vignette|droite|Rue en banlieue de Berlin après la Seconde Guerre mondiale : des personnes déplacées, avec leurs biens entassés dans des chariots et des landaus. Des camps de personnes déplacées en Europe sont ouverts à l'issue de la Seconde Guerre mondiale en Allemagne, en Autriche et en Italie. Ils sont principalement destinés aux réfugiés venus d'Europe de l'Est et aux anciens prisonniers des camps de concentration du Troisième Reich. Un « camp de personnes déplacées » est une infrastructure temporaire d'accueil pour les personnes déplacées, qu'il s'agisse de réfugiés ou de déplacés internes. Deux ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, quelque vivent dans ces infrastructures implantées sur le continent, dont des Arméniens, des Polonais, des Lettons, des Lituaniens, des Estoniens, des Yougoslaves, des Grecs, des Russes, des Ukrainiens, des Hongrois, des Tchécoslovaques, y compris des Juifs de diverses nationalités DP Camps in Europe Intro, from: DPs Europe's Displaced Persons, 1945-1951 by Mark Wyman.
Au terme de la Seconde Guerre mondiale, au moins quarante millions de personnes avaient été déplacées depuis leurs patries, dont onze millions en Allemagne sous occupation alliée. Ces populations se composaient d'anciens prisonniers de guerre libérés des Allemands, de travailleurs forcés délivrés et de survivants juifs et non juifs des camps de concentration. Les Alliés désignent les réfugiés sous le nom de « personnes déplacées » et en confient la responsabilité à l'Administration des Nations unies pour le secours et la reconstruction (UNRRA).
Éléments de contexte vignette|droite|Plan du camp de personnes déplacées de Föhrenwald en Bavière. vignette|droite|Portrait d'une classe d'enfants scolarisés au camp de déplacés à Schauenstein, vers 1946.
Les opérations militaires, les campagnes de nettoyage ethnique et la terreur du génocide ont déraciné des millions de personnes qui ont quitté leurs foyers tout au long de la Seconde Guerre mondiale. Entre quarante et soixante millions de personnes sont déplacées. Un grand nombre de ces personnes sont les détenus des camps de concentration nazis, des camps de travail et des camps de prisonniers de guerre, libérés par les armées des AlliésISBN O-8014-8542-8 "Dps: Europe's Displaced Persons, 1945-1951" by Mark Wyman ; reprinted 1998 Cornell University Press. Dans certains secteurs de l'Europe de l'Est, civils et militaires fuient leur patrie devant les progrès de l'Armée rouge, qui étaient précédées d'informations répétées sur les viols de masse, les pillages et les meurtres auxquels se livraient les SoviétiquesAntony Beevor, Berlin: The Downfall 1945, Penguin Books, 2002, .
Au moment où la guerre se termine, l'avenir de ces personnes est incertain. Les autorités militaires et civiles alliées doivent assurer la mission délicate de réinstaller ces foules. Comme les raisons de ces déplacements sont très diverses, le Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force classe les individus en plusieurs catégories : évacués, réfugiés politiques ou réfugiés de guerre, prisonniers politiques, travailleurs volontaires ou forcés, employés de l'Organisation Todt, soldats démobilisés de l'ancienne armée allemande, infiltrés, exfiltrés, internés civils, anciens prisonniers de guerre, apatrides.
En outre, ces personnes déplacées sont issues de tous les pays envahis ou occupés par l'armée allemande. Même si une solution simple consistait à renvoyer ces déplacés vers leurs foyers d'origine, elle ne pouvait être appliquée automatiquement si, par exemple, les changements de frontières avaient changé le pays auquel appartenait leur lieu de résidence. Par ailleurs, beaucoup ne pouvaient pas regagner leurs patries de crainte de subir des persécutions politiques ou des châtiments pour leur collaboration (présumée ou avérée) avec les puissances de l'Axe.
Mise en place de l'organisation pour les personnes déplacées vignette|droite|Équipe de football dans un camp de déplacés. Deuxième en partant de la droite : , président du Comité central des camps de personnes déplacées à Berlin. vignette|Déplacements de populations en Europe centrale et orientale à la suite des changements territoriaux actés par les conférences inter-alliées de Moscou (1944), de Yalta et de Potsdam (1945).
À l'origine, les Alliés prévoient que les personnes déplacées à cause de la guerre seraient rapatriées dans leurs pays d'origine aussitôt que possible. Dans toute l'Autriche et l'Allemagne, des soldats américains, français, britanniques et soviétiques s'occupent des besoins urgents des réfugiés situés dans leurs zones d'occupation respectives et entament leurs programmes de rapatriements. Pratiquement tous les déplacés présentent des problèmes de malnutrition, les malades sont très nombreux et certains sont à l'agonie. Les abris sont souvent improvisés et, dans maintes occasions, le personnel militaire partage avec les réfugiés ses propres stocks de vêtements, de médicaments, de vêtements, etc.
Au début, les missions militaires des différentes nations alliées sous l'autorité des commandements britannique, français et américain participent au tri et au classement des déplacés détenant la même nationalité qu'eux. Ainsi, en 1945-1945(?), plusieurs douzaines d'officiers polonais de liaison sont affectés aux différentes unités militaires des occupants "Thirteen is My Lucky Number" Chapters 7 and 8. Le , l'Administration des Nations unies pour le secours et la reconstruction (UNRRA), qui gérait déjà de nombreux camps de déplacés, prend la responsabilité d'administrer les personnes déplacées en Europeibid - p.47 and subsequent, même si les autorités militaires continuent d'assurer certains rôle dans les années suivantes en fournissant des moyens de transport et des approvisionnements et en veillant à la sécurité.
Ceux dont le tri était aisé et qui était disposés au rapatriement sont sans délai renvoyés vers leurs pays d'origines. Fin 1945, les soldats et l'UNRRA avaient procédé au rapatriement de plus de six millions de réfugiés. Les autorités britanniques annoncent que le est la date butoir d'admission de nouveaux déplacés dans leur secteur d'occupation ; les Américains annoncent une mesure similaire dans leur secteur pour le , à l'exception des individus persécutés en raison de leur race ou de leur religion, ou qui entreraient dans leur zone « de manière organisée ». La zone américaine cesse d'accepter des entrées à partir du . Un nombre inconnu de déplacés refoulés par les autorités doivent se débrouiller pour survivre.
Camps
À partir du printemps 1945, les personnes déplacées se présentent en immenses foules. Les armées alliées s'en occupent en improvisant des abris dans tous les endroits possibles. Les déplacés sont d'abord logés dans d'anciennes casernes mais ils s'installent bientôt dans les bâtiments de colonies de vacances pour enfants, les aéroports, hôtels, châteaux, hôpitaux, maisons privées et même dans des infrastructures partiellement détruites. Malgré les efforts continuels pour trier et regrouper ces personnes, fin 1945 les abris temporaires en Allemagne, Autriche et Italie ainsi que dans d'autres pays européens se comptent par milliers. Un camp est même ouvert à Guanajuato (Mexique). De nombreux camps sous administration américaine hébergent des survivants de la Shoah dans des conditions épouvantables, ne proposant pas assez de nourriture et entourant les réfugiés de gardes armés, comme l'a révélé le rapport Harrison en Report of Earl G. Harrison. As cited in United States Holocaust Memorial Museum, "Resources," Life Reborn: Jewish Displaced Persons, 1945-1951New York Times, 30 Sept. 1945, "President Orders Eisenhower to End New Abuse of Jews, He Acts on Harrison Report, Which Likens Our Treatment to That of the Nazis,"Robert L. Hilliard, "Surviving the Americans: The Continued Struggle of the Jews After Liberation" (New York: Seven Stories Press, 1997) p. 214.
L'UNRRA se tourne rapidement vers les équipes de terrain pour reprendre la gestion de ces camps après l'administration militaire. Les conditions de vie y sont hétérogènes et parfois dures. Les rations sont limitées, les autorités imposent fréquemment un couvre-feu. Plusieurs de ces camps sont devenus les foyer plus ou moins pérennes de certaines personnes. À mesure que les réfugiés trouvent de nouveaux pays d'accueil, les communautés sont regroupées dans d'autres camps.
En 1952, tous les camps avaient fermé, sauf deux : celui Föhrenwald ferme en 1957 et celui de Wels en 1959.
Besoins des personnes déplacées
vignette|droite|1945 : personnes russes déplacées préparant leur repas en Rhénanie-Palatinat.
Les personnes déplacées avaient toutes vécu des traumatismes et beaucoup subissaient des affections graves après les tourments qu'elles avaient endurés. Les réfugiés requéraient d'urgence un abri, de la nourriture et des soins médicaux de base. La plupart avaient subsisté avec des rations bien inférieures à par jour. Dans les meilleurs cas, les installations sanitaires étaient improvisées et les soins médicaux étaient réduits au minimum. Par conséquent, les déplacés étaient atteints de malnutrition, de sous-alimentation, de diverses maladies et, de surcroît, ils étaient souvent en état de malpropreté, couverts de poux et menacés dans leur santé. En outre, la plupart d'entre eux traversaient des difficultés psychologiques : ils étaient souvent méfiants et angoissés devant les autorités, voire atteints de dépression.
Les déplacés étaient impatients de retrouver leurs familles, dont la guerre les avaient séparés. Le Bureau central des recherches de l'UNRRA et les centres de la Croix-Rouge internationale commencent à formaliser les efforts jusque-là improvisés pour identifier les survivants. Au cours de l'évolution des camps de déplacés, l'organisme de l'UNRRA recueille plus d'un million de noms et devient ensuite le service international des recherches.
Les personnes déplacées déménagent souvent d'un camp à un autre pour chercher des membres de leur famille, de leur communauté géographique ou une alimentation et un logement meilleurs. Au fil du temps, des groupes ethniques et religieux se forment dans certains camps. Les résidents y fondent rapidement des églises, synagogues, journaux, activités sportives, écoles et même universités.
Les Alliés devaient s'occuper du rapatriement des déplacés. Tout d'abord, les Alliés croient que les anciens prisonniers des camps de concentration vont simplement regagner leurs foyers ; or, les conséquences de la guerre rendent cette opération impossible pour de nombreux réfugiés. Lors de la conférence de Yalta en 1945, les trois principales puissances alliées prennent diverses décisions sur les suites de la guerre ; une attention particulière est réservée aux rapatriements forcés : ils prévient que les personnes déplacées seront obligées de revenir dans leurs pays d'origine. Or, cette politique a conduit à des violences antisémites contre les survivants de la Shoah (voir : Violences contre les Juifs en Europe centrale et orientale (1944-1946)).