vignette|droite|Janvier 1945 : enfants libérés à Auschwitz.

Les survivants de la Shoah, ou rescapés de la Shoah, sont les personnes qui ont survécu à la Shoah, c'est-à-dire la persécution et la tentative d'extermination du peuple juif perpétrées par le Troisième Reich et ses alliés avant et pendant la Seconde Guerre mondiale en Europe. Il n'existe pas de consensus universel sur la définition de « survivant de la Shoah » ; sa portée peut varier et concerner les Juifs qui ont survécu à la guerre en Europe sous domination nazie ou dans d'autres territoires collaborationnistes, ainsi que ceux qui ont fui vers les territoires des Alliés et des pays neutres avant ou pendant la guerre. Dans certains cas, des personnes non juives, qui ont également subi des persécutions collectives sous le régime nazi, sont aussi considérées comme des survivantes de la Shoah. La définition évolue au fil du temps.

Les survivants de la Shoah comprennent les civils persécutés qui étaient encore en vie à la libération des camps de concentration nazis à la fin de la guerre et ceux qui avaient survécu dans la résistance ou qui ont vécu cachés avec l'aide de personnes non juives ou qui se sont échappés vers des territoires hors de portée des nazis avant la mise à exécution de la « solution finale ».

À la fin de la guerre, les survivants de la Shoah ont dû affronter plusieurs problèmes immédiats : rétablissement physique et psychique après la famine, les sévices et les souffrances qu'ils avaient endurés ; la nécessité de chercher leurs proches pour savoir si certains étaient encore vivants ; rebâtir leur vie en revenant dans leur patrie ou, plus souvent, en migrant vers des lieux nouveaux où ils seraient à l'abri, en raison de la destruction ayant frappé leurs logements et leurs communautés ou en raison de flambées de violences antisémites.

Une fois réglés les problèmes immédiats, les survivants ont dû traiter de nouvelles questions. Celles-ci étaient relatives aux aides sociales et aux soins psychologiques, aux réparations et restitutions en dédommagement des persécutions, des travaux forcés et des pertes matérielles subies, des œuvres d'art pillées à leurs propriétaires légitimes, ainsi qu'à la compilation des récits des témoins et des survivants, au recensement des proches assassinés et des communautés détruites et aux soins à offrir aux survivants devenus âgés ou handicapés.

Définitions vignette|droite|Enfants à Auschwitz au moment de sa libération par l'Armée rouge.

L'expression « survivant de la Shoah » concerne sans ambiguïté les Juifs qui sont parvenus à vivre malgré les exterminations de masse commises par les nazis. Toutefois, ce terme peut aussi englober tous ceux qui ne sont pas tombés sous le contrôle direct du régime nazi en Allemagne ou en Europe sous domination nazie, mais qui en ont subi des effets importants, comme les Juifs qui ont fui l'Allemagne ou les territoires contrôlés par l'Allemagne, afin d'échapper aux nazis, et qui n'ont jamais vécu sur un territoire sous contrôle allemand après l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler, mais qui ont néanmoins habité dans ces pays avant la mise à exécution de la « solution finale » ; l'expression peut aussi englober les personnes qui n'étaient pas persécutées par les nazis eux-mêmes mais par leurs alliés ou collaborateurs, soit dans un État satellite du Troisième Reich, soit dans un pays occupé par le Troisième Reich.

Yad Vashem, mémorial officiel de l'État d'Israël aux victimes de la Shoah, définit les survivants de la Shoah comme des Juifs qui ont vécu sous contrôle nazi, tant direct qu'indirect, quelle que soit la durée, et qui y ont survécu. Cette définition englobe les Juifs qui ont passé l'ensemble de la guerre dans des régimes collaborationnistes, y compris celui de Vichy, celui de la Bulgarie et celui de la Roumanie, même si les intéressés n'ont pas été déportés, ainsi que les Juifs qui ont fui ou qui ont été forcés de quitter l'Allemagne dans les années 1930. D'autres réfugiés juifs sont considérés comme des survivants de la Shoah, dont ceux qui ont fui leurs patries en Europe de l'Est devant l'invasion allemande et qui ont passé ensuite des années en Union soviétique.

L'United States Holocaust Memorial Museum propose une définition plus large : « le Musée honore du qualificatif de survivante toute personne, juive ou non, qui a été victime de déplacement, de persécution ou de discrimination en raison des pratiques raciales, religieuses, ethniques, sociales et politiques instaurées par les nazis et leurs collaborateurs entre 1933 et 1945. Outre les anciens prisonniers des camps de concentration, des ghettos et des prisons, cette définition englobe également, entre autres, les personnes qui ont vécu comme des réfugiées et celles qui se sont cachées ».

Pendant le , à mesure que la sensibilisation du public envers la Shoah évolue, d'autres groupes, négligés ou marginalisés en tant que survivants, commencent à partager leurs témoignages et cherchent à transmettre leurs expériences. L'un de ces groupes est composé de Sinté (Roms) ayant survécu aux persécutions nazies : il a entrepris une grève de la faim à Dachau en 1980 afin d'attirer l'attention et de réclamer la réparation de cette injustice morale en reconnaissance de leurs tourments pendant la Shoah ; l'Allemagne de l'Ouest reconnaît officiellement le Porajmos en 1982. Un autre groupe qui a été inclus dans les survivants de la Shoah se compose des « survivants de la fuite », c'est-à-dire les réfugiés qui ont fui vers l'Est, dans les territoires contrôlés par l'Union soviétique, dès le début de la guerre, ainsi que les personnes que le NKVD a déportées dans diverses régions de l'Union soviétique.

La prise en compte progressive d'autres catégories de survivants conduit à l'élargissement de la définition, auprès d'institutions comme la Jewish Claims Conference, Yad Vashem et l'United States Holocaust Memorial Museum, afin d'y inclure les « survivants de la fuite » et d'autres catégories qui jusque-là ne bénéficiaient pas d'une reconnaissance, comme les personnes qui se sont cachées pendant la guerre, par exemple les enfants cachés, afin de se soustraire aux persécutions nazies.

Nombre de survivants vignette|droite|Taux de mortalité de la population juive par pays. Quand éclate la Seconde Guerre mondiale en , près de neuf millions et demi de Juifs vivent dans les pays européens qui sont déjà sous domination nazie ou qui le deviennent pendant la guerre. Près des deux tiers de ces Juifs européens sont exterminés, si bien qu'à la fin de la guerre en Europe, en , environ trois millions et demi avaient survécu.

Ceux qui ont réussi à rester en vie jusqu'en , selon différentes circonstances, appartiennent aux catégories suivantes :

Prisonniers des camps de concentration Entre et ont résisté aux camps de concentration et aux marches de la mort, même si des dizaines de milliers de ces survivants étaient trop affaiblis ou trop malades pour vivre au-delà de quelques jours, semaines ou mois, malgré les soins qu'ils ont reçus à la libération.

Autres survivants D'autres Juifs, issus de tout le continent, ont survécu parce que les nazis et leurs collaborateurs ne sont pas parvenus à achever leur déportation et leurs massacres de masse avant l'arrivée des Alliés, ou parce que les régimes collaborationnistes ont été renversés. Ainsi, par exemple, en Europe de l'Ouest, environ les trois quarts de la population juive d'avant-guerre a survécu à la Shoah en Italie et en France, près de la moitié ont survécu en Belgique, tandis qu'un quart seulement de la population juive d'avant-guerre a survécu dans les Pays-BasFor Italy, "Italy". Yad Vashem. For France, "France". Yad Vashem. For Belgium, "Belgium". Yad Vashem. For Netherlands, "The Netherlands". Yad Vashem.. En Europe de l'Est et du Sud-Est, la plupart des ont survécu à la guerre"Bulgaria". Yad Vashem. ainsi que 60 % de ceux de Roumanie"Romania". Yad Vashem. et près de 30 % de ceux de Hongrie"Hungary". Yad Vashem.. Les deux tiers des ont survécu"Unter der NS-Herrschaft ermordete Juden nach Land." / "Jews by country murdered under Nazi rule." Bundeszentrale für politische Bildung / Federal Agency for Civic Education (Germany), April 29th 2018. En Pologne, dans les pays baltes, en Grèce, en Slovaquie et en Yougoslavie (Croatie, Serbie, Macédoine sous occupation bulgare, Slovénie), près de 90 % de la population juive a disparu, assassinée des mains de nazis et de leurs collaborateurs locaux.

Dans l'ensemble de l'Europe, quelques milliers de Juifs ont survécu grâce à différentes méthodes : en se cachant, en obtenant de faux papiers les présentant comme non juifs, avec le secours de non Juifs qui les cachent ou les aident au risque de leur vie. Plusieurs milliers d'autres Juifs ont survécu en se cachant dans les forêts denses d'Europe de l'Est, ou en rejoignant les rangs des résistants juifs qui contraient les menées nazies et protégeaient d'autres réfugiés, ou, dans certains cas, en travaillant avec des mouvements de résistance non juifs pour combattre les envahisseurs nazis.

Réfugiés vignette|droite|Février 1939 : réfugiés juifs arrivant à Londres depuis l'Allemagne et la Pologne (voir Kindertransport). Le plus grand groupe de survivants est composé des Juifs qui ont réussi à s'échapper de l'Europe sous occupation nazie avant ou pendant la guerre. Les Juifs entament un mouvement d'émigration depuis l'Allemagne à partir de 1933, quand et depuis l'Autriche à partir de 1938, après l'Anschluss. Au moment où la guerre éclate, environ avaient quitté l'Allemagne et avaient fui l'Autriche.

Près de polonais ont fui vers les territoires polonais sous occupation soviétique et ceux de l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) entre le début de la guerre en et l'invasion allemande en URSS en . Cette invasion provoque la fuite d'un million de Juifs soviétiques vers l'Est, à l'intérieur de l'URSS. Les autorités soviétiques emprisonnent de nombreux réfugiés et déportés dans des goulags situé dans l'Oural, en Asie centrale soviétique et en Sibérie, où ils sont livrés aux travaux forcés, à des conditions de vie extrêmes, à la faim et à la maladie. Toutefois, la plupart ont réussi à survivre malgré la dureté de leur situation.

Pendant la guerre, certains Juifs parviennent à passer dans des pays européens neutres comme la Suisse, qui autorise l'entrée de d'entre eux mais en refoule environ ; l'Espagne, qui accepte l'entrée d'environ juifs entre 1939 et 1941, principalement venus de France, et qui se rendent au Portugal ; toutefois, sous la pression des Allemands, l'Espagne n'en admet plus que entre 1942 et 1944 ; le Portugal, qui autorise l'entrée des Juifs pour qu'ils puissent poursuivre leur voyage depuis le port de Lisbonne vers les États-Unis et l'Amérique latine ; et la Suède, qui laisse entrer certains Juifs de Norvège en 1940 et qui, en , accueille la quasi-totalité des Juifs du Danemark, secourus par le mouvement de résistance danois, qui organise la fuite de danois et de non Juifs de leurs familles, à bord de bateaux légers depuis le Danemark vers la Suède. Environ ont emprunté les filières de migration clandestine vers la Palestine depuis l'Europe centrale et orientale entre 1937 et 1944, dans 62 voyages organisés par le Mossad l'Aliyah Bet, institué en 1938. Ces trajets comportaient de nombreux dangers en temps de guerre et des centaines de personnes ont perdu la vie en mer.

Conséquences immédiates