Le Raton pygmée (Procyon pygmaeus), mais plus communément désigné sous le nom de Raton de Cozummel, est une espèce de mammifère carnivore de la famille des procyonidés. Comme ses noms vulgaires l’indiquent, cette espèce de raton (genre Procyon) découverte au , endémique de l’île de Cozumel au Mexique, se distingue du raton laveur par des dimensions moindres. Son statut taxinomique a longtemps été discuté, son mode de vie n’est pas entièrement compris et nécessite des études plus approfondies. Cependant, cette espèce est classée «n danger critique » (CR) par l’UICN en raison des catastrophes naturelles ainsi que de sa trop grande proximité avec l’Homme.
Dénominations Nom scientifique valide : Procyon pygmaeus Merriam, 1901 selon ; Nom normalisé anglais : Cozumel Raccoon ; Nom vulgaire recommandé en français : Raton pygmée; Nom vulgaire typique en français : Raton de Cozummel ; Autres noms vulgaires : Raton-laveur pygmée, Raton-laveur de Cozummel (taxinomiquement incorrects)Ces appellations vulgaires sont utilisées partant du principe que les autres espèces du genre Procyon soient désignée sous le nom de « raton-laveur ». ;
Taxonomie vignette|gauche|Crâne de raton laveur à gauche, crâne de raton pygmée à droite. Clinton Hart Merriam a décrit pour la première fois le raton pygmée comme étant morphologiquement distinct de son parent du continent, le raton d’Hernandez (Procyon lotor hernandezii) une sous-espèce du raton laveur, en 1901 sous le nom de Procyon pygmaeus.
Réalisée à partir de spécimens collectés le par Edward William Nelson et Edward Alphonso Goldman sur l'île de Cozumel au Yucatán (le spécimen type étant un jeune adulte enregistré sous le numéro 108,511 dans la collection de l'U.S. National Museum), cette description initiale met en évidence sa taille réduite, représentant environ la moitié de celle de son parent continental. L'auteur souligne également des traits distinctifs remarquables tels qu'une large bande noire séparant le menton de la gorge, une queue à reflets jaunes annelée de six à sept bandes sombres, ainsi que des particularités crâniennes et dentaires uniques, notamment des os nasaux courts et élargis postérieurement.
Depuis lors, d'autres scientifiques sont généralement d'accord avec l'évaluation de Merriam, en particulier Kristofer Helgen et Don E. Wilson, qui ont rejeté cette classification pour les quatre autres ratons insulaires dans leurs études en 2003 et 2005. Par conséquent, le raton pygmée a été répertorié comme la seule espèce distincte du genre Procyon en plus du raton laveur et du raton crabier dans la troisième édition de Mammal Species of the World. Une étude archéologique a montré que les Mayas de Cozumel utilisaient ces Procyonidés de stature réduite, ce qui suggère que la réduction de taille de ce raton n'est pas un phénomène récent.
Aucun vrai fossile de l'espèce n'est connu, bien que des squelettes aient été trouvés sur certains sites archéologiques de l'île. L'île de Cozumel elle-même s'est séparée du continent à la fin du Pléistocène, de sorte qu'il est peu probable que l'espèce ait plus de . Les données des études d'horloge moléculaire impliquent une date de divergence par rapport au raton laveur commun il y a entre .
Phylogénie
Plusieurs études moléculaires récentes ont permis d'établir les relations phylogénétiques entre les procyonidés et la position exacte du genre et des espèces de ratons, illustrées dans le cladogramme ci-dessous :
Description Diagnose Merriam a décrit le raton pygmée comme étant nettement plus petit, tant sur le plan externe que crânien, et facile à distinguer du raton laveur en raison de sa « large bande noire sur la gorge, d'une queue jaune doré, d'os nasaux courts, élargis et arrondis vers l’arrière, ainsi que de particularités dentaires ». La réduction de sa dentition indique une longue période d'isolement géographique dans l’évolution de l’espèce.
Mis à part sa taille plus petite et son museau plus arrondi, le raton pygmée présente une apparence similaire à celle du raton laveur. La fourrure du dessus du corps est d’un gris-jaunâtre parsemée de quelques poils noirs épars, tandis que les parties inférieures et les membres sont d’une teinte d’un brun très clair. Le sommet de la tête est dépourvu de la teinte jaunâtre du reste du corps et présente une coloration grisonnante, contrastant avec la fourrure blanche du museau et du menton, ainsi qu'avec le masque facial noir entourant les yeux. Une ligne de fourrure gris-brun descend le long du milieu du museau, rejoignant les motifs du masque de chaque côté. La queue est jaunâtre, ornée de six ou sept anneaux noirs ou bruns qui s'estompent sur la face inférieure. Chez les mâles, la nuque présente une tache de fourrure d’un roux vif.
La longueur totale des adultes varie de , incluant une queue de , et leur poids se situe entre . Cela illustre un exemple de nanisme insulaire : ces animaux sont en moyenne environ 18 % plus petits et 45 % plus légers que le raton d’Hernandez. Les ratons pygméees présentent également un dimorphisme sexuel, les mâles pesant environ 20 % de plus que les femelles. Spécialisations morphologiques On a un temps pensé que le raton pygmée était simplement une variété naine du raton d’Hernandez Helgen, Kristofer M. and Wilson, Don E. « A systematic and zoogeographic overview of the raccoons of Mexico and Central America » In Contribuciones Mastozoologicas en homenaje a Bernardo Villa. Sanchez-Cordero, V. and Medellín, R. A., editors. 219–234. Instituto de Biologia e Instituto de Ecologia, UNAM, 2005.. De nombreuses recherches ont été effectuées pour déterminer si le raton pygmée est en effet une espèce distincte du raton laveur. Cuaron et al. (2004) ont rapporté que les recherches menées par de nombreux chercheurs différents concluent qu'il s'agit d'espèces distinctes. La taille du corps et la taille du crâne seraient plus petites chez le pygmée. D'autres différences morphologiques incluent une large bande noire à la gorge, une queue jaune dorée et des dents réduites ; « ces caractéristiques et d'autres indiquent une longue période d'isolement »
Par ailleurs, une quantité importante de recherches s'est attachée à clarifier sa distinction taxinomique vis-à-vis du raton laveur, confirmant son statut d'espèce à part entière en raison de ses adaptations insulaires prononcées.
Écologie et comportement Distribution et habitat Selon la liste rouge de l'UICN, cette espèce est considérée comme en danger critique d'extinction. Il est rapporté que qu'il ne reste qu'environ sur la planète. Ces ratons sont extrêmement menacés en raison de leur faible aire de répartition géographique. Il est endémique de l'île de Cozumel, une île d'environ située au large de la côte est de la péninsule du Yucatan au Mexique. L'île de Cozumel abrite plusieurs autres carnivores, dont le Coati de Nelson (Nasua narica nelsoni) et le renard de Cozummel (Urocyon sp.). Les îles manquent généralement de mammifères terrestres, en particulier de carnivores, ce qui rend le raton pygmée et les autres uniques.
Sur l'île, le raton pygmée habite une gamme d'habitats, mais se limite principalement aux forêts de mangroves et aux zones humides sablonneuses de la pointe nord-ouest de l'île. Cependant, il a également été capturé dans les forêts semi-persistantes et les terres agricoles entourant ces habitats de prédilections, et dans le parc écologique de Punta Sur à l'extrémité sud de l'île.
Une étude portant sur le domaine vital et les schémas d'activité du raton pygmée a révélé que les individus présentent des domaines vitaux relativement restreints par rapport aux ratons du continent. Les mâles maintiennent des territoires plus grands que les femelles, et l'espèce affiche un comportement principalement nocturne, avec un pic d'activité observé entre le coucher du soleil et du matin. Leurs déplacements sont influencés par la qualité de l'habitat et la présence de perturbations anthropiques.
Comportement vignette|Une ratonne pygmée et son petit. On sait relativement peu de choses sur la taille des groupes de ratons pygmées. Ce sont principalement des animaux nocturnes et solitaires, mais ils peuvent parfois former des groupes familiaux éventuellement composés de la mère et des petits.
Les ratons de Cozumel vivent à des densités d'environ et occupent des domaines vitaux d'une moyenne d'environ . Cependant, les individus ne semblent pas défendre de territoires de manière marquée, et leur proche parent, le raton laveur, peut atteindre des densités très élevées lorsque la nourriture est abondante. Bien qu'il n'y ait pas eu d'études détaillées sur leurs habitudes de reproduction, les femelles semblent donner naissance principalement entre novembre et janvier, avec la possibilité d'une seconde portée pendant les mois d'été.
Régime alimentaire vignette|droite|Deux ratons pygmées cherchent des crustacés dans l’eau. La spécificité de l'habitat des ratons pygmées est en grande partie due au type d'aliments qu'ils consomment. Bien qu'ils soient des omnivores généralistes dont le régime global se compose de crabes, de fruits, de grenouilles, de lézards et d'insectes, les crustacés représentent entre 44 % et 50 % de leur alimentation, les espèces Cardisoma guanhumi et le bernard-l'ermite terrestre Coenobita clypeatus étant les plus fréquemment consommées.
Le régime alimentaire subit des variations saisonnières : durant la saison des pluies, les crabes sont plus actifs et disponibles, entraînant une augmentation de leur consommation, tandis que la saison sèche voit une plus forte ingestion de fruits tels que la sapotille (Manilkara zapota) et les baies de Chiococca alba en raison de leur plus grande abondance. Cette dépendance envers des sources de nourriture localisées dans les zones côtières et les mangroves contribue à restreindre leur distribution géographique.
Par ailleurs, les ratons pygmées consomment également des sources de nourriture d'origine humaine, telles que les déchets alimentaires. Cette situation suscite des inquiétudes quant à une potentielle dépendance accrue à l'égard de ces aliments liée à la multiplication des interactions homme-faune, en particulier dans les zones touristiques.
Menaces et conservation vignette|droite|Deux ratons pygmées sur une embarcation abandonnée Selon la liste rouge de l'UICN, le raton pygmée est classé comme en danger critique d'extinction. Une évaluation menée en 2016 a indiqué que la population est en déclin continu, avec une estimation d'environ en état de se reproduire restants dans le monde. Au Mexique, l'espèce est listée comme En Peligro de Extinción par le SEMARNAT et protégée par la loi. Sa faible aire de répartition géographique accentue son risque d'extinction, d'autant que les carnivores insulaires situés au sommet de la chaîne alimentaire disparaissent souvent rapidement après l'arrivée des humains.
Menaces vignette|gauche|Un touriste appâtant des ratons pygmées pour mieux les prendre en photos. La principale menace pesant sur le raton pygmée est la destruction de son habitat liée au développement de l'industrie touristique. L'afflux croissant de visiteurs et l'arrivée de navires de croisière entraînent la déforestation, l'expansion des routes et la fragmentation des habitats, impactant sévèrement les écosystèmes côtiers et de mangroves.