stora L'historien Benjamin Stora a recommandé en 2021 au président Emmanuel Macron dans son rapport sur les Questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie, les restitutions à l'Algérie de l'épée de l'émir Abdelkader, un résistant qui a mené une lutte contre la conquête de l'Algérie par la France au milieu du et du canon de Baba Merzoug, symbole de la force navale algérienne, installé depuis 1833 dans le port militaire de Brest, en France.
Rapport Sarr-Savoy Le Rapport Sarr-Savoy sur la restitution du patrimoine culturel africain par l'universitaire et écrivain sénégalais Felwine Sarr et l'historienne de l'art française Bénédicte Savoy et remis au président Emmanuel Macron le , s'est focalisé sur l'Afrique subsaharienne, en excluant les pays de l’Afrique du Nord et l’Égypte, alors que ces pays ont bien subi les mêmes formes de spoliation que l’Afrique subsaharienne. Sur le cas de l'Algérie, un grand nombre de pièces archéologiques parmi les plus belles ont été envoyées aux musées français durant la période coloniale... Parmi ces pièces archéologiques, on compte la mosaïque de Neptune et Amphitrite, découverte à Cirta en 1842., et la mosaïque représentant une scène d'animaux, découverte à Rusguniae en 1899., toutes les deux actuellement exposées au musée du Louvre. thumb|right|Mosaïque de Neptune et Amphitrite exposée au musée du Louvre.thumb|right|Mosaïque représentant une scène d'animaux exposé au musée du Louvre.
Questions mémorielles entre l'Algérie et la France Le , le président algérien Abdelmadjid Tebboune nomme le directeur général des Archives nationales Abdelmadjid Chikhi au poste de conseiller auprès du président de la République chargé des archives et de la mémoire nationale. Sa mission est de rétablir la vérité sur la période coloniale avec son binôme français, l’historien Benjamin Stora. Abdelmadjid Chikhi est un ancien combattant de la guerre d’indépendance, il est réputé être un conservateur, inflexible sur le principe de la souveraineté nationale et la restitution de la quasi-totalité des archives et reliques détenues par la France. Il est un fervent partisan de l’abrogation du texte de loi française préconisant la protection du secret de défense nationale... Le , le président Abdelmadjid Tebboune met fin aux fonctions du conseiller Abdelmadjid Chikhi, qui a été admis à la retraite, sans communiquer le nom de son remplaçant qui sera chargé du dossier des archives et de la mémoire nationale. Désormais, c'est Mohamed Lahcen Zeghidi, ancien directeur du musée national du moudjahid d'Alger et professeur à l’université d’Alger, qui est nommé président de la Commission algérienne Histoire et Mémoire. La commission mixte d’historiens français et algériens « Histoire et Mémoire » s’est réunie à plusieurs reprises, d'où il a été convenu l’approfondissement du travail historiographique, le remise de documents numériques sur la période coloniale, la restitution des archives restantes relatives à la période ottomane, soit avant 1830, et la restitution à l’Algérie de biens symboliques.
La commission mixte d’historiens algériens et français rend public, le , un document résumant les résultats de sa cinquième rencontre, tenue à Alger du 20 au . La partie algérienne a soumis une liste ouverte de biens historiques et symboliques, devant être restitués par la France à l’Algérie. Le document en question n’a pas donné de chiffre précis sur les biens réclamés..
Les archives
La France a restitué à l'Algérie une partie des archives de la période coloniale (1830-1962) qu'elle conservait, mais elle a gardé la partie concernant l'histoire coloniale et qui relève, selon elle, de la souveraineté de l'État français. Pour sa part, l'Algérie exige de la France qu'elle lui remette la totalité des archives la concernant. En 2020, l'Algérie a déclaré qu'elle pourrait recourir à l'arbitrage international pour résoudre son différend avec la France concernant les archives de l'époque coloniale française (1830-1962), y compris ceux datant de l'époque de la régence d'Alger (1518-1830). Le , le co-président de la commission conjointe d’historiens algériens et français, Mohamed Lahcen Zeghidi, a annoncé que l’Algérie a récupéré plus de documents, datant de l’époque coloniale française.
Les crânes des combattants algériens Le , la France a restitué à l'Algérie les 24 crânes des combattants algériens tués au début de la colonisation française, conservés depuis plus d'un siècle et demi au Muséum national d'histoire naturelle de Paris. Selon un recensement effectué en , le nombre de crânes d'Algériens conservés au musée de l'Homme à Paris s'élève à , provenant de toutes les régions d'Algérie, dont crânes appartenant aux résistants du massacre de Zaâtcha en 1849.
Biens culturels Sur le plan juridique, la France protège les collections publiques de ses musées par les principes d'inaliénabilité de propriété et d'appartenance au patrimoine national. La décision de restitution ne pouvant dès lors être prise que par le gouvernement ou le Parlement.
En 1969, la France a restitué aux autorités algériennes près de 293 œuvres d'art (157 peintures et 136 dessins) conservées par le musée du Louvre, en application d'un accord conclu le entre les deux pays. Au moment où se profilait l'indépendance de l'Algérie, les autorités françaises avaient transférés en une partie des collections du musée national des Beaux-Arts d'Alger, qui furent déposés dans les réserves du Louvre. L'Algérie, devenue indépendante, en réclama la restitution en avançant que ces œuvres étaient la propriété du musée des Beaux-Arts d'Alger et avaient été acquises sur son budget ou celui de la colonie. Parmi ces toiles, des chefs-d’œuvre de la peinture française : Claude Monet, Auguste Renoir, Camille Pissarro, Edgar Degas, Eugène Delacroix.
Le président français Valéry Giscard d'Estaing, lors de sa visite en Algérie en , offre à l’Algérie un portrait de l’émir Abd el-Kader peint par Léon Cogniet..
En 2003, lors de la visite du président Jacques Chirac en Algérie, il a restitué aux autorités le sceau du dey d'Alger Hussein Dey remis au maréchal de Bourmont commandant les troupes françaises lors de l'expédition d'Alger, à la suite de la signature de l'accord de soumission du régent d'Alger Hussein Dey, qui a mis fin au régime de la régence d'Alger.
En 2006, la ministre de la Culture Khalida Toumi déclare à la presse que l'Algérie a demandé la restitution des têtes coupées de statues trouvées lors des fouilles archéologiques effectuées à Cherchell, ainsi que de copies de gravures rupestres du Tassili faites par Henri Lhote. Elle a évoqué également les registres des musées nationaux pris par la France après l’indépendance du pays en 1962, malgré les demandes renouvelées auprès des autorités françaises et qui sont restées sans réponse.
Le président François Hollande avait effectué une visite officielle en Algérie les 19 et , et avant cette visite l'entourage du président avait évoqué l'idée de restituer le canon Baba Merzoug, mais celle-ci s’est heurtée à plusieurs obstacles juridiques, car cette pièce est propriété de l’hôtel de Brienne, et fait partie de l’histoire de la Marine nationale française. Aussi, il a été évoqué la restitution des clés de la citadelle d'Alger remises par le dey Hussein à l’armée française après la capitulation de la ville en 1830 ; mais cette idée rencontrait une forte résistance au sein du ministère de la Culture française, avançant que les clés en question sont la propriété du musée de l’Armée à Paris et qu'elles sont inaliénables et imprescriptibles..
En , le ministre algérien des Affaires étrangères Ahmed Attaf déclare à la plateforme Atheer de la chaîne Qatarie Al Jazeera que les autorités françaises ont refusé de restituer l’épée et le burnous de l’émir Abdelkader, arguant la nécessité d’une loi. thumb|right|Le canon Baba Merzoug à Brest.
Fonds algérien dans les bibliothèques françaises Les bibliothèques françaises sont aussi les grandes bénéficiaires des partitions des ensembles culturels. Ce Fonds algérien est constitué de livres, manuscrits anciens, archives, cartes géographiques, estampes, photographies, partitions, documents sonores, vidéos, multimédias numériques ou informatiques, et cinématographiques, qui se sont retrouvés dans des bibliothèques françaises publiques et privées. Dès le début de la colonisation, les bibliothèques algériennes privées et publiques avaient été dévastées, soit par la destruction, soit par le pillage des livres et manuscrits. Une grande partie de ce précieux patrimoine détourné fut offert à la Bibliothèque nationale de France et à d'autres bibliothèques de l'Hexagone.. On peut citer les 37 manuscrits de l’émir Abdelkader, récupérés à la suite de la prise de la Smala en par le duc d'Aumale Henri d’Orléans, intégrés dans sa bibliothèque personnelle et qui sont conservés actuellement à la bibliothèque du musée Condé à Chantilly. Ces manuscrits sont datés entre le et le et rédigés en arabe et en berbère. Aussi, il y a la bibliothèque personnelle du Cheikh El Haddad, qui fut confisquée lors de l'insurrection de 1871-1872 et qui a été intégrée dans les collections de la Bibliothèque universitaire des langues et civilisations à Paris ; d'ailleurs, la bibliothèque elle même reconnaît que :
Un incendie est perpétré le par l'organisation de l'armée secrète (OAS) dans la bibliothèque universitaire (BU) de la faculté d'Alger, qui était l'une des bibliothèques les plus anciennes et les plus riches dans le monde arabe et en Afrique, comptant près de ouvrages scientifiques et des manuscrits inédits en arabe et en latin, dont seulement ouvrages ont été sauvés. Quelques mois avant l'incendie, qui a ravagé la BU, un nombre important de manuscrits avaient été transférés en France et n'ont pas été restitués à l'Algérie..
Déclaration d'Alger