Herland (titre original : ) est un roman utopique de 1915, de la féministe américaine Charlotte Perkins Gilman. Le livre décrit une société isolée composée entièrement de femmes, qui se reproduisent entre elles par parthénogenèse, une forme de reproduction asexuée. Le résultat est une société idéale exempte de guerres, de conflits et de domination. Le roman est publié pour la première fois sous forme de feuilletons mensuels en 1915 dans Forerunner un magazine édité et écrit par Gilman entre 1909 et 1916. La suite du roman, With Her in Ourland commençait immédiatement après dans le numéro de . Le livre est souvent considéré comme le volume intermédiaire de sa trilogie utopique, précédée de Moving the Mountain (1911). Il a été publié sous forme de livre en 1979.

Résumé gauche|vignette|Charlotte Perkins Gilman. vignette|ForeRunner (1913), magazine édité par Charlotte Perkins Gilman. L'histoire est racontée du point de vue de Vandyck « Van » Jennings, un étudiant en sociologie qui, avec deux amis, Terry O. Nicholson et Jeff Margrave, forment une expédition pour explorer une zone de terres inexplorées dont on dit qu'elles abritent une société composée entièrement de femmes. Les trois amis ne croient pas entièrement aux rumeurs car ils sont incapables de penser à la manière dont la reproduction humaine pourrait s'effectuer sans hommes. Les trois hommes spéculent sur ce que serait une société de femmes, chacun exposant des vues différentes en fonction du stéréotype de femme qu'il préfère : Jeff considère les femmes comme des objets voués à le servir et le protéger ; Terry les considère comme des objets à conquérirClute and Nicholls 1995, p. 496..

Lorsque les explorateurs atteignent leur destination, ils procèdent avec prudence, et cachent le biplan avec lequel ils sont arrivés. Ils tentent de se cacher dans les forêts qui bordent le territoire qu'ils veulent explorer. Ils sont rapidement trouvés par trois jeunes femmes qui les observent depuis la cime des arbres. Après avoir tenté d'attraper les femmes en usant de ruse, les trois hommes finissent par les pourchasser jusqu'à une ville. Les femmes sont rapides et les devancent facilement, disparaissant parmi les maisons qui, note Van, sont exceptionnellement bien faites et attrayantes. Après avoir rencontré les premières habitantes de ce nouveau pays (que Van nomme « Herland »), les hommes procèdent avec encore plus de prudence, notant que les femmes qu'ils rencontrent sont fortes, agiles et totalement dénuées de peur. Leur prudence est justifiée, car lorsqu'ils entrent dans le village, ils sont rapidement entourés d'un groupe de femmes, qui les emmènent vers un bâtiment d'apparence officielle. Les trois hommes tentent de s'échapper, mais sont rapidement et facilement maîtrisés par le groupe de femmes et finalement anesthésiés.

Van, Jeff et Terry se réveillent captifs dans un bâtiment aux allures de forteresse. On leur donne des habits propres, à manger et un logement confortable. Les femmes affectent à chacun d'entre eux une tutrice qui leur enseigne la langue en usage à Herland. Van, en tant que sociologue, prend de nombreuses notes sur ce nouveau pays et ses habitantes, et écrit que tout, de leurs vêtements à leurs meubles, semble être fait en usant des idéaux du pragmatisme et de l'esthétique à part égale. Les femmes sont intelligentes et astucieuses, sans peur et patientes, calmes et se montrent très compréhensives envers leurs captifs. Elles sont avides de connaître le monde extérieur et leur posent de nombreuses questions. Van a souvent du mal à justifier les pratiques de sa propre société telles que la traite des vaches, la propriété, qui sont en contradiction avec les usages de l'utopie que les femmes ont réussi à construire.

Après plusieurs mois de captivité, les hommes réussissent à s'échapper de la forteresse. Ils parviennent à retourner à l'endroit où ils ont laissé leur biplan, mais le retrouvent leur biplan cousu à l'intérieur d'une grande bâche en tissu. Ils ne peuvent dès lors pas s'enfuir et sont vite recapturés. Ils sont néanmoins bien traités et il leur est communiqué qu'ils auront plus de liberté lorsqu'ils auront maîtrisé la langue des femmes et prouvé qu'ils sont dignes de confiance. Van remarque les difficultés relationnelles de Terry avec les femmes, qui refusent obstinément de se conformer à ses attentes, alors que Jeff lui semble parfaitement épris des femmes et de leur gentillesse.

Van découvre peu à peu l'histoire de Herland : la majeure partie des hommes a été tué il y a 2000 ans lorsqu'une éruption volcanique a bouché la seule sortie de Herland. Les hommes restants étaient pour la plupart des esclaves qui assassinaient les fils de leurs maîtres décédés et les vieilles femmes, dans l'intention de s'emparer de leur terre et mettre les jeunes femmes qui y habitaient encore à leur service. Les femmes se sont alors défendues en prenant les armes pour éliminer ces esclaves. Après une période de désespoir liée à ce qu'elles perçoivent être comme la fin imminente de leur monde, coupé du reste du monde et sans hommes, une femme parmi les survivantes tomba enceinte et donna naissance à une fille, puis quatre autres filles par la suite. Les cinq filles de cette femme ont également pu donner naissance à cinq filles chacune. Ce processus de reproduction asexuelle a rapidement élargi leur population et ultérieurement conduit à l'exaltation religieuse de la maternité. Depuis ce temps, les femmes se consacrent à améliorer leur intellect à travailler ensemble et à élever leurs enfants ; le poste d'enseignante étant l'un des postes les plus vénérés et les plus respectés du pays.

Van, Jeff et Terry obtiennent enfin plus de liberté. Chacun entame aussi une relation amoureuse avec l'une des femmes qu'ils ont rencontré à leur arrivée dans la forêt : Van avec Ellador, Jeff avec Celis et Terry avec Alima. Comme elles n'ont pas vu d'hommes depuis 2 000 ans, les trois femmes n'ont aucune expérience ni mémoire culturelle concernant l'amour romantique et les rapports sexuels. Les relations naissantes dans les trois couples progressent donc avec quelques difficultés relationnelles et beaucoup d'explications sont nécessaires. Terry a beaucoup de mal à s'adapter à une relation avec une femme qui n'est pas une « femme » selon ses propres valeurs, les deux autres Van et Jeff s'en sortent mieux. Les trois couples finissent par se « marier », bien que les femmes ne voient pas du tout l'intérêt du mariage qu'elles ne comprennent pas, leur société ne faisant pas de distinction entre le public et le privé. Comme elles n'ont pas de religion particulière, la cérémonie est plus païenne que chrétienne.

Les trois hommes réfléchissent beaucoup à la suite de leurs mariages, étant d'avis que les femmes qu'ils ont épousées n'ont aucune idée de ce que signifie être une épouse ou être une femme, notamment en ce qui concerne les relations sexuelles. Même Van trouve cela parfois frustrant, même s'il est finalement reconnaissant de sa merveilleuse amitié avec Ellador et de l'amour intense qu'il ressent pour elle. Terry n'est pas si avisé et, par frustration, tente de violer Alima. Il est de nouveau anesthésié, et jugé par les femmes, recevant l'ordre de retourner dans son pays natal. Les deux hommes, tout en désapprouvant les actions de Terry, les considèrent comme simplement impolies plutôt que criminelles. Van s'en explique à Ellador :

Van se persuade qu'il doit accompagner Terry chez lui dans le biplan et qu'Ellador ne le laissera pas partir sans elle. Terry et Van quittent finalement Herland avec la promesse de ne pas révéler son emplacement jusqu'au retour d'Ellador. Jeff choisit de rester vivre à Herland avec Celis, maintenant enceinte. Van tente avec anxiété de préparer Ellador à son propre monde mais s'inquiète beaucoup de ce qu'elle y trouvera.

Thèmes majeurs Le thème central de Herland est la définition de ce que serait un système de genre non sexiste, par la description de la façon dont les rôles sociaux sont socialement construits et comment ils sont considérés à tort comme immuables par les deux sexes. L'idée de définir les rôles sociaux de genre commence dans l'histoire lorsque les hommes rencontrent pour la première fois les femmes de Herland. En comparaison avec les femmes de leur monde, les hommes considèrent les femmes de Herland comme ayant des caractéristiques physiques masculines : cheveux courts et fonctionnels et absence de rondeurs. Les femmes sont physiquement fortes et le démontrent en construisant d'immenses bâtiments dans leur pays. Avec ces femmes dotées de traits considérés comme masculins - ainsi que leur monde extérieur le perçoit - Jeff est à certains égards très féminin bien qu'il soit un homme. Les conceptions de Jeff se trouvent en conflit avec les conceptions des hommes avec lesquels il voyage.

Un des thèmes centraux du roman est celui de la maternité. La société entièrement féminine de Herland fonctionne principalement autour du processus d'éducation des enfants. Les femmes ont modifié leur langue au fil du temps afin de la rendre très facile à apprendre pour les enfants, et l'éducation étant l'un des aspects les plus importants du système social de Herland. Chaque mère inonde son enfant d'amour pendant les deux premières années de sa vie jusqu'à ce que l'enfant soit confié aux personnes les mieux équipées pour poursuivre leur éducation. L'un des explorateurs masculins est surpris d'apprendre que les femmes confient leurs enfants aux soins d'une autre, mais les femmes expliquent que les enfants sont considérés comme étant la responsabilité de toute la communauté et pas uniquement celle de la mère biologique.

Le livre présente aussi une opinion détaillée de l'individualité à Herland, décrivant la façon dont chaque enfant reçoit un propre prénom unique sans avoir besoin de nom de famille. Les Herlandaises gardent un historique détaillé de leur lignée et ne voient pas la nécessité de revendiquer la propriété de leur enfant en inculquant leur propre nom de famille à cet enfant. Elles sont aussi capables d'aimer sans imposer de subordination à leurs enfants, et sans exclure leur progéniture.

Jeff est un exemple de la façon dont Gilman représente une voix féministe masculine. En tant qu'écrivaine féministe, Gilman offre une perspective supplémentaire sur les femmes et leurs rôles à son époque. Elle démontre que l'éloge des femmes est indépendantes du jugement des hommes. Gilman crée toutefois un moyen de soutenir l'égalité pour les hommes, tout en émettant parfois l'idée que les femmes sont supérieures aux hommes. Contrairement au monde d'où viennent les hommes, ces derniers se sentent faibles par rapport aux femmes de Herland. Les femmes sont présentées comme plus intelligentes et plus empathiques que les hommes. Leurs compétences est démontrée par leur habileté à survivre quand elles étaient coupées du reste du monde. Elles vivent dans un pays où elles éliminent artificiellement les parties de la nature formant une contrainte trop forte pour leur société, c'est-à-dire le bétail, les chiens et certains types de papillons. Cette philosophie s'appliquent aussi aux personnes humaines qui se montrent défiantes du système ou sont considérées comme « non vertueuses ».

Le livre souligne l'importance de la communauté, jugée essentielle à une société entièrement féminine. Les femmes gardent leur individualité propre tout en tirant leurs principes de vie et leurs idéaux d'un consensus obtenu avec la majorité de la population. La communauté prend cependant ses décisions sur la procréation des enfants en se référant à l'eugénisme. La communauté des femmes vise à éviter l'eugénisme négatif (la guerre) en éliminant celles considérées comme incompétentes et/ou moins attirantes. Gilman fournit également des commentaires sur l'importance d'obtenir un fort sentiment de communauté dans un roman utopique.